‹ Œuvres oratoires de BossuetChapitre 22 sur 441 · INTRODUCTION XXIII · texte numérisé non relu

INTRODUCTION XXIII

mots de l'auteur profane viennent d'eux-mêmes sous sa plume dans cette phrase : « Cette partie languissante et endormie lui dit pour l'inviter au repos : Tout est calme, tout est accoisé ; les passions sont vaincues, les vents sont bridés, toutes les tempêtes sont apaisées ; le ciel est serein, la mer est unie ; le vaisseau s'avance tout seul : Ferunt ipsa sequora classent l. » M. Lâchât, toujours inexact, jusque dans ses corrections, supprime arbitrairement ces mots. Ici Bossuet, qui s'adresse à des érudits de profession, ne les juge pas déplacés. Du reste, même quand il parle à des bénédictins, il n'a garde de multiplier de telles citations. Il continuait: « ... L'esprit se laisse aller et sommeille ; assuré sur la face de la mer calmée, et sur la protection du ciel expérimentée si souvent, il lâche le gouvernail, et laisse aller le vaisseau à l'abandon : les vents se soulèvent, il est submergé. O esprit qui vous êtes fié vainement et en la grâce du ciel et au calme trompeur de vos passions, vous servirez d'exemple à jamais des périls où jette les âmes une folle et téméraire confiance. » En cet endroit, il était tenté d'écrire la belle exclamation qu'il venait d'imiter en la surpassant: O nimium... pelago confise sereno ! Il s'arrête, et avec raison : car il fallait affaiblir, en y faisant dominer le caractère ingénieux, les fortes pensées qu'il venait d'exprimer. Il efface donc résolument la citation latine. Cette fois, c'est Deforis qui a eu tort de s'obstiner à la rétablir, malgré Bossuet.

Çà et là, mais rarement, une inspiration de détail sera ainsi demandée aux poètes ou aux philosophes. Encore sera-t-elle prise de préférence dans quelque passage souvent cité par les Pères, et qui selon l'expression de notre orateur, aura « cessé d'être profane, en passant par ce sacré canal2. »

L'essentiel, à ses yeux, ce qu'il recommande dans ses conseils, et encore plus par ses exemples, c'est de se pénétrer et de s'imprégner, pour ainsi dire, de l'Écriture sainte et des écrits des Pères, interprètes de la Tradition. « Venons maintenant aux choses, disait-il au jeune cardinal de Bouillon : la première et le fond de tout,

1. iEneid.. V. 7. — Panégyrique de saint 2. Mundus gandebit, 1664, 1er poiut.

Benvil, 1665. 3e point.

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