‹ Œuvres oratoires de BossuetChapitre 430 sur 441 · Matth.. XI, 8. ble difficile d'imputer à la crainte le · texte numérisé non relu

Matth.. XI, 8. ble difficile d'imputer à la crainte le

5. Hulor. Eccles., lib. TIII, cap. généreux sacrifice dont l'orateur vi. relève le mérite.

impressions sur un cœur. Quels étaient alors les chrétiens, et à quoi s'exposaient-ils? Au mépris et à la haine, qui étaient l'un et l'autre portés aux dernières extrémités. Lequel des deux est le plus sensible? Il y en a que le mépris met à couvert de la haine, et l'on hait bien souvent ce qu'on craint ; et ce qu'on craint, on ne le méprise pas. Mais tout s'unissait contre les chrétiens, le mépris et la haine. Ceux qui les excusaient les faisaient passer pour des esprits faibles, superstitieux, indignes de tous les honneurs, qu'il fallait déclarer infâmes. La haine, succédant au mépris, éclatait par la manière dont on les menait au supplice, sans garder aucune forme, ni suivre aucune procédure. Cela était bon pour les voleurs et pour les meurtriers ; mais, pour les chrétiens, on les conduisait aux gibets comme on mènerait des agneaux à la boucherie. Chrétien, homme de néant, tu ne mérites aucun égard ; et ton sang, aussi vil que celui des animaux, doit être répandu avec aussi peu de ménagement. Ainsi, dans l'excès de fureur dont les esprits étaient animés contre eux, on les poursuivait de toutes parts ; et les prisons étaient tellement pleines de martyrs, qu'il n'y avait plus de place pour les malfaiteurs1. S'il y avait quelque bataille perdue, s'il arrivait quelque inondation ou quelque sécheresse, on les chargeait de la haine de toutes les calamités publiques. Chrétiens innocents, on vous maudit, et vous bénissez ; vous souffrez sans révolte, et même sans murmure, vous ne faites point de bruit sur la terre : on vous accuse de remuer tous les éléments, et de troubler l'ordre de la nature! Tel était l'effet de la haine qu'on portait au nom chrétien.

A quoi donc pensait saint Gorgon, de descendre d'une si haute faveur à une telle bassesse? Considéré d'abord par tout l'empire, il consent de devenir l'exécration de tout l'empire : H sec est Victoria quœ vincit mundum. Et quel courage ne fallait-il pas pour exécuter cette généreuse résolution sous Dioclétien, où la persécution était la plus furieuse ; où le diable, sentant approcher peut-être la gloire que Dieu voulait donner

h Tertull.. ad Nat., lib. I. n. 9.

à l'Église sous l'empire de Constantin, vomissait tout son venin et toute sa rage contre elle, et faisait ses derniers efforts pour la renverser? Dioclétien s'en vantait, et se glorifiait d'avoir de tous côtés dévoilé et confondu la superstition des chrétiens : Superstitione christianorum ubique détecta. Vraie marque de sa fureur et en même temps marque sensible de son impuissance : Et hsec est Victoria quœ vincit mundum. Saint Gorgon lui résiste ; et le tyran, pour l'abattre, fait exercer sur son corps toute la violence que la cruauté la plus barbare peut inspirer. Ha ! qui viendra essuyer ce sang dont il est couvert, et laver ces blessures que le saint martyr endure pour Jésus-Christ? Saint Paul en avait reçu, et le geôlier même de la prison où il est renfermé lave ses plaies avec un grand respect ; mais ici les tyrans ne permettent pas qu'on procure le moindre adoucissement à saint Gorgon ; et son pauvre corps écorché,. à qui les onguents les plus doux, les plus innocents, auraient causé d'insupportables douleurs, est frotté de sel et de vinaigre.

C'est ainsi qu'il devient conforme à son modèle, qui fait deux plaintes sur les traitements qu'il souffre dans sa Passion. « His plagatus sum 1 : Voilà les blessures que j'ai reçues; » mais « ils ont encore ajouté de nouvelles cruautés aux premières douleurs de mes plaies : Super dolorem vulnerum meorum addiderunt2. » Ils m'ont mis une couronne d'épines ; voilà le sang qui en coule : His plagatus sum ; mais ils l'ont enfoncée par des coups de canne : Super dolorem vulnerum meorum addiderunt. Ils m'ont dépouillé pour me déchirer de coups de fouet : His plagatus sum; mais ils m'ont remis mes habits, et, me les ôtant de nouveau pour m 'attacher nu à la croix, ils ont rouvert toutes mes blessures : Super dolorem vulnerum meorum addiderunt. Ils ont percé mes mains et mes pieds ; et, ayant épuisé mes veines de sang, la sécheresse de mes entrailles me causait une soif ardente qui me dévorait la poitrine : voilà le mal qu'ils m'ont fait : His plagatus sum; mais lorsque je leur ai demandé à boire avec un grand cri, ils m'ont

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