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ALLOCUTION ADRESSÉE

votre cœur. Chacun de vous demeurerait attaché à son œuvre et dévoué à ses pauvres. Vous emporteriez la liste des familles que vous visitez, vous en demeureriez les pères temporels et spirituels. Vos visites n'en seraient que plus assidues, vos dons plus abondants , et quand vous monteriez discrètement l'escalier de la mansarde, la police la plus soupçonneuse n'empêcherait pas vos pauvres de vous ouvrir leur porte et de vous saluer encore du titre de disciples de saint Vincent de Paul.

S'il me faut confirmer toutes ces paroles par quelque exemple, c'est dans ce diocèse même que je vais le trouver, c'est aux annales mêmes de cette année que je l'emprunte. Notre honorable président nous racontait l'an dernier, il vous en souvient sans doute, que la conférence de Beaucaire avait cessé de vivre, on l'avait chassée de l'hôpital de cette ville, sa caisse était réduite à six francs, elle n'était plus fréquentée que par quatre ou cinq membres, et le secrétaire terminait son dernier rapport en déclarant qu'il fallait attendre des jours meilleurs pour rouvrir la conférence.

Attendre des jours meilleurs ! comme si les jours de disette, d'épreuves et de persécution n'étaient pas de bons jours pour la charité! Comme si l'histoire de l'Eglise n'était pas elle-même une suite de mauvais jours à peine interrompue par quelque répit et par quelque éclaircie! Attendre des jours meilleurs! mais c'est ressembler , je l'ai dit souvent , à ce paysan de la montagne qui, n'ayant jamais vu la rivière du vallon, s'étonne la première fois qu'il l'aborde, et s'assied naïvement sur le bord pour attendre

AUX CONFÉRENCES DE SAïNT-VîNCENT DE PAUL 383

qu'elle ait fini de couler. La révolution, semblable à la rivière, coulera toujours : il faut avoir le courage de la traverser en y jetant, comme une ancre, le bâton de la croix, et en s'appuyant sur elle avec Fassurance que cette croix immortelle montera toujours plus haut que la vague, et qu'elle flottera au-dessus de tous les naufrages.

Ce sont les réflexions que je faisais en entendant le rapport sur la conférence de Beaucaire, bien résolu que j'étais de la restaurer à tout prix , sans attendre des jours meilleurs. Le lendemain de notre assemblée, une personne étrangère à la société de Saint- Vincent de Paul m'apportait un don magnifique pour la conférence de Beaucaire , et , deux mois après , j'allais moi-même présider à son rétablissement. On l'avait chassée de l'hospice, je la convoquai au séminaire. Il restait cinq ou six membres à peine, la nouvelle assemblée en compta cent neuf. La caisse était réduite à six francs, on en trouva cinq cents dans la quête du jour. Tant il est vrai qu'il ne faut ni se déconcerter, ni se condamner à l'inaction, ni désespérer de trouver ou un asile, ou de l'argent, ou des hommes.

L'asile des disciples de saint Vincent de Paul, ce sera le dernier coin de terre où trois ou quatre chrétiens pourront se réunir au nom de Jésus-Christ; leur dernière ressource , ce sera le dernier morceau de pain qu'on pourra partager encore avec le pauvre ; leurs dernières recrues, ce seront les hommes qui, sur les débris du monde écroulé, dans l'attente du dernier jugement, sauront encore entendre et pratiquer ces paroles du Maître qui ne tardera pas à venir

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pour juger le monde au nom du pauvre : « Tout ce que vous ferez au plus petit d'entre eux, je me le tiendrai pour fait à moi-même. »

Un dernier mot et je finis. Voici la fête de Noël, voici les étrennes du nouvel an. Souvenez-vous, dans vos joies de famille, du pauvre qui n'a point de joie, et des familles qui n'ont point d'étrennes. Achetez pour les petits enfants que vous visitez quelques jouets modestes, des images pieuses, des dragées même, au moins une orange, et faites-vous un bonheur de leur porter ce petit cadeau avec le pain du jour. L'aumône chrétienne, vous le savez, doit non seulement soulager, mais consoler et sourire. L'aumône qui soulage, c'est le pain du corps; l'aumône qui console, c'est la parole affectueuse et paternelle ; l'aumône qui sourit, c'est le cadeau inattendu, c'est l'étrenne de Noël et du nouvel an. Personne ne sut mieux soulager , consoler et sourire que le P. d'Alzon : je cite encore, pour terminer ce discours, son nom et ses exemples, et j'affirme bien hautement que, si vous voulez l'imiter, vous demeurerez les vrais disciples de saint Vincent de Paul.

ALLOCUTION

PRONONCEE

AU MARIAGE DE M. DE MORTEMART & DE M"e D'HUNOLSTEIN

Le 9 juin 1880, dans l'église de Saint-Thomas d'Aquin.

Mes très ghers Frères,

La pensée qui vous attire et qui vous réunit au pied de ces autels est une des pensées les plus hautes, les plus saintes et les plus fécondes de la foi chrétienne. Vous venez, par votre pieux empressement, votre attitude recueillie, vos ferventes prières, attester, après saint Paul, l'honneur et la sainteté du mariage que nous allons bénir. L'Apôtre ne fait pas difficulté de comparer ce sacrement à l'union que Jésus-Christ a contractée avec son Eglise. C'est Jésus- Christ qui en a établi les lois primordiales et qui Ta fait si auguste et si grand. Il Ta fait un, comme il n'est qu'un avec son Père. Il Ta fait indissoluble et sacré, arrêtant la main téméraire qui essaierait d'en briser les nœuds. Il a dit à tous les hommes et pour tous les siècles, pour notre siècle comme pour tous les siècles à venir et jusqu'à la consommation des

temps : « Que l'homme ne sépare pas ce que Dieu a uni. »

Avec quelle confiance et quel bonheur ne répéterons-nous pas la doctrine du Maître, dans cette assemblée sainte. Les deux maisons qui se rencontrent aujourd'hui, par le concours des mêmes pensées et des mêmes sentiments, apportent et mettent en commun l'intelligence de la même foi et l'énergique volonté des mêmes devoirs. Elles sont accoutumées depuis des siècles à se rencontrer et à s'estimer dans l'exercice des plus grandes charges, et l'histoire leur a fait une place égale parmi les amis des rois et les serviteurs du pays.

La vaillance des Mortemart était proverbiale dans l'ancienne France et leur esprit faisait le charme de la cour. Vous n'avez rien perdu, Monsieur, de ces qualités héréditaires. Mais j'oserais à peine vous le rappeler si, avec le beau sang qui coule dans vos veines , vous n'aviez reçu des traditions et des exemples mille fois plus rares et plus précieux. La sainteté de notre ministère nous oblige surtout à voir en vous ce qui fait l'espérance et la consolation de l'Eglise. Vous êtes un vrai chrétien, par la foi et par les œuvres , par la pratique et par les mœurs. La piété d'une mère n'a pas été déçue, l'exemple d'un père est fidèlement suivi, les leçons de vos chers et vénérés maîtres n'ont pas été oubliées un seul jour, et vous êtes resté sous les armes ce que vous étiez sur les bancs du collège, modeste et fervent tout ensemble, avec ce je ne sais quoi d'achevé que la haute naissance ajoute à la vertu*

A qui convenait-il mieux qu'à la fille des d'Hu-

nolstein, à la petite-fille des ducs de Grussol et d'Uzès, d'apprécier ces qualités et de quiLter un grand nom pour retrouver dans un autre le même honneur et les mêmes souvenirs ? Personne n'ignore, ni en Allemagne, ni en Lorraine, quel rôle les d'Hunolstein ont joué dans les cours et dans les armées, et quel rang ils ont tenu dans l'ancienne chevalerie. En s'alliant par un mariage à la maison d'Uzès, qui est la la première maison de France après la maison royale, leur nom est devenu cher à mon diocèse. Je ne saurais trop vanter ici rattachement profond que nous gardons dans cette province lointaine pour les héritiers de ce sang généreux. Rien de ce qui les touche n'est indifférent à notre Languedoc. On les honore et on les bénit encore, comme dans l'ancien régime, si supérieur, en cela, au régime d'une envieuse et ridicule égalité qui n'a de l'égalité que le nom, mais qui a de l'envie toute la démence et le sot orgueil.

J'apporte à une noble fille de la maison d'Uzès les souhaits et les bénédictions de tout mon peuple. Ma démarche serait ratifiée au besoin par un suffrage unanime, si la religion ne suffisait pas à la justifier. Mais, pour un évêque, les souvenirs du passé sont des lois, bien plus encore que les pensées du siècle présent. Parmi les évêques sortis de la maison d'Uzès, cinq ont occupé mon siège. C'est avec le prestige de leur nom, l'autorité de leur caractère, le souvenir de leurs bienfaits, qu'il me sied de dire, même après huit siècles, à la jeune fiancée de ce grand jour : Soyez heureuse, Mademoiselle ; le sang versé dans les croisades, même après huit siècles, porte encore bonheur.

Votre bonheur sera la récompense de tous ceux qui vous aiment. Trois générations en seront les témoins, comme pour vous combler de vœux et de bénédictions et appeler sur votre tête, avec une surabondance de prières, toutes les grâces qu'une famille peut obtenir. Dieu, qui avait éprouvé vos parents par la perte la plus cruelle, leur rend aujourd'hui, dans votre époux, le fils qu'ils ont perdu. C'est tout ce que leur tendresse pouvait rêver de plus consolant et de plus glorieux après une si grande douleur. Le ciel leur donne cette compensation, et c'est pour vous, Mademoiselle, une véritable grâce que de servir d'instrument aux bontés de la divine Providence. Monsieur de Mortemart sera pour vous un frère autant qu'un époux. Il sera pour votre père, pour votre mère, pour votre aïeul, pour celle que votre aïeul luimême vénère comme une mère, le plus respectueux, le plus dévoué, le/plus aimant de tous les fils.

N'est-ce pas pour vous, Monsieur, une grâce non moins signalée, que d'avoiraujourd'hui pour témoins un père, une mère, un aïeul, qui s'estiment également heureux du choix que vous avez fait et de l'agrément qu'il a reçu ? Après le soin qu'ils ont pris de votre éducation, avec le légitime orgueil qu'ils conçoivent en songeant que vous n'avez pas dévié un seul jour du chemin de la religion et de la vertu, c'est pour eux une joie profonde de vous contempler devant ces autels, à côté d'une compagne si digne de vous, si digne d'eux et de tous les ancêtres qui vous sont communs. Ils savent qu'elle montrera la sagesse de Rébecca, l'amabilité de Rachel, la douce et persuasive influence d'Esther. Ni le stérile éclat du

monde ni l'étalage de ses vanités ne l'ont surprise un seul instant. La piété filiale est le fond de son caractère et le trait dominant de sa vertu. Elle aura désormais de quoi la satisfaire et la rendre plus vive encore, en donnant le nom de père et de mère aux deux générations qui vous précèdent dans la vie, et, par un autre bonheur vous trouvez vous-même, dans votre nouvelle famille, trois générations à honorer et à remercier, en retour des prières, des vœux et des bénédictions qu'elles vous donnent aujourd'hui.

Rien ne manquera donc au bonheur de ce jour. La joie de la paroisse y mettra le comble à la joie de la famille. Ces époux chrétiens, ces parents, ces ancêtres, retrouvent ici, à toutes les dates de ce siècle, les souvenirs du baptême, de la première communion et du mariage. Cette église, ces autels, ce clergé, tout leur rappelle les grandes époques de leur vie et les grandes obligations du chrétien. Ici les aïeux se sont vus renaître dans les pères, les pères dans les enfants, et les liens de parenté et d'alliance qui unissent depuis des siècles, par d'heureux mariages, les Mortemart, les d'Uzès et les d'Hunosltein, ont été tant de fois bénis et renouvelés, dans toutes les branches de ces trois maisons, qu'il y a, pour la famille, une agréable confusion d'attachements et de devoirs, sous les titres d'oncle, de neveu et de cousin; pour la paroisse, une commune édification, où Tonne sait ce qu'il y a de plus admirable, des souvenirs du passé, des vertus du présent, et des espérances de l'avenir.

L'avenir ! ah que Dieu vous le garde, époux chré-

tiens, et que vous soyez aussi heureux que vous nous êtes chers ! L'Eglise, en vous bénissant aujourd'hui, va chercher, dans le lointain des âges, les grandes figures des patriarches et de leurs compagnes pour animer votre émulation. Elle implore, pour la soutenir, le Dieu d'Abraham, d'Isaae, de Jacob et deTobie. Elle vous fait comprendre combien ces bénédictions sont assurées à la vertu, et que le trésor où nous allons les puiser à pleines mains est la source même de l'éternelle miséricorde épanchée, depuis six mille ans, avec la lumière du soleil et la rosée du matin, sur toutes les générations qui habitent la terre. Puissiez-vous ajouter encore un nouveau lustre aux familles patriarcales auxquelles vous appartenez dans la loi nouvelle ! Puissent vos enfants devenir, à leur tour, comme un brillant anneau dans la longue postérité que le ciel vous réservera! Puisse le siècle futur voir votre table entourée de vos petits-fils et des enfants de leurs fils, avec toute l'abondance et toute la gloire que la sainte Ecriture promet aux familles où l'on observe, dans toute leur force et dans toute leur vigueur, les lois sacrées du mariage !

Cette prière de l'avenir, je la fais au nom de la France comme au nom de l'Eglise. Il ne sera pas dit que nos enfants de la vieille France ont été vainement élevés dans les habitudes du travail, de l'honneur et de la foi pratique ; ni que le clergé français ait mis pendant trente ans inutilement la main à la grande œuvre de l'éducation publique ; ni que la compagnie de Jésus ait inutilement préparé tant de soldats à l'armée, tant de citoyens à la patrie. Nous avons planté, semé, bâti, pour la postérité. Qu'importe

l'orage qui passe à la semence que la bonne terre a reçue, à l'arbre planté par de fortes mains, à la maison assise sur de solides fondements? La France se continue dans ses meilleures traditions d'honneur et de piété. L'Eglise se renouvelle par des mariages qui la réjouissent et qui la consolent. Ne prenons pas l'horizon du moment pour les bornes du monde. Il se prépare, il se forme au delà de cet horizon, tout chargé de tempêtes, un ciel pur où les générations nourries par l'Eglise lèveront un jour la tête avec le légitime orgueil de leur foi et prendront la place qui appartient au mérite.

Le service, en attendant, demeure toujours obligatoire. Il faut servir par la prière, par la charité, par la vertu, par le bon exemple. Il faut servir les petits, les pauvres, les humbles, les déshérités de la terre, pour obtenir que Dieu nous remette en main le gouvernement des hommes et des affaires publiques. Que le service de la France se fasse , comme celui de l'Eglise, par des mariages chrétiens. Régénérez la famille à force de désintéressement et de vertu; c'est par la famille régénérée que la patrie sera régénérée à son tour, car vos fils, s'ils sont vaillants, vos filles, si elles sont chastes, reprendront peu à peu l'influence et l'autorité. Ils deviendront le nombre, ils auront le succès, ils seront l'exemple et le salut.

Ainsi se refait la famille dans les hautes classes de la société ; ainsi se refera, par la famille, la patrie tout entière. J'en vois comme un présage heureux dans la devise des Mortemart. Avant le roi, les chevaliers, disait cette devise dans la superbo langue du Ante mare, undœ. Eh bien! donnez-nous

des ondes purifiées par la foi et par la vertu ; elles deviendront, en s'assemblant, une mer immense et belle à voir. Avant la patrie, la famille pour la restaurer, la raffermir et l'asseoir sur ses vrais fondements. Tant valent les fleuves , tant vaut la mer. Tant vaut la famille, tant vaudra la France ! Soyez chrétiens, et la France par vous redeviendra chrétienne. Ainsi soit-il.

ALLOCUTION

PRONONCÉE

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