‹ Œuvres oratoires de BossuetChapitre 346 sur 441 · Zach,, xiu · texte numérisé non relu

Zach,, xiu

douleurs sont aussi grandes que je les ressens ; ou je suis bien malade en mon âme, puisque je m'afflige si fort pour de petits maux, ou plutôt je suis bien malade en l'un et en l'autre, parce que, et les douleurs que je sens sont très aiguës, et que mon esprit s'abat trop pour des maux qui, tout cruels qu'ils sont, sont aucunement supportables. J'avoue devant vous, ô mon Dieu, que la raison devrait tenir le dessus plus qu'elle ne fait: mais qu'y ferai-je? Ma chair est infirme ; et vous savez, Seigneur, combien elle pèse à l'esprit. Pourquoi est-ce, ô bon médecin, que vous ne me rendez pas la santé? \ os Grands miracles me font bien connaître que la puissance de me soulager ne vous manque pas. Que vous ne soyez point touché de ce que j 'endure, vous qui avez toujours eu une si grande compassion pour les misérables, vous que nos seules misères ont attiré en ce monde, afin de remédier à nos maux ; ha ! certainement je ne le puis croire, et sans doute cela n'est pas. Il faut donc dire nécessairement qu'il n'est pas expédient que je guérisse, et qu'il est expédient que je souffre. Ainsi soit-il, puisqu'ainsi vous plaît. Cette médecine est amère ; mais elle me doit être très douce d'une main si chère et si bienfaisante. Oui, je le reconnais, mon Sauveur, il n'est pas encore temps de guérir mon corps. Il viendra, il viendra, ce temps bienheureux où vous •établirez dans une incorruptible santé cette chair que vous avez aimée, puisque vous en avez pris une de même nature. Alors ma chair se portera bien, parce qu'elle sera faite semblable à la vôtre, à laquelle j'ai participé dans vos saints mystères. Souffrons en attendant, si vous le voulez. Mais, du moins, ô ma douce espérance, ô mon aimable consolateur, guérissez les maladies de mon âme. [p. 15] Modérez les empressements de mon avarice, et l'ardeur de mes folles amours, et la dangereuse précipitation de mes jugements téméraires 1, et l'indiscrète chaleur de mon ambition mal réglée. Je n'ignore pas que mes maladies sont de justes punitions de mes crimes : vous, ô mon unique libérateur, qui pour moi tournez en bien toutes choses, faites que les peines

Var. : de mes soupçons téméraires.

Sermons fie Bos>aet. W

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de mes péchés soient le sceau de votre miséricorde, l'exercice de ma patience, et l'épreuve de ma vertu1.

En est-ce assez, Fidèles, sur cette matière ? Avez-vous pas connu Jésus-Christ comme médecin des infirmes? Voulez-vous que nous parlions en un mot de Jésus compagnon et évangéliste des pauvres, afin de considérer un peu plus longtemps Jésus scandale des infidèles? Renouvelez, s'il vous plaît, vos attentions.

[Deuxième Point.]

Ce sera le prophète Isaïe qui, nous ayant fait voir Jésus-Christ donnant la guérison à nos maladies, nous dira aussi qu'il est envoyé pour être l'évangéliste des pauvres. Où, par le mot de pauvres, vous devez entendre généralement tous les affligés que Jésus devait évangéliser, c'est-à-dire leur porter de bonnes nouvelles. Cela étant ainsi supposé, écoutez maintenant Isaïe en son chapitre lxi, où il parle ainsi du Messie : L'Esprit de Dieu, dit-il, est sur moi, à cause qu'il m'a oint2. Arrêtons-nous à ces mots, Chrétiens, et pénétrons-en le sens. Je dis, avant toutes choses, que le prophète parle en la personne d'un autre, selon le style ordinaire de l'expression prophétique. Car nous ne lisons rien dans les Écritures de l'onction du prophète Isaïe. Mais qui serait celui qui, étant un peu instruit du christianisme, ne verrait pas que, par ces paroles, il a manifestement désigné le Sauveur du monde? L'Esprit de Dieu est sur moi, dit-il ; et lui-même n'a-t-il pas dit qu'il sortirait une fleur de la racine de Jessé, et que sur elle reposerait l'Esprit du Seigneur3} Vous savez que Jessé, c'est le père du roi David. Quel [le] est cette fleur de la racine de Jessé, sinon le Sauveur Jésus, qui est appelé par excellence le Fils de David? Et n'est-ce pas sur lui que l'on a vu descendre le Saint-Esprit en la forme d'une colombe, quand il se fit baptiser par son précurseur? C'est pour cela que le Seigneur m'a oint, poursuit Isaïe. N'est-ce pas encore le Fils de Dieu que Dieu a oint de cette onction admirable, de laquelle

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