Var. : Nous y monterons. — 2. E plies., I
Modifie par suite de l'éloquente in- 3. Apoc, III, 21,
sertion : •( Hé ! sommes-nous encore 4. Hebr., vu. 2-1
excommuniés..?» introduite après 5. Hebr., vil, 25.
coup entre les lignes. 6. Lâchât a lu ici : « trié des hom-
et qu'il est établi pour les hommes, en ce qui doit être traité avec Dieu : d'où il résulte que le pontife est l'ambassadeur du peuple vers Dieu. Puis donc que Notre-Seigneur Jésus est notre pontife, il s'ensuit qu'il est notre ambassadeur. Admirons ici le bonheur des hommes, en ce que notre prince même daigne bien être notre ambassadeur. Or il est sans doute qu'étant notre ambassadeur auprès de son Père, il fallait qu'il résidât près de sa personne ; et ensuite qu'il y négociât nos affaires, qu'il lui portât toutes les paroles de notre part, qu'il nous conciliât la bienveillance de ce grand Dieu, et qu'il maintînt la bienheureuse alliance qu'il lui a plu de faire avec nous : tel [le] est la fonction d'un ambassadeur. C'est pour cela que notre pontife ne cesse de solliciter son Père pour nous : il est toujours vivant pour intercéder ; et de là vient que l'Écriture lui donne cette excellente qualité de médiateur, de laquelle il est nécessaire que je tâche de vous faire comprendre la force.
Et premièrement il est manifeste que Jésus-Christ prie, et que nous prions ; que Jésus-Christ s'entremet pour nous, et que nous nous entremettons les uns pour les autres à cause de la charité fraternelle. Et d'autant que les saints sont nos frères, cette charité sincère et indivisible qui les lie de communion avec nous, les oblige de prier et d'intercéder pour cette partie des fidèles qui combat en terre. Cette vérité n'est point contestée : nos adversaires mêmes ne désavouent pas que les bienheureux ne prient Dieu pour nous. Cette doctrine donc étant si constante, qu'a de particulier le Seigneur Jésus, pour lui donner singulièrement et par excellence cette belle qualité de médiateur? Le mettrons-[nous] avec le reste du peuple dans le nombre des suppliants? Chrétiens, entendons ce mystère. C'est autre chose de s'entremettre par charité, autre chose d'être le médiateur établi pour faire valoir les prières et donner poids à l'entremise des autres. Apportons un exemple familier. C'est autre chose de s'entremettre
mes. » Cette interprétation, sans légitime, correspondant au texte de être absurde, doit, croyons-nous, saint Paul : ex hominibus assumptus. être écartée. Tiré est une leçon fort
près d'un monarque, et d'y rendre aux personnes que nous chérissons les offices d'un bon ami ; autre chose d'être établi par le prince même pour lui rapporter toutes les requêtes, pour distribuer toutes les grâces, pour présenter tous ceux qui viennent demander audience. Jésus est le médiateur général; nul n'est agréé s'il n'est présenté de sa main : si la prière n'est faite en son nom, elle ne sera pas seulement ouïe 1 ; nul bienfait n'est accordé que par lui. Et que pourrai-je vous dire de ce saint pontife, par qui toutes les prières sont exaucées, par qui toutes les grâces sont entérinées, par qui toutes les offrandes sont bien reçues, par qui tous ceux qui veulent s'approcher de Dieu sont très assurés d'être admis? Quelle dignité, Chrétiens! De toutes les parties de la terre les vœux viennent à Dieu par Jésus: tous ceux qui invoquent Dieu comme il faut, l'invoquent au nom de ce grand pontife, que Tertullian appelle fort bien « Catholicum Patris sacerdotem2, le pontife universel établi de Dieu pour offrir les vœux de toutes les créatures. » Non, ni les patriarches, ni les prophètes, ni les apôtres, ni les martyrs, ni les séraphins mêmes, tout brillants d'intelligence, tout brûlants d'amour; ni la Reine de tous les esprits bienheureux, l'incomparable Marie, ne peuvent aborder du trône de Dieu, si Jésus ne les introduit. Ils prient, nous n'en doutons pas, et ils prient pour nous; mais ils prient comme nous au nom de Jésus, et ils ne sont écoutés qu'en ce nom.
C'est pourquoi je ne craindrai pas d'assurer qu'encore que l'Église de Dieu sur la terre et les esprits bienheureux dans le ciel ne cessent jamais de prier, il n'y a que Jésus-Christ seul qui soit exaucé ; parce que tous les autres ne le sont qu'à cause de lui. C'est, mes Sœurs, pour cette raison que, dans les prières ecclésiastiques, nous prions Dieu au nom de Notre-Seigneur Jésus- Christ, d'avoir agréables les oraisons que les saints lui présentent pour nous. Si elles étaient valables par elles-mêmes, quelle serait notre hardiesse de demander qu'elles fussent reçues ! Est-ce peut-être que nous es-
1. Var. : nulle prière ne peut être 2. Adcers. Jlarcion., lib. IV, n. 2.
reçue, si elle n'est faite en son nom.
pérons que notre entremise les fera valoir? D'où vient donc cette façon de prier? Nous demandons les intercessions de nos frères qui régnent avec Jésus-Christ, et en même temps nous prions notre Dieu qu'il daigne écouter leurs prières : prétendons-nous que nos oraisons donneront prix \ à celles des saints ? Qui le croirait ainsi, il2 entendrait mal l'intention de l'Église. Elle prétend par là nous faire connaître que lorsque nous implorons l'assistance des saints qui nous attendent dans le paradis, c'est pour joindre nos prières aux leurs, c'est pour faire avec eux une même oraison et un même chœur de musique, un même concert, comme nous ne faisons qu'une même Église. Et encore que nous sachions que cette union soit 3 très agréable à notre grand Dieu, toutefois nous confessons, priant de la sorte, qu'elle ne lui plaît qu'à cause de son cher Fils, que c'est le nom de Jésus qui prie et qui donne accès, qui fléchit, et qui persuade le Père.
Cela nous est excellemment figuré au quatrième et cinquième chap[itresj de l'Apocalypse4 : là nous est représenté le trône de Dieu, où est assis Celui qui vit aux siècles des siècles, et autour les vingt-quatre vieillards qui, pour plusieurs raisons qu'il serait trop long de déduire ici, signifient tous les esprits bienheureux. Chacun de ces vieillards porte en sa main une fiole d'or pleine de parfums, qui sont les oraisons des saints, dit saint Jean, c'est-à-dire des fidèles, selon la phrase de l'Écriture. Vous voyez donc, mes Sœurs, que ce vénérable sénat qui environne le trône du Dieu vivant a soin de lui présenter nos prières ; ce n'est pas moi qui le dit5, c'est saint Jean. Mais n'est-ce point entreprendre, me dira-t-on, sur la dignité de notre Sauveur ? A Dieu ne plaise qu'il soit ainsi ! Les vieillards environnent le trône ; mais, devant le trône, au milieu des vieillards, l'apôtre nous y représente un Agneau comme
1. Édit.: donnent du prix. gelas avoue que l'accord se faisait
1. Les éditeurs suppriment ce il, parfois ainsi. Chapelain et Patru
conforme à la syntaxe du temps. voulaient même qu'on fût tenu à
3. Subjonctif amené par le pre dire : C'est moi qui a fait cela (~Rcmier : attraction. marques de Vauaelas. édit. Chassang,
4. Apoc, iv, 2 et seq.; v, 8. t. I, pp. 168 a 171.) ' 6. Ce n'eit pas moi qui le dit. Vau-
tué1, devant lequel les vieillards se prosternent2. Qui ne voit que cet Agneau, c'est notre Sauveur? Il paraît, comme tué, à cause des cicatrices de ses blessures et parce que sa mort est toujours présente devant la face de Dieu : il est au milieu de tous ceux qui prient, comme celui par lequel ils prient et qu'ils regardent tous3 en priant: il est devant le trône, afin que nul n'approche que par lui seul ; il paraît entre Dieu et ses fidèles adorateurs, comme le médiateur de Dieu et des hommes, comme celui qui doit recevoir les prières, qui les doit porter à Dieu dans son trône. Ainsi les saints présentent nos oraisons, ils y joignent les leurs, comme frères, comme membres du même corps, mais le tout est offert au nom de Jésus.
Que reprendront nos adversaires dans cette doctrine? n'est-elle pas également pieuse et indubitable? Je sais qu'ils nous diront que nous appelons les saints nos médiateurs ; et encore que je pusse 4 répondre que le saint concile de Trente ne se sert point de cette façon de parler, non plus que l'Église dans ses prières publiques, je leur veux accorder que nous les nommons ainsi quelquefois. Mais que je leur demanderais volontiers, si la miséricorde divine en avait amené ici quelques-uns, que je leur demanderais volontiers si c'est le nom ou la chose qui leur déplaît ! Pour ce qui est de la doctrine, il est clair qu'étant telle que je l'ai proposée, elle est au-dessus de toutes censures. L'honneur demeure entier à notre Sauveur. Il est le seul qui ait accès par luimême. Tous les autres, si saints qu'ils soient, ne peuvent rien espérer que par lui. Et par là, le titre de médiateur lui convient avec une prérogative si éminence, que qui voudrait l'attribuer en ce sens à d'autres qu'à lui, il ne le pourrait pas sans blasphèmes. C'est aussi ce qui a fait dire à l'Apôtre : Un Dieu, un Médiateur de Dieu et des hommes5. Que si nos adversaires se fâchent de ce que nous attribuons quelquefois aux serviteurs de Notre-Seigneur Jésus-Christ un titre qui, par