‹ Œuvres oratoires de BossuetChapitre 340 sur 441 · I. Var. : que les morts sont ressuscité · texte numérisé non relu

I. Var. : que les morts sont ressuscité

Tel est le sens de tout ce discours, très court en apparence et très simple, mais plein d'un si grand sens et de tant de remarques illustres tirées des prophéties anciennes qui parlent de la grandeur du Messie, que toute l'éloquence humaine ne suffirait pas à vous en étaler les richesses. Toutefois j'ose entreprendre, Fidèles, avec l'assistance divine, d'en découvrir aujourd'hui les secrets selon la [p. 4] mesure qui m'est donnée. Je suivrai pas à pas le texte de mon évangile, conférant les paroles de notre Sauveur avec les actions de sa vie et les prédictions des prophètes dont nous avons ici un tissu. Nous admirerons tous ensemble la profonde conduite de Dieu dans la manifestation de son Fils ; mais pour y procéder avec ordre, réduisons tout cet entretien à trois chefs tirés des propres paroles du Fils de Dieu. Je remarque trois choses dans son discours : qu'il guérit les malades, qu'il catéchise les pauvres, qu'il scandalise les infidèles. Dans ses miracles, je vois sa bonté, en ce qu'il a pitié de nos maux ; dans ses instructions, je vois sa simplicité, en ce qu'il ne lie de société qu'avec les plus pauvres ; enfin, dans le scandale qu'il donne, je vois les furieuses oppositions que l'on fera à sa salutaire doctrine1.

Viens, ô Juif incrédule ! viens considérer le Messie ; viens le reconnaître par les vraies marques que t'ont données tes propres prophètes. Tu crois qu'il manifestera son pouvoir, établissant en la terre un puissant empire auquel il joindra toutes les nations, ou par la réputation de sa grandeur, ou par ses armes victorieuses. Sache que sa puissance n'éclatera que par sa bonté et par la tendre compassion qu'il aura de nos maladies. Tu te le représentes au milieu d'une cour superbe, environné de gloire et. de majesté : apprends que sa simplicité ne lui permettra pas d'avoir d'autre compagnie que celle des pauvres. Enfin tu t'imagines voir couler sa vie dans un cours continuel de prospérités, au lieu qu'elle ne sera pas un seul moment sans être injustement traversée. En un mot, le Messie promis par les oracles divins doit être un homme infiniment miséricordieux, dont le cœur s'attendrira à l'aspect des misères de no-

1 Var : je vois ses souffrances.

tre nature ; qui recevra les pauvres en sa plus intime familiarité, et épandra sur eux les trésors de sa sagesse incompréhensible, en les catéchisant avec une affection paternelle; qui, nonobstant [p. 5] son inclination libérale, et la candeur de sa vie innocente, et sa naïve simplicité, recevra mille malédictions des hommes ingrats, sans que pour cela il cesse de leur bienfaire. Voilà quel devait être le Sauveur du monde. 0 Dieu, qu'il est bien autre que les Juifs ne se l'imaginent ! S'il fût venu avec une pompe royale, les pauvres n'auraient pas osé approcher de lui, ni même le regarder ; tout le monde lui eût fait la cour, bien loin de le charger d'imprécations. C'est pourquoi, étant venu pour souffrir, il a pris une condition d'esclave; étant venu pour les pauvres, il a voulu naître pauvre, afin de pouvoir être familier avec eux. C'est le véritable portrait du Messie, notre unique libérateur, tel qu'il nous est désigné par les prophéties, tel qu'il nous est montré dans son Évangile. Considérons, en détail, Chrétiens, cet adorable tableau. Mais admirons avant toutes choses le premier trait de cette salutaire peinture que notre évangéliste nous a tracée, et voyons paraître la toute-puissance du Sauveur Jésus par le remède qu'il apporte à nos maladies. C'est le premier point de mon discours.

Pourrais-je bien vous dire, Fidèles, combien de pauvres malades et combien de sortes de maladies a guéri [s] notre miséricordieux médecin? Vous eussiez vu tous les jours à ses pieds les aveugles, les sourds, les fébricitants, les paralytiques, les possédés, et enfin l tous les autres infirmes, qui, connaissant sa grande bonté, voyaient que c'était assez de lui exposer leurs misères pour obtenir de lui du soulagement. Encore ce médecin charitable leur épargnait souvent [p. 6] la peine de le chercher ; lui-même il parcourait la Judée, et, comme dit l'apôtre saint Pierre, « il passait bienfaisant et guérissant tous les oppressés : Pertransiit benefaciendo, et sanando omnes oppressos a diabolo *. »

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