‹ Œuvres oratoires de BossuetChapitre 214 sur 441 · Discourt, raisonnement · texte numérisé non relu

Discourt, raisonnement

royal, rien de plus divin, que de sauver tout le genre humain par une mort généreuse.

[Second Point.]

Et plût à Dieu, Chrétiens, que, pour achever de vous faire voir la gloire de cette mort, il me restât assez de loisir pour vous entretenir quelque temps de la qualité de pontife que Xotre-Seigneur a si bien méritée ! C'est là que, suivant la doctrine toute céleste de l'incomparable Épître aux Hébreux, par la comparaison du sacerdoce de la loi mosaïque, je tâcherais de vous faire connaître la dignité infinie de la prêtrise de Jésus-Christ. \ ous verriez Aaron portant à un autel corruptible des génisses et des taureaux, et Jésus, pontife et victime, présentant devant le trône de Dieu sa chair formée par le Saint-Esprit, oblation sainte et vivante pour l'expiation de nos crimes. Vous verriez Aaron, dans un tabernacle mortel, effaçant quelques immondices légales et certaines irrégularités de la Loi par le sang des animaux égorgés ; et Jésus, à la droite de la majesté, faisant par la vertu de son sang la vraie purification de nos âmes. Vous verriez Aaron consacré par un sang étranger, comme il est écrit dans le Lévitique ', et « par ce même sang étranger, in sanguine alieno, » dit l'Apôtre2, entrer dans le sanctuaire bâti de main d'homme ; et Jésus, consacré par son propre sang, dans le sanctuaire éternel, dont il ouvre la porte à ses serviteurs. Vous verriez, ô l'admirable spectacle pour des âmes vraiment chrétiennes ! vous verriez d'une part tous les hommes révoltés ouvertement3 contre Dieu; et d'autre part la justice divine prête à les précipiter dans l'abîme en la compagnie des démons, desquels ils avaient suivi les conseils et imité la présomption, lorsque tout à coup ce saint, ce charitable pontife, ce pontife fidèle et compatissant [p. 18] à nos maux, paraît entre Dieu et les hommes. Il se présente pour porter les coups qui allaient tomber sur nos têtes, il répand son sang sur les hommes, il lève à Dieu ses mains innocentes ; et, pacifiant ainsi le

î. Lev., vin. 3. Var. : insolemment.

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