LETTRE PASTORALE
8UB LK JCJBILé
(20 FéVBIBB MDCCCLZXIX.)
Nos TRÈS CUERS FrÈRES,
Des Lcltres apostoliques de Sa Sainteté le pape Léon XIII, publiées à Rome le 15 février, nous apportent aujourd'hui Theureuse nouvelle dun Jubilé accordé par le Saint-Père à l'univers catholique. C'est le don de joyeux avènement (1) do Pasteur universel usant des prérogatives de son suprême pontificat pour enrichir nos Âmes des trésors de l'infinie miséricorde. C'est la surnaturelie puissance de la prière et de l'expiation mise au service des immenses besoins de la famille
(1) Aatpicaledonam. (Litt. apost.)
humaine, doni la paix et la prospil-rité sont menacées en nos jours par lant d'erreurs funesles et de dangereuses passions. C'est un moyen mystérieux, mais certain, de venir en aide au chef visible de l'Église et d'alléger le fardeau de ses écrasantes sollicitudes.
A tous ces titres, N. T. C. F., vous recevrez avec reconnaissance la grâce du Jubilé, et vous voiis acquitterez avec un pieux empressement des œuvres satisfactoiros auxquelles cette grâce est altachéc par le souverain Pontife.
Profilez-en d'abord pour vous-mêmes. Des facilités esceplionnelles vous sont accordées pour mettre ordre à vos consciences. Les confesseurs jouissent de pouvoirs plus étendus. Certaines fautes graves qui, en temps ordinaire, ne peuvent être remises que par une délégation spéciale du Pape ou des Évéques, rentrent, à la faveur du Jubilé, dans la juridiction ordinaire de tout prêtre approuvé pour administrer le sacrement de pénitence.
L'indulgence du Jubilé est une indulgence plénifere, ainsi appelée, vous le savez, parce qu'elle remet toute la peine temporelle due au péché. Si donc on peut gagner cette indulgence tout entière et en recevoir une parfaite application, on se trouve aussi pur que si l'on venait d'être régénéré en Jésus-Christ par le baplème (IJ.
{1> Cnd. GooBset, Threl. morale. II. p. fiOt
Cette même indulgence étant applicable, par voie de suffrage, aux âmes du purgatoire, devient un moyen de pratiquer une sublime charité à l'égard des fidèles qui nous ont précédés au tribunal du souverain Juge, et qui attendent de nos prières et de nos bonnes œuvres, soit un soulagement dans leurs souffrances expiatoires, soit une plus prompte admission dans le lieu « du rafrata chissement, de la lumière et de la paix (1) ».
Vos petits enfants eux-mêmes peuvent bénéficier de la grâce du Jubilé. S'ils ne sont pas encore en âge de faire leur première communion, le souverain Pontife les en dispense, et leurs confesseurs leur imposeront à la place quelques prières ou actes de vertu proportionnés à leur âge.
Enfin, en inscrivant le jeûne et Taumône au nombre des œuvres prescrites pour gagner Tindulgence jubilaire, le Saint-Père nous rappelle aux conditions fondamentales de la vie chrétienne, lesquelles sont de faire pénitence pour nos péchés et de venir en aide aux souffrances de nos frères. Ces œuvres sont d'ailleurs par elles-mêmes les remèdes les mieux appropriés aux maux d'une société où la recherche du bien-être matériel et Tamour effréné de l'argent étouffent en tant d'âmes Tesprit de sacrifice et les inspirations de la charité.
(I) In locum refrigerii, lacis et pacis. (Can. mias».)
Oatre l'utilHâ personnelle attachée pour nhaoun de nous aux grâces du Juliilé. le Saint- Piire signale encore h noire attention les biens qui en résulteront pour le monde et pour l'Église,
Les progrès de l'impiété contemporaine; le cynisme avec lequel, parliculiferement en France, sont attaqués ou niés lesprincipesm^mes de toute religion etde toute morale; l'impunité croissante assurée aiu attentats de la pensée et de la parole : voilà, nous vous le disions encoreilyapeu de jours, N. T. CF., de quelles malsaines vapeurs se forment les orages dont la menace est suspendue sur nos tètes. Les graves avertissements de Léon XIII ne confirment que trop nos tristes pressentiments, puisque te Saint-Pfere nous engage k profiter du saint temps du Jubilé pour conjurer, s'il se peut, les effets de la colf'ro divine et l'empêcher de proportionner les châtiments aux crimes qui la provoquent chaque jour avec une si effrayante audace (1).
Enfin, le Vicaire de Jésus-Christ allègue un troisième et touchant motif pour nous exhorter à ne rien laisser perdre des précieuses faveurs attachées aus exercices et aux œuvres du Jubilé. Il s'agit de
(1) Qnibni qnantiiqne in floctibns pnesenti levo Eccleda labolet ;ex pnblici» reboa in détenus ruentîbnB ;ei; fanestûi Impiorum hominiim cotiiiliia, ei ipai» cœleatiH cenaurw mini», qnœ jam in aliqaos serero incnbuit. grn'^or" '" '^'^ ma\a. obTCBtUHi (onnidamna. (Litt. &poct. al 2.)
lui venir en aide (1). Dieu lui a confié, dans des temps difficiles, la plus magnifique, mais aussi la plus redoutable de toutes les missions. Il est le Pasteur universel.
Essayez, N. T. C. F., de vous faire une idée de la responsabilité attachée à un tel ministère. Peutêtre vous rendez-vous quelque compte de nos sollicitudes pastorales, vous, pères et mères, chargés par Dieu d'élever pour lui de nombreuses famiUes, Six, sept, huit enfants qu*il faut conduire jusqu^à l'âge viril, au milieu des dangers sans cesse renaissants de Tàme et du corps , protéger contre les mauvais exemples et les accidents, former par Téducation aux devoirs et aux épreuves de la vie : vous savez à quel prix et dans quelles conditions se peut accomplir un si grand, mais si difficile labeur I Que de préoccupations I que de nuits sans sommeil I Souvent, hélas! quels soins, quelles larmes, quels déchirements intimes du cœur, si ces jeunes âmes ne répondent pas ou répondent mal à des soins inspirés par la plus tendre affection et entretenus par le plus infatigable dévouement ! Oui, en vérité, pères et mères, vous avez charge d'&mes, et Dieu sait si nous sommes heureux de vos joies, et si nous compatissons à vos peines !
(1) Apprime noyimns qoam necessaria sit infirmitati noetns in ardno ministerio quod snstinemns divinomm charUmatam oopia. (Litt. apo6t. ib.)
Rendez maintenant vos legards au delà do l'hosacré, aiais étroit, du foyer domestique. Voyez près de vous l'humble et dévoué pasteur de votre paroisse. II s'agit déjà pour lui de plusieurs cenlaînes d'âmes à l'égard desquelles il a, dans l'ordre surnaturel, tous les devoirs que vous imposent les relations de la vie de famille. Allez encore au delà : vous trouvez votre Évoque. Établi plus haut dans l'écbelle de la sainte biérarcliie, il a aussi des responsabilités plus étendues (1): il lui faut, vous le savez, porter constamment devant Dieu le fardeau de plus de 600,000 âmes. Mais au-dessus des évêques particuliers, dans le merveilleux organisme de l'Église, se place i'Évèquc universel, chef visible de la grande société dont Jésus-Christ est la têle et le cœur. A lui, dans la personne de Pierre, a été donnée la mission de paître le troupeau tout entier, agneaux et brebis, fidi;les et pasteurs. Plus de deux cent millions de catholiques, répandus dans le monde entier, à instruire et k diriger dans les voies du salut éternel ; douze cents évêques à conseiller et à soutenir dans les dif6cultés incessantes du gouvernement do leurs diocèses ; le travail sacré de l'évangélisation du monde à poursuivre chez les nations infidèles par le développe-
(1) Qdo majui eat tMtigiiim, Dujorqne digoitM, eo etUm tw^ jn* pericnttini cit. prudent! ntique bomini et cordato. (B. Or^.
Na». Oral. 2, n' 10.)
mentet Torganisation des missions; les droits de rÉglise à défendre au sein de nos vieilles sociétés contre les assauts sans cesse répétés de la politique antichrétienne et des violences révolutionnaires : vous n'avez là, N. T. C. F., qu'une esquisse bien incomplète de ce qui constitue pour un Pape k charge des âmes. Mesurez Tintervalle qui sépare le successeur de Pie IX des temps de saint Paul; voyez les progrès accomplis par l'Église pendant cette période de dix-huit siècles, et vous comprendrez à quel point Léon XIII a le droit de noos répéter les touchantes paroles de l'Apôtre : ce Lais- (( sez-moi vous rappeler les soins dont je suis cha- « que jour accablé, la sollicitude de toutes les « Eglises; et comment je dois incessamment com- « patir aux faiblesses des faibles et souffrir, jusqo'i « la consomption, des scandales des pécheurs (1). « Aussi je vous conjure, au nom de Notre-Seigneur « Jésus-Christ et dans la charité de l'Esprit-Saint,
(1) Instantia xnea qaotidiana, Bollicitado omninm EocleàanuD' Quia infirmatar, et ego non infirmor ? Quis scandalisator, et eff> non oror ? (II Ck>T. zi, 28, 29.)
Dans le commentaire qnMl fait de oe passage, saint Jean 0Iii7' soetôme exprime admirablement les pensées dont nons nous sonmes inspiré. <i Si qaispiam nnins tantnm domus cnram agens, pns cnramm mole ne respirare qoidem potest, oogita qnidnam hie pertalerit, qui non onias domos, sed arbinm et popolorom et nationam atqne adeo totios orbis cnram gexebat, eaqne solUdtadine afficeretiir, nt nnllns pater pro filio in pari cura Tersetnr. (8> Joann. Chrys. in Ep. 2 ad Cor. Hom. 26, n» 2.)
— 417 ~ H de iiifr venir en aîcle par vos prières (1) ».
Enfanlsdela sainte Église, écoutez la voix de votre Pferc. Il vous offre les grâces les plus précieuses : gardez-vous de les mépriser. 11 vous invite à la pénitence el à la componction t rentrez en vous-mêmes, et, par d'énergiques efforts, rompez avec le péché, si vous avez le malheur d'être ses esclaves, pour mériter de recevoir, avec le pardon sacramentel, la rémission des peines encourues par vos prévarications. Le Jubilé mosaïque était une époque solennelle de restauration et d'affranchissement. Les esclaves voyaient tomber leurs fers, les biens vendus retournaient aux mains de leurs premiers possesseurs (2). Pécheurs, qui que vous soyez, brisez vos chaînes, et restituez à Dieu, voire légitime et souverain maître, le domaine et le gouvernement de vos consciences.
Pieux fidèles, accomplissez avec une généreuse docilité les œuvres salisfacloires prescrites comme condition de l'indulgence jubilaire. L'Eglise tout entière profilera de vos pénitences. Priez, gémis- •ez, jeûnez, faites l' aumône : voilà, nous dit l'Ës-
(li Obaecro ergo tos, FratreB, per Domtnum nustium Jesun Christom, et per ciiKritalttm Ësocti Spiritua, Dt BrtjaTetÎB me in gratioDÎbus veatiia pro me ad Deum. (Kom. XV, 30.)
(2) Vocabiit rcmiaiiiuDein cuDctis haliitntonbUB terne tuœ. Iptu (ftDDUs) est JubiUcua. Itcrertatui ad puBseasioDem suam. et utiiuqoinqaeredieladfamiiiHtnpriatiuani. — Anno Jubilieo(flfcrïM)egroëietnr cum liberis Buia. (I*Tit. xxv. 10, 51. i
Ugr Peukauu. — Œoviei, t. 11. i'
pril-Saint, qui vaul mieux que d*amasser des trésors périssables (1).
Contribuez par ces actes de mortification et de miséricorde à éteindre les feux vengeurs dont la justice de Dieu menace nos sociétés contemporaines, en punition de tant de blasphèmes, d*homicides, d'impuretés (2).
Faites enfin de vos oraisons et de vos sacrifices un surcroit de lumière et de force, de prudence et de courage, pour le magnanime Pontife qui, en nous accordant la faveur du Jubilé, se recommande avec tant d'instance à la surnaturelle charité de ses enfants, intéressant ainsi leur foi aux combats qu'il livre chaque jour pour Thonneur de Dieu, et où nos prières doivent Taider à triompher parla grâce et la vertu de Notre-Seigneur Jésus-Christ.
[Suit le dispositif.)
(1) Bona est oratio cum jejunio et eleemosyna magis (fl^ thesauros auri recondere. (Tob. xii, 8.)
(2) Ignem ardentem extinguit aqna, et eleemoejna resUtitpeccatis. (Eccli. m, 33.J Maledictum et mendadam, et homicidiaiB« etfurtam, et adulterium inundayerant, et sangais sangninem te^' git. (Osée, iv, 2.)
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