Ms.fr. 12823, f. 130. Jn-4°, sans marge ni pagination
Comme l'amitié semble ne vivre que dans la compagnie de l'objet aimé, quand elle se voit menacée d'une séparation éternelle, autant qu'une loi fatale l'éloigné de la présence 13 autant elle tâche de durer dans le souvenir. C'est pourquoi les amis mêlent ordinairement des actions et des paroles si remarquables parmi les douleurs et les larmes du dernier adieu, que lorsque l'histoire en peut découvrir quelque chose, elle a accoutumé d'en faire ses observations les plus curieuses. L'histoire sainte, Chrétiens, ne les oublie pas, et vous en voyez une belle preuve dans le texte que j'ai allégué. Saint Jean, le bien-aimé du Sauveur, que nous pouvons ap- . peler PËvangéliste d'amour, a. été soigneux de nous recueillir 2 les dernières paroles dont il a plu à son cher Maître d'honorer en mourant et sa sainte Mère et son bon ami, c'est-à-dire les deux personnes du monde qu'il aimait le plus. O Dieu ! que ces paroles sont dignes d'être méditées, et qu'elles peuvent servir de matière à de belles réflexions ! Car, je vous demande, y a-il chose plus agréable que de voir le Sauveur Jésus être libéral, même dans son extrême indigence ? Hélas ! il a dit plusieurs fois que son bien n'était pas sur la terre ; il n'y a pas eu seulement de quoi reposer sa tête, et, pendant qu'il est à la croix, je vois l'avare soldat qui partage ses vêtements, et joue à trois dés sa tunique mystérieuse ; tellement qu'il semble que la rage de ses bourreaux ne lui laisse pas la moindre chose dont il puisse disposer en faveur des siens. Et cependant, Chrétiens, ne croyez pas qu'il sorte de ce monde sans leur laisser quelque précieux gage de son amitié.
L'antiquité a fort remarqué l'action d'un certain philosophe 3 qui, ne laissant pas en mourant de quoi entretenir sa famille, s'avisa de léguer à ses amis sa [mère] 4 et ses enfants par son testament. Ce que la nécessité suggéra à ce philosophe, l'amour le fait faire à mon Maître d'une manière bien plus admirable. Il ne donne pas seulement sa Mère à son ami, il donne encore son ami à sa sainte Mère ! il leur donne à tous deux, et
1. Edit. : de sa présence. cian.. Toxaris. seu Amicitia, 22).