Joan.. xn, 31. 4. 1 Cor., I
paru jusqu'alors, fut reconnue par des miracles extraordinaires, dont toute l'antiquité s'est glorifiée. Elle fut exaltée dans un temple auguste à la gloire du Crucifié, et à la consolation des fidèles. Est-ce par un événement fortuit que cela s'est rencontré dans ce temps ? une chose si illustre est-elle arrivée sans quelque ordre secret de la Providence ? Ha ! ne le croyez pas, Chrétiens. Et quoi donc? C'est que tout a fléchi sous le joug du Sauveur Jésus. Les puissances infernales sont confondues ; tout le monde vient adorer le vrai Dieu dans l'Église, qui est son temple, et par Jésus-Christ, qui est son pontife.
Paraissez, paraissez, il est temps, ô croix, qui avez fait ces miracles ! C'est vous qui avez brisé les idoles ; c'est vous qui avez subjugué les peuples ; c'est vous qui avez donné la victoire aux valeureux soldats de Jésus, qui ont tout surmonté par la patience, [p. 18] Vous serez gravée sur le front des rois ; vous serez le principal ornement de la couronne des empereurs ; vous serez l'espérance et la gloire des chrétiens, qui diront avec l'apôtre saint Paul, qu'Us ne veulent jamais se glorifier, si ce n'est en la croix de Notre-Seigneur Jésus-Christ ; à cause que la croix, par la bienheureuse victoire qu'elle a remportée en faisant éclater la toute-puissance divine, a aussi répandu sur nous les trésors de sa miséricorde : c'est ce qui me reste à vous dire en peu de paroles.
[Second Point.]
Ce nous est, à la vérité, une grande gloire de servir un Dieu si puissant qu'est celui que nous adorons ; mais c'est particulièrement sa miséricorde qui nous oblige à nous glorifier en lui seul. Qui ne se tiendrait infiniment honoré de voir un Dieu si grand qui met sa gloire à nous enrichir? Et n'est-ce pas nous presser vivement de mettre toute la nôtre à le louer? C'est ce que fait la miséricorde. Ce Dieu, qui, par sa toute-puissance, est si fort au-dessus de nous, lui-même, par sa bonté, daigne se rabaisser jusqu'à nous, et nous communique tout ce qu'il est, par une miséricordieuse condescendance. Avouons que cela touche les cœurs, et que, s'il est
glorieux à la toute-puissance de faire craindre la miséricorde, il ne l'est pas moins à la miséricorde de ce qu'elle fait aimer la puissance.
Car, certes, il y a de la gloire à se faire aimer ; c'est pourquoi le grave Tertullien 1, dans le second livre contre Marcion, nous enseigne que, « dans l'origine des choses, Dieu [p. 19] n'avait que de la bonté, et que sa première inclination, c'est de nous bienfaire : Dcus a primordio 2 tantum bonus. » Et la raison qu'il en rend est bien évidente et bien digne d'un si grand homme : car, pour bien connaître quelle est la première des inclinations, il faut choisir celle qui se trouvera la plus naturelle, d'autant que la nature est le principe de tout le reste. Or, notre Dieu, Chrétiens, a-t-il rien de plus naturel que cette inclination de nous enrichir par la profusion de ses grâces? Comme une source envoie -ses eaux naturellement, comme le soleil naturellement répand ses rayons ; ainsi Dieu naturellement fait du bien. Étant bon, abondant, plein de trésors infinis par sa dignité naturelle, il doit être aussi, par nature, bienfaisant, libéral, magnifique.
Quand il te punit, ô impie, la raison n'en est pas en lui-même : il ne veut pas que personne périsse. C'est ta malice, c'est ton ingratitude qui attire son indignation sur ta tête. Au contraire, si nous voulons l'exciter à nous faire du bien, il n'est pas nécessaire de chercher bien loin des motifs : sa nature, d'elle-même si bienfaisante, lui est un motif très pressant et une raison qui ne le quitte jamais3. Quand il nous fait du mal, il le fait à cause de nous ; quand il nous fait du bien, il le fait à cause de lui-même. Ce qu'il est bon, c'est du sien, c'est de son propre fonds, dit Tertullien; ce qu'il est juste, c'est du nôtre: c'est nous qui fournissons par nos crimes la matière à sa juste [p. 20] vengeance : De suo optimus, de nostro justus*. Il est donc vrai, ce que nous disions, que Dieu n'a pu commencer ses ouvrages que par un épanchement général de sa bonté sur les
Lits.: Tertullian, corrigé: Ter- mon sur la Bonté et la rigueur de
tull'en. Dieu (Voy. p. 138); mais ce qui suit