CONSÉCRATION DE L'ÉGLISE DAIMÀRGUES
exilée ou glorieuse dans le monde, garde sur chacun de nous sa pleine autorité. Qu'elle nous commande le respect, qu'elle nous inspire la pénitence, qu'elle nous donne le courage dont nous avons besoin contre nous-même. 0 saint Louis, je vous invoque une dernière fois. Que ce peuple, couvert par votre intercession, demeure debout sur la croix, debout avec toute la foi du chrétien et tout l'honneur du Français. C'est la grâce que je demande au nom du Père, et du Fils, et du Saint-Esprit.
ALLOCUTION
PRONONCEE
Le 4 décembre 1878, dans l'église de Saint-Baudile.
Propter veritatem, et mansuetudinem, et justitiam.
A l'honneur de la vérité, de la douceur et de la justice.
(Ps. XLIV, 5.)
Ces paroles , empruntées à la sainte Ecriture, servent de conclusion aux actes de la vie et du martyre de sainte Barbe. Je viens de relire cette histoire, et je ne m'étonne pas que l'Occident la répète après l'Orient, ni que tous ceux qui affrontent ou qui portent le tonnerre, comme l'ouvrier dans nos mines, l'artilleur dans nos armées, le marin dans le réduit le plus redoutable de son vaisseau, aient mis leur noble métier sous la protection d'une si grande sainte. Sa vie est une leçon tout à l'honneur de la vérité, de la douceur et de la justice. Il me suffira d'en rappeler quelques traits pour vous retracer tous vos devoirs.
La vierge de Nicomédie était, au témoignage de l'histoire, jeune, belle et savante. Mais, je puis bien le dire ici pour l'instruction des jeunes et savants officiers qui m'écoutent, elle mettait au-dessus de tout le reste la science de Dieu et de ses mystères,
tant elle était convaincue, comme tout savant doit l'être, que les mystères sont nécessaires dans Tordre de la grâce comme dans Tordre de la nature, que ces mystères sont vrais , qu'ils sont lumineux , et que la foi chrétienne, bien loin d'offenser la raison, ne peut que la satisfaire et la consoler.
Dioscore, le père de votre patronne, était païen. Il avait enfermé sainte Barbe dans une tour, non seulement en haine de sa foi, mais surtout par crainte de César. Voilà le duel qui commence entre la bravoure et la peur. Le brave, c'est la jeune victime ; le peureux, c'est le bourreau qui redoute de perdre sa place et de déplaire au maître de l'univers. Barbe chante le Seigneur dans sa prison, elle grave sur les murailles le signe de la croix, et quand son père veut la reprendre et la corriger, elle montre, elle explique ce signe victorieux, elle prêche le vrai Dieu, Père, Fils et Saint-Esprit, qui ne peut ni se tromper ni nous tromper quand il nous enseigne, le vrai Dieu qui est descendu du ciel en terre pour ouvrir Técole de la vérité, du courage et de l'honneur.
Que fera-t-il, ce païen, devant une si haute confession? Il fera comme tous ceux qui ont peur. Il dénonce sa fille, et c'est sur la dénonciation paternelle qu'on la livre au supplice. Oh! que la peur est une mauvaise conseillère, et quels affreux desseins elle inspire à la nature 1 Ce père dénaturé, qui tremble de déplaire à César, ne tremble pas de voir sa fille accablée de coups, chargée de fers, déchirée et mise en lambeaux. Que dis-je? il ne tremble pas, il met son indigne courage à presser, à varier, à renouveler ce supplice odieux, et quand le corps de la jeune mar-
tyre n'est plus qu'une plaie, quand Barbe s'obstine à répondre : « Je suis chrétienne! je suis chrétienne! » c'est lui, ce père abominable, qui prend l'épée, qui ia lève et qui tranche la tête à sa fille. Eh bien ! tout ce mystère de gloire et d'ignominie s'explique en deux mots : celte fille est une sainte, parce qu'elle a été brave; ce père est devenu un monstre, parce qu'il a eu peur.
Vous voyez par là ce que c'est que le courage et ce que c'est que la lâcheté. Le courage, c'est de confesser son Dieu, sa patrie et son devoir : son Dieu devant les hommes, sa patrie devant l'ennemi, son devoir partout. La lâcheté, c'est de reculer quand Dieu nous commande, quand la patrie nous appelle, quand le devoir s'impose à notre conscience.
Tous vous êtes braves devant l'ennemi, mais Têtesvous toujours] devant Dieu ? Tous vous répondrez à l'appel de la bataille comme à l'appel de la caserne ; mais l'appel de Dieu et de l'Eglise vous a-t-il toujours trouvés dociles, fermes, intrépides?
Les batailles qu'on livre pour la patrie deviennent rares, et cependant quels apprêts ! quelle longue et difficile étude ! quel rude apprentissage ! Votre jeunesse, vos sueurs, vos veilles, vos forces physiques, intellectuelles et morales, la France demande tout, pour que vous soyez prêts au jour|du danger. Elle met à votre tête des chefs sortis avec éclat de l'école la plus savante et la plus illustre de l'univers, et pourquoi? Pour honorer, pour défendre, pour sauver au besoin cette tente d'un jourqu'on nomme la patrie; ce drapeau, qui, toutf glorieux} qu'il est, n'est pas autre chose que le drapeau du temps, variable et
périssable comme toutes les choses humaines. J'ai appelé la patrie une tente d'un jour, je ne m'en dédis pas, quand même cette tente flotte depuis seize siècles, avec quelle gloire, vous le savez, au milieu des nations. Mais la gloire de la France dût-elle se perpétuer pendant seize autres siècles plus illustres que les premiers, qu'est-ce que ces siècles accumulés l'un sur l'autre, sinon un jour qui passe et qui ne revient plus ? La France aura une fin comme Memphis, Rome et Babylone ; car tout, dans ce monde, aboutit à la mort et au tombeau. Ah! souffrez donc que je m'élève plus haut que la terre et que le temps, et que je vous montre la croix, le drapeau du chrétien ; la croix, le seul drapeau qui ne pâlisse et qui ne change jamais! Souffrez que je vous dise : Il y a là aussi un drapeau à défendre, c'est le drapeau de la religion; une patrie à honorer, c'est l'Eglise; une récompense à obtenir, c'est le ciel.
Et cette grande bataille de la vie chrétienne n'a ni trêve, ni merci, ni congé. Il y a vingt-cinq ans que vous l'avez commencée; vous la continuez sous les armes, comme d'autres sous la soutane ou sous la toge ; elle se prolongera pour vous jusqu'aux dernières limites de la vie, longtemps après que vous aurez quitté la livrée du soldat; et jusque dans les bras de la mort, quand vous n'aurez plus qu'une parole, plus qu'un soupir, cette parole, ce soupir devra être encore une victoire gagnée sur l'ennemi de votre salut.
Le démon, les passions, le respect humain, voilà l'ennemi.
L'ennemi vous guette à l'heure de la prière, de la messe du dimanche, de la confession annuelle. Que
faites-vous si vous négligez tous ces devoirs ? Auriezvous peur ?
L'ennemi vous persécute par le sourire, par la raillerie, par l'exemple. Que faites-vous si vous cherchez à lui plaire ? Auriez-vous peur ?
L'ennemi vous presse de trahir Dieu et votre conscience en vous abandonnant au plaisir défendu. On hésite, on rougit de ne pas faire comme les autres. Auriez-vous peur ?
A l'heure de la messe et de la confession, levezvous et marchez sans peur. A l'invitation et au signal du désordre, fuyez, vous fuirez sans reproche. Ici, la lâcheté serait de suivre; la bravoure, c'est de se sauver. C'est dans la fuite qu'est la liberté, le courage, le triomphe, la gloire.
Non, le prêtre n'est pas de trop à côté du soldat pour lui rappeler, par sa présence, qu'il a un Dieu à servir, une loi morale à comprendre, une conscience à purifier. Qu'elle vive donc, qu'elle s'enracine, cette grande institution de l'aumônerie militaire, que la révolution déteste parce qu'elle a pour objet de rendre nos armées plus chrétiennes et partant plus vaillantes et plus françaises. Que le prêtre s'y mêle pour instruire, consoler, absoudre et bénir. Qu'il puisse librement aborder le jeune conscrit ou le jeune volontaire, lui offrir ses services, lui parler de sa mère, de son âme, de son honneur et de son devoir. Voilà ce qu'une mère attend de notre charité auprès de son fils. Elle l'implore en disant qu'elle a tout fait pour rendre ce fils digne de servir la France; qu'elle a mis sur sa poitrine une médaille qui le protégera contre tous les dangers du corps et