‹ Œuvres oratoires de BossuetChapitre 95 sur 441 · In Joan., Homil. xxn · texte numérisé non relu

In Joan., Homil. xxn

souveraine bonté par une affection cordiale, nous fait ressentir les malheurs de mille divisions intestines. Sainte Vierge, impétrez-nous la charité, qui est mère de la paix, qui adoucit, et tempère, et réconcilie les esprits. Nous avons une grande confiance en votre faveur, parce qu'étant Mère de Dieu, nous sommes persuadés que vous avez beaucoup de pouvoir ; et, comme vous êtes la nôtre, nous ne serons point trompés, si nous attendons quelque grand effet de votre tendresse : c'est ce qui me reste à traiter dans cette seconde partie.

[Second Point.]

C'est avec beaucoup de sujet que nous réclamons 1 dans nos oraisons la très heureuse Marie, comme étant la mère commune de tous les fidèles. Nous avons reçu cette tradition de nos pères. Ils nous ont appris que le genre humain ayant été précipité dans une mort éternelle par un homme et par une femme, Dieu avait prédestiné une nouvelle Eve aussi bien qu'un nouvel Adam, afin de nous faire renaître. Et de cette doctrine, que tous les anciens ont enseignée d'un consentement unanime, il me serait aisé de conclure que, comme la première Eve est la mère de tous les mortels, ainsi la seconde, qui est la très sainte Vierge, doit être estimée la mère de tous les fidèles. Ce que je pourrais confirmer par une belle pensée de saint Épiphane, qui assure, dans l'Hérésie lxxviii, que cette première Eve est appelée dans la Genèse Mère des vivants, en énigme; c'est-àdire, ainsi qu'il l'expose lui-même, en figure, et comme étant la représentation de Marie. A quoi j'aurais encore à ajouter un passage célèbre de saint Augustin, dans le livre de la sainte Virginité, où ce grand docteur nous enseigne que la Vierge, « selon le corps, est mère du Sauveur qui est notre chef ; et, selon l'esprit, des fidèles qui sont ses membres : Came mater capitis nostri, spiritu mater membrorum ejus 2. » Mais d'autant que je me sens obligé de réduire en peu de mots ce que je me suis proposé de vous dire, afin de laisser le temps qui est néces-

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