Ephes., Il
réserve le secret pour un temps, dès à présent il t'en abandonne l'usage ; et sa miséricordieuse bonté a tellement disposé toutes choses, qu'y croire, c'est ta santé, le connaître, ce sera ta félicité.
Est-il rien de plus convenable? D'autant plus que ce grand médecin qui entreprend de traiter tes plaies, connaissant parfaitement leur malignité et le vice de ta nature, a bien vu qu'il n'y avait rien qui te fût plus propre ni plus nécessaire que l'humilité. O homme, si tu l'entends, l'orgueil est ta maladie la plus dangereuse. C'est par l'orgueil que, secouant le joug de l'autorité souveraine, par laquelle ton âme doit être régie, tu t'es fait toi-même ta loi ; la conduite de ta raison, ç'ont été ses propres lumières ; la règle de ta volonté, ç'ont été ses inclinations. C'est là ta blessure mortelle. Il faut que ces deux facultés soient humiliées, afin qu'elles puissent être guéries. Comme ta volonté s'abaisse par l'obéissance, ton entendement se soumet par la foi. Tu soumets ta volonté à ton Dieu, quand tu embrasses les choses, parce qu'il les veut ; tu lui soumets ton entendement quand tu les crois parce qu'il les dit. Cette soumission te semble bien grande. Mais un Dieu, homme pour l'amour de nous, un Dieu, mort pour l'amour de nous, veut un sacrifice plus entier dans un abaissement plus profond. Car un Dieu-homme et un Dieu mourant, n'est-ce pas un Dieu [p. 23] anéanti, comme dit l'Apôtre 1 ? Et quel doit être le sacrifice d'un Dieu anéanti pour l'amour de l'homme, sinon l'homme anéanti devant Dieu? Or, ce ne serait pas faire beaucoup pour lui que de pratiquer les choses aisées, et de croire celles qui sont plausibles ; de sorte que, pour la perfection de ce sacrifice que nous devons offrir au Dieu incarné, il fallait et faire les choses qui sont pénibles 2, et croire les incroyables. Ainsi nous détruisons devant lui tout ce que nous sommes, afin que tout soit réparé de sa main3. C'est pourquoi il était à propos, pour rétablir la raison humaine par l'humilité, que les vérités de Jésus fussent incroyables. Et tout ce qui est incroya-