‹ Œuvres pastorales de Mgr BessonChapitre 21 sur 41 · ALLOCUTION ADRESSÉE · texte numérisé non relu

ALLOCUTION ADRESSÉE

amies, « allons, leur dit-elle, allons voir notre mendiant. » Elle les mena auprès de son fils, qui mendia effectivement, et pour ses pauvres, et pour ses religieux, et pour le pape, et pour la propagation de la foi, l'or de leur compassion et de leur charité. Il était un vrai mendiant à force de donner et de se dépouiller, si bien qu'il ne lui resta pas un sou de toute sa fortune. Mais il méritait encore plus le titre de mendiant par les vives instances, les sollicitations gracieuses, les tours ingénieux, les discours éloquents qu'il savait trouver dans l'intérêt des bonnes œuvres. Il y mettait tout son cœur et tout son esprit, après y avoir mis son nom, ses richesses, sa santé, son temps. Ce fut dans tout notre Midi le mendiant le plus noble, le plus charmant, le plus entraînant dont notre siècle ait entendu la voix.

Nous avons besoin de nous rappeler cet exemple, pour ne pas défaillir dans l'exercice de notre ministère et de notre charité. Dieu nous l'a donné pendant quarante ans pour nous guider, nous exciter et nous soutenir. Il nous l'enlève aujourd'hui pour mettre notre foi à l'épreuve, et voir ce que nous valons et ce qu'il peut faire de nous.

Fixez un instant vos regards sur le spectacle qu'offre l'Eglise de France. Bien loin de vous déconcerter, vous en serez consolés et affermis. Tout est ébranlé, mais rien ne croule. Nos universités catholiques, il est vrai, ont perdu leur nom; mais, sous le nom d'instituts, elles continuent leur mission; le nombre de leurs élèves est le même; ni leurs protecteurs ni leurs bienfaiteurs ne se lassent de les défendre et de les nourrir; et la guerre qu'on nous fait, réduite à

une querelle de mots et d'argent, n'en laisse pas moins subsister l'enseignement supérieur avec toutes les espérances d'un heureux avenir.

L'aumônerie militaire a vécu, mais les aumôniers vivent encore, et le soldat n'a pas été rapproché du prêtre inutilement pendant ces dix dernières années. Il sait que le prêtre est son ami. Il saura le trouver au besoin, l'aborder en secret, lui confier ses peines, et, s'il ne peut lui serrer la main, il lui reste au fond de l'âme un sentiment de vénération et de reconnaissance que les lois humaines ne sauraient atteindre, et qui peut braver pendant longtemps les terreurs du respect humain.

Comptez nos collèges libres ; le nombre n'en est pas diminué, malgré la persécution qui s'est abattue sur eux. Les maîtres sont changés dans plusieurs établissements, mais l'esprit qui les anime est toujours le même. On voit fleurir la même science, éclater le même zèle, se renouveler tous les miracles du même dévouement. La clientèle de nos collèges libres est toujours la même. C'est l'élite de la jeunesse chrétienne qui la forme. Elle gardera les traditions du goût aussi bien que les sentiments et les pratiques de la foi ; elle résistera aux entraînements de la mode, aux changements des programmes , aux nouveautés dont l'enseignement public est devenu la proie; elle aimera nos vieilles méthodes, nos vieux livres, nos vieux usages; elle n'aura d'horreur ni pour le grec ni pour le vers latin, et apercevant toujours au-dessus de la chaire du maître l'image de Notre-Seigneur Jésus-Christ, elle reconnaîtra à ce signe que Jésus-Christ doit être, dans l'école comme

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dans la famille, le vrai roi de qui tout dépend au ciel et sur la terre, le vrai maître devant qui toute science s'incline, le vrai père de qui descend toute tendresse, toute justice et toute autorité.

Nos congrégations religieuses ont-elles rien perdu de leur force ou de leur mérite ? Il me semble que plus on a agité cette vive lumière, plus on en a répandu l'éclat. Les bénédictins de Solesmes ont porté dans la savante Allemagne les sueurs de leur piété et de leur érudition. La studieuse Angleterre a ouvert ses portes^ aux novices exilés qui venaient de prendre l'habit de saint Dominique et de saint Ignace. L'Espagne accueille aujourd'hui nos jeunes recrues des augustins de l'Assomption et leur donne pour asile des couvents que la persécution religieuse tenait fermés depuis quarante ans. Ainsi, quand on chasse d'une ville ou d'un Etat ceux qui ont embrassé la perfection des conseils évangéliques, ils se rappellent que toute la terre est au Seigneur, et des nations qui les avaient autrefois méconnus et bannis, éclairées par une meilleure lumière, se font une joie et un honneur de les accueillir.

Mais quel est le sentiment qui s'empare aujourd'hui de la France, déjà surprise et presque repentante après ses premiers excès? Il a fallu rappeler les trappistes dans leurs solitudes, parce que le désert, privé de leurs bras et de leurs sueurs, allait cesser de fleurir. Il a fallu laisser les chartreux dans leurs cloîtres, et nos congrégations de femmes ont été toutes respectées à cause de la faiblesse de leur sexe, de leur ministère charitable et de l'horreur profonde qu'aurait suscitée partout une guerre décla-

rée à tant de vertus et de services. Pourquoi ne verrions-nous pas, dans ces consolantes exceptions, le signe d'un retour prochain à la justice et à la liberté ? Quand un vainqueur brutal a forcé les portes d'une ville, il excepte de ses sanglantes exécutions les femmes et les enfants ; c'en est assez pour que la ville subsiste, qu'elle se repeuple, et que l'espérance y refleurisse avec la paix publique.

Et vous, Messieurs et bien-aimés confrères, auriezvous aussi vos épreuves? On le dit quelquefois, mais il me semble plutôt que vous avez déjà bravé le combat et que vous en êtes sortis victorieux et triomphants. Il y a vingt ans, la société de Saint- Vincent de Paul fat mise au ban de l'opinion, et ce fut par elle que l'empire commença cette guerre déloyale et sournoise contre la religion, cette guerre qu'il n'osa jamais avouer, cette guerre qui a fini par le perdre. Vous avez résisté à la peur, à la politique, au respect humain, à toutes les basses et mauvaises passions qu'on excitait contre vous. On a vu qu'on pouvait persécuter la charité, mais qu'on ne la lassait point, et il a fallu renoncer à vous vaincre et à vous détruire.

Soyez bénis, Messieurs, pour avoir surmonté cette épreuve. Votre exemple nous enseigne aujourd'hui comment la patience , la prudence , la douceur, la longanimité , finissent par l'emporter et sur la force et sur la rage. Mais si vous deviez subir une persécution nouvelle, vous feriez voir que les disciples de saint Vincent de Paul, dispersés ou réunis, sont toujours les mêmes. On pourrait dissoudre vos assemblées, mais jamais on ne fermera ni vos mains ni

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