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même il tire son nom? Il est appelé indifféremment, dans les saintes lettres, le Messie, le Christ de Dieu, l'Oint de Dieu; et c'est dire la même chose en divers langages. Car, comme dans la loi ancienne, [p. 16] c'était par l'onction que les rois et les sacrificateurs étaient établis, le réparateur de notre nature devant être ensemble, et roi du vrai peuple, et l'unique sacrificateur du vrai Dieu, il est appelé oint de Dieu avec un titre de prérogative extraordinaire ; d'autant que, par la dignité de son onction, il devait assembler en un la royauté et le sacerdoce, qui étaient séparés dans le premier peuple. Et n'entendez pas ici, Chrétiens, quelque espèce d'onction corporelle : l'onction de notre pontife, c'est la divinité du Dieu-Verbe. Car, de même que la propriété des huiles et des onctions, c'est de s'étendre premièrement sur les choses auxquelles elles sont appliquées, et puis de les pénétrer autant qu'elles peuvent, de s'incorporer à elles en quelque façon, et d'y être si intimement attachées, qu'il ne s'en fasse qu'une même substance ; ainsi la divinité du Verbe s 'unissant à l'humanité de Jésus, elle s'est premièrement répandue sur elle en son tout et en ses parties ; elle l'a pénétrée si profondément, qu'elle s'y est effectivement incarnée : de sorte que de l'une et de l'autre il ne s'est fait plus qu'un seul tout, en suite de cette union ineffable. C'est pourquoi le Sauveur J£sus est appelé par excellence, oint et Christ, à cause de cette divine et miraculeuse onction.
Mais revenons au prophète Isaïe. L'Esprit de Dieu est sur moi, à cause que le Seigneur m'a oint. Il m'a envoyé cvangéliser les pauvres (remarquez les propres mots de notre évangile), guérir les cœurs affligés, prêcher la liberté aux captifs, annoncer l'an de pardon du Seigneur, consoler ceux qui pleurent, et changer en joie la tristesse de ceux qui [se] lamentent en Sion ; jusqu'ici parle le prophète Isaïe. Et y a-t-il un seul mot dans tout ce discours, où vous ne voyiez clairement le Seigneur Jésus dans les effets de son Évangile? Aussi s 'étant trouvé lui-même dans la synagogue, où il lut cette prophétie, il montre évidemment qu'elle s'est
accomplie en ses jours1. Mais voulez-vous, mes Frères, que je vous en fasse voir en un mot l'accomplissement? Allons, allons ensemble sur cette mystérieuse montagne où Jésus commence à ouvrir sa bouche, après s'être contenté jusqu'alors d'ouvrir celle de ses prophètes : Aperiens os suum doccbat2 ; allons à cette mystérieuse montagne : entendons-y la première prédication du Messie; voyons lui faire l'ouverture de son Évangile et jeter les fondements de la loi nouvelle; [p. 17] c'est là qu'il commence d'évangéliser. C'est pourquoi, s'étant souvenu que son ordre portait très expressément d'évangéliser les pauvres et les misérables, c'est-à-dire, comme je l'ai déjà expliqué, de leur porter de bonnes nouvelles, dans cet admirable discours il adresse d'abord la parole aux pauvres : O pauvres, que. vous êtes heureux ! car le royaume céleste vous appartient3. Quelle consolation aux pauvres, que Jésus, si riche par sa nature et si pauvre par sa volonté, leur promette de si grandes richesses ! Quelles meilleures nouvelles leur pouvait-il dire? N'est-ce pas s'acquitter de l'office auquel il était destiné par les prophéties, d'évangéliser les pauvres? Ha! que je reconnais ici clairement celui duquel le Psalmiste a dit : Honorabïle nomen eorum coram illo 4 ? Mais il poursuit de la même force. Isaïe, s'il vous en souvient, dit qu'il doit annoncer la consolation à ceux qui pleurent5. Bienheureux ceux qui pleurent, dit Nbtre-Seigneur 6, car ils seront consolés. Isaïe nous apprend que le Messie devait prêcher l'an de pardon du Seigneur7 : c'est ce qui est appelé ailleurs le temps d'indulgence, le temps de miséricorde. Et n'est-ce pas ce que fait le Sauveur Jésus, nous annonçant la miséricorde en ces termes : Bienheureux les miséricordieux, car on leur fera miséricorde 8? Isaïe assure qu'il doit annoncer à ceux qui se lamentent en Sion, que leur tristesse sera changée en joie9. Sion, c'est le lieu du temple de Dieu ; c'est la figure de son