Edit. • la délicatesse de la table. 6. Galat., vi
3. Les éditeurs placentici la phrase 7. De Compunct., lib. II, n. 2.
chrétien, comme il est entre les vivants et les morts, car il y peut rester quelque petite alliance, mais tel qu'est un mort à l'égard d'un mort, tels doivent être l'un à l'autre le monde et le chrétien.
O terrible raisonnement pour nous autres lâches et efféminés, et qui ne sommes chrétiens que de nom ! Mais le grand saint Bernard l'avait fortement gravé en son cœur. Car ce qui nous fait vivre au monde, c'est l'inclination pour le monde ; ce qui fait vivre le monde pour nous, c'est un certain éclat qui nous charme dans les biens sensibles. La mort éteint les inclinations ; la mort ternit le lustre de toutes choses. Voyez le plus beau corps du monde : sitôt que l'âme s'est retirée, bien que les linéaments soient presque les mêmes, cette fleur de beauté s'efface et cette bonne grâce s'évanouit. Ainsi le monde n'ayant plus d'appas pour Bernard, et Bernard n'ayant plus aucun sentiment pour le monde, le monde est mort pour lui, et lui, il est mort au monde.
Chrétiens ! quel sacrifice le pieux Bernard offre à Dieu par ses continuelles mortifications ! Son corps est une victime que la charité lui consacre; en l'immolant, elle la conserve, afin de la l pouvoir toujours immoler. Que peut-il présenter de plus agréable au Sauveur Jésus, qu'une âme 2 dégoûtée de toute autre chose que de Jésus même ; qui se plaît si fort en Jésus, qu'elle craint de se plaire en autre chose qu'en lui ; qui veut être toujours affligée, jusqu'à ce qu'elle le possède parfaitement? Pour Jésus le pieux Bernard se dépouille de toutes choses, et même, si je l'ose dire, pour Jésus il se dépouille de ses bonnes œuvres.
Et en effet, Fidèles, comme les bonnes œuvres n'ont de mérites qu'en tant qu'elles viennent de Jésus-Christ, elles perdent leur prix sitôt que nous nous les attribuons à nous-mêmes. Il les faut rendre à celui qui les donne, et c'est encore ce que l'humble Bernard avait appris aux pieds de la croix. Combien belle, combien chrétienne fut cette parole de l'humble Bernard, lorsque étant entré dans de vives appréhensions du terrible jugement de Dieu: Je sais, je sais, dit-il3, que je ne