‹ Œuvres oratoires de BossuetChapitre 269 sur 441 · Yar. : Et sur cette importante · texte numérisé non relu

Yar. : Et sur cette importante

SLR LES DÉMONS. 353

là les superbes se font eux-mêmes leurs dieux, secouant le joug de l'autorité souveraine. C'est pourquoi le diable s'étant enflé par une arrogance extraordinaire, les Écritures ont dit qu'il avait affecté la divinité. Je monterai, dit-il, et placerai mon trône au-dessus des astres, et je serai semblable au Très-Haut1. Mais Dieu, qui résiste aux superbes2, voyant ses pensées arrogantes, et que son esprit, emporté d'une téméraire complaisance de ses propres perfections, ne pouvait plus se tenir dans les sentiments d'une créature, du souffle de sa bouche le précipita au fond des abîmes. Il tomba du ciel ainsi qu'un éclair, frémissant d'une furieuse colère ; et assemblant avec lui tous les compagnons de son insolente entreprise, il conspira avec eux de soulever contre Dieu toutes les créatures. Mais, non content de les soulever, il conçut dès lors l'insolent dessein de soumettre tout le monde à sa tyrannie ; et voyant que Dieu, par sa providence, avait rangé toutes les créatures sous l'obéissance de l'homme, il l'attaque au milieu de ce Jardin de délices, où il vivait si heureusement dans son innocence : il tâche de lui inspirer ce même orgueil dont il était possédé, et à notre malheur, Chrétiens, il réussit comme vous savez. Ainsi, selon la maxime de l'Évangile, « l'homme étant dompté par le diable, il devint incontinent son esclave. A quo enim quis superatus est, hujus et servus est3 » ; et le monarque du monde étant surmonté par ce superbe vainqueur, tout le monde passa sous ses lois. Enflé de ce bon succès, et n'oubliant pas son premier dessein de s'égaler à la nature divine, il se déclare ouvertement le rival de Dieu ; et tâchant de se revêtir de la majesté divine, comme il n'est pas en son pouvoir de faire de nouvelles créatures pour les opposer à son maître, que fait-il? du moins il adultère tous les ouvrages de Dieu, dit le grave Tertullian 4 ; il apprend aux hommes à en corrompre l'usage ; et les astres, et les éléments, et les plantes, et les animaux, il tourne tout en idolâtrie; il abolit la connaissance de

Page 1