‹ Œuvres pastorales et oratoires (volume 2)Chapitre 24 sur 44 · L'ÉCOLE · texte numérisé non relu

L'ÉCOLE

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MonsiEL

l LE DÉPUTÉ,

Je viens de lire avec une douloureuse surprise les paroles que vous avez prononcées samedi dans ta discussion relative k l'aumônerie de TEcole normale.

Je n'ai point à reprendre ici le fond de la question.

Je ne saurais d'ailleurs rien ajouter aux argu> ments présentés avec tant de force par votre Illustre collègue, Mgr l'évêque d'Angers (1).

Mais je ne puis garder le silence devant les

(l)Voir le Journal offieirl du dimaccba 10 juillet I8S1 .

accusations formulées par vous contre l'enseignement relig'ieux loi qu'il élait donné âe noire lemps à l'École normale.

Vous avez allaqué la mémoire de M. l'abbé (iratrv, auquel Mgr Freppel venait de rendre un hommage si justement mérité.

A vous en croire, son enseignement n'aurait été a qu'une luUc incessante contre l'administration de l'école ». Il aurait employé m toute son habileté et tout son talent à la combattre el k la faire succomber >■, Il serait parvenu « à faire éloigner M. Dubois el révoquer M. Vacherol ».

C'est un devoir pour moi, monsieur, de contester chacune de vos assertions.

J'étais votre ancien à l'Ecole, puisque j'appartiens à la promotion de 1B47. Pendant trois ans, je n'ai pas manqué une seule des conférences données à la chapelle par l'abbé Gratry. Quand vous êtes devenu mon condisciple en octobre J8i9, nous étions encore sous le régime de l'assislance facultative aux exercices religieux el aux prédications.

Etiez-vous de ceux qui prenaient pari à ces exercices ou de ceux qui s'ea abstenaient ? Mes souvenirs ne me disent rien à cet égard. Si vous n'étiez pas du nombre des auditeurs de M, l'abbé Gratry, il me semble que vous n'avez pas une autorilé suffisante pour parler du caractère de son enseignement.

Si vous en éliez, commonl avcz-vous pu Iransformer on une perpétuel le diatribe contre l'adminislratioD de l'Ecole cet enseignement tilevé, généreus, si chrétien et si français, où les plus délicats éprouvaient tant de bonheur à entendre un éclio du beau langage de Platon et de saint Augustin ; oîi l'apâtre faisait incessamment appel aux meilleurs sentiments do nos cœurs de vingt ans pour nous porter aux sommets « du désirable et de l'intelligible » ; où l'amour le plus cordial de la patrie et de l'iiumanilé s'alllail si bien avec les plus hautes aspirations de la foi, et faisait servir les thtises de la théologie à la solution des grandes questions morales et sociales ?

Si l'enseignement de l'abbé Gratry avait été ce que vous dites, une lutte incessaiile contre l'admi- I DÎstration de l'Ecole, comment ceux de nos camarades qui no partageaient pas notre foi auraientils montré tant d'empressement à venir l'entendre, lorsqu'aucun règlement ne leur en imposait l'obligalion 7

Je vais plus loin, monsieur le député, et je dis, sans crainte d'ëlre démenti par aucun de nos anciens condisciples, que, si l'enseignemeui religieux donné à la chapelle n'avait été qu'une ma- j chine do guerre contre l'adminislralioa de l'Ecole, nous eussions été, nous catholiques, les premiers j k protester. *

Je vais vous en dire la raison. C'est que les

hommes qui dirigedienl nos travaux et présidaient à noire vie nous étaient jinlcment chers. Ils avaient pour nous des sollicitudes paternelles ; et si nous avions le regrel de ne pas les voir en communion d'idées avec nous dans le domaine de la foi, nous avions la sécurité de trouver en eux les adminislraleurs les plus sincèrement respectueux des droits, et je puis dire des délicatesses de nos consciences catliolir[ues. Sije ne craignais lie trop allonger celle lettre, j'en pourrais donner ici des exemples singulièrement louchanis et qui apprendraient aux libéraux d'aujourd'hui comment ces libéraux d'alors entendaient el pratiquaient le respect de la liberté religieuse.

Je ne saurais invoquer le témoignage de notre ancien directeur, M. Dubois, que la mort a Frappé en 1874 (1).

Je suis cependant en mesure d'aflirmer do la façon la plus formelle que l'abbé Gralry a été complètement étranger aux changements de personnel (jui ont éloigné de l'Ecole M. Dubois ei M. Vacherot.

Il est vrai qu'en Ï851 il a cru devoir soutenir

(1) Plus de deux ans aviuit ta murt, M. Dubois, d&n» U plénïtnde dp ea raiBon. Était revpiia & toutes les praliqaes relf^cQKi de tt, chrétienne jenoeHe. ATecune aimplicité touchante, il »T«it demandé & celui <]ui écrit ces lignes, son ancien élèie, de voDtoii bien Être le dépositaire de em plus intimes ciinfideocei et lati gnide ■pirituel.

contre ce dernier une polémique publique. Mais c'était un Ihéologien qui usait du droit général de discussion à l'égaril d'un phIlt)ï^op)le, et Dullement un aumônier battant un hri-che l'autorité îles flirecteurs de l'Ecole. D'ailleurs, en publiant son livre, et pour ôter tout prétexte à une apparence de conflit administratif, l'abbé Gralry avait eu soin de donner sa démission. Si vous aviez pris la peine de vous mieux renseigner, vous auriez aisément su que ce que vous appelez inexactement la révocation de M. Vacherot se raUachail, non au régime religieux de l'Ecole, mais à des difficultés toutes politiques, résultant du coup d'Etat et du refus de serment à l'empire.

S'il le fallait, du reste, je ne craindrais pas d'invoquer sur tous ces faits le lémoignage de l'homme éminent dont vous avez prononcé le nom dans cette discussion. Un jour peut-être, M. Vacherot trouvera l'occasion, en consultant ses souvenirs d'il y a trente ans, d'apprendre au public quelle élait l'attilude des catholiques de l'Ecole, et quel genre d'inQueuco l'aumûnier exerçait sur leur travail, leur conduite et leurs relations soit avec leurs supérieurs hiérarchiques , soit avec leurs compagnons d'études.

Jo souscris d'avance au jugement que croira devoir porter sur les accusations formulées par vous à la tribune et sur ma présente protestation

ce vétéran de la démocratie, aujourd'hui renié et conspué par les siens, parce qu'il a la simplicité et le courage de dire très haut que TA, B, C d'une politique vraiment républicaine serait d'être honnête et juste.

Veuillez me croire, monsieur le député, votre très dévoué serviteur.

LA CRITIQUE INTRAiNSI GEANTE

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