PRONONCEE DANS LA BASILIQUE DE PARAY-LB-MONIAL
(29 JUILLET MDCCCLXXVIII)
ErUU mihi teiteê.
Voua serez mes témoins.
(Act. Ap. I, 8.;
Monseigneur (1),
Mes bien chers Frères,
îlous sommes aujourd'hui en présence des restes vénérables de deux témoins de Jésus-Christ.
ï-'un, saint Biaise, Tévêque de Sébaste, n'a pas cessé d'être honoré dans l'Eglise depuis quinze
^ ^ Mgr Lelong, évoque de Nevers, ancien viVnirc général
siècles (1). Heureuse de posséder la relique insigpne exposée aujourd'hui à vos regards, la yille de Paray lui a voué un culte tout particulier de confiance et de dévotion, et, en ce jour, elle veut lui exprimer publiquement sa reconnaissance en lui offrant cette châsse qui est tout à la fois une œuvre d'art et un beau témoignage de la religion et de la générosité de ses habitants.
L'autre^ saint Victorien, enseveli dans le silence et la nuit des Catacombes jusqu'au milieu du siècle dernier, va recevoir aujourd'hui, pour la première fois, les honneurs d'un culte public, et il les recevra dans la cité, dont le nom rappelle un des plus touchants témoignages de la charité de Dieu pour les hommes, et oti,si souvent déjà, mesbien-aimés Frères, vous avez été à votre tour, par votre piété, les témoins de la foi de l'Église et de son tendre amour pour le Cœur de Jésus.
Monseigneur,
Je ne vous remercierai pas de vous être rendu à mon appel, en venant prendre votre part de cette imposante solennité. On ne remercie pas un ami, un fils, un frère, de revenir au sein de la famille,
(1) Le martyre de saint Biaise peut être placé à Tannée 320. Voir la notice sur saint Biaise, publiée par M.Tabbé Qauthet, chapelain de la Basilique, p. 36.
où son absence a laissé un vide si profondément senti, et où son retour cause une si douce joi^. J'évoquerai seulement un souvenir qui nous est commun. Il y avait hier huit mois (1), je vous amenais ici pour consommer un douloureux sacrifice. Nouvel Abraham conduisant son Isaac, je venais achever, en ce lieu sacré, une immolation que, pour le bonheur de FÉglise de Nevers^ un ange du ciel n'est pas venu empêcher. Tout autour de nous était en harmonie avec les sentiments dont nos cœurs étaient pénétrés, et le ciel luimême pleurait avec nous. Etmtes ibant et flebant mitterUes semina sua (2).
Aujourd'hui, vous revenez au milieu de nous, après huit mois de labeurs, sur lesquels Dieu a répandu ses plus visibles bénédictions. Il a soutenu vos forces à la hauteur de votre zèle. Il vous a permis de visiter une partie importante de votre diocèse. Il a justifié la confiance que, dès la première heure, vos prêtres avaient mise en vous. U a consacré les sentiments de respect et d'affection dont vos diocésains vous entouraient, avant même que nous vous eussions donné à eux. Vous nous revenez, les mains chargées de moissons spirituelles. Laissez-nous donc remercier avec vous celui qui a daigné donner à nos larmes cette
(1) Le 2S noTembre 1877.
(2)Fb.gzxv, 6.
sainte fécondité. Venientes autem ventent cum exultatione y portantes manipulos suos (i).
Mes rien chers Frères,
Dieu n*a pas pu faire de plus grand honneur à ses créatures que de les choisir pour rendre témoignag'e à ses attributs et à ses opérations.
Tel est, nous dit le Psalmistc, le rôle des astres dans le firmament. Leur splendeur chante la gloire de Dieu, et Tadmirable régularité de leurs mouvements rend témoignage à Téternel géomètre qui a tout créé avec nombre, poids et mesure. Cœli enarrant gloriam Deiet opéra mamtum ejus anmmtiat firmamentum (2).
Saint Paul, dans son discours aux habitants de Lyslrcs, en Lycaonie, invoque avec confiance ce témoignage des œuvres de Dieu, et, pour ruiner le polythéisme, il fait appel à celui qui, au milieu même dos erreurs et des dépravations de Thumanité, « no s*est pas laissé sans témoignage. En (( efTot, il ne cosse pas do répandre ses bienfaits du
(1) P8. cxxv,6.
2) Ps. XVIII, 2.
« haut du ciel, il donne les rosées qui font croître « les moissons et remplissent de joie les pauvres « hommes auxquels elles assurent le pain de cha- • que jour. > Non sine tesHmonio semeHpsum relu (pnty dam pkivtas et tempora fructifera^ implens ciio H Imtitia corda nostra(i).
Notre-Seigneur Jésus-Christ, pour faire comprendre le dogme si beau et si doux de la Provi- <lence, avait également invoqué le témoignage des créatures, et il n'avait pas dédaigné les plus petites d'entre elles. Tandis que David avait, dans un magnifique langage, fait entendre Tharmonie des corps célestes qui c chantent la gloire de Dieu et < racontent les merveilles de sa puissance », le Sauveur parlant aux foules réunies autour de lui, leur demande de regarder simplement € les petits f oiseaux et les fleurs des champs ». Respicite volatilia cœli ; considerate lilia agri (2). Les petits oiseaux témoignent de la sollicitude incomparable avec laquelle le Père céleste veille aux besoins des plus humbles de ses créatures. Le lis de la vallée, plus magnifique en son épanouissement solitaire et ignoré que Salomon aux jours de sa gloire, est un hymne en l'honneur de l'artiste infini, auquel se réfërent toutes les beautés du monde visible.
(l) ActAp. ziv, 16.
(2> Matth. VI, 26, 2S.
Ces beautés, d'ailleurs, tel est le grand enseignement de TApôtre dans Tépitre aux Romains, n'ont d'autre but et d'autre mission que de nous avertir par leur témoignage et de nous obliger à remonter jusqu'au premier principe des choses. € Les attributs invisibles de Dieu, sa puissance éternelle et sa divinité, sont manifestés par les créatures : Invisibilia ipsius per ea qtue facta surit iniellecta conspiciuntur ^ sempitema quoque ejus virtus et divinitas (1).
Il a plu à Dieu de transférer cette grande loi du témoignage de l'ordre naturel dans l'ordre surnaturel.
Avant tout, Jésus est le témoin de son Père, car, dit l'apôtre saint Jean, n Dieu n'a jamais été vu <( par personne, mais le Fils unique a redit les « merveilles qu'il avait vues dans le sein de son « Père » : Deum nemo vidit unquam; unigemtus Filius qui est in sinu PatriSj ipse enarravit (2).
A son tour, après avoir rendu témoignage à la vérité de son Père par sa doctrine ; à la puissance
(1) Rom. I, 20.
(2) Joann., i, 18.
de son Père, par ses miracles ; à la sainteté et à la justice dé son Père, par son sacrifice, le Verbe incamé a institué des témoins de sa vie et de sa mort, de ses vertus et de ses œuvres.
n a spécialement désigné pour cette mission du témoignage :
^^ Les apôtres, auxquels il a commandé « d'être c ses témoins jusqu'aux confins du monde » : erùis mihi testes usque ad ultimum terraB (1) ;
2° Les pauvres et les persécutés, en la personne desquels il a voulu et veut revivre par un mystère d'assimilation qui lui rend propres les souffrances, les tribulations des déshérités et des opprimés de ce monde (2) ;
3° Enfin, et à un titre tout spécial, les martyrs, auxquels il a réservé le terrible honneur de porter le témoignage jusqu'à sa plus haute puissance, en lui donnant pour expression et pour consécration le sang répandu et la vie sacrifiée I
Nous sommes*aujourd'hui en présence de deux de ces témoins. Au prix des plus cruelles souffrances, ils ont confessé le Christ devant les hommes. A son tour, et depuis des siècles, il les a hautement avoués pour frères devant son Père, en les couronnant de gloire et d'honneur dans Tas-
Ci) Act. Ap. I, 8.
(2) IfaUb. XXV, 40. — Act. Ap. IX, 4, 6.
semblée des élus. Qui confitebiiur me coram homtnibtds, confitebor et ego eum coram Pâtre meo qui incœlis €st{i).
C'est une ingénieuse pensée de saint Jean Chrysostôme, que « Dieu a bien voulu partager les « martyrs avec nous. Il a pris immédiatement pour <c lui et avec lui les âmes de ces vaillants témoins « de la vérité, afin de les récompenser suivant « leurs mérites. Mais il nous a laissé leurs corps, c( afin que, d'une part, leurs ossements sacrés fus- « sent un monument perpétuel de leur courage, et « que, de l'autre , ils nous rappelassent sans cesse 'c les enseignements de la plus hauie philoso- « phie (2) ».
Que nous disent donc les martyrs ? Quel témoignage rendent-ils ? A quels grands enseignements, par leurs souffrances et leur mort sanglante, nous obligent-ils de donner notre attention ?
. Ils nous rappellent avant tout, mes bien chers Frëres, « qu'il ne sert à rien à l'bomme de possé- « der le monde tout entier, s'il vient à perdre son
(1) Mfttth. X, 32.
(2) Martyres nohiteum partitut ett Deu*, ekm anim^as êHi tHmpiisset, corpora nohis quadammudo largituê ett, utperpetmœ virtutit monumenta saneta homm osia teneamnê.,, Propten torum oorpûra Msque ad Umpuê resurrectiomU apud naê J}euSj ut maximœ phUowphiœ materiam kaberemuM, (8. Joftmu Gluys. lAudatio 8t> Jaliani martjris, n<* 5. Ed. Ganme il, p. 807.
« âme ». Quidprodest homini, si mundum universm bicrehir, ammsB veto mm detrimentum patiaftr(l)?
Toutes les séductions du monde ont été mises en tenvre pour les détacher de la foi du Christ. Ils les ont méprisées, et ils ont sagement fait. Que sont devenus les insensés qui ont sacrifié aux joies éphémères de la vie présente le bien essentiel de
leur âme ? Ils ont iout perdu : et ces fausses joies que lamort leur a ravies, et leur âme dont ils n'ont paa .su défendre Timmortelle dignité contre la corruption du siècle ! Nos martyrs ont, il est vrai, foulé aux pieds les jouissances de la vie, mais ils ont sauvé leur âme pour Téternité.
Le second enseignement de la philosophie des
martyrs, et le second témoignage que leurs reliques nous donnent à méditer, est <c qu'il vaut
< mieux ohéir à Dieu qu'aux hommes », quand les hommes veulent nous forcer de désobéir à Dieu. Obedire oportet Deo magis quant hominibus (2).
La voix des hommes, mes chers Frères, c'est celle des passions ; et la voix de Dieu, c'est celle de la conscience. Ces voix sont en perpétuelle contradiction l'une avec l'autre, et il est impossible d'obéiV en même temps à toutes les deux (3). Les
(l)Matth. XIV, 26.
(2) Act Ap. V. 29.
(3) Hatth. VI, 24.
l&ches préfèrent obéir à leurs passions : les ftmes généreuses obéissent à leurs consciences et trouvent en elle la force d'accomplir, même quand elle leur demande d'héroïques sacrifices, la volonté de Dieu.
Enfin, le troisième témoignage rendu par les martyrs à la vérité consiste à trouver plus de joie dans la souffrance supportée pour l'amour de Dieu, que dans toutes les jouissances du péché. Magis eligens affligi cum populo Dei magis quant temporalis peccati habere jucunditatem. Majores dwilias œstimans thesauro ^gypHorum improperium ChristiH).
Quels témoignages , mes bien chers Frères ! Quelles leçons I Gomme il convient de répéter avec saint Jean Ghrysostômc, que nous trouvons auprès des martyrs les enseignements de la plus grande philosophie. Ut maximœ philosophie materiam haberemus !
De longs siècles se sont écoulés depuis que ces maîtres de la vie chrétienne ont donné ces enseignements au monde, du haut de leurs instruments de supplice. Dites-moi , ont-ils perdu quelque chose de leur opportunité? Avons-nous moins besoin de savoir qu'il faut mettre au-dessus de toute chose les intérêts de notre Àme, et que le salut est l'unique nécessaire (2) ?
(1) Hebr. XI, 25, 26.
(2) Luc, X, 42.
L'heure est-elle venue de répudier la fièrc parole des premiers témoins du Christ : c II vaut mieux obéira Dieu qu'aux hommes ? :» Enfin, pouvons- D0I18 croire inutile à Téducation des générations contemporaines les magnanimes exemples de ceux qui ont préféré aux jouissances du péché les oppiobre; y les souffrances, la passion de Jésus-Christ? Et tout au contraire, mes bien-aimés Frères, n'est-il pas manifeste que jamais le monde n'a eu ]du8 besoin de telles leçons, de tels exemples et des témoignages si éloquemment exprimés par les sonffirances de nos saints martyrs ?
Vénérons donc leurs reliques, avec un immense désir de profiter de ces enseignements.
Votre empressement à venir les honorer ne saurait Être le fait d'une piété frivole et superficielle. Votre pèlerinage de ce jour doit avoir le caractère le plus sérieux. Vous avez fait, en venant ici, une démarche de conséquence, et Ton ne s'approche pas impunément des restes des témoins du Christ. Oui, je vous le dis avec saint Jean Chrysostômc : <c Quand on est venu contempler et honorer les c< reliques des martyrs, on doit se relever tout autre <f qu'on était venu. Le recueillement de Tàme, <r la componction du cœur, la modestie même de (c la démarche : tout doit dire qu'on a pris leur ce témoignage au sérieux et qu'on veut en profiter a pour Tamendement de sa vie. » Eum quia spec^ taculo martyrum revertatur facile ab omnibus opor-
iei agnosci ex aspectu^ ex habitu^ ex ùicessuy ex compunctione, ex mentis collecta attentione {i) !
Aimez donc vos âmes plus que toutes les joies de ce monde ! Préférez aux séductions d'un monde corrompu et corrupteur^ la voix de la conscience ^juiestla Voix même de Dieu! Et surtout, mes bien-aimés Frères, ne craignez pas la souffrance qui, supportée en esprit de foi, est une vraie participation à la Passion de Jésus-Christ et le pins éloquent témoignage que la faiblesse humaine puisse rendre à la sainteté de FÉvangile !
Assurément, en promenant mes regards sur ce vaste auditoire, je ne puis me vanter de lire dans le secret de vos cœurs. Et cependant, je suis as^ sure de ne me point tromper si je dis que parmi vous il y en a beaucoup qui ont souffert et qui souffrent I A ceux-là surtout, je voudrais persuader, en présence des reliques de nos saints martyrs, de réveiller leur foi et leur courage.
On dit parfois, quand on est sous le poids d'épreuves continues et inexorables : c ma vie n'est qu'un longmartjrre ». Et on dit cette parole avec Faccent de la plainte^ du gémissement, parfois même du murmure. Répétez cette parole, mon cher Frère : « ma vie n'est qu'un long € martyre ». En comprenez-vous la haute signi-
(1) s. Joann. Chiya. SomU. inmartyru.
on ? Grand Dieu \ Serait-il possible que vous ez l'objet d'une telle f^àce et d'un si grand eur ? Quoi l votre vie tout entière, par la coulé de vos épreuves et de vos souffrances, ne t qu'un immense témoignage rendu à la 6 de l'Évangile, b la sainteté de la religion, à rtu et à la puissance de Jésus-Christ !
i! s'il en est ainsi, âmes alQigées qui m'écou- cm,
;omprenez votre dignité et votre bonheur I ^g
îz de vous plaindre ! Vous aussi vous êtes des Q§
ins du Christ I Aussi bien, vous ne l'ignorez ^^
et vous devez faire de cette espérance le fon- gg.
tnt inébranlable de votre courage, quand voua ^^
E fidèlement rendu témoignage à Jésus-Christ ^3
nt les hommes, une heure viendra pour vous ^^
ne pour ses saints martyrs : une heure inefTable ^^:
08 souffrances cesseront, et où, à son tour, le ^»^
leur Jésus, vous prenant par la main, vous in- ^a
lira dans l'assemblée des saints, afin de vous ^^
idre un étemel témoignage de gloire et de ^&
ear. ^*
lime confitebihiT coram hominHnis, confitebor ^^
0 eum coram Pâtre mecr qui in cœlis est. Amen.
xm
LETTRE
▲ MH. LES MUQSTBES DI L*INTÉBIEUB BT DE LA OUSBBE
(9 BEFTEMBBE MJXXWLZXVIU)
Monsieur le Ministre,
Vous avez été officiellement saisi d'un vœu adopté le 26 août dernier par le conseil général de Saône-et-Loire, à la demande de M. Uagnien, membre du conseil général et maire d'Autan.
c( Considérant, est-il dit dans la teneur de ce vœu, que seuls, les établissements religieux (TAfêtun se sont refusés à fournir pour le cantonnement des troupes les vastes locaux dont ils disposent;
« Que la conséquence de ce refus aggrave pour les habitants les charges déjà lourdes du logement militaire ;
« Le soussigné (M. Magnien) émet le vceu qu'il soit fait à ces établissements tme sévère application de la loi du 3 juillet 1877 sur les réquisitions militaires, ^
Chef des élablissements ecclésiastiques et supérieur des communautés religieuses de la ville* d'Autun, j*ai, Monsieur le Ministre, le droit et le devoir de protester hautement contre les considérants de ce vœu.
J*appuie ma protestation sur des dates, dos faits et des chiffres.
Deux circonstances différentes et successives ont amené à Autun, pendant le mois d*août, une agglomération de troupes : 1** Tappel des réservistes ; 2** le passage d'environ 7,000 hommes de Dijon, traversant notre ville pour aller prendre part aux grandes manœuvres du 8* corps d'armée.
L'i^pel des réservistes a eu lieu le 20 août.
Or, dès le 18, ayant eu Thonneur de voir M. le g-énéral commandant la 32'' brigade, je mettais à sa disposition mon grand Séminaire, qui a été occupé, du 21 au 28 août, par 160 hommes d'infanterie. En outre,' 44 hommes ont été logés au petit Séminaire. •
M^ Perraud. — Œayres, t. IL la
Rien n'eiil été plus facile à M. le maire d'Autun que (lavoir connaissance de ces faits. Cela lui eût épargné le tort d'émettre le 25 août, au sein du conseil général , un vœu dont la conséquence immédiate devait être de dénoncer publiquement le clergé de la ville d'Autun comme coupable de sentiments antipatriotiques et de résistance à la loi.
M. Magnien, il est vrai, a produit, à Fappui de son vœu, les lettres de trois ecclésiastiques.
Ces lettres ont été écrites à une époque où leurs auteurs n'avaient connaissance ni de la loi sur les réquisitions militaires, ni des grandes manœuvres qui ont occasionné à Autun un passage de troupes aussi considérable, et à un moment où je devais moi-même traiter à Nevers avec M. le général commandant la 32® brigade la question du logement des réservistes, la seule dont il s'agissait.
Alors, comme aujourd'hui encore, si je comprends bien le texte du décret du 2 août 1877(1), je croyais pouvoir revendiquer le droit de m'entend re directement avec l'autorité militaire, avant d'ouvrir aux troupes les portes de nos établissements.
(1 llnlletin deslois. n" 347, p. 118.
En fait, je le répète, dès le 24 août, par conséquent cinq jours avant la date du vœu formulé au conseil général à la diligence de M. Magnien, mon grand Séminaire était occupé militairement, et presque aussitôt après MM. les directeurs du petit Séminaire étaient personnellement chargés du logement de 44 hommes.
Je viens à la seconde circonstance dans laquelle une agglomération de troupes a donné lieu à Tapplication de la loi du 3 juillet 1877, je veux dire le passage à Autun d'environ 7,000 hommes, venant de Dijon pour aller prendre part dans le Morvan aux manœuvres du 8® corps.
A en croire les considérants du vœu adopté par le conseil général, notre conduite égoïste et antipatriotique aurait eu pour résultat « d'aggraver, pour les habitants de la ville d'Autun, les charges déjà lourdes du logement militaire ».
Ici encore, Monsieur le Ministre, je répondrai par lies dates, des faits et des chiffres :
1^ Je mets au défi n'importe quelle autorité municipale ou militaire, de prouver qu'aucun refus ait été opposé aux réquisitions de logement par nos établissements ecclésiastiques ou nos commu-
nautés religieuses. Je n'ai pas même soulevé, commej'en aurais eu le droit, la question de savoir si ces réquisitions s'étaient faites conformément aux dispositions de la loi du 3 juillet 1877.
2** Le vœu du conseil général a été délibéré et voté dans les séances du 25 et du 26 août. Or, j'ai entre lesmains lesbillets de réquisition envoyés par la mairie d'Autun à plusieurs de nos communautés religieuses; ces billets portent les dates-
des 23, 26, 27, 28 août.
3® Vous allez juger, Monsieur le ministre, si,. proportionnellement au chiffre de la population d'Autun (12,000 habitants) et au chiffre dcstroupcs^ de passage ( environ 7,000 hommes), nos établissements et communautés ont pris leur juste contingent de la charge imposée à la ville, et si leur conduite a été de nature, comme il est dit dans le considérant du vœu , à aggraver cette charge pour la partie civile de la population.
J'ai l'honneur, Monsieur le Ministre, de mettre sous vos yeux la statistique suivante :
Ont été logés en vertu de réquisitions délivrées par la municipalité d'Autun :
1*^ A la conmiunauté du Saint-Sacrement (religieuses hospitalières et enseignantes), le 27 août au soir, 100 dragons ;
Le 31 août elle 1*' septembre, lOOhommes d'infanlcric ;
2** Chez les Sœurs de la retraite chrétienne ( enseignantes), le 29 août, 60 dragons ;
Du 28 au 29 août, 86 id. ;
a^'Chez les Pères Oblats, du 19 au 21 août, H hommes d*infanterie ;
4^ Au grand Séminaire, du 31 août au 2 septembre, 350 chasseurs à pieds ;
5® Au petit Séminaire, antérieurement au 30 août, 44 hommes d'infanterie ;
Du 31 aoûtau2septembre, environ 400 artilleurs.
Total : 1,131 hommes.
Par conséquent. Monsieur le Ministre, plus du septième de l'effectif des troupes à loger, tandis que le personnel de nos établissements ecclésiastiques et religieux ne représente pas, à beaucoup près, la quinzième partie de la population totale d'Autun.
Voilà comment nous avons, par notre conduite égoïste, aggravé les charges qui devaient se répartir équitablement entre tous les habitants de ia ville.
Je ne fais pas figurer dans ceschiffres. Monsieur le Ministre, les logements fournis par MM. les Membres du clergé de la ville, et je no mentionne ^ue pour mémoire Thonneur que j'ai eu de ''Cîcevoir, à l'Évêché, M. le général Vincendon et ^es deux aides de camp.
Il me sera toutefois permis de rappeler, pour Repousser à fond lesodieuses imputations dontnons
sommes l'objet, qu'il y a deux ans, en 1876, par conséquent un an avant la loi sur les réquisitions militaires, de grandes manœuvres devant avoir lieu dans les environs d'Autun, j'avais de moi-même offert à M. le général en chef du 8® corps d'armée mes établissements religieux, qui furent presque tous occupés.
Combien donc j'ai été douloureusement ému en recevant communication du vœu adopté par le conseil général, à la requête de M. Magnien, membre du conseil et maire d'Autun I
Fils d'un brave officier, ancien aumônier volontaire de notre armée des Ardennes, associé pendant des semaines aux épreuves et aux souffrances de nos soldats, tandis que d'autres se tenaient éloignés de tout péril, je ne saurais permettre à qui que ce soit de suspecter mon dévouement personnel aux intérêts de Tarmée française.
J'ai également le droit de me porter hautement garant des sentiments qui animent autour de moi les membres de mon clergé et de mes communautés religieuses, sentiments dont ils ont tous donné des témoignages si décisifs à l'époque, de néfaste mémoire, où la ville d'Autun, occupée par les troupes garibaldiennes, était encombrée de malades et de blessés.
Cependant, Monsieur le Ministre, le vœu du 26 août, si injuste et si injurieux pour l'honneur de mon clergé, a été volé par le conseil général. Il a
reçu à cette heure la publicité de la presse. Il a été commenté de la façon la plus pénible par plusieurs journaux de notre déparlement, delà province et de Paris.
Permettez-moi de faire appel à votre étiuilé pour que la lumière se fasse et que justice soit rendue à qui de droit.
J'ai rhonneur, Monsieur le Ministre, de vous offrir rhommage de ma haute considération.