‹ Œuvres oratoires de BossuetChapitre 37 sur 441 · BRIÈVETÉ DR LA VIE. MÉDITATION · texte numérisé non relu

BRIÈVETÉ DR LA VIE. MÉDITATION

devant moi, d'autres me verront passer; ceux-là mêmes donneront à leurs successeurs le même spectacle ; et tous enfin se viendront confondre dans le néant.

Ma vie est de quatre- vingts ans tout au plus ; prenons en cent : qu'il y a eu de temps où je n'étais pas! qu'il y en a où je ne serai point ! et que j 'occupe peu de place dans ce grand abîme de temps 1 ! Je ne suis rien ; ce petit intervalle n'est pas capable de me distinguer du néant où il faut que i 'aille. Je ne suis venu que pour faire nombre, encore n'avait-on que faire de moi ; et la comédie ne se serait pas moins bien jouée, quand je serais demeuré derrière le théâtre. Ma partie est bien petite en ce monde, et si peu considérable que, quand je regarde de près, il me semble que c'est un songe de me voir ici, et que tout ce que je vois ne sont que de vains simulacres : Prseterit figura hujus mundi2.

Ma carrière est de quatre-vingts ans tout au plus ; et, pour aller là, par combien de périls faut-il passer? par combien de maladies, etc. ? à quoi tient-il que le cours ne s'en arrête à chaque moment? Ne l'ai-je pas reconnu quantité de fois? J'ai échappé la mort à telle et telle rencontre : c'est mal parler, j'ai échappé la mort3: j'ai évité ce péril, mais non pas la mort : la mort nous dresse diverses embûches ; si nous échappons l'une, nous tombons en une autre ; à la fin, il faut venir entre ses mains.

11 me semble que je vois un arbre battu des vents; il y a des feuilles qui tombent à chaque moment ; les unes résistent plus, les autres moins : que s'il y en a qui échappent de l'orage, toujours l'hiver viendra, qui les flétrira et les fera tomber ; ou comme dans une grande tempête, les uns sont soudainement suffoqués, les autres flottent sur un ais abandonné aux vagues ; et lorsqu'ils croient4 avoir évité tous les périls, après avoir duré longtemps, un flot les pousse contre un écueil et les brise. Il en est de même : le grand nombre d'hommes qui courent la même carrière fait que quelques-uns passent jusqu'au

1. Gandar : dans ce grand abîme un flot le pousse, etc. — Il y a en

des ans. effet le singulier au manuscrit : mais

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