‹ Œuvres oratoires de BossuetChapitre 399 sur 441 · Levit., xvi, 34. 2. Levit.. xvi. 1 et seq · texte numérisé non relu

Levit., xvi, 34. 2. Levit.. xvi. 1 et seq

cei! ; ensuite il priera devant l'arche pour ses péchés et pour ceux des Israélites, et sa prière sera agréable. Qui ne voit ici, Chrétiens, que ce n'est point par son propre mérite que l'accès lui est donné dans le sanctuaire? C'est, le sang de la victime immolée qui l'introduit et qui le fait agréer. Je vous prie, voyez le mystère : l'hostie est offerte hors du sanctuaire, mais son sang est porté dans le Saint des saints ; par le sang le pontife pénètre au dedans du voile, par le sang il approche de Dieu, par le sang ses prières sont exaucées. Dites-moi, Fidèles, quel est ce sang? Le sang des bêtes brutes est-il capable de réconcilier l'homme? notre Dieu se plaît-il si fort dans le sang des animaux égorgés, qu'il ne pui/se souffrir son pontife devant sa face, s'il n'est, pour ainsi dire, teint de ce sang? A travers de ces ombrfcs, ne découvrez-vous pas le Seigneur Jésus qui, par son sang, ouvre le sanctuaire éternel ? Mais il faut vous le faire toucher au doigt. Je vous demande quel est ce pontife dont la dignité est si relevée, que lui seul peut T entrer dans le sanctuaire ; dont l'imperfection est si grande, qu'il n'y peut entrer qu'une fois l'année, qu'il n'y peut introduire son peuple, et qu'il n'y est lui-même introduit que [par] le sang d'un bouc et d'un veau? C'était les victimes que l'on offrait2. Quelle est la majesté de ce sanctuaire, où on entre avec tant de cérémonies? mais quelle est l'imperfection de ce sanctuaire, dont l'entrée, si sévèrement interdite, est ouverte enfin par le sang d'une bête sacrifiée? Enfin quelle est la vertu et tout ensemble l'imbécillité de ce sang, qui donne la liberté d'approcher de l'arche, mais qui ne la donne qu'au pontife seul, qui ne la lui donne que pour un moment, et laisse après cela l'entrée défendue par une loi éternelle et inviolable?

Dites-nous, ô Juifs aveuglés, qui ne voulez pas croire au Sauveur Jésus, d'où vieni cet étrange assemblage d'une dignité si auguste et d'une imperfection si visible : tout cela ne vous prêche-t-il pas que ce sont [des] figures? Parce que vos cérémonies sont des ombres, elles

l.Edit. : t>ût entrer. (Erreur de à cette date 'l lecture : il y a bien peut, écrit vusi, 2 Phrase omise par les éditeurs

comme dans peuslétie ou peust estre.

ont de l'imperfection ; et elles ont aussi de la dignité, à cause des mystères de Jésus qu'elles représentent. Ce sang, ce pontife, ce Saint des saints, ne vous crie-t-il pas : Peuple, ce n'est pas ici ton pontife qui t'introduira au vrai sanctuaire ; ce n'est pas ici le vrai sang qui doit purger tes iniquités ; ce. n'est pas ici ce grand sanctuaire où repose la majesté du Dieu d'Israël : Dieu t'envoiera un jour un pontife plus excellent, qui, par un meilleur sang, t'ouvrira un sanctuaire bien plus auguste.

Admirez en effet, mes très chères Sœurs, comme tant de choses apparemment l si enveloppées, et qui semblent si contraires en elles-mêmes, cadrent et s'ajustent si proprement au Sauveur Jésus ! Le pontife offre son sacrifice hors du sanctuaire, au milieu de l'assemblée de son peuple ; le sacrifice de la mort de Jésus se fait sur la terre au milieu des hommes. Le pontife entre au dedans du voile, c'est-à-dire dans le Saint des saints ; Jésus, après son sanglant sacrifice, pénètre au vrai Saint des saints, c'est-à-dire au ciel. Le pontife n'offre qu'une fois l'année ce sacrifice qui découvre le sanctuaire; Jésus-Christ n'a offert qu'une fois ce sacrifice d'une vertu infinie, par lequel les cieux sont ouverts : car, Fidèles, qui ne sait que l'année, dans sa perfection accomplie, représente en abrégé l'étendue des siècles, puisqu'il est si évident que les siècles ne sont que des années révolues? Le pontife, ayant immolé sa victime sur l'autel du premier tabernacle, porte son sang devant la face de Dieu dans son sanctuaire, afin de l'apaiser sur son peuple ; Jésus, ayant immolé sur la terre, n'accomplitil pas ce mystère, montant aujourd'hui dans les cieux? Voyez comme il s'approche du trône du Père, lui montrant ses blessures, toutes récentes, toutes teintes et toutes vermeilles de ce divin sang, de ce sang de la nouvelle alliance, versé pour la rémission de nos crimes. N'est-ce pas là, mes Frères, porter vraiment devant la face de Dieu le sang de la victime innocente qui a été immolée pour notre salut? Ouvrez-vous donc, voile mystérieux ; ouvrez-vous, sanctuaire éternel de la Tri-

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