Lib. II. adv. Marcion.. n
demeurées : et en voici la solide raison, que la théologie nous apprend.
Le bonheur des créatures raisonnables ne consiste ni dans une nature excellente, ni dans un sublime raisonnement, ni dans la force, ni dans la vigueur ; mais seulement à s'unir à Dieu. Quand donc elles 1 se séparent de Dieu, comment est-ce qu'il les punit? En se retirant lui-même de ces esprits ingrats et superbes : et par là tous leurs dons naturels, toutes leurs connaissances, tout leur pouvoir, en un mot, tout ce qui leur servait d'ornement, leur tourne aussitôt en supplice : ce qui leur arrive, Fidèles, selon cette juste, mais terrible maxime, que « chacun est puni par les choses par lesquelles il a péché : Per quse peccat quis, per hsec et torquetur2. » O anges inconsidérés! vous vous êtes soulevés contre Dieu, vous avez abusé de vos qualités excellentes, elles vous ont rendus orgueilleux. L'honneur de votre nature qui vous a enflés, ces belles lumières par lesquelles vous vous êtes séduits, elles vous seront conservées ; mais elles vous seront un fléau et un tourment éternel : vos perfections seront vos bourreaux, et votre enfer ce sera vous-mêmes. Comment cela arrivera-t-il, Chrétiens? Par une opération occulte de la main de Dieu, qui se sert comme il lui plaît de ses créatures, tantôt pour la jouissance d'une souveraine félicité, tantôt pour l'exercice de sa juste et impitoyable vengeance. C'est pourquoi l'Apôtre nous crie, dans l'Epître aux Éphésiens : Revêtez-vous, mes Frères, des armes de Dieu, parce que nous n'avons point à combattre contre la chair ni le sang3, ni contre des puissances visibles-
Pénétrons la force de ces paroles : ne voyez-vous pas, Chrétiens, que dans toutes les choses corporelles, outre la partie agissante, il y en a une autre qui ne fai£ que souffrir, que nous appelons la matière? De là vient que toutes les actions des choses que nous voyons ici-bas, si nous les comparons aux actions des esprits angéliques, paraîtront languissantes et engourdies, à cause de la matière qui ralentit toute leur vigueur ; mais les ennemis que nous avons à combattre, ce n'est pas, dit l'A-