DE LA BRIÈVETÉ DE LA VIE
Cette célèbre Méditation 1 a été écrite par Bossuet, à Langres, pendant sa retraite pour le sous-diaconat, septembre 1648. (Voy. Histoire critique, p. 120-122.)
C'est bien peu de chose que l'homme, et tout ce qui a fin est bien peu de chose. Le temps viendra où cet homme qui nous semblait si grand ne sera plus, où il sera comme l'enfant qui est encore à naître, où il ne sera rien. Si longtemps qu'on soit au monde, y serait-on mille ans, il en faut venir là. Il n'y a que le temps de ma vie qui me fait différent de ce qui ne fut jamais : cette différence est bien petite, puisqu'à la fin je serai encore confondu avec ce qui n'est point, et qu'arrivera le jour où il ne paraîtra pas seulement que j'aie été, et où peu m'importera combien de temps j'aie été, puisque je ne serai plus. J'entre dans la vie avec la loi d'en sortir, je viens faire mon personnage, je viens me montrer comme les autres; après, il faudra disparaître. J'en vois passer
1. Ms. fr. 12822, f. 370. En tête de la feuille, on lit la fin d'une autre Méditation, sur la Pénitence. Yoici ce fragment :
f ... la charité] < qui fait l'union.
vinculum perfectionis (Coloss., ni, 14 |. De sorte que je ne suis plus que comme ces membres qui pendent et ne sont plus rien au corps qu'un fardeau inutile. Il n'y a que la foi et l'espérance qui me demeurent : encore sont-elles mortes, car elles n'ont leur vie que par la charité.
liais au moins je tiens au corps par elles, comme par quelques petites fibres. Ce sont les semences de la vie.Qui les fomentera, ces semences ?
qui leur donnera la chaleur vitale ?
Il faut en prier aujourd'hui la Mère de Dieu. Yoici ma résolution et ma prière.
•< Mère de mon Dieu, c'est dans Vos chastes entrailles que le Verbe
a pris sa nouvelle vie : je vous prie par ce sang pur et virginal que vous lui avez donné pour la recevoir, que je puisse par votre intercession recouvrer la vie nouvelle qui m'a été communiquée par le Verbe. Et d'autant que cette vie nouvelle, <pii réside principalement en lui, se répand de lui immédiatement sur vous comme à la partie qui a le plus d'union avec lui, et qu'y entrant toute pure avec abondance, elle se peut de là répandre sur les autres par votre moyen, souffrez que j'aie recours à votre intercession, et que je vous prie de faire en sorte auprès de votre Fils qu'il anime ce reste de vie spirituelle que le péché m'a laissé malgré si malice, par la grâce de Dieu, et que je puisse ensuite vivre à Jésu« et Jésus en moi. Et cela pour jamais. y>