Ihid., vi, 15. Hdiam
Sermons ôV Bossuet. 17
troublée d'un furieux désir de régner, qui ne craignait pas moins, qui n'épargnait pas plus ses enfants que ses ennemis, c'est Hérode dont je veux parler, conçut de la jalousie de cette royauté prétendue. De là, ce cruel massacre des Innocents, duquel nous célébrions la mémoire ces jours passés.
Je ne sais si je me trompe, Fidèles, mais il me semble que ces observations sur l'histoire de Notre-Seigneur ne doivent pas vous déplaire. Ainsi je ne craindrai pas d'en ajouter encore une, qui vous fera voir manifestement combien cette opinion de la royauté du Sauveur était enracinée dans l'esprit des peuples. C'est que les apôtres mêmes, eux que le Fils de Dieu honorait de sa plus intime confidence, bien qu'en particulier et en public il ne leur promît que tourments et ignominie en ce monde, ils n'avaient pu encore se déprendre de ce premier sentiment dont on avait préoccupé leur enfance. Hé! Maître, lui disaient-ils, quand est-ce qu'arrivera votre règne? sera-ce bientôt que vous établirez le royaume abattu d'Israël1} Ils ne pouvaient goûter ce qu'il leur prédisait de sa mort. Comme ils voyaient son crédit s'augmenter, ils croyaient qu'à la fin il viendrait à bout de l'envie, et qu'il attirerait tout à lui par sa vertu et par ses miracles. Ils se flattaient l'esprit de mille espérances grossières. Déjà ils commençaient à se débattre entre eux de l'honneur de la préséance. Et ne fut-ce pas une belle proposition que les deux frères inconsidérés firent faire à Notre-Seigneur par leur mère trop crédule et trop simple? Ils s'imaginaient déjà le Sauveur dans un trône éclatant de pierreries, au milieu d'une grosse cour. Hé ! Seigneur, lui disent-ils, quand vous commencerez votre règne, nous serions bien aises que l'un de nous fût assis à votre droite, et l'autre [p. 6] à la gauche2. Tant ils abusaient de la patience et de la faveur de leur Maître, repaissant leur âme d'une vaine et puérile ostentation ! Si bien que Notre-Seigneur, ayant pitié de leur ignorance, commence à les désabuser par ces mémorables paroles : O disciples trop grossiers,