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LE DOUZIÈME CENTENAIRE

DU MABTYRIC DE BAIKT LÂOBR, ivÈQUB O'AUTUN. (2 OCTOBBE MDCCCLXXVIII)

Nos TRÈS CHERS FrÈRES,

Parmi les grands évêques de la vieille gallo-romaine, notre illustre prédécesscui siège d'Autun, Léodegar ou saint Léger, à juste titre une place d*honneur.

Né en Australie d'une famille prîncierc de sainte Odile, patronne de celle va chrétienne Alsace qu'en dépit des conc des traités nous persistons à regardei notre sœur, saint Léger réunit dans sa et dans son histoire tous les genres d'ini

Une jeunesse tout entière consacrée et à la piété ; un esprit cultivé et délicn lettres et des arts, dans un temps où la vi passions barbares ne présageait pas i

gloires du siècle de Charlemagne ; Tamour de la solitude et de la vie cachée, et la forte discipline de la règle de saint Benoit préparant aux sollicitudes de Tépiscopat, aux agitations de la vie publique, aux persécutions et aux souffrances du marlyre le futur pasteur de l'Église de saint Symphorien, le conseiller de la reine Bathilde, la victimede Timpiloyable Ébroïn; les honneurs périlleux de la puissance après Theureuse obscurité du cloîlre, et les plus cruels revers de fortune succédant à l'exercice d'une autorité presque souveraine dans rÉglise etdans l'État ; et, à travers oes vicissitudes si diverses, l'égalité d'une âme demeurant toujours plus haute que les succès les plus enivrants ou les plus terribles revers, parce qu'elle sut puiser sa force en Celui qui seul est grand et qui dispense à son gré à ses fidèles serviteurs ou 'es fragiles prospérités de ce monde, ou les dures el salutaires . épreuves dans lesquelles la vertu s afiirme et le mérite grandit : voilà, N. T. C. F., sous quels traits s'offre à nous, toujours vivante ^Pt'ès douze siècles écoulés, la physionomie du ^^inl Évoque on qui nous sommes heureux de sa- ^^er une des gloires du diocèse d'Autun et de église des Gaules.

A peine l'illustre martyr avait-il été placé sur ^^s autels, qu'une pieuse curiosité recueillait avi- ^^ment, pour les transmettre à la postérité, les ^mouvants souvenirs de sa vie et de sa mort.

Dès le septième siècle, deux auteurs contemporains de rÉvèque d'Autun ont écrit sa biographie, el leurs narrations ont été jugées dignes de figurer dans le magnifique recueil de nos historiens des Gaules (1).

Au neuvième siècle, un poète latin, probablement un des religieux de ce monastère de Saint- Maixent où Léodegar avait porté la crosse abbatiale avant d'être élu évèque d'Autun, a chanté les gestes el les souffrances du pontife martyr, dans un poème de près de 1,300 vers, partagés en deux chants (2).

Au dixième siècle, un autre poète anonyme, écrivant dans cette langue encore indécise qui n'était plus même le latin de la décadence, sans être encore le français du moyen âge, a redit en 240 vers les vertus et les malheurs de saint Léger (3).

Au siècle suivant, un Alsacien, Fruland, moine de cette célèbre abbaye de Murbach, qui posséda

(1) Le premier de ces autttirs est Ursin, abbé de Ligogé en Poitou. Le second est an moine de Saint-Symphorien d* Autan , resté anonyme. Ces deux biographies ont été reproduites au tome XCVIde la Patrologie latine de M. Migne. Noas leur ayons fait de nombreux emprunts.

(2) Ce poème est reproduit intégralement à la suite de VHigtâire de saint Léger ^ de dom Pitra, O. S. B.

(3) Publié à Bonn en 1876, par H. Frédéric Dies, à la aoit^d*un poème de 132 vers, également en langue romane, sur Passion de Notre- Seigneur.

pendant des siècles la tète du saint martyr^ reprit, pour obéir aux ordres de son supérieur, Tabbé Eberhard^ le récit des actes et de la passion de Tévèque d*Autun (1).

De nos jours, enfin, un autre fils de Saint-Benoît, digne émule des Martenne et des Mabillon, inaugurait, il y a trente-deux ans, par une Vie de saint Léger où l'intérêt dramatique de la forme le dispute à la riche et solide érudition du fond, la série des grands travaux qui devaient conduire leur auteur à la pourpre romaine. Nous avons nommé S. E. le cardinal Pitra, dont le diocèse d'Autun est si justement fier, et à qui revient le mérite d'avoir appelé l'attention de nos contemporains 5urla victime de la haine d'Ebroïn.

Les monuments liturgiques en Thonneur de Vévèque martyr ne le cèdent ni en nombre ni en importance aux compositions des poètes et des historiens. Ils confirment par Tautorité de la prière publique la pieuse créance des peuples en Tintercession d'un pontife mis à mort pour avoir défendu contre Tarrogante domination d'un ambitieux la liberté sacrée de TEglise et rempli jusqu'au bout les devoirs d'un bon pasteur (2).

0} Keproduit pardom Pitra, à la suite de son histoire defaint Uger,

'*' Voir les AnaUcta lUurgica placés à 1h fin d'i volume de ^^ Pitra.

A diverses époques, des médailles ou r monnaies frappées en Thonneur de Léode lent la persistance des souvenirs qui se i à sa personne et à son histoire.

En plusieurs diocèses de France, des lui ont été consacrées et se font gloi patronage.

Sur les bords de son lac, immortalis grands souvenirs, Lucerne, la libre et Lucerne, rend encore un cuite tout part mémoire de saint Léger, en qui ellevér dèle des saints évèques et des grands c

Ici même, N. T. C. F., dans ce palai dont les premières assises remontent ai céments de Thistoire si glorieuse de ne nous vous adressons ces lignes à To antique tour, à laquelle, depuis douze une tradition ininterrompue a donn^ « tour de saint Léger ».

De là, sur le flanc septentrional des entourent notre cité de l'austère coure forêts ; à quelques pas seulement d' romain, dont les proportions rappelle ments funéraires de la voie Appiennc sinage immédiat d'un humble san< sous le vocable de saint Léger, se \

l)Voirdom Pitra, p. 405.

que d'Autun, s'offrant à ses ennemis pour la rançon vivante de son peuple, cul les yeux •hés, et trouva dans ce cruel supplice, avec la e d'un premier martyre, la force surnaturelle endre et de mériter une plus glorieuse cou- Alsace a vu naître l'itluslre pontife. La Picar- ç,,^ a vu mourir. Le Poitou a eu les prémices de ^^ e monastique et sacerdotale. Notre Bourgogne ^^ i le théâtre de son épiscopat, et l'Église d'Au- --^ i longtemps gardé, jusqu'à de sacrilèges spo- ^^ ms, l'anneau sacré de son alliance avecl'Évê- ^5 qui l'avait épousée dans la foi du Christ et ^^ l'aima jusqu'au sang. ^^ I outre, conseiller do nos Mérovingiens à une SiSb' ue où leur autorité, s'affaissant déjà, faisait pré- ^^^ r la décadence de leur race, mais originaire ^^ ays qui devait, bientdt après, relever l'hon- g=

de la couronne par le génie et la vaillance ^^

premiers Carlovingiens, liéodegar touche par ^§

les cAtés k DOS plus grandes traditions reli- ^^

ses et nationales. *""-fc.

tous les titres donc, au nom de l'Église, qui

décerné l'auréole de la sainteté ; au nom de ance, dont il fut, au septième siècle, un des illustres citoyens ; au nom du diocèse d'Autun le compte au nombre de ses plus grands ues, nous devions à saint Léger un hommage inel. Nous nous proposons de le lui rendre au

jour qui ramènera le douzième centenaire douloureux et glorieux martyre.

Pour vous préparer, N. T. C. F., à céléh dignement ce grand anniversaire, nous es: de vous faire connaître, au moins dans s principaux, l'histoire de saint Léger. Com les martyrs ou témoins du Christ, il a lais sa vie et dans sa mort, des exemples de courage dignes d'être proposés à Tadmi à rimitation de tous les siècles : Univer memortam mortis suae ad exemphim vi forHtudvus relinquens (1).

Nous saluerons d^abord en Léodegar, F., rÉvêque qui instruisit, édifia et bénit '

Il avait été préparé aux sollicitudes et ponsabilités de l'épiscopat par la forte de la vie monastique. Il importe tant < obéir, quand on est appelé au redoutabi de commander ! Il est si avantageux d formé par une règle, quand on doit de même la règle vivante de tout un cl

(l)IIMach. VI.31.

un peuple I Forma facti gregis ex animo (1).

L'évèque et le moine, dil le prince de la éologie, saint Thomas d'Aquin, ont tous deux pport à la perfection du christianisme. Mais lur te moine, il suffit de se perfectionner luième ; tandis que l'évèque a charge de perfec- }nBer les autres. L'évèque doit donc commen-

r par être parfait, s'il veut répondre aux ^3

ilîgations de son ministère qui consiste à con- -«^

lire tes âmes aux sommets de la perfection > : ^^

tctiù pertinet activead episcopum, sicut ad per- ^

rem, ad monachumauîempassioe. sicut ad per- ^^

im. Requiritur aulem quod sit perfectusaliquis, ^^

■)€ quodpossitalios adperfectioiiemadducere (2). ^^

î longues années passées à l'ombre du cloître '^

aint-Haixent et une quotidienne application ^^

rudes exercices de la vie monastique initié- C3

Léodegar à cette double perfection ; et quand la prendre possession du siè^e d'Aulun, il réat déjà l'idéal indiqué par saint Grégoire de anze aux chefs spirituels du peuple de Dieu : *-*,^

:e le meilleur possible et avancer chaque jour ^^

ins Ja pratique des vertus (3) ».

Q moment où le choix judicieux de la reine

I Petr, T, 3.

j. Thom. Aq. lia Ilœ, q. 1S5.

^nm optimnmetMet noias subiode Tulutsm

. (S. Gng. Ku. I]m orst d> XV.)

Bathilde appelait l'ancien abbé de Sainlaux honneurs et aux redoutables respor de Tépiscopat, l'Église d'Autun était A situation déplorable. Après une série ( évoques, dignes continuateurs des Amat Rhétice, des Euphrone et de tant d'auli râbles pontifes, cet antique siège avait convoitises d'hommes ambitieux et viol quels, profitant des troubles de l'État p parer des premières dignités ecclésiastii saient de l'épiscopat non une servitud< l'égard des fidèles placés sous leur ji mais l'instrument d'une domination red(

Après la mort de l'évèque Ferréol, en 660, de sanglantes compétitions a lieu, et pendant deux ans la cité de sain rien avait été comme une proie disput loups ravisseurs.

Né vers 615^ Lé'odegar avait environ six ou quarante-sept ans lorsqu'il vii sacrer dans l'antique basilique des saii et Celse, son église cathédrale. Son élect la confiance dans les âmes et convert' allégresse les alarmes de son peuple, voir arriver enfin un bon pasteur.

Avant même de pratiquer dans le austères vertus de la vie monastique évèque avait fait auprès de son oncle Di de Poitiers, l'apprentissage du ministî

a dignité d'archidiacre, à laquelle il avait été élevé , lui avait donné occasion de montrer lai gravité prématurée de son caractère , et par la manière dont il s*était acquitté des nombreux devoirs de sa charge^ il avait justifié son oncle d'un choix auquel, sans cela, le repro- <^lie de népotisme eût pu être difficilement épargné.

Visiter les églises, veiller à l'observation des saints canons, présider aux jugements ecclésiasf t-îques, pourvoir au soulagement des pauvres, eneoorager les œuvres de zèle et de charité, rompre aux fidèles le pain de la divine parole : Léo- 4egar, archidiacre de Poitiers, avait montré, par la manière dont il s'était acquitté de tant d'importantes fonctions, ce que pouvait attendre de lui, ^vec la gr&ce de Dieu, la sainte Église d'Autun devenue son épouse dans la foi et la charité du Christ.

Au témoignage d'un contemporain, Léodegar

réunissait dans sa personne tous les éléments de

puissance et de succès pour l'accomplissement de

^on importante et difficile mission : « Il était

^ doué d'une haute taille ; son visage était res-

^ plendissant de beauté ; il avait un esprit plein

* de finesse et beaucoup de prudence ; son élo-

" qaente parole lui gagnait tous les cœurs.

^ Xlne inviolable pureté et un ardent amour

de Dieu étaient le couronnement surna-

Mgr Pebbauo.— Œuyred, t II. 14

€ turel de ces dons exquis de la nature (i) i

Tout entiers au récit de ses épreuves, les ai ciens chroniqueurs ne nous ont transmis qu'i petit nojnbre de renseignements sur radminisli tion épiscopale de saint Léger.

Un concile auquel assistaient cinquanle-qua évoques groupés autour de l'évèque d'Aul pour rétablir dans son intégrité la discipline clercs, des moines et des fidèles, compromis! /nilieu des désordres et des violences de celte • que troublée (2) ;

L^érection d'un magnifique tombeau, de à renfermer le corps de notre glorieux saint phorien, réuni aux restes mortels de son saint Faustus et de sa mère sainte Augusia ;

La Basilique des saints Nazaire et Celse i fiquement ornée de mosaïques, et augmenl les largesses du généreux pontife d'un ba et d'un diaconie ;

L'institution d'une matricule adjointe k\ drale, ot composée de quarante clercs plai

(1) Erai staturaproceras, inter plerosque paldierrii décoras, eloqaio suavis, ingenio acutissimus, prudent zelo Dei et amoie ferrida^, parpetasB virsîtiitati tantam vero apUssimus nt eloquentia sua pUtwret coUoquentibus. (Ursin , abb. Vita S, Leodeg . c. il.)

(2) Quelques débris des caDons portés dans ce c publiés par les BoUandistes (2 oct.) et reproduits d du cardinal Pitra, p. 445 et suiy.

la direction d'un prévôt, avec mission de célébrer lesloaanges de Dieu et de distribuer des aumônes aux pauvres *

Les remparts d'Autun restaurés, et bon nombre de maisons qui menaçaient ruine réédifiées par les soins et les largesses de Léodegar (^1) ;

Tels sont, d'après les contemporains, les actes qui témoignent des sollicitudes de Tévêque d'Autun pour le bien spirituel et temporel de son

peuple.

Pasteur des âmes, il s'est occupé avant tout du bien des âmes, en veillant à la sainteté du sacerdoce et à l'intégrité de Tordre monastique.

Vrai Pontife, c il a aimé la beauté de la maison de Dieu (2) », et il a voulu que les sanctuaires où s'offre chaque jour la divine Victime fussent dignes de la majesté de nos redoutables mystères. Successeur et émule des martyrs, avant d'aller prendre place dans les rangs de leurs légions triomphantes, il a honoré leurs reliques et leurs tombeaux.

Enfin, par son zèle pour la sécurité et le bien- ^tre des habitants de la ville d'Autun, Léodegar *'^t montré digne du titre de Défenseur de la ^*^^, décerné si souvent aux évêques des Gau-

0)Anon. .Ed. 1.

(2) Pt. XXV, 8.

les par la reconnaîssanee des populalions [{] Mais par où le saint évèque conquit surtout ' confiance et l'amour de son peuple, ce fut par tendre charité pour les pauvres. Il les accueilli avec la plus touchante bonté, et « sa persoi « sacrée était pour tous les misérables et les ce primés de ce monde comme un port de s; « et un inviolable asile de paix (2] ».

Léodegar avait aimé son peuple aux joun la prospérité et de la puissance. Il Paimadavar encore aux jours de Tangoisse et de la tribuU

Il ne saurait entrer dans notre, desseir C. F., de vous retracer dans le détail le politiques dont la France fut le thë&lre la seconde moitié du septième siëcle. N< dirons que ce qui sera nécessaire pour v connaître les épreuves de notre illustre seur.

Âpres que la reine Bathilde, couronna

(i; Dareste, Buioire de France, t. I, p. 144. (2) Potentioribus erat pietatis et misericordise 8 peribas vero pacis et tranqnillitatis pointas et ir

rcfugium. (Frul. A'urb. n« 7.)

acte de suprême désintéressement les grandes actionsde sa vie, se fut dépouillée de tous ses biens et retirée à Fabbaye de Ghelles pour y vivre pauvre, un soldat de fortune, Ebroïn, semant la division parmi les fils de cette princesse, s'était emparé du pouvoir en Neustrie et gouvernait sous le nom da bible et incapable Glotaire III, tandis que TAustrasie obéissait à Childéric II.

A la mort de Glotaire, arrivée en 670, Ebroïn hi substitua de son propre chef un frère du roi défunt, Thierry III. La noblesse des trois royaumes (Neustrie, Austrasie, Bourgogne) se coalisa contre Ebroïn qui, surpris et vaincu, ne dut la vie qu'à l'intercession de saint Léger et fut enfermé dans le monastère de Luxeuil (1).

Cette révolution, qui rétablit un instant sous le sceptre de Ghildéric II l'unité de la monarchie franque, semblait devoir porter à son apogée le crédit de l'évêque d'Autun.

Si Léodegar avait obéi aux misérables inspirations d'une ambition mondaine, lachute d'Ebroïn, dont il avaithautement combattu lapoliliquealtière de l'arrogante domination, eût aisément fait de lui l'arbitre des destinées de la France.

Mais Léodegar était évêque, et un jour vint où sa conscience d'évêque lui fit un devoir d'élever

(*) Anon. Md, 3.

la voix contre le scandale donné par Childéric, lequel, en épousant sa cousine, avait contracté une alliance défendue par les lois de TÉglise.

Childéric sembla d'abord accueillir avec déférence lescourageuses représentations de Léodegar. Mais bientôt, cédant aux instigations de courtisans corrompus et intéressés à voir le prince donner de mauvais exemples, il trouva insupportable « rintégrité sacerdotale » de l'homme de Dieu(l). « Le monde affaissé sous le poids de ses vices, dit « le chroniqueur anonyme d*Autun, ne pouvait « soutenir la virilité de ce citoyen du ciel, inflexi- « blement résolu à ne se point détourner du sen- « tier de la justice (2). »

Voyant l'inutilité de ses conseils et de ses remontrances, révêque.d'Autun ne crut pas devoir rester plus longtemps à la cour, où sa présence semblait autoriser un désordre contre lequel il s'était élevé avec tant d'énergie.

Il rentra donc dans sa ville épiscopale pour les fêles de Pâques de l'année 673.

Childéric l'y suivit avec toute sa cour. Il était

(1) Quia sacerdotalis integritas minas nescit metneie. (Anon. Md, c. IV.)

(2) Metuebant hi omnes et hornm similes in voluptatibaB cœS conTersantes, a Dei homine sna opéra destrui, dum eam jai^ no* verant per justitise callem iiiflexibiliter gradi : Tirilltatem eniiiB> cœlestis «ûvis senescens mnndus^ gravatus vitils, non yaluit soitinere. (Id.ib.)

obsédé par des pensées de meurtre. Léedegar avait été transformé à ses yeux en ennemi public, parce que, nouveau Jean-Baptiste, il avait osé dire : « Il ne vous est point permis de garder « cette femme (1) ».

Prévenu de ce dessein, Léodegar n'en célébra pas moins, avec la pompe accoutumée, la nuit soleanelle de la résurrection du Sauveur.

Puis, pour éviter au roi un crime qui ne pouvait attirer que des malédictions sur lui et sur toute la France, Léodegar, après avoir tenu conseil avec ses amis, se décida à fuir, c heureux de « tout quitter et de suivre le Christ, quelque part « qu'il lui fût donné d'être le pauvre du « Christ (2) ».

Mais, bientôt poursuivi par les cavaliers de Childéric, et atteint sur la route de Besançon, l'évèque d'Aulun fut conduit à Luxeuii, où il retrouva Ebroïn revêtu de l'habit monastique.

La mort violente de Childéric, survenue quelques mois après, ouvrit aux deux captifs les portes 4u cloître qui leur servait de prison.

Ebroïn se hâta de retourner aux ambitieuses entreprises qu'avait seulement interrompues pour l«ilarévolutionde670.

(*) Matth. XIV, 4.

y^i ht) nihilo reputans quod habetur in muado, eadem DOCte

Quant à Léodcgar, il avait retrouvé à Luxeuil le silence et la religieuse paix dans lesqueln il ' avait vécu dans sa cellule de Saint-Maixent, avant de connaître les dangers de la cour et les sollicitudes incessantes de la charge pastorale.

Il aurait voulu ne pas quitter les lieux sanctifiés par la présence de saint Colomban et tout remplis de ses souvenirs. Déjà toutefois des messagers étaient accourus au nom des habitants d^Autun.

Les anciennes chroniques nous ont conservé leur touchante supplication ; et il vous sera doux, N. T. C. F., de savoir quels sentiments vos aïeux professaient pour Tillustre pontife dont nous vous invitons, après douze siècles, & célébrer la mémoire avec nous :

« Homme bien-aimé de Dieu et des hommes, « nous avons assez longtemps pleuré votre absen- (( ce et porté le deuil. Rendez aux affligés la joie ; « consolez leur grande désolation ; prenez pitié, « bien-aimé père, de votre troupeau. Il se consu — « me de regrets ; et s'il ne vous revoit, il défail — « lera. Revenez, fortifiez, guérissez, ô Père, ceux:^ « que vous avez doucement et pieusement élevés ;r « et ne les laissez pas plus longtemps languir d

procedens cum paucis ire cœpit ubi pauper Christi fieri potoia'— ' set. (Urein, c. vi.)

u votre absence; que les larmes de vos enfants

« vous émeuvent, et que les gémissements de

« ceux qui soupirent après vous vous ramènent.

« Nous savons bien que vous voulez sans relâche

H servir le Christ ; mais où le ferez-vous mieux

« que là où il vous a établi pasteur ? Que pensez-

« vous mériter de lui, si vous délaissez ceux qu'il

« vous a donnés à conduire? Revenez, père, reve-

« nez donc pour consoler vos fils qui pleurent,

« pour rendre au double, à notre maitre le Christ,

« le talent qu'il vous a donné afin qu'il fructi-

«Bàt(l) ».

Vaincu par les instances de ses fils spirituels, Léodegar sacrifia son repos à la charité pastorale et reprit la route d'Autun.

Il n'ignorait pas, pour rappeler une grande parole de saint Grégoire de Nazianze, qu'un des principaux devoirs d'un évêque est « de s'oublier « entièrement soi-même pour ne songer qu'aux i intérêts des âmes qu'on a engendrées au Christ « par l'Évangile (2) ».

Le temps n'était pas éloigné où ces paroles du saint docteur allaient recevoir toute leur application, et où Tévêque d'Autun serait appelé à * s'oublier » lui-même pour le bien de son troupeao.

(i, Prul. rub. n» 20.

(1) S. Qreg. Naz. IlAorat n» 64.

Toutefois, à l'exemple du Sauveur, il devait connfUtre les joies d'un triomphe populaire avant d'approcher ses lèvres du calice amer de la passion.

Nous savons, N. T. C. F., comment vous accueillez vos évëques, même avant de les connaître, et quand le seul sentiment de la foi vous fait saluer en eux les anges de Dieu venus au milieu de vous pour vous parler du ciel et vous bénir {!),

Pour nous faire une idée de la réception qui attendait Léodegar revenant au milieu de son peuple, il nous sufliralt de noua rappeler l'incomparable journée du 9 juillet 1871 et notre première entrée dans notre ville épiscopale.

0 La cité d'Autun et tout le diocèse sont en fête n et semblent revivre en revoyant leur pasteur. On « orne les places ; les diacresallument lestorcbes; « les clercs font retentir les joyeuses antiennes ; « toute la ville se réjouit du retour du Pontife après « la tempête de la persécution (2). »

L'allégressç ne devait pas être de longue durée

[1) Kcat sogelam Dei excepistU me, dent Ctuistam Jesom. (aal. IV. 14.)

(!) I^Utnr ciTitas et omnia Ecdeù» de ptutorii pneseoCia lediviT». Plates oinaatnr, apUat diaconi cereoa, cleriei tripadiant cutn aatiphonU, gaadet ciritas tote de adventn rai ponlificia poat putseaationia procuBllam. (Anou. Md. c. viu.)

an sein de la famille spirituelle de Tévèque d'Autan ; et la loi de l'épreuve, un instant interrompuo par ce triomphe populaire, allait suivre son cours.

Après avoir usé de son influence sur les leudes deNcustrie et de Bourgogne pour leur faire reconnaître la royauté de Thierry III, et installé auprès delui un maire du palais de race bourguignonne (1), Léodegar avait repris les saints labeurs du ministère épiscopal.

Mais de nouvelles et sanglantes révolutions venaient d'éclater. Ebroïn avait repris les armes, détrôné Thierry et mis en sa place un simulacre de roi. 11 faisait tout trembler, « semblable, dit un « chroniqueur, au lion dont les rugissementsjettent « l'épouvante danstoute la contrée d'alentour (2) i. " Il avait surtout à cœur de se venger des évêques ionlla courageuse attitude avait fait opposition à seslyranniques desseins (3), et parmi les cvêques,

(^) Leudèse, fils d'Archambaut et parent d'Ega.

v^) Qui nt leo m^^ens inter caeteras feras, resonuit rugitus ejas I^Francomm terras. (UrsinjD* 12.)

(3) Les martyrologes et les chroniqueurs du septième et du i^utième siècles comptent jusqu'à neuf pontifes du Seigneur,

qui pouvait lui être plus odieux que Tévèque d'Autun auquel il avait dû la vie en 670 ?

C'était en 674, juste 1200 ans, N. T. C. F., avant que la Providence nous eût choisi pour venir nous asseoir sur la chaire épiscopale de saint Léger.

Une armée avait été formée pour venir faire le siège d^Vutun. Après avoir franchi les montagnes qui bornent la cité à l'Orient et au Midi, les troupes d'Ëbroïn investirent les antiques murailles dans Tenceinte desquelles s'étendait la ville « sœur et « émule de Rome ».

En des temps si fréquemment troublés par les guerres civiles, toute cité se tenait toujours prête à repousser par la force les attaques des ennemia du dehors. Les habitants d'Autun ne s'étaient pas laissé surprendre, et la ville, soigneusement fermée de toutes parts, était en mesure de résister.

Avant tout, Léodegar voulut agir en évêque e1 en pasteur. Les amples revenus de son siège et les libéralités des princes ses pupilles lui avaient constitué de riches trésors.

Il commença par faire rompre toute sa vaisselle d'argent, dont les précieux morceaux furent répartis entre les pauvres (1).

immolés par les ordres d'Bbroïn, sans compter les prêtres, 1« diacres et les moines. (V. dom Pitra, Mût, de saimt Lè§et p. 317.) (1) Anon. iEd. c. IX.

Puis, il ordonna un jeûne de trois jours et des processions générales dans lesquelles on porta lolennellement le signe de la rédemption et les reliques des saints. A chaque porte de la ville, le pontife « se prosternait jusqu'à terre, suppliant « le Seigneur avec larmes de permettre qu'il fût « le seul à souffrir et que son peuple ne tombât ■ point en captivité (i).

Au retour, et quand la foule se pressait dans la basilique^ Tévèque, donnant à tous l'exemple de la mansuétude et de Thumilité, implorait le pardon de ceux qu'il craignait d'avoir offensés par des réprimandes trop sévères. « L'homme de t Dieu n'ignorait pas que la gloire du mar- • tyre est inaccessible à quiconque n'a pas purifié « son cœur du levain de la haine et dont l'âme ne « brille pas du feu de la charité (2). »

Cependant, deux assauts terribles avaient été donnés à la cité. Les ennemis étaient nombreux. Ebroïn n'était pas homme à lâcher sa proie. Léodegar comprit du même coup le péril de son peuple et son devoir de pasteur. Il n'eut pas d'hésitation. En se livrant volontairement à la rage des assié-

'•^) ^er singulos aditus portaram tems adhœrens Domlnam ^Pïecabator cum lacrymis. (Anon. JEd. c. ix.) ^^) Hciebat vir Dei iter passionis ingredienB, non prodesse ^'^Triam ubi livorc detereo, non fuerit cor emundatum vel ^^latig lampade illustratum. (Id. ib.)

géants, il épargnait à Autun les horreurs d*un pillage. Il résolut de s'immoler pour le salut de son troupeau.

Après 8*être prosterné encore une fois devant les saints autels et s'être muni de TËucharistie du Seigneur (1), il se fit conduire processionnellement à la porte orientale de la cité. Devant lui, les clercs portaient la croix et les reliques des saints (2). Autour de lui, ils chantaient les psaumes, interrompus seulement par les cris et les larmes des fidèles. € Père, disaient-ils, pourquoi nous abandonner ? « Ne le faites pas, nous pouvons encore défendre « nos personnes, notre ville, notre père (3)! »

Léodegàr n'en marchait pas moins d'un pas ferme. Yètu des ornements pontificaux, il avançait en bénissant cette foule ; enfin, arrivé à la porte, il la franchit et se présente aux ennemis, en disant comme Jésus au jardin de Gethsémani : c Qui cherchez-vous? »

— « L'Évèque, répondent-ils d'un cri unanime.»

— « Le voici. Je vous donne ma vie. Épargnez (c mon peuple (4j. »

(1) Panis et vini participatione communicans. (ÂnoD. Md, x.)

(2) Cam reliqniis et crncibas et choris psallentium obyiam abiit ciixn Dei laadibas sois inimicis. (Ursia, vin.)

(3) Cnr nos, Fater, deseris ? Ne facias. PosBomus eniin nos et

cÎTitatem armis taeri. (Frai. Murb. 26.)

(4) Eq ego, ait, paciscens vobis meam yitam, ut parcatis populo. (Id. ib.)

Laissez-nous vous dire, N. T. CF., combien C€lte démarche et ce cri du saint évêque nous émeuvent jusqu'au fond de Tâme. Ce ne sont plus, ilest vrtiy les séîdes d'Ebroïn qui ento^ent notre cité et menacent par le fer et le feu le troupeau c^oafiéà notre soIliciluHe pastorale. Des ennemis plus dangereux sont armés contre lui, et trop souvent, hélas ! font irruption parmi nous, pénétrant dans vos foyers pour y semer le poison des plus funestes doctrines et perdre éternQllement des âmes dont il nous sera demandé compte ! En présence de tels périls et de telles responsabilités, notre cœur se trouble, et nous aussi nous dirions volon- ^iersà ces loups ravisseurs : Prenez notre vie, mais épargnez notre peuple ! Ui parcatis populo.

On s'empare aussitôt du vénérable et courageux pontife ; on le conduit sur le flanc de la colïne, et là on lui arrache les yeux. Des témoins attestent que Léodegar demeura comme impassible souscêtte cruelle torture et ne laissa pas échapper un seul gémissement (1).

Tout au contraire, on n'entendit de lui qu'une prière digne de figurer parmi les plus beaux monulûents de la constance et de la longanimité des martyrs :

(0 Nec gemituB processit ab ore, dum ejus fuerunt oculi aba- ^^^^ a capite. (Anon. Mdi. c. x.)

« Je vous rends grâces, très doux Seigneur « Jésus, qui avez daigné visiter votre serviteur de « cette sorte !... Après tout, les yeux qa}me man- « quent sont des yeux de chair I Ils m'étaient corn- « muns avec les hommes et avec les animaux. Un « peu de matière les intercepte ; la nuit les aveugle ; « trop de lumière les éblouit ; ils ne servent de « rien à l'âme ; plus souvent ils la détournent « de la droite vision... Mais il me reste les « yeux intérieurs de l'âme, et je les élève à « vous ; par eux je vous vois, je vous considère, « je vous contemple, je vous reconnais. Ni pierres, « ni bois, ni ténèbres, ni distance, rien de matéf riel ne peut m'empêcher de vous voir ; et c'est « pourquoi, ô mon bon Maître ! je vous dis avec « le Psalmiste : Éclairez mes yeux, et je conteai- « plerai les merveilles de votre loi (1). »

Ce drame sauvage et sublime se passait le 26 août 674, près des remparts d'Autun, à l'endroit où s'élève maintenant le hameau de Couhard, et où depuis a été construite la petite église dédiée à la mémoire du saint évèque.

Toutefois, ce n'était là pour lui que le commencement des douleurs, et il nous faut aller jusqu'au bout de sa navrante histoire.

Emmené en Champagne par le duc Waimer,

(1) Frul. Murb. 23.

Léger fut d'abord abandonné dans une forêt, ible de cbercher et de trouver des aliments, i'il était aveugle. Il yserait mort de faimsans tance du Dieu qui avait nourri Ëlïe dans le , et qui toucba de compassion le dur soldat 1 était devpnu le captif.

es deux ans de séjour dans un monastère de £^3

pagne (674-676), Léodegar aurait pu se croire i^B

I par Ebroïn et assuré de passer le reste de ^S

ars dans cette vie d'oraison et de pénitence ^^l

i avait été si cbère àhs ses premières années. ^S

I ne suffisait pas à l'arrogant maire du palais ^^

r humilié et vaincu ses ennemis politiques. ^»

ait voulu les déshonorer. ^S

it donc comparaître l'évèque d'Aulun et Wa- ^g|

son frère, dans une assemblée où il les accusa ^^

juement d'avoir fait assassiner le roi Cbil- ^^%

'y eut même pas l'apparence d'un procès et ^g

■gar eut à peine le temps d'adresser à son ^^

limé frère un suprême adieu et une exhorta- ^^

outesacerdotale.Warein, attaché à un poteau, ^'

cahlé sous une grêle de pierres. Il mourut en l et en bénissant Dieu (1).

ant à Léodegar, le cruel tyran le Gt jeter une piscine et marcher pieds nus sur un pavé

iaaa.Mà.XlU.

Pkbraod. — <EnTrei, t. II.

hérissé de pierres aiguës et tranchantes. Puis il ordonna de lui couper les lèvres et arracher la langue. Au milieu de ces affreuses tortures, le martyr ne se départait pas de son admirable patience. Plus la rage impie de ses bourreaux s'acharnait contre lui, plus son ardente piété le faisait vivre avec le ciel (1).

D'autres ignominies Tattendaient encore. Dépouillé de ses vêtements, tout couvert de plaies sanglantes, Tévêque d'Autun est promené dans les rues, exposé sur les places, livré à la dérision et aux sarcasmes. Il semblait qu'on eût pris à tâche de le pousser au désespoir, afin de lui ravir par là le mérite et la couronne du martyre (2).

La constance de Léodegar fut plus forte que l'acharnement de ses persécuteurs, et fatigués de le tourmenter, ceux-ci le confièrent à un seigneur du nom de Waning, lequel, touché de la haute vertu de son prisonnier, lui assigna pour retraite le monastère qu'il avait fondé à Fécamp.

Il plut à Dieu de donner un témoignage éclatant de la sainteté de son serviteur. A peine l'évèque d'Autun eut-il entendu les chants sacrés des

(1) Quantum impietas humana revocare cupit ab alto, tantom pietas divina sociari eum fecit cœlo. (Anon. JS4. xni.)

{2) Ut per hoc caderet in blasphemiam desperans, anferendo sibi salutem quem laudando cœlitus adipisci meruifiset ingentem. (TJrB. XII.)

es psalmodiant l'office, qu'il recouvra l'usage

parole (1) ; et deux années durant, le vailathlète du Christ s'en servit pour prêcher ngile aux multitudes qui se pressaient autour et apôtre aveugle auquel s'appliquaient si les paroles de saint Pnul : « Pour moi, je

•te dans mon corps les stigmates du Seigneur c^^

iua .. (2). S

st pendant son séjour à Fécamp que le saint 5S

le dicta, pour être envoyée à sa mère Si- ^3

•, une lettre digne de figurer parmi les plus ^^

t monuments de l'antiquité ecclésiastique. ^3

tre Église et notre ville d'Autun sont juste- ^S

fières de cette incomparable Augusta qui, ^^

Lut d'une muraille toujours respectée par les &^^

•s, adressait à sonQls Symphorien, conduit au %i. ,

\Te, une exhortation qu'on ne peut se lasser ^^

lire ni d'admirer. ^g

;Tade était de la race de ces mëres chrétiennes S^

iii la foi s'élève jusqu'à l'héroïsme. On en ^^

juger par le langage que lui tenait son fils 3j

lui annoncer les terribles vicissitudes de sa ^"^

^ousaurions voulu, N.T, C. F,, pouvoirvous

lire tout entier ce document dont chaque révèle le grand cœur et l'ardente foi de notre

.ingoa prascisa solitum recepit officiun Sgo Eligmata DomiDi Jeen in corp<>r

saint évèque. Écoutez-en du moins quelque ments et dites ce que devait être la mer

tel fils :

« A notre très sainte dame et mère Sigrade, i vraie mère par le lien du sang, Vest devenue em le lien de V esprit ,

a Léodegar^ serviteur des serviteurs de Jésu notre Sauveur.

« Je rends grâces à mon Dieu qui m'a f « tendre une parole de joie et d'allégresse i « de notre foi et de notre patience en tou « persécutions et tribulations.

«[ Combien grande doit être votre joi< « le Seigneur ! Nulle langue ne peut ] c< mer...

« Ce qui pouvait vous arrêter un peu ( « possession de la béatitude éternelle, il v « a séparée, afin que, libre de toute entrave M n'ayez plus qu'à vivre en Dieu et à goûte (( la suavité du Christ.

« Il est notre Dieu ! notre Roi I notre R< « teur ! Il est la voie, la vérité, la vie 1

« 0 heureuse mort qui apporte la vie I

<i Heureuse perte de biens que compens « richesses éternelles !

« Heureuse affliction qui apporte la j( « anges !...

« Il a enlevé aux angoisses du siècle (( sortis de votre sein. Il les a soustraits au

tments de la vie présente et il leur a donné l'asarance de la vie éternelle !

Vous auriez pu les pleurer comme morts, en « laissant vous survivre eo co monde ! Rendez plutôt mille actions de gr&ces à Dieu Père et au Seigneur Jésus-Christ.

La voilà tombée, la nuit qui obscurcit la pau- c^

ibre de l'ftme ! ^5

Voici que l'atblëte, dépouillé de tout pour tmbattre, n'a plus rien qui retienne ses bras, ce n'est le joug léger qu'il a pris et la crois a^.

l'il porte I ^5

Suivons donc le Seigneur! allons. Sa misé- ^g

Mràe marche en avant I Courons sans peur au %b

mbat I car il est Jidële ; il nous donnera la ^^-

ctoire ; lui-même combattra pour nous et s.

rasera Satan sous nos pieds ! ^S

Comme nous avons en nous peu de chose notre fonds terrestre, nous vous avons parlé ecles trésors des saintes Écritures ; quand ne vous lirez et écouterez ceci, rendez gr&ces au igneur dans tous les siècles des siècles (1). »

gne testament d'un évèque immolé pour son le, cette lettre ne précéda que de peu de

f^trol. Iftt L XOVI, p. 8T9. Noni aroni «mpnuité la traa de 8. B. le {wdfnal Pltia.

temps les derniers combats, les dernières humi liations et les dernières souffrances de Léodegai

Le cloître de Saint-Maixent l'avait préparé au: périlleux honneurs de la cour et aux sollicitude de la charge pastorale ; celui de Luxeuil au: épreuves terribles qui avaient marqué son épiscopat Fécamp fut la dernière étape monastique ménagée par la Providence sur la route du temps à Téter nité, pour permettre à Léodegar de se recueilli] une dernière fois avant d'affronter les suprêmei combats et de cueillir la palme du martyre.

Après la mort violente de Dagobert II, assassine sur la fin de décembre 677, Ebroîn, implacable dans sa haine contre Tévèque d'Autun, le cita d( nouveau à comparaître devant une assemblée com posée de clers et de laïques, et fit reprendre contn lui Todieuse et absurde accusation d'avoir attenta aux jours de Childéric II.

Devant un tel juge, en face d'une telle calomnie Léodegar n'avait rien de mieux à faire qu'à imitei l'attitude du Christ au prétoire. II se laissa insulter bafouer, maltraiter, sans dire une seule parole

La sentence de mort fut bientôt prononcée contre lui. Il l'entendit avec joie, parce « qu'il sentait approcher la couronne du martyre (1). »

( ) lifBtabatur Dei martyr in omni patientia, qoia debitam aibi mmanerante Domino, martyrii sentiebat appropinqaare coronam, (Anon. ^d. xiv.)

Au moment où un chrétien, ému de son pitoyable état, approchait des lèvres de Léodegar une coupe d'eau pour étancher sa soif, on vit un nimbe de lumière resplendir autour de la tête du saint ^êque ; et devant cette manifestation venue d'en laut, la foule rendit hommage au juste persécuté ; car dune voix unanime les assistants s'écrie- Tent : « En vérité, cet homme est un serviteur de « Dieu (1) ».

Quelques jours s'écoulèrent encore avant l'exécution des ordres sanguinaires d'Ebroïn. Toujours à l'exemple de son Maître, l'évêque consolait et fortifiait ceux qui pleuraient sur sa destinée: « Ne « pleurez pas à cause de ma mort, disait-il à la « femme du comte Robert dont il était le pri- « sonnier, car elle ne vous sera point imputée, et « Dieu vous bénira si vous déposez pieusement if dans un tombeau ces débris de mon misérable « corps (2). »

Enfin, le grand jour est arrivé. L'heure du repos va sonner pour l'athlète qui a si vaillamment combattu.

On avait entraîné Léodegar au cœur d'une sombre forêt de l'Artois. On l'y fit errer longtemps.

(1) Videotes omnes dicebant : vere hic homo servus Dei est. (Id. ib.)

(2) Potius benedictio de cuelis dabitur a Dec, si corpasculum memn derote condideris in sepulchro. (Anon. ^d. sv.)

parce quo les meurtriers cherchaient une citem .e pour cacher son cadavre. Après de pénibles < < inutiles circuits, Léodegar les arrêta par ces sii pies paroles :

« Mes fils, il n'est pas nécessaire de vous fatigu

« plus longtemps. Faites promptement ce qu^EZic (( vous êtes venus faire et accomplissez sansretarii^vd « les vœux du méchant ».

Puis, donnant une dernière bénédiction à s^ ^69 meurtriers, il prononça cette belle prière :

€ 0 Seigneur, Dieu tout-puissant, Père deNotn^^r^ <c Seigneur Jésus-Christ, par qui nous avons appai^is « à vous connaître, ô Dieu des vertus et Père de <c toute créature, je vous bénis et vous glorifie de « m'avoir amené à ce jour de combat; je voiv^us « prie et vous conjure de répandre sur moivclKre « miséricorde, de me rendre digne de parti ^a per aux mérites de vos saints et d'avoir part à « la vie éternelle . Veuillez aussi faire gràc^ i « ceux qui me persécutent ; car par eux, ô P^re « très clément, j'espère être glorifié dev^M^ « vous (1) » !

Telles furent les dernières paroles de Tévèc^ue d'Autun. Un instant après, sa tète tombait sou^ '^ glaive. Mais, comme si l'indomptable énergie àe son âme se fût communiquée d'une façon mîra-

(1) Anon.iEd. XV

culeuse à son pauvre corps, cependant si mutilé 6t affaibli, ce corps se tint debout une heure du- ''ant, et il fallut que le meurtrier le frappât du pied pour le faire tomber à terre (1).

Bientôt de nombreux miracles eurent lieu à son tombeau. Les malades et les infirmes y accouraient en foule. Tous se recommandaient à TÉvêque immolé pour la justice et si visiblement puissant

auprès de Dieu. L*Église n'eut qu'à sanctionner de sa suprême autorité cette canonisation populaire. Un saint de plus s^ajoutait à tous ceux qu'honorait déjà la France chrétienne, et la gloire de Léogar allait rejaillir sur le siège d'Autun, déjà si riche en gi*ands souvenirs.

Trois diocèses se disputèrent les dépouilles du martyr ; celui d'Arras, où il avait consommé sa sanglante passion; celui d'Autun, dont il avait été le premier pasteur et pour lequel il avait souffert ; celui de Poitiers, où s'était passée sa jeunesse monastique et où il avait été initié au sacerdoce.

Un débat solennel eut lieu entre les évèques de ces trois Églises. De l'avis des autres évêques, témoins et arbitres d'une si touchante querelle, il fut convenu qu'après des prières et des jeunes, le sort déciderait. Il se prononça en faveur d'Ansoald, évêquede Poitiers, lequel, en Tannée 68i, emmena

à Saint-Maixent le corps de rillusire po fit, au milieu d'un immense concours et de peuple, les plus magnifiques funér

Au nom de ces grands souvenirs, no désiré, N. T. C. F., que le successeur l'illustre pontife qui depuis bientôt treni verne avec tant de sagesse et d'éclai Église de Poitiers, pût venir se join< pour rendre un solennel hommage à l de notre saint prédécesseur.

Mais déjà une fête se préparait à Sain au berceau même de la vocation de sai et nous avons dû renoncer à Thonne Mgr Pie parmi ceux de nos vénérés col nous ont promis leur concours pour le tième anniversaire du 2 octobre 678.

Vous vous associerez, N. T. C. F., mages que nous voulons rendre, au nom et de la France, au grand évêque mart; tième siècle.

Vous vous souviendrez que saint Lég notre pays, notre cité, nos sanctuaires ; plein de miséricorde pour les pauvres vrai pasteur, il n'a pas craint de se livrer pour sauver les habitants de sa bien-a d'Autun.

Vous tiendrez à payer la dette de recon contractée par vos pères envers un ponl aima d'un amour si sincère et si généreu

0U3 VOUS inspirerez enfin de sa foi, de sa

ence, de son courage, non seulement pour

plir sans défaillance tous vos devoirs, maïs

r porter en vrais disciples du Christ les con-

ictions, les épreuves, les souffrances dont cette

mortelle est remplie.

uisse la pieuse manifestation dont nous vou- ^^

entourer la mémoire de saint Légerattirer sur ^^

e cher diocèse cette grâce souveraine de n l'affer- ^&

iement du christianisme », dont un grand doc- ^^

a dit qu'elle était « un des principaux fruits S;^

î la mort des martyrs (1) » I ^3

. CES Causes, le saint nom de Dieu invoqué, et ***

;s en avoir conféré avec nos vénérables Frères QSi

Chanoines et Chapitre de notre Église Cathé- r^

e, nous avons décidé et décidons ce qui suit : ^â

JtncLE 1". — Une fêle commémorative du dou- ^y

ne centenaire du martyre de saint Léger sera ^g

brée le mercredi 2 octobre dans notre église ^^ ,

bédrale. (Un rescrit de la S. Congrégation des ^^ «, en date du 24 août.autoriae leChapitre elle rgé de la Cathédrale d'Autun à faire la fête de il Léger le 2, elk remettre au 3 lafète des saints >:es Gardiens.)

tUr^nim mors est cbriatianismi confimstio. ri. Laud. 8. Mart. DretUit, n° 3.]

Art. 2. — Les reliques de saint Léger seron exposées à la vénération des fidèles le 1^ octobre avant les vêpres du Chapitre, et demeureront ex- — posées jusqu'au mercredi 9.

Art. 3. — A notre demande, Sa Sainteté le Pap^ Léon XIII a daigné accorder une indulgence pléniëre à tous les fidèles qui, du 2 au 9 octobre --9 après s'être confessés et avoir communié, visite — ront la Cathédrale ou Téglise de Couhard, placée sous le vocable de saint Léger, et y prieront quel — que temps aux intentions du Souverain Pontife- Cette indulgence ne pourra être gagnée qu'une seule fois.

Art. 4. — Le l^ octobre, au soir, toutes les cloches de la ville annonceront la solennité du lendemain.

Art. 5. — Le 2, en souvenir des aumônes faites par saint Léger aux pauvres de la ville épiscopale, au moment où il allait se livrer aux troupes d'Ebroïu, une distribution de secours aux familles nécessiteuses de la ville sera faite par les soins des Sœurs de charité.

Art. 6. — En raison de Texiguïté de Téglise dédiée à saint Léger au hameau de Couhard, les offices de la fête du .2 octobre auront lieu dans notre église Cathédrale.

Une affiche spéciale fera connaître ultérieurement les heures des offices.

Dans raprès-midi, si le temps le permet, aura

ane procession dans laquelle seront portées les ]ues du saint Martyr.

our se rapprocher le plus possible de l'itînée suivi par saint Léger, quand il fit le tour de ilé avant de se livrer à l'armée qui assiérait un, la procession, en sortant de la Cathédrale,

irigera par la rue des Bancs, la rue aux Mare- o^

ux, le jardin de l'évêché, les rues Sainte- ^g

be, ChafFaud et Dufraigne, le faubourg Saint- qS

ise, jusqu'au pied de l'ancienne tour des Ursu- ^^

s (actuellement de la Yîsilation). ^^

là, une allocution sera prononcée par un de ^^

iseigneurs les Ëvêques, et une bénédiction ^^

!iinelle donnée à la ville d'Autun, au nom de ^^

ilLéger. ^^

B procession rentreraà la Catbédralepar le boule- %^

iMac-Mahon.larueCocand etlarue des Bancs. ^^

lht.7. — MM. le^Curésel Aumôniers voudront ^^

1 donner connaissance aux fidèles de notre pré- S^

te Lettre pastorale. Us en feront la lecture en ^^

s ou trois fois. ^^

)onnéà Autun, en notre Palais épiscopal, sous re seing et le sceau de nos armes, et le conlreig du Chancelier de notre évêché, ie 8 septemiB78, en laféte de la Nativité de la très sainte

rge.

ALLOCLTION

PRONONCÉE PAB Mfl' PSBRAUD, LE 2 OCTOBBS, AU BBTOUB DE LA PKOOS8SIOK.

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