‹ Œuvres oratoires de BossuetChapitre 208 sur 441 · Is.. lui · texte numérisé non relu

Is.. lui

sont si belles aux yeux du prince, dites-moi, les blessures du prince, quelles doivent-elles être aux yeux des sujets ? Celles-ci, ce sont mes délices ; je les baise, je les arrose de larmes. L'amour que mon Roi sauveur a pour moi, qui a ouvert toutes ses plaies, y a répandu une certaine grâce qu'aucun autre objet ne peut égaler, un certain éclat de beauté qui transporte les âmes fidèles. Ne voyezvous pas avec combien de douces complaisances elles y demeurent toujours attachées? Ce leur est un supplice, que de les arracher de cet aimable objet. De là sortent ces flèches aiguës que David chante dans notre psaume ; de là ces traits de flamme invisible, « qui percent les cœurs jusqu'au vif : In corda inimicorum régis : » tellement qu'ils ne respirent plus autre chose que Jésus crucifié, à l'imitation de l'Apôtre : Non judicavi me scire aliquid inter vos nisi Jcsum Christian, et hune crucifixum1. C'est ainsi que le roi Jésus se plaît de régner dans les cœurs.

C'est pourquoi je ne m'étonne pas si je ne vois dans sa Passion que des marques de sa royauté. Oui, malgré la rage de ses bourreaux, ces épines font un diadème qui couronne sa patience ; ce roseau fragile devient un sceptre en ses mains ; cette pourpre ridicule, dont ils le couvrent, se changera en pourpre royale, sitôt qu'elle sera teinte du sang de mon Maître. Lorsque j'entends le peuple crier que le Sauveur mérite la mort à cause qu'il s'est fait roi : certes, dis-je incontinent en moimême, ces furieux disent mieux qu'ils ne pensent, car mon prince doit régner par sa mort. Quand il porte luimême sa croix sur ses épaules innocentes, tout autre qu'un chrétien [p. 13] serait étonné de son impuissance ; mais le fidèle se doit souvenir de ce qu'a dit de lui Isaïe, « que sa domination, sa principauté est mise sur son épaule : Principatus super humerum ejus 2. » Qu'est-ce à dire, cet empire et cette principauté sur ses épaules? Ha! ne l'entendez-vous pas? c'est sa croix. C'est ainsi que l'explique Tertullian, dans le livre contre les Juifs3. Sa croix, c'est son sceptre ; sa croix, c'est son bâton

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