Var. : et sur cela, je fonde cette réflexion
Le Fils de Dieu n'avait rien qui fût plus à lui que sa Mère, ni que ses disciples, puisqu'il se les achetait au prix de son sang : c'est une chose très assurée, et il en peut disposer comme d'un héritage très bien acquis. Or, dans cette dernière disgrâce, tous ses autres disciples l'ont abandonné ; il n'y a que Jean, son bien-aimé, qui lui reste : tellement que je le considère aujourd'hui comme un homme qui représente tous les fidèles, et partant nous devons être disposés à nous appliquer tout ce qui regardera sa personne. Je vois, ô mon Sauveur ! que vous lui donnez votre Mère, et « incontinent il en prend possession comme de son bien : Et ex ïlla hora occcpit cam discipulus in sua1. » Entendons ceci, Chrétiens. Sans doute nous avons bonne part dans ce legs pieux : c'est à nous que le Fils de Dieu donne la bienheureuse Marie, en même temps qu'il la donne à son cher disciple. \ oilà ce mystérieux article du testament de mon Maître, que j'ai jugé nécessaire de vous réciter, pour en faire ensuite le sujet de notre entretien.
N'attendez pas, ô Fidèles, que j'examine en détail toutes les conditions d'un testament, afin d'en faire un rapport exact aux paroles de mon évangile : ne vaut-il [pas] bien mieux que, laissant à part cette subtilité de comparaisons, nous employions tous nos soins à considérer attentivement le bien qu'on nous fait? Jésus regarde sa Mère, dit l'auteur sacré2: ses mains étant clouées, il ne peut la montrer du doigt, il la désigne des yeux ; et, par toutes ses actions, il se met en état de nous la donner. Celle qu'il nous donne, c'est sa propre Mère : par conséquent, sa protection est puissante, et elle a beaucoup de crédit pour nous assister. Mais il nous la donne afin qu'elle soit notre Mère : par conséquent, sa tendresse pour nous est extrême, et elle a une grande inclination de nous bien faire : ce sont les deux points qui composeront ce discours. Afin que nous puissions espérer quelque assistance d'une personne près de la majesté divine, il est nécessaire et que sa grandeur l'approche de Dieu, et que sa bonté l'approche de nous. Marie étant Mère de notre Sauveur, sa qualité l'élève