L'ÉPISCOPAT
DIBOOUBB
PBONONCA DANS L'Â^LIBB M^BOPOLITAIiaB
DE NOTBB-DAMB DE BOUBM,
POUR LE 8ACBB DE MQB BILLABD, ÉVtQUB DE CABCAMK)HV1E|
PAB MQB L'ÂYiQUE D'aUTUK (1).
(26 JUILLET MDOGCLXXZI)
Mon cher et vénéré Frâre,
Les rites liturgiques ^ont achevés. Une fois de plus, ce peuple chrétien a vu se dérouler devant lui les péripéties saisissantes de ce drame, divin et humain^ qui s*appelle la consécration d'un Évèque. J'emploie à dessein ce mot trop souvent profané
(1) En présence de S. E. le cardinal de Bonnechose, archerèqne de Roaen, prélat consécrateur, et de NNgra l*archeT6qae d'Avignon, les évêques de Bayeax, d'Évreux et de Oontanoes.
dans la langue des hommi^s; oar il trouve ici sa Bignîiïcation pleine et vivante. En piïet, ce n'eal pas seulement une assomption, c'est une création véritable qui vient de s'opérer en voire personne. Il y a quelques heures à peine, vous entriez ici simple prêtre, kunc prœsenint} presby tenon {\), ainsi que le disait l'Évêque chargé, au nom de toute l'Église, de vous présenter à votre consécrateur.
Aussitôt l'action sainte a commencé.
Avant toute chose, il a fallu écouler Pierre parlant par la bouche de Léon XIII, et vous invitant à monter plus haut. Amice, asceyide superius (2). Puis, nous avons entendu vos serments : Une inviolable fidélité au Siège apostolique ; L'amour dos petits et des pauvres ; L'engagement ii prêcher toujours, du parole et d'exemple, la pure doctrine de l'esprit de Dieu, coDtenue dans tes Écritures ut comuienlée par les Pferes, ces maîtres achevés dans l'intelligence des pensées divines et dans cette science du gouvernement des âmes qu'ils ont si justement appelée fl l'art des arts • ; ces incomparables modèles de fermeté, de dévouement à la justice, d'amour intrépide de la vérité, de constance épiscopale.
(I) Poiilif. Rom.
Ugr l'crniHii, VEt *r«B, l. III.
Nous avons vu reposer sur vos épaules le livre sacré des Évangiles, comme pour marquer que toute votre vie allait être plus que jamais enveloppée de Jésus-Christ, pénétrée à fond de son esprit et de ses sentiments de pasteur et de sauveur des hommes. înduimini Dominum nostrum Jesum C/iristum{l),
Lliuile sainte, une huile meilleure que celle dont les flots avaient inondé le pontife Aaron, a coulé sur votre tête. Unguentum in capùe(2).
Devenu dès lors, par Timposition des mains et parTonction, pontife de la loi nouvelle, évèque et successeur des Apôtres, il fallait vous remettre les insignes de votre dignité. Vous les avez reçus.
Votre consécrateur a passé à votre doigt Tanneau de votre alliance avec TÉglise que vous avez épousée dans la foi et dans le sang de Jésus- Christ. Sponsabo te mihi in fide (3).
La houlette pastorale* a été placée entre vos mains, et votre passé nous dit avec quelle sollicitude vous veillerez sur votre troupeau, avec quel ' courage vous saurez le défendre.
La mitre a été mise sur votre tète : la mitre que la sainte Eglise compare justement à uu casque destiné à faire de vous un athlète pour les
v'I) Rom. xm, 14.
(2) Ps. cxxxii, 2.
(3) Osée, II, 20.
combats apostoliques et àvousreniire terrible aux ennemis de la vérité. Imponimus capUi hujus antistitis et agonislx tuigaleam muiiieionis et saitilts, quatenvs armalo capile lemliUîs appareat adversariis verilatis (i).
C'en était fait : le conaécrateur pouvait vous faire asseoir sur un trône au milieu des princes de son Église. Ut cotlocet eum Domimis ciim principibiis popuHiui (1).
Et maintenant, devenu pfere <lc tout un peuple, vous sentez, mais sans vous plaindre comme Moïse, que vous portez ce peuple auplusinlime devotre cœur et dans les entrailles mômes de la charité pastorale. Porta eos in sinu tito, siciil portare solet nutrix infantidum^etdefer in terram pio fjua jwasti patribus eortitn (3).
Quoi de surprenant si, en face de ce drame sublime, en présence de cette merveilleuse création et asaompiion, le Te Deiim de l'action do grices a retenti sous les voûtes de l'antique catliédralc?
Voix de l'orgue, majestueuse et puissante comme ce mugissement des grandes eaux dont l'Apocalypse fait l'accompagnement de VAUeluta qui retentit dans les profondeurs de l'éternité, en rbonneur de l'Agneau, toujours immolé et lou-
(1} Pontif. Rom., de o
[2) Pb. cm, 8,
(3) Xiiii. SI. 13,
joars debout : Tanquam vocem aquarum multa" rum{l).
Voix émue des laïques, des prêtres et desévèqaes qui vous entourent en cette heure solennelle ; toutes ont dit, et je voudrais être en ce moment leur écho fidèle :
« Seigneur, Dieu des chrétiens, insondable et adorable Trinité, Père, Fils ot Saint-Esprit, nous vous adorons, nous vous louons, nous vous remercions!
a Vous venez de donner à votre Église un nouveau pontife etunévêque selon votre cœur!»
Ce qu*il a été dans ce beau diocèse de Rouen tout à la fois si fier de le donner et si triste de le perdre, ditos-lc-nous, vous, pieux asile de la jeunesse où il a contribué à former des chrétiens, toujours fidèles à leurs convictions, et vous, paroisses de Saint-Remi de Dieppe, de Notre-Dame de Rouen et de Caudebec, où ce prêtre a déployé tarit (le zèle ot tant de sagesse dans l'accomplisscmentdcs devoirs du ministère pastoral.
Dites-le-nous, vous, chapitre et sénat de cette grande métropole, vous par qui se perpétuent dans ce diocèse les traditions de Tantique discipline ; et vous, prêtres vénérables, qui partagez avec le premier pasteur et les sollicitudes et les respon-
(1) Apoc. XIV, 2.
sabilitês du gouvernement ccclésiaslique, et qui vous honorerez toujours d'avoir eu cet oint du Seigneur pour collègue dans vos travaux.
Dites-le-nous enfin, pieux fidMes, chrétiens vivant dans le moude, vous dont l'ApAlre veut que le témoignage s'ajoute, pour le confirmerj au suffrage des hommes d'église, Opûrlet Episcopum testimonium habere bomim ab Us (/ni foris swtt {{).
Oui, vraiment, l'Eglise de Garcassonne, à laquelle trois fois, depuis quarante ans, ont été imposés de douloureux sacrifices , tempérés par la joie de pouvoir reconnaître et saluer encore à Rouen, à Bordeaux, kChambéiy, ses anciens pasteurs, celle Église saura bientûl pourquoi dans le Te Deum du peuple rouennais il y avait, toul à la fois, de joyeux accents el dos noies pleines de mélancolie, les cris d'une sainte allégresse et de pieuses larmes.
Mais, apr^s avoir payé ce irîbul de notre reconnaissance au Dieu qui vous a élu, prédestiné, mis & part, pour vous faire aujourd'hui le don inénarrable delà plénitude du sacerdoce, gratias Deo super inenarrahili dono ejiis (2), j'ai hâte, mon cher et vénéré Frère, de redire avec vous le souhait qu'une juste gratitude vous dictai^ il y a peu
(I) ITim-.u, 7.
(S) Il Cor., tx, 15.
d'instants, envers réminentissimo prélat des mains de (]ui vous avez reçu l'effusioa lios divines grâces.
Avec vous donc, avec ce peuple et ce clergé, avec ce métropolitain donné naguère par votre Saint-Ouen au siège d'Avignon ; avec toute la province de Normandie, admirablement représentée ici pnr ses Evê(]iies ; on mon nom, au nom de l'Église de France, au nom du collège des cardinaux de la sainte Église romaine, je dirai Ift vœu de la liturgie, et je l'adresserai au Pontife, votre père et votre sacrificateur : Admtiltosannosf
je viens de prononcer deux mois qui disent tous les secrets de votre àmo pendant celle auguste cérémonie.
Père, vous auriez voulu garder auprès de vous ce fils et cet utile serviteur.
Mais votre dévouement à l'Eglise de France, mais la fidélité de vos souvenirs et votre affectioD pour le diocèse qui eut les prémices de votre longue et féconde carrière, l'ont emporté sur toute coDsidérationpersonnelle ; et, en immolant toulà l'beun' ce nouvel hvêque sur l'autel du sacrifice, voa»
avez pu redire la parole du grand Apôlre : linmolnr supra sacrificûimO).
Beau spectacle, en vérité, bien digne du Dieu qui inspire de si nobles sentiments et de l'Eglise pour la(|uelles'accotnpliasentces généreuses immolations!
Non, le Seigneur en soit béni ! la sève du sacrifice n'est pas tarie au sein de la société chrétienne ; et si l'égoïsme. la cupidité, l'ambition, font que beaucoup se recherchent aux dépens de la gloire de Jésus-Christ, qiix sua sunl qnaerimt, non giiœ Jesu C^Wsïi (2), il y en a encore parmi nous qui peuvent répéter, et, mieux encore, qui savent mettre en pratique la devise de la charité : Impendametsuperimpendaripsepro animabus (3). Allez donc, vénéré Frère, allez i ces âmes pour l'amour desquelles s'accomplissent en votre personne ou à votre occasion tant de fécondes immolations et de si grandes choses !
Allez, vous voilà prôt. Vous avez élé formé ici fc une école qui nous garantit le succès de votre futur apostolat.
En effet, je puis vous redire ce que Pierre dt Blois écrivait, il y a sept cents ans, à un de vos prédécesseurs, Jean, archidiacre comme vous de
(1) Phil., it. 17.
(2) Phil.. II. 21 .
(3J II Cor., XH, Kl
- «V rKgliscprimalialeclmélropolilaiDede Normandie, au moment où il la (juiltail pour aller preudre le gouverncmont d'un diocèse d'Anglelcrre.
Je cile [fxluellonienl :
« Vous n'aurez pas besoin d'aller cberclier au loin lesexemples de la verlu épiscopale. Rappelezvous seulemeaL ce que vous avez vu dans la personne de l'archevêque de Rouen, eL marchez fidèleinenl sur ses traces. Vobis episcopalis officii formamRot/iomagensisArchiepiscopi dnctriita prœscribit ( I ),
H Oui (c'esl toujours Pierre de lîlois qui parie), vous serez comme lui plein de sagesse dans les conseils cl de vigueur dans l'action, ctijiis vntigia si fidfliter velitis imitari, eritis in consiliis providus, in agfud ostrenuus ; modéré dans l'esercice de l'autorité, etpacirique à l'égard descnnemis de la paix, injuliendodiscretns, ctim his qui odenmt pacem pucificiis ; large dans les auniAnes et d'un zële que la prudence et la circonspecliou rendrooL profitable à l'Lglise, e^i»u$ m eleemosynis, in zela temperam et circiimspeclus ad omnia (2). •
Ah ! je le sais ; nous le savons, nous Évëques, et nous pouvons dire avec saint Augustin: a Le roagistëre qui nous est confié est périlleux, et il
1) Pctr, Blés,. De Jnttit. E/iii-c. ad Joan». Ifig. Epiu). (!) là. ,b.
y aurait plus de sécurilé à rester disciple et à demi'urer au second rang ». Puriculosum tnagisterium ; dàcipulntus securus est {i).
Vraie pour toutes les époques de l'hisLoire qui nous ont précédés, comment cette parole ne le serait-elle pas eu un temps où îl faut rcpélerj après saint Grégoire le Grand : « Le loup ravisseur ne se cache plus dans les ombres de la nuit pour attaquer le troupeau du Seigneur, mais il le menace et le déchire en plein jour » : Ecce lupus nonjam in nocle, latenter, sed inaperta lucedominicum gregem dUaniat (2).
Toutefois, n'est-ce pas précisément parce que de plus grands périls menacent l'Église de Jésus- Clirisl, qu'il faut lui souhaiter de plus intrépides défenseurs, et nous réjouir quand nos rangs s'ouvrent, comme aujourd'hui, pour recevoir un nouveau frère d'armes, si bien préparé à travailler et à combattre ; si décidé à être, par la grAce et pour l'amour de Notre-Seigneur, « un ouvrier infatigable et un vaillant soldat d : Sollicite cura teipsum probare Deo operarium inconfusibilem,.., iMbora sicut bonus mites ChrisH Jesit (3) ?
Je n'ai garde de l'oublier : nous sommes et nous voulons être toujours les pacifiques de
— >tHi — l'Évangile, chargés, suivant la parole ttito au prophète Jérémie, "de procurer la paixdes rilés par où noua passons, el do prier pour elles, parce que leur paix est la nôtre (1) ».
Fidtjles à la recommandai! o a de notre béni Sauveur, nos lèvres ne se lassent pas de répandre Bur les hommes le souhait et la bénédiction de la paix : Pax voôis. Tandis que le monde s'agîle, à travers toutes les vicissitudes des sociétés, libres envers le siècle de tout autre servitude, sauf de celle qui nous porte à nous dévouera lut pour In! faire du bien, nemini qtiidqiiam debtatis, nisi ut invicfm dUigath (2), no'' cœurs vont puiser tons lesjours au plus intime m^me du cœur de Jésus- Christlacharilé la plus sincère à l'égard de tous les hommes.
Notre patrie terrestre, nous l'aimons avec passion, et nous sommes aussi jaloux que qui que ce soit de sa grandeur et de sa prospérité. Les aspirations de nos contemporains et de nos concïtoyena vers les progrès de lajustice sociale : non seulement nous les partageons, mais nous sommes en droit d'affirmer, au nom d'une expérience confirmée par tant de révolutions, qu'en dehors de l'Ëvan-
{Vi Qunrite pHcem cÎTitatia sd qn&m et orale pro tu bA Dominum :qiiia in pa"i CJer. xiix, T.)
illiaa erit pax votni.
gile, de ses lois, de son esprit, de sa g^àce, de ses vertus, ces aspirations ne sont que de vaines ou orgueilleuses utopies, el qu'au christianisme seul il appartient de réaliser la magnifique parole de nos Livres saints, on disposant le moade dans la justice, sans laquelle il ne saurait y avoir ni fraternité sincère, ni vraie liberté. Utdisponat orbem terrarum in œquitate etjmlilia (1).
Oui, nous chrétiens , simples fidèles ou ministres de Ji^sus-Christ, nous devons et nous voulons être toujours au premier rang de ces ouvriers qui travaillent sans relAche à rendre les hommes moins ignorants el moins méchants, pour qu'ils soient moins malheureux.
Nous n'avons donc dans l'esprit ni rancune, ni parti pris, ni arrière-pensée systématiquement hostile à la société de noire temps. Disciples d'un maître qui est « le Roi immortel des siècles (2) », nous devons sans cesse apprendre de lui à discerner les signes, le caractère, la physionomie particulière de l'époque où nous vivons (3), afin de pouvoir lui être plus secourables. Notre plus grande gloire étani de garder sa parole et d'être fidèles à ses enseignements, nous no pouvons oublier que le progrés en toute chose est la vraie
loi des chrétiens. Estole perfecti (1). EaBn, s'il fauL UD cri de ralliemenL à nos coDstanIs efforts pour le bien des hommes, ne vous y trompez pas, CE! cri ne sera jamais: En arrière M en bas! mais toujours : En avant et enhaul ! Ad ea gux swtt priora (2) ! Sursimi corda (3) !
En appliquant ces principes, je n'hésile pas à dire que nous sommes heureux toutes les fois que les circonstances nous permotlent de vivre en concorde et en cencordat avec la puissance civile. Nous lui demandons seulement de vouloir bien être convaincue, avec saint Grégoire le Grand, que la paix de l'Etat est une conséquence et aoe application de la paix de rEg;Iise. Nemme>i passe recle terrena agere, nisi noverit paeem reipubHcx exuniversalis Ecclesix pace pcnderc (4).
Rendre à César ce qui appailient à César, cela estjuste et raisonnable ; c'esl l'ordre formel de Jésus-Christ (5); c'est la tradition de nos pères ; c'est l'enseignemonl et la pratique constante de l'Eglise, depuis ses premières encycliques qui s'appellent les deux Epltres de saint Pierre : Svbjeeti estote ducibus tanquam a Deo missis quia sic
(1) Hfttth., V, 48.
(21 PhiL.ni, 13.
{i Vmi. MiHK.
(4) S. Oreg. Mi^ii.,L.v, Kp.
(5J Mattb., xiii, il.
- 4»! - 'ésl vokmtas Deî(l], jusqu'à cetle récente lettre de Léon XIII (2) qui résume sur celte question capitale la doctrine de tous les siècles catholiques, et résout d'une façon si lumineuse et si sûre le problème des rapports de l'autorité avec la liberté et de l'individu avec l'Etat, en nous rappelant, avec saint Paul, que « tout pouvoir légitime vient de Dieu (3] " ; que le chrétien ne cesse pas d'Mre citoyen, et qu'à ce titre il doit acquitter exactement, suivant les circonstances, « le tribut, l'impôt, la crainte, l'honneur (4) », envers les dépositaires de la puissance publique.
Oui, je le répète, nous sommes essentiellement les fils et les apôtres de la pais (5). Beati pact/ici. Néanmoins, ne vous y méprenez pas. Nous aurions horreur d'être du nombre de ces prophètes prévaricateurs stigmatisés par Jérémie, qui veulent la paix à tout prix, c'est-à-dire une paix sans dignité et sans sécurité, parce qu'elle implique un lâche abandon des droits de Dieu, des libertés de l'Eglise et des intérêts les plus sacrés des âmes, Curabanl contritionem filis popvH mei cum ignominia, dicentes : Pax, pax ; el non erat pax (6).
fl) IPet.. n. 13. 15.
(2) L'Encyclique Diutunwm illud, <
(3) Sont., III, I.
(i) Jtem. xul. T.
(S) MMtli,, V, 'J.
■ G) Jer., ïl, 12.
i date (ta 29 jaia 1S8I.
Oui, notre conscience nous commande de rendre à César ce qui appartient à César, et nous obéirons à notre conscience. Mais qu'on ne nous demande jamais de trahir nos devoirs envers Dieu ; qu*on ne nous parle pas de lui refuser ce qui lui est dû, Lui à qui nous sommes redevables de tout.
Car alors^ ni les leçons ni les exemples ne nous feraient défaut pour nous tracer la ligne inflexiblement droite de nos obligations.
Avec Cyprien, ce saint évèque, contemporain des terribles épreuves infligées aux chrétiens du second siècle, nous saurions nous rappeler que, sans même aller jusqu^à l'effusion du sang, celuilà est vraiment « confesseur et témoin du Christ, qui sait garder en toute chose une inébranlable fermeté d'attitude et de langage ». Hoc est confessorem Domini ; hoc est esse martyrem Christi , servare vocis suas mviolatam cirea omnia et solidam firmitatem (1).
Avec ce Pierre de Blois dont j'invoquais tout à l'heure le témoignage, nous aurions à cœur de nous souvenir qu'il y a deux choses pour lesquelles tout fidèle , à plus forte raison tout prêtre , tout évoque doit être décidé à lutter jusqu'à la mort, à savoir la justice et la liberté : Duo sunt, justifia
(1) s. Oyp., Bp. 26.
et libertai, pro çuiùm qvisqtte fidelis risque ad sangiiinem slare debft (1).
Enfin, parla^râce de Dieu, nous saurions redire ce que disait, au milieu des agitalions du tv^ siècle, un Pontife cependant renommé pour la mansuétude de son caractère. Le jour même où l'ami de saint Basik', le doux Grégoire, vaincu par les désirs de tout un peuple, consentait à se laisser imposer l'honneur de l'épiscopat, il faisait entendre, et nous répétons après lui, ces nobles paroles: a Mieux vaut une guerre honorable <]u"une paix qui nous séparerait de Dieu ; et s'il nous faut encourir le mauvais vouloir des puissants du siècle pour avoir pris la défense de la vérité, nous nous ferons gloire d'être du nombre de ceux que l'esprit de Dieu arme pour le combat (2).
Cher et vénéré Frère, j'ai cédé à l'instance de vos désirs en élevant la voix dans cette imposante assemblée, tandis qu'il m'eût été doux d'écouter en silence nos frères aînés, et j'ai essayé de vous dire la grandeur v.l les difficultés de l'épiscopat.
Je veux, en finissant, me tourner encore une fois vers l'illustre Cardinal de qui vous venez de
ni Petr. B1eï., du Imtit. Spiii).
(9) Melia» eat laudabile bellnm pMe a Dec ditjnngente. Utlnam ex txtam onmeio lim qui pro Tetitiite decetUnt, atque io
recevoir une vie nouvelle. En votre nom, je lui répéterai les adieux et la prière qu'au jour de sa consécration saint Grégoire de Nazianze adressait au vénérable Evèque 'dont il était deux fois le fils :
c 0 père, voici cet homme de votre droite. Il vous a obéi en présentant ses épaules au fardeau de Tépiscopat; rendez-lui la bénédiction. Obedientiam hahes ; redde benedictionem (1). Accompagnezle, précédez-le de vos prières au moment où il va vous quitter pour se diriger vers la terre lointaine qui Fattend. Il aura la joie d'y entrer dans vos travaux et de continuer les sillons que vous creusiez il y a trente ans. Vos conseils seront toujours sa lumière et votre affection fera ssilorce. Duc prêcibus tuiSj prœi st^mone, fulci spiritu (2).
a Oui, bénissez-le et bénissez-nous tous avec lui ; car il est écrit que la bénédiction des pères affermit l'établissement des enfants. Benedictio enim patris firmat filiorum domos (3).
offensionem et odiam incarrunt ! Immo etiam in hoc nnmero esse gloriabor : ob eamque causam spiritus ad pugaam armât. (S. Greg. Naz., Or. 2«, n» 82.)
(1) Greg. Naz., Or, 2«, infn.
(2) Id.,lb. —(3) JCeeli., m, 11.
LETTRE
PBBSCBIVA.VT FOCH DBU&NDEB
PRIÂBIS
SB LA SâCHEBEBSB
MoNsiEiB LE Cubé,
radeTisite paitorale, le 7 auQt ISSl.
Dans la région qi:c je parcours depuis quelques jours, une sécheresse exceplionuelle cause à dos populatioos agricoles de sérieuse» appréhensions. Oq se voit menacé de perdre 'juclques-unes des récoltes qui assurent la subsislance des habitants des campagnes. Il est même des endroits où le manque lolal de pàlure et d'eau compromet l'existencedu bétail. Je ne sais si cette épreuve se fait sentiravecla mëmeinl^nsilédans Loutesles parties de notre vaste diocèse. Quoi qu'il en soil, les sollicitudes maternelles de l'holise pour le bien
Mgr Peirand. — Œuvres, t. III.
mémo lemporel de ses enfaitls ne peuvent demeurer inaclives en présence des alarmes occasionnées par la peraislance de la chaleur. Nous faisons professiou de croire à une Providence qui gouverne ce monde avec sagesse et bonté, et se sert des mille vicissitudes delà vie pournousprovoquer à la prière..
Nous prierons donc pour recommander les nécessités présentes de nos campagnes, bri^lées par le soleil, à Celui qui peut tempérer les feux de cet astre et verser sur la terre aride une rafraîchissante et salutaire rosée.
La fête de l' Assomption, que nous célébrerons tr^s prochainement, et la procession traditionnelle du Vœu de Louis XIH, nous seront une occasioa favorablederi'courirà l'intercession de la Irfes sainte Vierge, au patronage de laquelle les chrétiens aiment à confier leurs angoisses et leurs prières.
J'ai décidé. Monsieur le Curé, que pendant neuf jours, k partir de la réception de la présente lettre, les prêtres du diocèse ajouteraient à la messe les oraison, collecte et poslcommunion Ad petendam pluviam.
En outre, à la procession qui se fait le 15 août, aux litanies de la sainte Vierge on ajoutera le psaume 146'^; et de retour à l'église, avant le Salut du très saint Sacrement, on chantera les versets el oraisons prescrits par le Rituel romain pour demander à Dieu la cessation de la sécheresse.
Dans le cas toutefois où quelques paroisses-du diocèse ne seraient pas soumises à la même épreuve^ je laisse MM. les Curés juges de ro]^mrtunité de faire ces prières publiques.
Veuillez agréer, je vous prie. Monsieur le Caré, l'expression de mes sentiments les plus dévoués en Notre-Seigneur.
LEnRE CIRCUUffiE
AV CLBBOÉ DU DIOCiSB POUB LUI NOTIFIBB LA PBOBOOATION DU JUBILib, LUI OOMMUMIQUBB PLUSIKURS DOGUMBIÎTB
émakAs du s. SIÂGB
ST néSUMEB LEB AVIS DONNÉS DANB LES BBTBAITEB