‹ Œuvres oratoires de BossuetChapitre 345 sur 441 · Yar. : Car la plus grande misère 2. Serm. ccxiv, n. S · texte numérisé non relu

Yar. : Car la plus grande misère 2. Serm. ccxiv, n. S

vient du plus grand mal

tiées ; que ceux qui ont méprisé la bonté de Uieu, éprouvent en eux-mêmes la sévérité de sa rigoureuse justice1 ; qu'étant sortis autant qu'ils ont pu de son domaine par leur révolte, ils y soient ramenés [p. 13] par leur peine, afin que tout ploie sous la main de Dieu, ou par inclination, ou par force. Par conséquent la peine est dans l'ordre, parce qu'elle ramène dans l'ordre ceux qui s'en étaient dévoyés : et donc elle est très bonne à la conduite générale de l'univers, parce que l'ordre est le bien général ; et encore qu'elle fasse souffrir le particulier, il y a du bien dans ce mal qu'il souffre, parce qu'il y a de la règle et de la raison. Donc, pour aller plus loin, il se trouvera que le péché seul est le mal proprement dit et essentiel, qui n'a aucun mélange de bien. Il faut qu'il soit le souverain mal, parce qu'il est souverainement opposé au souverain bien. Donc il est vrai, ce que je disais, que la plus grande misère, c'est le péché ; parce que la plus grande misère, c'est le plus grand mal. Donc si le péché et l'enfer pouvaient être choses séparées, il faudrait conclure nécessairement que le péché serait un mal sans aucune comparaison plus grand que l'enfer ; et partant que les réprouvés seraient misérables, moins à cause qu'ils sont damnés qu'à cause qu'ils sont pécheurs. Et encore que le sens humain y répugne, il faut que les vérités éternelles l'emportent, et qu'elles captivent nos entendements.

Et ainsi, pour revenir à notre discours, nous devons croire que tant de péchés 2 ont excité dans le cœur de notre Sauveur une douleur qui ne peut être comprise. Ha ! si Notre-Seigneur Jésus-Christ a eu une douleur si sensible pour les moindres de tous les maux, qui sont ceux qui travaillent ce corps mortel, il n'est pas imaginable combien ardemment il a désiré de donner le remède aux péchés qui abîmaient les âmes, qu'il était venu racheter, dans la dernière extrémité de misères. C'est pourquoi, s'il a donné des larmes aux maux du corps, il a donné aux maladies de nos âmes jusqu'à la dernière goutte de son divin sang. S'il a guéri les infirmités corporelles par la vertu de sa seule parole avec

1. Var. : éprouvent la sévérité de 2. Édit. : tant de pécheurs.

ea justice.

une incroyable facilité, il a voulu purger nos iniquités avec des douleurs incompréhensibles ; comme dit le prophète Isaïe1, que Dieu Va frappé pour les péchés de son peuple, qu'il a porté nos péchés sur son dos, et que nous avons été guéris par ses plaies. C'est par ce sang et par ces souffrances qu'il a ouvert à la maison de David cette belle et admirable fontaine dont parle le prophète Zacharie en son xiii chapitre. En ces jours-là, dit-il, jaillira une fontaine à la maison de David et aux habitants de Jérusalem, pour la purification des pécheurs2. C'est à vous, c'est à vous, Chrétiens, qu'est ouverte cette fontaine. Vous êtes les vrais habitants de Jérusalem, parce que vous êtes les enfants de l'Église et les héritiers des promesses qui ont été faites à la Synagogue. Vous êtes la maison de David, parce que vous êtes incorporés à Jésus, le fils de David, et que sa chair et son sang ont passé à vous. Accourez donc à cette miraculeuse [p. 14] fontaine ; venez y laver vos iniquités. On court avec tant d'empressement à ces bains que l'on s'imagine être salutaires aux corps3, et on néglige ces divines eaux où se fait la purgation de nos âmes. O stupidité ! Ô aveuglement ! Si vous avez bien compris, Chrétiens, quel mal c'est que d'offenser Dieu, combien il est terrible et inconcevable, que ne courez-vous au remède que le miséricordieux Jésus vous présente dans la pénitence? Ha! Fidèles, c'est par ce canal que coulent ces eaux saintes et purifiantes.

O Dieu! que je m'estimerais bienheureux si j'avais pu servir à vous faire entendre que les plus cruelles maladies sont, moins que rien, si nous les comparons au venin, à la peste qu'un seul péché mortel porte dans nos âmes ! Prions donc le miséricordieux médecin qui a tant pitié de nos maux, qu'il fasse ce qu'il voudra de nos corps, pourvu qu'il sauve les âmes. Quand nous sommes dans les douleurs violentes, répandons notre cœur devant lui, et disons avec une foi vive : Charitable et miséricordieux médecin, médecin descendu du ciel pour me traiter de mes maladies qui sont innombrables ; ou je suis bien malade en mon corps, si mes

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