A LA CONSÉCRATION DE L'ÉGLISE P'AÏMARGUES
peines, ses soins, ses sueurs, son cœur et sa bourse, tout lui-même ; la ville, qui a dépensé ses ressources avec une prodigalité qui paraîtrait imprévoyante s'il était jamais imprévoyant de se confier à Dieu pour l'honorer et le servir avec plus de gloire; les fidèles, qui peuvent reconnaître ici la pierre qu'ils ont apportée à l'édifice et les dons qu'ils ont présentés à Tautel; tant de bienfaiteurs qui ne sont plus, mais dont vous citez aujourd'hui les noms en vantant leur générosité ; tant d'autres qui jouissent maintenant de leur ouvrage, et qui se proposent de le compléter et de l'enrichir encore par de nouvelles offrandes. Dieu vous le rende, ô mes chers habitants d'Aimargues, Dieu vous le rende, et sur la terre et dans le ciel.
Il y a, parmi tant de noms et de souvenirs, trois noms à citer entre tous les autres, trois grands souvenirs historiques à célébrer et à consacrer dans cette cérémonie.
Le premier est le nom de saint Saturnin ; c'est le nom de votre patron, c'est le nom d'un grand apôtre. Je l'ai invoqué vingt fois ce matin en versant l'huile sainte sur les colonnes du temple et sur la pierre de l'autel. Je me représentais Saturnin abordant ce pays dès le second siècle de notre ère, plantant sa première croix à la station du Pont-Saint-Esprit, et semant, à travers nos montagnes et nos plaines, la bonne nouvelle de l'Evangile. I/Occitanie tout entière a été évangélisée par cet homme de Dieu. On trouve partout la trace de ses pas, les plus anciennes églises de ce diocèse lui sont dédiées, et l'on reconnaît à ce signe la date à laquelle vos ancêtres passèrent de l'idolâtrie au christianisme, de la barbarie à la civili-
sation, et de la corruption à la pureté, à l'honneur et au dévouement. 0 saint apôtre, voilà donc le temple que vous avez mérité depuis tant de siècles. Au lieu de l'arbre qui vous couvrait à peine, ou de l'humble maison qui vous servait de sanctuaire, voici l'un des chefs-d'œuvre de l'art, consacré par la grâce et comme illuminé par une clarté céleste, dont le soleil qui dore ces belles verrières n'est qu'une pâle figure. Au lieu d'une chrétienté naissante, à peine composée de quelques familles, voici un grand peuple qui vous invoque et qui vous aime. Prenez-le sous votre puissante protection, et si, par nos hommages et nos vœux, nous avons ajouté aujourd'hui à la gloire qui vous couvre dans le ciel, redoublez d'instances auprès du Seigneur pour que la ville d'Aimargues demeure toujours dans l'héritage de l'Eglise et dans la foi des premiers apôtres. Saint Saturnin, priez pour nous !
Après saint Saturnin, j'ai invoqué la bienheureuse Artémidore, cette sainte enterrée dans les catacombes avec cette inscription qui marque la paix de la virginité et du martyre : Artemidora in pace. Ce fut pour Mgr Plantier une grande joie de recevoir des mains de Pie IX le dépôt de cette cendre et de la confier à la piété de la ville d'Aimargues. Ainsi la jeune Romaine qui avait vécu et souffert dans les premiers-siècles pour le nom de Jésus-Christ, n'a pas dédaigné de voyager dans sa tombe, seize siècles après son martyre, et de venir chercher sous ces voûtes le repos et les honneurs dont elle jouissait dans la terre des saints apôtres. J'associerai donc à cette fête le souvenir de Pie IX, à qui vous devez ce
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sacré trésor, et le souvenir de Mgr Plantier, qui vous a jugés dignes de le posséder. Il me semble voir ce grand pape et ce grand évêque, debout à côté de la vierge des catacombes, lui demander aujourd'hui plus que jamais d'intercéder pour vous. C'est pour mieux me pénétrer de ces sentiments que j'ai voulu paraître au milieu de vous, ayant en tête la mitre d'honneur que Mgr Plantier a portée dans ces lieux, ayant au doigt l'anneau pastoral qui marquait son alliance avec son Eglise, heureux si je garde toujours au cœur la reconnaissance que je lui ai vouée et l'amour que je vous dois.O bienheureuse Artémidore, je vous recommande en particulier l'enfance et la jeunesse de cette paroisse. Protégez et bénissez les vierges qui pratiquent les vertus réservées du christianisme. Faites-leur goûter la paix que vous y avez goûtée vous-même, et qu'elles méritent le même triomphe et la même épitaphe. Bienheureuse Artémidore, priez pour nous !
Mais il y a un nom qui vous est plus cher encore, parce qu'il est mêlé d'une manière bien plus intime* à l'histoire de nos pères. C'est le nom de saintLouis.A ce nom, qui ne se rappelle la bonté, la foi, le courage et la magnanimité du saint roi ? Il n'y a pas de contrée qui lui ait été plus agréable que la nôtre. Il l'a arrachée à l'hérésie des albigeois, il en a fait une terre à jamais catholique, à jamais française. Aussi je recueille avec une piété filiale tous les souvenirs qu'il a semés avec ses bienfaits dans le diocèse converti par ses soins. C'est à Aimargues qu'il s'est préparé à ses deux croisades, à Aimargues que s'établit son frère Alphonse et qu'il fit son testament, autre héros de la
guerre sainte, autre victime de la peste de Tunis, destiné, avec sa noble épouse, à mourir sur le même rivage et avec les mêmes sentiments de piété. 0 saint Louis, priez pour nous.
J'aime à reporter à saint Louis l'origine de votre blason, et regardant cette croix qui flotte sur les eaux sans être submergée, je lui donne pour exergue cette devise de la ville de Paris : Fluctuât, non mergitur. Ah ! si le vaisseau qui la porte, image de cette ville superbe, n'a pas encore péri, qui peut garantir ses destinées futures ? Mais la croix de votre blason n'a rien à redouter ni de la foudre ni de la tempête. La foudre a beau la frapper, elle ne fait qu'en multiplier les sacrés débris dans toutes les contrées de l'univers, et la tempête qui semble l'ensevelir passe toujours au-dessous d'elle, en la laissant flotter au plus haut des vagues. Fluctuât, non mergitur.
Comptez, si vous le pouvez, tous les orages qui se sont accumulés (le siècle en siècle contre la croix, depuis le jour où saint Saturnin l'a plantée dans ces lieux jusqu'au jour où saint Louis l'a apportée pour en faire, à Aiguës-Mortes, le pavillon de sa royale croisade. Que d'épreuves et que de combats dans ces douze siècles ! Les Césars , les hérétiques , les barbares, les musulmans, toutes les puissances de l'enfer s'étaient imaginé, dans leur délire, qu'elles précipiteraient la croix au fond des abîmes et qu'elle ne reparaîtrait jamais à la surface des flots. Eh bien! leur espérance a été déçue : saint Louis, vainqueur ou vaincu, portait partout la croix victorieuse. La croix triomphait avec lui à Damiette, à la Massoure, au Caire, à Tunis. Saint Louis pouvait bien dire à vos