Var. : avec. — Entendons par 5. Var. : le dissimuler
assez où tend 1 la pente de notre cœur. D'où vient que tous les sages s'accordent que le chemin du vice est glissant ? d'où vient que nous connaissons par expérience que non seulement nous y tombons de nousmêmes, mais encore que nous y sommes comme entraînés, au lieu que, pour monter à cette éminence , où la vertu établit son trône, il faut se roidir et bander les nerfs avec une incroyable contention? Après cela, est-il malaisé de connaître où nous porte le poids de notre inclination dominante? et qui ne voit que nous allons au mal naturellement, puisqu'il faut faire effort pour nous en tirer, et que nous n'en pouvons sortir qu'avec peine? De là vient que la doctrine de l'Évangile, qui ne peut repaître que l'entendement, ne tient presque point à notre âme ; et au contraire, les choses sensibles y font de profondes impressions. J'en appelle, Chrétiens, à vos consciences. Quelquefois quand vous entendez discourir des mystères du royaume de Dieu, ne vous sentez-vous pas échauffés? Vous ne concevez que de grands desseins ; faut-il faire le premier pas de l'exécution, n'est-il pas vrai que le moindre souffle du diable éteint cette flamme errante et volage qui ne prend pas à sa matière 3 ? Il est vrai : nous sentons je ne sais quel instinct en nous-mêmes, qui voudrait, ce nous semble, s'élever à Dieu ; mais nous sentons aussi un torrent de cupidités opposées, qui nous entraînent et qui nous captivent. De là les gémissements de l'Apôtre 4 et de tous les vrais serviteurs de Dieu, qui se plaignent qu'ils sont captifs, et que, malgré tous leurs bons désirs, ils éprouvent continuellement en eux-mêmes une certaine résistance à la loi de Dieu, qui les presse et qui les tourmente. Et partant, qui serait si superbe, qui°, voyant l'apôtre saint Paul ainsi vivement attaqué, ne confesserait pas devant Dieu, dans l'humiliation de son âme, que vraiment notre maladie est extrême, et que les plaies de notre nature sont bien dangereuses 6 ?