ïlatth., v, 10. 2. Adv. Marcion., lib. IV, n
vres de Jésus-Christ ! Que toute la terre vous méprise ; c'est assez que vous ayez Jésus-Christ pour vous. Vous n'avez point d'accès dans la cour des rois ; mais souvenez [-vous] que c'est là que règne la confusion et le trouble. Courez à Jésus-Christ, ô vous qui êtes oppressés, ô malades, nécessiteux, misérables généralement qui que vous soyez : vous y trouverez la paix de vos âmes. Écoutez sa voix amoureuse qui vous appelle. Jetez-vous entre ses bras avec confiance : il les a toujours ouverts pour vous recevoir. Seulement souffrez votre pauvreté avec patience : ne murmurez ni contre Dieu, ni contre les hommes. Attendez doucement le temps de votre consolation ; et souvenez-vous que, si le monde vous tourmente, vous servez un maître qui l'a surmonté, qui n'a pu plaire au monde, et à qui le monde aussi n'a pu plaire. C'est ce qu'annonce aux pauvres le Sauveur Jésus. Dites-moi, [p. 19] en vérité, Chrétiens, pouvait-il leur dire de meilleures nouvelles? et n'avonsnous pas raison d'assurer que c'est lui véritablement qui est envoyé pour être l'évangéliste des pauvres?
[Troisième Point."!
Ce qui m'étonne, Fidèles, c'est que le Sauveur du monde étant tel que nous le venons de dépeindre, on ait été offensé de sa vie. Repassons en peu de mots, je vous prie, sur les choses que nous avons dites, et étonnons-nous devant Dieu, que l'on ait pu être scandalisé en notre Sauveur. Et premièrement, ses miracles devaient-ils pas faire taire les bouches les plus médisantes ? Une mission si bien attestée * devait-elle être jamais contestée? Encore s'il eût fait des miracles qui n'eussent de rien servi que pour faire éclater son pouvoir, peut-être aurait-on pu dire qu'il y avait de l'ambition dans ces grands ouvrages. Mais je vous ai montré que tous ses miracles ont pris leur naissance dans une tendre compassion de nos maux2 ; et jamais il n'a fait un pas
1 . Var. : Une mission attestée par sauce. » dira de même Bossuet, dans des signes si extraordinaires devait- le Discours sur l'Histoire univerelle être tant soit peu contredite? selle (II, ch. XIX). Et semblable-
2. « Tous ces miracles tiennent ment, dans une préface latine desplue de la bonté que de la puis- tinée au Nouveau Testament, et
[ue pour le bien de ce peuple ingrat. Faisons néanmoins qu'une noire envie ait encore pu se persuader qu'il se servait du don de Dieu pour s'acquérir du crédit ; qu'avait-on à dire contre sa simplicité? L'a-t-on vu à la porte des grands pour mendier leur faveur? S'est-il intrigué dans les affaires du monde? A-t-il flatté l'ambition et l'arrogance des princes? Au contraire, n 'a-t-il pas mené une vie non seulement commune et privée, mais très abjecte et très basse ; marchant en toute simplicité, vivant et conversant avec les pauvres, souffrant toujours injustice sans jamais se plaindre? Il est vrai qu'il était méprisé, mais il ne se souciait point des honneurs ; pauvre, mais il ne demandait point de richesses, bien qu'il n'eût pas seulement un gîte assuré pour reposer sa tête. Pouvait-il s'acquitter plus dignement de sa charge de prédicateur? Il allait enseignant la parole de vie éternelle que Dieu lui avait mise à la bouche. Il n'enflait pas son discours par de superbes pensées, ou par le fast l d'une éloquence mondaine ; mais il le remplissait d'une doctrine céleste, de vérités divines, [p. 20] qui donnaient aux âmes une nourriture solide, et allaient jusqu'à la racine de nos maladies. Tantôt il attirait les peuples par la douceur, tantôt il les reprenait sans les épargner, jusqu'à les appeler les enfants du diable ; leur prêchant les oracles divins, non point avec les lâches condescendances des scribes et des pharisiens, mais avec empire et autorité3, avec une liberté et une assurance digne des vérités éternelles qu'il nous venait annoncer. Que pouvait-on trouver à dire en une vie si réglée ? Ne devait-on pas admirer ce courage également inflexible aux biens et aux maux ; cette égalité de mœurs qui le faisait vivre avec tout le monde sans rigueur et sans flatterie, sans lâcheté et sans arrogance ; cette pureté d'intention qui lui faisait toujours regarder les intérêts de son Père? Et néanmoins, dit-il, il faut que je donne du scandale ; et pour faire voir la difficulté qu'il y a de n'être point offensé de sa vie : « Heureux
publiée pour la première fois dans homines miseras bonitas, et miracula
l'Appendice de notre Histoire cri- non tam splendida quant benefica... »
tique de la Prédication de Bosêuet, 1. Yoir p. 259.
nous lisons : c( Hic effusa in omnes 2. Joan., vin, 44
celui, dit-il, qui n'est point scandalisé en moi ! Beatus qui non fuerit scandalizatus in me 1. »
[P. 206i.s] O Dieu ! qui ne serait étonné des secrets terribles de la Providence? C'est ici que je dis du plus grand sentiment de mon âme avec le grave Tertullien ' : Mihi vindico Christian, mïki defendo Jesum;... quodcumque illud corpusculum sit 3 : cet innocent contredit par toute la terre, c'est le Jésus-Christ que je cherche; je soutiens que ce Jésus est à moi, je proteste qu'il m'appartient. S'il est déshonoré, s'il est abject, s'il est misérable ; j'ajouterai encore, s'il est le scandale des infidèles, « c'est mon Jésus-Christ : Si inglorius, si ignobilis, si inhonorabilis, meus erit Christus. » «Car, poursuit le même Tertullien, il m'a été promis tel dans les prophéties : Talis cnim habitu et aspectu annuntiabatur. Je reconnais celui duquel a écrit Isaïe, au chapitre xxviii, que c'est- une pierre élue, une pierre de salut 4 pour son peuple ; et au chapitre Vin, que c'est une pierre d'achoppement : tous ceux qui s'y heurteront seront brisés 5. Je reconnais celui duquel le Psalmiste a chanté : La pierre qu'ils ont rejetée en bâtissant, est devenue la pierre angulaire6, qui soutient tout le corps de l'édifice. Enfin je reconnais celui duquel Siméon a dit, le tenant entre ses bras dans le Temple : Celui-ci est établi pour la ruine et pour la résurrection de plusieurs, et pour un signe auquel on contredira 7 ; celui enfin qui a dit de lui-même à l'aveugle qu'il avait éclairé bien plus en son esprit qu'en son corps : Je suis venu en jugement en ce monde, afin que ceux qui ne voient pas commencent à voir et que ceux qui voient soient aveuglés*, [p. 21] Chrétiens, ne tremblez-vous pas à ces paroles de notre Sauveur? Toutefois j'espère de la miséricorde de Dieu qu'elles ne sont pas dites pour vous. Tremblez, infidèles ; tremblez, endurcis : c'est vous seuls que Jésus aveugle. Et vous, vrais fidèles de Jésus-Christ, vous qui avez sa