ALLOCUTION AU RETOUR DE LA PROCESSION
0 mon peuple ! que vous dirai-je, et comment pourrai-je exprimer tous les sentiments dont mon cœur est rempli !
Bien des fois déjà, j'avais admiré votre foi,
votre cœur, la docilité avec laquelle vous répondez aux appels de votre évèque ! Mais en ce jour, dans le triomphe décerné à saint Liéger, vous vous êtes surpassés vous-mêmes ! Oui, aujourd'hui^ les siècles ont semblé disparaître, et nous nous sommes retrouvés autempsoù Autun méritait le titre si glorieux de «citédu Christ» : JEdua^ ChrisHcivitas 1
Vous avez payé la dette de sainte gratitude contractée par vos pères envers le pasleur qui se sacrifia pour eux. Vous n'avez pas cru que douze siècles écoulés pussent vous décharger de cette obligation sacrée, et vous avez voulu vous unir à moi pour rendre un solennel hommage à la mémoire du Pontife martyr ! Je vous en remercie, ô mes Fils bien-aimés ! et je vous en bénis.
Vous avez hâte, je le sens, d'accomplir un autre devoir de justice et de reconnaissance.
Si les règles inviolables de notre sainte discipline ne s'y opposaient, vous auriez voulu faire entendre ici les acclamations qui retentissaient toutàrbeuresousnos vieux remparts, et renvoyaient
un si fidèle écho à rémouvante parole du vénérable et cher évèque de Troyes ! Oui, fiers des honneurs qu'un cardinal de la sainte Église romaine et dix évèques ou prélats sont venus rendre à notre saint Léger, il vous tarde d'exprimer à ces princes de rÉglise les sentiments qui débordent de vos cœurs.
A moi de m'en faire l'interprète pour vous.
Donc, en votre nom, A mon peuple ! je dirai merci à l'Éminentissime cardinal-archevêque de Rouen, venu au milieu de nous pour présider cette incomparable fête;
Merci à l'apôtre de Genève, dont les généreux accents retentissent encore dans vos ftmes ;
Merci au digne évêque d'Arras^ dans le diocèse duquel se consommait, il y a douze siècles, la douloureuse passion de saint Léger, et qui a offert ce matin en notre présence le sang de ce Jésus qui est tout à la fois la constance et la couronne des martyrs ;
Merci à nos bien-aimés frères de la Rochelle^de Nevers, d'Evarie, fils de notre Église d'Autun, glorieuse d'une si sainte maternité ;
Merci à ces vénérables abbés de Septfons et de Ghambarand, sortis de leurs solitudes pour mêler des moines à notre cortège d'évêques, danslafête d'un Évêque qui commença par être moine!
Merci enfin à ces prêtres accourus d'au moins trois diocèses pour former l'imposante légion
sacerdotale qui l si bien entouré les reliques de notre sÉbdt Pontife et lui a fait un si magnifique cortège.
ÉiaifEIfGE,
Mksseigneurs, Ifis Frères,
Je ne voudrais pas prolonger plus qu'il ne convient cette grande journée, et il ne me siérait à aucun titre de revenir sur le panégyrique de saint Léger, fait deux fois aujourd'hui devant vous avec tant d'éclat et d'autorité.
Je vous demande seulement la permission de commenter rapidement une page de la sainte Écriture (1) qui me paraît résumer admirablement Tbistoire de saint Léger, et, comme on vous le disait si éloquemmcnt ce matin, Thistoire de l'épiscopat catholique et de sa mission dans le monde.
Après la dure épreuve de la captivité dans les champs de la Babylonie, Dieu ayant persuadé à un grand roi de rouvrir au peuple d'Israël la route de la patrie, Néhémias partit avec l'autorisation de relever les murailles abattues de la cité sainte et de refaire son temple ruiné. Il convoqua autour de lui tous les dévouements ; il fit appel à toutes
(4) Le chap. vi* da n« livre d'Esdras.
les bonnes volontés. < Levons-nous et bâtissons > z Surgamus et xdifieemus ! '^
Cette virile exhortation de rbomme de Dieu fut entendue, et Nébémias vit se grouper autour de lui les hommes de toutes les conditions, lévites ei soldats, magistrats et artisans, tous voulant avoir part au travail patriotique et sacré du relèvement des murs de Jérusalem.
Surgamus et xdificemus ! Que de fois déjà, mes bien-aimés Frères, surtout depuis huit ans, vous avez entendu cet appel sortir des poitrines de vos évéques ! Voyez-lesàTœuvre, debout, donnant Texempledu travail et conviant tous les hommes de bonne volonté à partager leurs labeurs I Oui, nous l'avons juré, et s'il plaît à Dieu, nous tiendrons notre serment jusqu'à notre dernier soupir, et successeur de ces vaillants pontifes qui, à travers toutes les crises sociales et toutes les révolutions, n'ont pas cessé un instant d'édifier parmi les hommes la cité de Dieu, nous nous tiendrons debout et nous travaillerons. Surgamus etxdificemusl
Pourquoi, cependant, une œuvre si manifestement utile à tous les intérêts soalève-t-elle des oppositions ?
Écoutez, et vous allez trouver, dans un récit qui date de deux mille ans, l'histoire des tracasseries ou des persécutions suscitées à l'Église par les puissances séculières et temporelles^ quand elles refusent de servir la cause sacrée du règne de Dieu
sar la terre, et à plus forte raison quand elles lui font la game.
Tandis ^e Néhémias et ses compagnons relèvent pierre à pierre les remparts de la cité sainte, les adversaires du peuple de Dieu se concertent pour entraver leur entreprise.
Ils ont recours successivement à trois moyens la séduction, la calomnie, la violence.
Voyons comment Néhémias a repoussé cette triple attaque par son langage et par son attitude.
On essaie d'abord de la séduction, c Venez et Usons alliance dans la plaine 3 : Vent etpercutiavm fœdus pariter m campo. Que de fois ne nous a-t-on pas dit, à nous, les gardiens de la parole de Dieu et de ses inviolables commandements : pourvoi ne viendriez-vous pas à nous, les hommes du siècle? Que d'avantages nous aurions à vous offrir ! Descendez donc des hauteurs inaccessibles de vos dogmes et de vos principes ! Ne parlez pas toujours delà conscience et du devoir. Devenez plus accommodants. Vos sévérités vous isolent! Prenez notre morale : descendez dans la plaine et faisons alliance: Vemetpercutiamur fœdus pariter in campo !
Savez-vous, mes bien-aimés Frères, comment Néhémias a confondu cette insidieuse attaque de la séduction ?
QueUes paroles ! Quel noble langage ! Quel fier dédain des avantages au prix desquels la conscience alignerait son indépendance et sa dignité !
« Je ne puis pas descendre, car je fais une grande « œuvre, et elle serait compromise 8% j'allais « vous -p : Grande optis ego facio, et non possunm^ descendere, ne forte negligatur si descendero e^ venero ad vos!
Et nous aussi, évêques de la sainte Église catho — lique, nous avons une grande œuvre à faire. Nous rebâtissons incessamment les murailles de la ciii de Dieu, incessamment battues en brèche par les passions des hommes. Ceux-ci voudraient nous persuader par leurs décevantes promesses de renoncer à notre labeur, et d'aller pactiser avec eux dam les basses régions où s'agitent tant de qjuestions mesquines, où se discutent de si méprisables inté—— rets! Mais, dans tous les siècles, dans toutes le^ langues, avec saint Basile et saint Athanase, avec? saint Léger et saint Thomas de Gantorbéry, et tanl^ d'autres illustres Pontifes, nous avons répondu z € Non, nous ne descendrons pas, et nous ne serons c pas assez lâches pour abandonner Tœuvre de € Dieu D : Grande opus ego facio. \on possum descendere !
Ainsi a été, ainsi sera toujours repoussée, parla grâce de Dieu, l'attaque de la séduction.
Elle vaincue, il faut recourir à un autre moven! Dieu sait si Ton en fait usage, particulièrement au temps où nous sommes. Je veux parler de la calomnie. Fût-elle la plus grossière, la plus invraisem-
blable, elle n'inspire ni scrupule à ceux qui s'en
r'cnt pour discrédiler dans l'esprit des peuples torité des serviteurs de Dieu, ni défiance aux les qui l'accueillent avec une si étonnante créité. Voici donc ce que Sanaballat met en avant r intimider l'intrépide Néhémias. II lui écrit
lettre à peu près ainsi conçue :
Les gens disent (et comment en douter, puis- ffV
ue l'Arabe Gossem l'affirme?) que les Juifs et toi 5S
0U3 avez intention de vous révolter. C'est pour ^§
ih, dit-on, que vous bâtissez ces murs. Le roi Z^X
e peut manquer d'être bientôt informé, et alors, sg^
renez garde. > /n gentibus audilum est, et ^-â
sem dtxit, guod tu et Jtidsi eogitetis rebellare, ^S
ropterea œdifices mtirum Auditurus est rex ^fe
•a hsee ^b^
omme il est vrai de dire avec rf4:clésiasle ^».|.
ii'il n'y a rien de nouveau sous le soleil, et que ^5
'. qui se fait aujourd'hui s'est fait bîer et se fera Sj|
iinain » (1) ! te^
uand il parait opportun de diffamer les servi- ^^
s de Dieu, tout est permis. Plus une accusa- ^^
sera incroyable, plus elle aura de chance d'être . leillie et répétée. Ebroïn accusant saint Léger oir trempé dans l'assassinat de Childéric II ive encore créance au dis-neuvième siècle dans
Nlhil tnb sole novam, qcid est qaod fnitl Iptam qaod nm est. Qiiid eat quod factnm est I Ipsam qaod fai^iendam EmI. I, 9.)
une certaine école historique : In gentibus auditum est 1 Les gens ont entendu dire. Quelle source de renseignements I Quelle sûreté et quelle précision dans le témoignage I D*où vient ce bruit? Personne ne le sait, mais tout le monde le répète. D'ailleurs Gossem, l'Arabe Gossem, n'est-il pas à lui tout seul une autorité irrécusable ? Or, Grossem lui-même affirme, avec la rumeur populaire, que vous et les Juifs avez intention de vous révolter : Quodtu et Judm cogitetis rebeilaret
Il ne s'agit pas, bien entendu, de saisir en flagrant délit une rébellion déjà commencée ! S'il en étaitainsiy l'imagination n'aurait pas à se mettre en frais et la calomnie ne serait pas assez raffinée. C'est donc l'intention, c'est la pensée qu'il faut accuser : Auditum est quod cogitetis rebeUare !
Je vous ai dit, mes bien-aimés Frères, avec quel calme majestueux notre Léodegar avait répondu à la monstrueuse et invraisemblable accusation d'avoir participé à la mort violente de ChildéricII. Il semble que, sous l'inspiration de l'esprit de Dieu, Néhémias lui eût dicté, douze siècles d'avance, une de ces réponses qui sont simples, dignes et impassibles comme la vérité elle-même I
Certes, mes bien-aimés Frères, on aurait le droit de s'indigner, quand on se sent atteint par une de ces calomnies qui vont jusqu'à méconnaître nos sentiments les plus intimes et travestissent d'une façon odieuse nos plus loyales intentions I
is comme l'indignation calme sied bien kqai ir loi le témoignage d'une conscience droite ■e ! Écoutez la réponse de Néhémias à l'absurde
allégué contre lui et contre son peuple
: « Les choses n'ont pas eu lieu comme
le dites ; et c'est vous qui les avez imagi-
> : Non est factam sectmdum verba hac qux
ogueris ; de corde enim tua tu eomponis
)us retrouvez là, dans sa majestueuse simpli-
le langage de l'Eglise catholique et de ses ifes. Cliaque jour, les inventions les plus per-
sont mises en circulation et jetées dans le une de la publicité. Les faits les démentent, et it pour les créer la triste fécondité des préveni et de l'esprit de parti : De corde tuo tu eoms hœc !
liions, dans ces douloureuses et inévitables 'S, lamajestueuse et patiente fermeté des grands iteurs de Dieu, et, sans défaillance comme
colère, faisons, comme eux, appel & la seule sance de la vérité. Non est factum sectmdum a hxc gtue iogueris.
i la séduction ni la calomnie n'ont pu avoir in de la constance de Néhémias et de ses comlons. Ils demeurent sur la brèche, tenant tour . iir la truelle et le glaive, ouvriers et soldats, r reconstruire et pour défendre la cité de Dieu.
faire contre eux ?
ft Pbkbaod. — ŒnTTw, t. IL U
« Prenez garde, dit Sémaïas au chef du peuj « Juif ! Prenez garde ! on va venir dans la nt « pour vous tuer » : Nocte ventttri sunl ad od dendum !
La force brutale ! Le glaive ! L'assassinat Suprême argument des mauvaises causes I Ebroj s'en est servi contre saint Léger, comme naguèi la Commune contre un archevêque de Parii comme autrefois les Néron, les Dèce et les Diocl^ tien contre les successeurs des Apôtres !
La séduction, on la méprise. La calomnie, o la réfute. Que faire contre la violence ?
Ici encore Néhémias nous donne le précepte e l'exemple. Avec quel religieux respect, mes biei chers Frères, je vous demande d'accueillir ceU( parole qui me parait si bien résumer, dans soi éloquente concision, le martyre de saint Léger, e redire l'immortel poème des triomphes de PEgli» catholique, toujours victorieuse, suivant une bcll parole de saint Augustin, parce qu'elle a toujoun été victime (1).
La voici, Messeigneurs et mes bien-aiméi Frères, cette grande et simple parole : « Ave« vous jamais vu fuir un de mes semblables ? >)
NUM QUISQUAM SIMILIS MEl FUGIT ?
Après Néhémias, les chefs de la sainte Eglis<
(1) Ideo Tictor, quia victixna. {Conf, S. Ang. x, c. 43.)
lolique ont le droit de revendiquer comme leur ri si fier el ce généieus défi jeté aux partisans la force. Oui, parcourez feuillet par feuillet iloire de la société clirétienne. Voyez ses évéques
prises avec toutes les difficultés, en butte à
les les persécutions, exposés à tous les périlsl c^
de menaces .«e sont dressées devant eux pour ^g
intimider el leur faire abandonner l'œuvre ^S
ée de l'édifïcalion des âmes ! Que de fois on ^^
' a dit, comme à Néhémias : « Prenez garde I ^^
lous disposons du glaive, et on pourrait bien c^
pnir vous tuer cette nuit > : Nocte venturi siint g^
ecidendum te! ^^
)r, lequel d'entre eux a jamais tourné le dos à ^^
devoir et préféré sa sécurité à celle de son ^.^
ipeau 1 Numquisquamsimitismei fugit ?LequcI ^»
pas dit, comme saint Léger s'allant livrer lui- ^H
ne : Voici ma vie : épargnez mon peuple î » ou ^^
ime un archevêque de Paris dont nous avons ^^
lia bénédiction el presque vu de nos yeuxl'lié- ^^
[ue mort : « Que mon sang soit le dernier ^""^
!n vérité donc, la page de la sainte Ecriture ■
je viens dccommenter devant vous renfermait, seulement l'bistoire de saint Léger, mais celle
FtHileB de Ugr Affrc, frappé sur Ica bnrricadeB. duns tea
de Tépiscopat catholique; et ce jour convena bien pour mettre en relief la perpétuelle victoii des serviteurs de Dieu sur la séduction sur la es lomnie et sur les attentats de la force brutale ! 0 Léodegar, mon saint prédécesseur, je vous 1 dis au nom de ces vénérés pontifes et au mien nous voulons aimer d*un amour de dévouemei les âmes que Dieu nous a confiées ! Il y a de menaces à Thorizon, et nous ne savons si la tem pète éclatera ou si Dieu, dans sa clémence, 1 dispersera de son souffle, comme, ce matin, il tout d'un coup chassé au loin de sombres nuage pour verser sur cette fête tous les rayons de se chaud soleil !
Quoi qu'il advienne, unis à nos pères, fortifié par leurs exemples, ayant au-dessus de nos tète une si imposante nuée de témoins, le regard fix sur Jésus, l'auteur et le consommateur de notn foi (1), intérieurement soutenus par l'Esprit qu fit la patience et la force des martyrs, nous sau rons, s'il le faut, comme saint Léger, redire au ennemis de vos âmes : « Frappez-nous, mais épar gnez notre peuple ! » En ego vobis paciscens vitat meanfiy Parcatis populo !
Et vous, habitants d'Autun, puissiez-vous trou ver tout entier, dans ce cri sublime de votre anciei
(1) Heb. XII, 1.
pe, le ccBur de celui qui se dit plus quejamais, « ^and jour, votre pasteur, voire përo, votre
'Si
LETTRE
ORDONNANT LA CÂLÉBRATION D'UN SBBVICB FUNÈBRE