‹ Œuvres oratoires de BossuetChapitre 239 sur 441 · Coloss., i, 15. 6. Gènes., xxn · texte numérisé non relu

Coloss., i, 15. 6. Gènes., xxn

3. Ici, une répétition sur le ms. : <".. Hebr., x, 6, 7. et le premier [né] de toutes les créa- 7. Tbid., 5. tures comme l'appelle saint Paul.

qu'on l'offre au Père éternel, prendre déjà ' la place de toutes les victimes anciennes, afin de nous consommer à jamais par l'unité de son sacrifice : tellement que cette cérémonie était comme un préparatif de la Passion. Jésus-Christ dans sa tendre enfance méditait le dessein laborieux de notre rédemption, et déjà par avance se destinait à la croix. Si je me suis bien fait entendre, mes très chères Sœurs, vous avez vu un rapport merveilleux des anciennes cérémonies que le Fils de Dieu subit aujourd'hui avec les mystères de notre salut.

.Mais, après avoir vu les sentiments de notre Sauveur dans cette mystérieuse journée, si vous aviez peut-être une sainte curiosité de savoir de quoi s'entretenait la bienheureuse Marie, je tâcherai de vous en donner quelque éclaircissement2 par une considération très solide. Toutes les cérémonies des Juifs leur étaient données en figure de ce qui se devait accomplir en Notre- Seigneur ; et, bien qu'elles fussent différentes les unes des autres, toutefois elles ne contenaient qu'un seul Jésus-Christ. Ceux qui étaient grossiers et charnels n'en considéraient que l'extérieur, sans en pénétrer le sens. Mais les spirituels et les éclairés, à travers des ombres et des figures externes, contemplaient intérieurement par une lumière céleste les mystères du Sauveur Jésus. Par exemple, dans la manne ils se nourrissaient de la Parole éternelle du Père, faite chair pour l'amour de nous, vrai pain des anges et des hommes ; et leur foi leur faisait voir dans leurs sacrifices sanglants la mort violente du Fils de Dieu pour l'expiation de nos crimes. Que si les Juifs éclairés entendaient en un sens spirituel ce qu'ils célébraient corporellement, à plus forte raison la très heureuse Marie, ayant le Sauveur entre ses bras et l'offrant de ses propres mains au Père éternel, faisait cette cérémonie en esprit, c'est-à-dire joignait son intention à ce que représentait la figure externe, c'est-à-dire l'oblation sainte du Sauveur pour tout le genre humain racheté miséricordieusement par sa mort, ainsi que je vous le représentais tout à l'heure. Ce qui me fait [dire], et ce n'est point une méditation creuse

1. Construction toute latine : pro- . 2. Ms. : d'éclaircissement,

position infinitive.

et imaginaire, que de même que la sainte Vierge, au jour de l'Annonciation, donna son consentement à l'Incarnation du Messie, qui était le sujet de l'ambassade de l'Ange ; de même elle ratifia, pour ainsi dire, en ce jour le traité de sa Passion, puisque ce jour en était une figure et comme un premier préparatif. Et ce qui confirme cette pensée, ce sont les paroles de Siméon. Car, comme en cette sainte journée, son esprit devait être occupé de la Passion de son Fils, pour cela il est arrivé, non sans un ordre secret de la Providence, que Siméon, après avoir dit en fort peu de mots tant de choses de Notre-Seigneur, adressant la parole à sa sainte mère, ne l'entretient que des étranges contradictions dont son Fils sera traversé, et des douleurs amères dont son âme sera percée à cause de lui : Celuici, dit-il1, est établi comme un signe auquel on contredira; et votre âme, ô mère, sera percée d'un glaive. Où vous devez remarquer la résignation la plus parfaite à la volonté divine, dont jamais vous ayez ouï parler. Car la sainte Vierge entendant une prophétie si lugubre, et en cela plus terrible, que, n'énonçant rien en particulier, elle laissait à appréhender toutes choses, elle ne s'informe point quels seront donc ces accidents si étranges, que ce bon vieillard lui prédit ; mais s'étant une bonne fois résignée2 entre les mains de Dieu, elle se soumet de bon cœur, sans s'en enquérir, à ce qu'il lui plaira ordonner de son Fils et d'elle. Voilà comme la sainte Vierge, unissant son intention à celle de son cher Fils, se dévouait avec lui à la Majesté divine...

Chrétiens3,' si vous désirez faire une sainte communion, tel qu'était Siméon lorsqu'il embrassa Notre- Seigneur dans le temple, tels devez-vous être, approchant de la sainte table. Le bon homme avait une telle passion pour notre Sauveur, qu'il ne pensait jour et nuit à autre chose qu'à lui ; et bien qu'il ne fût pas encore venu au monde, comme sa foi le lui montrait dans les prophéties, il attachait toutes ses affections à

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