‹ Œuvres oratoires de BossuetChapitre 415 sur 441 · Rom., vu · texte numérisé non relu

Rom., vu

puis la chute du premier père, dans lequel, comme dans la tige du genre humain, toute la race des hommes a été gâtée par une corruption générale.

Et pour mieux comprendre nos infirmités, considérons, avant toutes choses, quelle était la fin à laquelle notre nature était destinée. Certes, puisqu'il avait plu à notre grand Dieu de laisser tomber sur nos âmes une étincelle de ce feu divin qui éclaire les créatures intelligentes, il est sans doute que nos actions devaient être conduites par la raison. Or il n'y avait rien de plus raisonnable que de consacrer tout ce que nous sommes à celui dont la libéralité nous a enrichis ; et partant, notre inclination la plus naturelle devait être d'aimer et de servir Dieu : c'est à quoi tout l'homme devait conspirer. D'où passant plus outre, je dis que les sens étant inférieurs à l'intelligence, il fallait aussi que les biens sensibles le cédassent aux biens de l'esprit ;. et ainsi, pour mettre les choses dans un bon [p. 14] ordre, les affections de l'homme devaient être tellement disposées, que l'esprit dominât sur le corps, que la raison l'emportât sur les sens, et que le Créateur fût préféré à la créature. Vous voyez bien qu'il n'y a rien de plus juste ; et si la nature humaine était droite, telles devraient être ses inclinations.

Mais, ô Dieu ! que nous en sommes bien éloignés ! et que cette belle disposition est étrangement pervertie, puisque, par le désordre de notre péché, nos inclinations naturelles se sont tournées aux objets contraires ! Car certainement la plupart des hommes suit l'inclination naturelle. Or il n'est pas difficile de voir qu'est-ce qui domine le plus dans le monde. La première vue, n'est-il pas vrai? c'est qu'il n'y a que les sens qui régnent, que la raison est opprimée et éteinte. Elle n'est écoutée qu'autant qu'elle favorise les passions : nous n'avons d'attachement qu'à la créature; et si nous suivons1 le cours de nos mouvements, nous en viendrons bientôt 2 à oublier Dieu. Qu'ainsi ne soit, regardez quel était le monde avant que l'on y eût prêché l'Évangile. Où était en ce temps-là le règne de Dieu, et à qui est-ce qu'on

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