‹ Œuvres oratoires de BossuetChapitre 225 sur 441 · Luc, xxiv · texte numérisé non relu

Luc, xxiv

C'est la montagne de Sina, sur laquelle Dieu donne sa loi à Moïse. Là, je vois ce grand Dieu tout-puissant, qui grave sur de la pierre ses saintes lois, dignes d'êtres écrites dans le ciel le plus élevé, avec les rayons du soleil. Et après cela, par la bouche de son serviteur Moïse, il fait publier à son peuple ses ordonnances, et menace les transgresseurs de peines dont le seul récit fait horreur. Certes, cette loi est très sainte ; mais ne vous persuadez pas, mes très chères Sœurs, qu'elle contienne la vie. Toutes ces paroles majestueuses et cette écriture du doigt de Dieu ne sont qu'un instrument de mort, si elles ne sont accompagnées de l'esprit de la grâce. C'est une lettre qui tue, dit le grand apôtre saint Paul1. Combien d'âmes présomptueuses ont été précipitées dans la mort éternelle par ces augustes commandements ! Ne vous étonnez pas de cette parole : c'est la doctrine de l'apôtre saint Paul, et en voici la véritable explication. La Loi montrait bien ce qu'il fallait faire; mais elle ne subvenait pas à l'impuissance de notre nature. Elle frappait les oreilles ; mais elle ne touchait pas le cœur. Ce n'était pas assez que Dieu, d'une voix tonnante et impérieuse, fît annoncer au peuple ses volontés : il fallait qu'il parlât intérieurement, et que, par une opération toute-puissante, il amollît notre dureté. Grand Dieu éternel, vous me commandez ; il est juste que vous soyez obéi : mais ce n'est rien faire que me commander, si vous ne me donnez la grâce par laquelle je puisse observer vos commandements. Or cette grâce n'est point par la Loi : c'est le propre don de l'Évangile, selon ce que dit l'apôtre saint Jean2, que la Loi a été donnée par Moïse, et la grâce et la vérité a été faite par Jésus-Christ. Qu'est-ce donc que faisait la Loi? Elle ordonnait, elle commandait, elle liait les transgresseurs d'éternelles malédictions ; parce que maudit est celui qui n'observe pas les paroles qui sont écrites en ce livre 3 : mais elle ne soulageait en rien nos infirmités. C'était une eau faible et sans vigueur, capable de nous agiter, incapable de nous soutenir.

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