‹ Œuvres oratoires de BossuetChapitre 265 sur 441 · PREMIER DIMANCHE DE CARÊME · texte numérisé non relu

PREMIER DIMANCHE DE CARÊME

prêché à- Metz, 1653.

M. Lâchât, (t. IX, p. 1) attribue un sommaire à ce sermon *. Mais c'est une erreur, que M. Gandar a bien remarquée : ce sommaire est celui du sermon de 1GG0 sur le même sujet. Quant à la date, nous ne dirons pas avec l'éditeur, dont nous pourrions relever les erreurs à toutes les pages, que, le second sermon étant prêché en 1GG0, « il est donc probable que le premier l'a été dans le commencement de la même année (il y avait, sans doute, deux Carêmes cette année-là!), ou dans le courant de 1659. » Tous ces brillants raisonnements sont anéantis par l'étude, de l'écriture et de l'orthographe du manuscrit. L'une et l'autre présentent des particularités qui ne se rencontrent que dans le commencement de l'année 1G53. (Voy. Histoire critique de la Prédication de Bossuet, p. 134; et le Tableau des particularités orthographiques, t. VII.)

Ductus est Jésus in desertum a Spiritu, ut tentaretur a diabolo.

Jésus fut conduit par l'Esprit dans le désert, pour y être tenté par le diable.

(Matth., IV, I.)

Si la mort de Jésus est notre vie, si son infirmité est notre force, si ses blessures sont notre guérison, aussi pouvons-nous assurer que sa tentation est notre victoire. Ne nous persuadons pas, Chrétiens, qu'il eût été permis à Satan de tenter aujourd'hui le Sauveur, sans quelque haut conseil de la providence divine. Jésus- Christ étant le Verbe, et la raison, et la sapience du Père, comme toutes ses paroles sont esprit et vie, ainsi toutes ses actions sont spirituelles et mystérieuses ; tout y est intelligence, tout y est raison. Mais, parce qu'il est la sagesse incarnée, qui est venue accomplir dans le monde l'ouvrage de notre salut, toute cette raison

1. Ms. fr. 1282-2. f. 41-60, in-4°, par des extraits de Tertullien et de san? marge ni pagination. — Débute saint Augustin sur les démons.

est pour nous instruire, et tous ces mystères sont pour nous sauver. Selon cette maxime, je ne doute pas * que comme on vous aura exposé aujourd'hui le sens profond de cet évangile, vous n'ayez bien compris les enseignements que nous donne la tentation de Jésus. C'est pourquoi il n'est pas nécessaire que je vous entretienne par un long discours. Seulement, pour satisfaire votre piété, je tâcherai, autant qu'il plaira à notre grand Dieu m'enseigner par son Saint-Esprit, je tâcherai de vous exposer quel est cet esprit tentateur qui ose attaquer le Sauveur Jésus. Implorons les lumières célestes pour découvrir les fraudes du diable ; et contre la malice des démons demandons l'assistance de la sainte Vierge, que les anges ont toujours honorée, mais particulièrement depuis qu'un des premiers de leurs hiérarchies, envoyé de la part de Dieu, la salua par ces belles paroles : [Aue, gratta plena~\.

Qu'il y ait dans le monde un certain genre d'esprits malfaisants que nous appelons des démons, outre le témoignage des Écritures divines, c'est une chose qui a été reconnue par le consentement commun de toutes les nations et de tous les peuples. Ce qui les a portés à cette créance, ce sont certains effets extraordinaires et prodigieux qui ne pouvaient être rapportés qu'à quelque mauvais principe et à quelque secrète vertu dont l'opération fût maligne et pernicieuse. Les histoires grecques et romaines nous parlent en divers endroits de voix inopinément entendues, et de plusieurs apparitions funèbres arrivées à des personnes très graves, et dans des circonstances qui les rendent très assurées. Et cela se confirme encore par cette noire science de la magie, à laquelle plusieurs personnes trop curieuses se sont abandonnées dans toutes les parties de la terre. Les Chaldéens et les sages d'Egypte, et surtout cette

1. Var. : Et comme je ne doute d'y prêcher le soir. Il s'agit ici d'une

pas qu'on ne vous ait exposé au- réunion de piété, comme l'indique

jourd'hui le sens profond de cet un commencement de phrase effacé:

évangile, vous aurez bien compris... « ... tentation de Jésus. Si bien qu'il

— Le présent sermon n'était donc ne serait pas nécessaire de vous

pas destiné à la cathédrale. Là, en faire un nouveau discours, si votre

sa qualité de chanoine, Bossuet au- piété ne vous avait ici assemblés

rait assisté à l'office du matin, avant pour entend [re]... »

secte de philosophes indiens que les Grecs appellent gymnosophistes, étonnaient les peuples par diverses illusions et par des prédictions trop précises pour venir purement par la connaissance des astres. Ajoutons-y encore certaines agitations et des esprits et des corps, que les païens mêmes attribuaient à la vertu des démons, comme vous le verrez par une observation que nous en ferons en la dernière partie de cet entretien. Ces oracles trompeurs et ces mouvements terribles des idoles, et les prodiges qui arrivaient dans les entrailles des animaux, et tant d'autres accidents monstrueux des sacrifices des idolâtres, si célèbres dans les auteurs profanes, à quoi les attribuerons-nous, Chrétiens, sinon à quelque cause occulte, qui, se plaisant d'entretenir les hommes dans une religion sacrilège par des miracles pleins d'illusion, ne pouvait être que malicieuse ? Si bien que les sectateurs de Platon et de Pythagore, qui, du commun consentement de tout le monde, sont ceux qui de tous les philosophes ont eu les connaissances les plus relevées, et qui ont recherché plus curieusement les choses surnaturelles, ont assuré comme une vérité très constante qu'il y avait des démons, des esprits d'un naturel obscur et malicieux : jusques-là qu'ils ordonnaient certains sacrifices pour les apaiser et pour nous les rendre favorables. Ignorants et aveugles qu'ils étaient, qui pensaient éteindre par leurs victimes cette haine furieuse et implacable que les démons ont conçue contre le genre humain, comme je vous ferai voir en son temps ! Et l'empereur Julian l'Apostat, lorsqu'en haine de la religion chrétienne il voulut rendre le paganisme vénérable, voyant que nos pères en avaient découvert trop manifestement la folie, il s'avisa d'enrichir de mystères son impie et ridicule religion : il observait exactement les abstinences et les sacrifices que ces philosophes avaient enseignés ; il les voulait faire passer pour de saintes et mystérieuses 1 institutions tirées des vieux livres de l'Empire et de la secrète doctrine des platoniciens. Or ce que je vous dis ici de leurs sentiments, ne vous persuadez pas que ce soit pour ap-

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