Var. : est. 4. Rom., vu
2. Var. : pour gagner cette émi- 6. Phrase toute latine : m superbe, nence. qui ne confesserait ; pour qu'il ne
3. Idée déjà rencontrée dans le confessât, tour plus fréquent, mais sermon de la Conception, 1652. On lui-même plus latin que fiançais. voit déjà le progrès. 6. Var. : profondes.
[P. 16] Je sais que l'orgueilleuse sagesse du monde ne goûtera pas cette humble doctrine du christianisme. La nature, quoique impuissante, n'a jamais été sans flatteurs, qui l'ont enflée par de vains éloges, parce qu'en effet ils ont vu en elle quelque chose de fort excellent ; mais ils ne se sont point aperçus qu'il en était comme des restes d'un édifice autrefois très régulier et très magnifique, renversé maintenant et porté par terre, mais qui conserve encore dans sa ruine quelques vestiges de son ancienne grandeur et de la science de son architecte1. Ainsi nous voyons encore en notre nature quoique malade, quoique disloquée, quelques traces de sa première institution ; et la sagesse humaine s'étant bien voulu tromper par cette apparence, encore qu'elle y remarquât des défauts visibles, elle a mieux aimé couvrir ses maux par orgueil, que de les guérir par l'humilité. J'avoue même que les hommes, pour la plupart, ne remarquent pas, comme il faut, cette résistance dont nous parlons ; mais combien y a-t-il de malades qui ne sentent pas leur infirmité ! Cela, cela, Fidèles, c'est le plus dangereux effet de nos maladies, que nous sommes réduits aux abois, et qu'une folle arrogance nous persuade que nous sommes en bonne santé : c'est en cela même que je suis plus malade, que je ne sais même pas déplorer ma misère ni implorer le secours du Libérateur ; faible et altier tout ensemble, impuissant et présomptueux.
Et d'ailleurs je ne m'étonne pas, si, vivant comme nous vivons, nous ne sentons pas la guerre éternelle que nous fait la concupiscence. Lorsque vous suivez en nageant le cours de la rivière qui vous conduit, il vous semble qu'il n'y a rien de si doux ni de si paisible ; mais si vous remontez contre l'eau, si vous vous opposez à sa chute, c'est alors, c'est alors que vous éprouvez la rapidité de son mouvement. Ainsi je ne m'étonne pas, Chrétien, si menant une vie paresseuse, si ne faisant aucun effort pour le ciel, si ne songeant point à t 'élever au-dessus de l'homme pour commencer à jouir
1. C"est déjà la pensée que le dis- à soi-même que Bossuet l'empruncom&pourla Professionde AJme de La tera alors (1675), et non aux Pensées Vallu re rendra si célèbre. C'est donc de Pascal, qui parurent en 1670.
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de Dieu, tu ne sens pas la résistance de la convoitise; c'est qu'elle t'emporte toi-même avec elle : vous marchez ensemble d'un même pas, et vous allez tous deux dans la même voie; ainsi son impétuosité t'est imperceptible.
Un saint Paul, un saint Paul la sentira mieux. Parce qu'il a ses affections avec Jésus-Christ, les inclinations charnelles le blessent ; parce qu'il aime la loi du Sauveur, tout ce qui s'y oppose, lui devient sensible. Saint Augustin * [p. 17] a bien compris sa pensée. Il a voulu, dit-il, faire voir à l'homme combien était grande son impuissance, et combien déplorable son infirmité, puisqu'une loi si juste et si sainte lui devenait un poison mortel ; « afin que, par ce moyen, nous reconnussions humblement qu'il ne suffit pas que Dieu nous enseigne, mais qu'il est nécessaire qu'il nous soulage, non solum magistrum et doctorem sibi esse necessarium, verum. etiarn adjutorem Deum 2. » C'est pourquoi ce grand docteur des gentils, après avoir dit de la Loi toutes les choses que je vous ai rapportées, il commence à se plaindre de sa servitude. Je me plais, dit-il3, à la loi de Dieu selon l'homme intérieur; mais je sens une loi en moi-même qui répugne à la loi de Vesprit, et me captive sous la loi du péché : car je ne fais pas le bien que je veux, mais je fais le mal que je hais. Malheureux homme que je suis, qui me délivrera de ce corps de mort? La grâce de Dieu par Notre-Seigneur Jésus-Christ. C'est là enfin, Fidèles, c'est à cette grâce que notre impuissance nous doit conduire. La Loi ne fait autre chose que de nous montrer ce que nous devons demander à Dieu, et de quoi nous avons à lui rendre grâce; et c'est ce qui fait dire à saint Augustin 4 : Faites ainsi, Seigneur, fuites ainsi, Seigneur miséricordieux : commandez ce qui ne peut être accompli ; ou plutôt commandez ce qui ne peut être accompli que par votre grâce ; afin que tout fléchisse devant vous; et que celui qui se glorifie, se glorifie seulement en Notre-Seigneur.
C'est là la vraie justice du christianisme, qui ne vient pas en nous par nous-mêmes, mais qui nous est donnée
1. Cf. la seconde rédaction, p. 57:;. 3. Rom.. VII, 15, 22-25.
2. De Spirit. et lîtt., n. 9. 4. In Ps. cxvin. serm. xvu, n. 3
par le Saint-Esprit : c'est là cette justice qui est par la foi, que l'apôtre saint Paul élève si fort ; non pas comme l'entendent nos adversaires, qui disent que toute la vertu de justifier consiste en la foi. Ils n'ont pas bien pris le sens de l'Apôtre ; et je le prouve démonstrativement en un mot que je vous prie de retenir pour les combattre dans la rencontre. Saint Paul en la Ire aux Corinthiens, chap. xm : Si, dit-il, j'ai toute la foi, jusqu'à transporter les montagnes, et que je n'aie pas la charité, je ne suis rien. S'il n'est [p. 18] rien, donc il n'est pas juste ; donc la foi ne justifie pas sans la charité. Et toutefois il est véritable que c'est la foi en Jésus-Christ qui nous justifie, parce qu'elle n'est pas seulement la base, mais la source qui fait découler sur nous la justice qui est par la grâce. Car, comme dit le grand Augustin, « ce que la loi commande, la foi l'impètre : Fides impetrat quod lex imperat l. » La Loi dit : Tu ne convoiteras point 2 ; la foi dit avec le Sage : Je sais, ô grand Dieu, et je le confesse, que personne ne peut être continent, si vous ne le faites3. Dieu dit par la Loi : Fais ce que j'ordonne ; la foi répond à Dieu : Donnez, Seigneur, ce que vous ordonnez4. La foi fait naître l'humilité, et l'humilité attire la grâce, et c'est la grâce qui justifie5. Ainsi notre justification se fait par la foi, la foi en est la première cause ; et en cela nous différons du peuple charnel, qui ne considérait que l'action commandée, sans regarder le principe qui la produit. Quand ils lisaient la Loi, ils ne songeaient à autre chose qu'à faire ; et ils ne pensaient pas qu'il fallait auparavant demander. Pour nous, nous écoutons, à la vérité, ce que Dieu ordonne ; mais la foi en Jésus-Christ nous enseigne que c'est de Dieu même qu'il le faut attendre. Ainsi notre justice ne vient pas des œuvres en tant qu'elles se font par nos propres forces ; elle naît de la foi, qui, opérant par la charité, fructifie en bonnes œuvres, comme dit l'Apôtre6.
En effet, croire en Jésus-Christ, n'est-ce pas croire au Sauveur, au Libérateur? Et quand nous croyons au
1. In Ps. cxviii, serm. xvi. n. 2. 4. S. Auçc.. Confess., lib. x.