‹ Œuvres oratoires de BossuetChapitre 285 sur 441 · Eudamidas de Corinthe · texte numérisé non relu

Eudamidas de Corinthe

Ce que la nécessité avait suggéré à ce philosophe païen, la charité le fait faire à mon Maître d'une manière toute divine. Il considère du haut de la croix, et sa sainte Mère, et le disciple qu'il chérissait. Près de sortir de ce monde, il voudrait leur laisser quelque chose, mais hélas ! il est nu et dépouillé. Pauvre pendant tout le cours de sa vie, il n'avait rien à lui que ses vêtements ; et déjà les avares soldats les ont partagés et ont joué sa tunique mystérieuse. Que donnerat-il donc à sa sainte mère, et que donnera-t-il à Jean, son ami ? Certes, s'il est pauvre en biens temporels, il est riche infiniment en affection. Voyez, voyez, mes Frères, la dernière libéralité x de notre Sauveur. De toutes les choses du monde, il n'a rien plus cher que Marie et que Jean, son fidèle et son bien-aimé. Il donne donc Marie à saint Jean, et il donne saint Jean à Marie : Femme, dit-il, voilà votre fils ; et : Fils, dit-il à saint Jean, voilà votre mère. Saint Jean, tout ravi d'un si beau présent, en vertu du testament de son Maître, se mit en possession de la sainte Vierge, selon la remarque du texte sacré, qui dit expressément que, dès ce temps-là, le disciple considéra Marie comme sienne : Et accepit eam discipulus in sua2. De sorte que, depuis ce temps, Jean fut le cher fils de Marie, Marie fut la chère mère de Jean ; et la parole de Jésus-Christ opéra cette adoption bienheureuse.

Entendons ceci, Chrétiens ; nous avons notre part en ce legs pieux : Jésus n'a rien dit à la croix qui ne regarde tous les fidèles. J'entreprends de vous faire voir aujourd'hui, avec l'assistance de la grâce de Dieu, que saint Jean, le favori 3 du Sauveur, tient la place de tous les chrétiens en cette action, et qu'en la seule personne de ce disciple, Jésus nous donne tous à sa sainte mère. C'est pourquoi j'ai choisi ce texte pour entretenir en ce jour votre piété. Car que prétendez-vous par ce scapulaire, sinon de porter une marque par laquelle vous vous reconnaissez enfants de Marie? Et ainsi, pour satisfaire vos dévotions, je me suis résolu de vous expli-

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