S. Léo. Serm. Lxxxiu.cap. iv
honneur? Est-ce peu de chose, à votre avis, d'être l'accomplissement des ouvrages de Dieu, le dernier sujet sur lequel il emploiera sa toute-puissance, et qu'il se repose après toute l'éternité? Il y aura de quoi contenter cette nature infinie. Lui, qui a jugé que la production de cet univers n'était pas une entreprise digne de lui, se contentera après avoir consommé le nombre de ses élus. Toute l'éternité, il ne fera que leur dire : Voilà ce que j'ai fait; voyez: n'ai-je pas bien réussi dans mes desseins? pouvais-je me proposer une fin plus excellente? Vous me direz peut-être : Comment se peut-il faire que tous les desseins de Dieu aboutissent aux bienheureux? Jésus-Christ n'est-il pas le premier-né de toutes les créatures? n'est-ce pas en lui qu'a été créé tout ce qu'il y a de visible et d'invisible? Il est la consommation de tous les ouvrages de Dieu. Et, sans aller plus loin, les paroles de mon texte nous font assez voir que les saints ne sont pas la fin que Dieu s'est proposée dans tous ses ouvrages, puisque eux-mêmes ne sont que pour Jésus-Christ: vos autem Christi1. Tout cela est très véritable, Messieurs ; mais il n'y a rien, à mon avis, qui établisse plus ce que je viens de dire. Le même apôtre qui a dit que tout est pour Notre-Seigneur, a dit aussi que tout est pour les élus. Et non seulement il l'a dit, il nous a donné de plus une doctrine admirable pour le comprendre. Il nous apprend que Dieu, afin de pouvoir donner cette prérogative à son Fils, sans rien déroger à ce qu'il préparait à ses saints, a trouvé le moyen d'unir leurs intérêts avec tant d'adresse, que tous leurs avantages et tous leurs biens sont communs2. C'est ce qui me reste à expliquer en peu de mots. Que si Dieu me fait la grâce de pouvoir dire quelque chose qui approche de ces hautes vérités, il y aura de quoi vous 3 étonner de l'affection qu'il a pour les saints, et des grandeurs où il les appelle.
[Second Point.]
Le Père éternel, ayant rempli son Fils de toutes les richesses de la Divinité, a voulu qu'en lui toutes les na-