‹ Œuvres pastorales et oratoiresChapitre 26 sur 57 · UB LES PROJETS DE LOI · texte numérisé non relu

UB LES PROJETS DE LOI

DE M. JULES FEBBY

(2G MABS MDCOCLXXIX.)

Mon cher AiMi,

Vous me demandez mon avis sur les projets de loi présentés au Parlement par M. Jules Ferry, ministre de Tinstruction publique.*

Vous vous adressez moins, me dites-vous, à l'évêque et au pasteur des âmes, que vous ne désirez connaître Tappréciation de Fancien élève de l'École normale. Agrégé etdocteur de l'Université, membre de la commission chargée en 1870, sous la présidence de M. Guizot, d'organiser par une loi la liberté de renseignement supérieur, il vous

parait avoir, à ces divers titres, quelque compétence pour examiner et discuter les réformes dont M. Jules Ferry a pris Tinitiative et le gouvernement la responsabilité.

Je vous obéis, et, sans autre préambule, j'aborde directement et rapidement ces graves questions,

Je ne dirai qu'un mot, pour mémoire, de la reconstitution du conseil supérieur de rinstruction publique et des conseils académiques. Depuis bientôt trente ans, le clergé, la magistrature, Tarmce, la marine, étaient représentés dans ces conseils. Jamais leur présence n'avait paru pour te corps enseignant un péril ou un empiétement sur ses droits. L'adjonction de membres étrangers à la corporation universitaire était d'ailleurs une conséquence de la liberté de l'enseignement. H convenait que les plus hautes influences sociales fussent représentées dans les conseils chargés de surveiller les méthodes, ou de juger les causes dans lesquelles les fonctionnaires de l'UniversHé auraient pu être trop exclusivement juges et parties. Jftmais, une seule fois, depuis trente ans, h présence des membres du clergé et du corps judi-

ciaire, soit dans le conseil supérieur, soit dans les conseils académiques, n'avait occasionné le moindre embarras ni aux ministres de l'instruction publique, ni aux recteurs de nos académies. Les uns et les autres y trouvaient, au contraire, une garantie souveraine de l'impartialité qui présidait à leurs ^ décisions et rejaillissait tout à la fois en honneur et en sécurité sur toutes les personnes appliquées au noble labeur de l'enseignement.

D'un trait de plume, M. Jules Ferry congédie les magistrats et les membres du clergé. Il est vrai que, pour être ou paraître impartial, il ap* plique la même exclusion aux ministres des divers cultes, appelés jusque-là, comme les évêques, à siéger dans ces conseils. Ceux-ci redeviendront, connme avant les lois de 1850 et de 1875, des assemblées uniquement composées des représentants de l'enseignement, et surtout de l'enseignement de l'Etat. Il demeure entendu que la religion et ses ministres, que la justice et ses représentants, n'ont rien à voir dans l'éducation de la jeunesse française. Est-ce pour donner aux familles de plus sérieuses garanties? Est-ce pour assurer une direction meilleure à cette grande œuvre de l'éducation ?

Toutefois, cette exclusion, si étrange ou si injurieuse qu'elle puisse paraître, aurait pu se justifier par la logique, si, en reconstituant vigoareusement, sous le contrôle à peu près exclusif de TEtat, la corporation universitaire, M. le ministre de l'instruction publique avait du même coup^ en homme conséquent avec ses principes, affirmé, confirmé, étendu les garanties données à renseignement libre par les précédentes législations.

« Faites vos affaires», aurait dit M. Jules Ferry, en s'adressant à tous ceux qui, sous la surveillance des lois, bénéficient de la liberté de renseignement; « et laissez-nous faire les nôtres ». L'Université n'intervient pas dans la direction, l'administration ou la surveillance des établissements libres. -" Qu'à leur tour ceux-ci laissent l'État s'occuper seul des intérêts de l'enseignement qu'il patronne, sans exercer sur lui aucun contrôle. Nous accep" tons sans réserve et sans arrière-pensée la loi de 1* concurrence : le public jugera entre deux systèmes, jouissant chacun de la plus complète autonomie.

Ainsi eût parlé la logique, unie au respect sincère de la liberté d'autrui. Ni Tune ni l'autre n'ont inspiré M. le ministre de l'instruction pu-

bliquc. Il exclut de ses conseils les évèques et autres représentants de Tidée religieuse ; mais, en revanche, il supprime la liberté de l'enseignement, dont le bénéfice était solennellement garanti par des lois à tous les citoyens français.

En effet, la liberté de renseignement supérieur ne subsiste plus que de nom dans le projet de M. Jules Ferry, dont le titre vrai et loyal aurait dû être : « Projet de loi pour la suppression de la liberté de renseignement à tous ses degrés ».

Nous n'aurions pas cru voir vérifier si tôt, en des hommes qui se donnaient fièrement comme les champions de toutes les libertés, la remarque très juste des deux plus grands philosophes de Tantiquité^ Aristote et Platon, s'accordant tous les deux à dire que, « la plupart du temps, les plus cruels ennemis delaliberté ont commencé par être d'ardents démagogues (1) ».

On nous prépare, dit-on, d'autres démonstrations de cette vérité tant de fois confirmée par l'histoire. L'entreprise de M. Jules Ferry et de ses amis est déjà de nature à faire voir aux plus optimistes et aux plus distraits ce que signifient, sur certaines lèvres, tant d'énergiques protestations d'amour et de dévouement pour la liberlé.

(1) Aristote, Polit., 1. VIII, c. IV. — Cf. Platon, mpuhl,, l. VIII.

Jamais, d'ailleurs, je crois pouvoir l'affirmer, dans les fastes parlemenlaires, on n'avait traité d'une façon si cavalière les questions les plus graves qui puissent être soumises aux di eussions d'une assemblée législative.

En effet, le projet semble ne viser que l'enseignement supérieur.

Or, l'article 7, au moyen d'une petite phrase incidente, négligemment encadrée dans la proposition principale, frappe d'un seul coup la liberté religieuse et la liberté de l'enseignement, soit secondaire, soit primaire, en statuant que « nul ne « sera désormais admis à participer à l'enseigne- « ment public ou libre, ni à diriger un établisse- « ment d'enseignement, de quelque ordre que et « soit, s'il appartient à une congrégation non autorisée j>.

Cette formule de quelque ordre que ce soit est vraiment admirable.

S'il en faut croire le témoignage de Suétone, l'empereur Galigula aurait un jour souhaité que le peuple romain n'eût qu'une seule tète, afin

pouvoir le décapiter d'un seul coup (1). M. le ministre de Finstruction publique a trouvé lé moyen de réaliser le vœu du César romain. En une seule ligne, sans employer le laborieux appareil d'une législation compliquée, il supprime cinq libertés:

1® La liberté de renseignement supérieur ;

2^ La liberté de l'enseignement secondaire ;

3** La liberté de l'enseignement primaire ;

4^ La liberté des associations religieuses ;

5^ La liberté des familles de confier leurs enfants à des maîtres de leur choix.

Je le répète, un tel procédé est inouï dans les traditions des assemblées délibérantes. Aussi, quelles que puissent être les dispositions personnelles des membres du Parlement à l'égard des mesures proposées par M. le ministre de l'instruotion publique, le seul sentiment de leur dignité de législateurs leur fait une obligation de repousser l'article 7, introduit subrepticement dans une loi d'enseignement supérieur pour atteindre, comme à la dérobée, les deux autres degrés d'enseignement, et trancher par une phrase incidente la question des congrégations religieuses non autorisées.

(1) Utinam popolas romanas unam cenricem haberet. (Snet. Càliç., c. XXX.)

Ce serait ici le lieu de faire remarquer le parti perfide que l'on tire de cette expression non autoriséy que l'on donne pour synonyme de « défendu parla loi ».

Il y a là une confusion et un sophisme dont le plus simple bon sens devrait faire justice. Que de choses ont lieu, tous les jours, dans le domaine de la vie civile ou sociale, dans les relations commerciales ou littéraires, donton pourrait dire aussi qu'elles ne sont pas autorisées.

Je publie un livre ;

J'ouvre un magasin ;

J'achète une maison ;

Je fais un voyage.

Dira-t-on que ces actions ou transactions nie sont interdites parce qu'elles ne sont pas Tobjet d'une autorisation formelle de la part du goûternement?

Il est vrai qu'en publiant un livre, je dois nie conformer aux règlements généraux concernant l'imprimerie; qu'en ouvrant un magasin, je dois payer patente ; qu'en achetant une maison, je dois satisfaire aux droits d'enregistrement; qu'en faisant un voyage, je dois me soumettre aux près-

- i-ii —

lions administratives qui forment la police des voitoios, des baleaux ou des chemins de fer.

De même, religieux appartenant à unp congrégation autorisée ou non, je suis tenu de paver l'inipûl et d'obéir, comme les autres citoyens, aux lois qui régissent le pays. Mais je n'ai pas plus besoin d'une autnrisalion officielle pour porter l'habit blanc du dominicain ou l'babit brun du franciscain, que mon voisin n'a besoin de se pourvoir d'un permis de police pour porter une redingote noire ou un habit marron. Et si, payant régulièroment mes impôts, il me plaît de vivre dans la même maison que deux, trois ou dix hommes qui consentent à demeurer avec moi, en quoi une autorisation du gouvernement nous serait-elle plus nécessaire à nous, pour nous lever à quatre heures ou jeûnera certains jours, qu'à tels de nos ronciloyens pour aller au théâtre et ne se coucher qu'k minuit? Encore une (ois, assimiler ce lui n'est pas aulor^é à ce qui est défendu constitue un sophisme pitoyable et une insupportable oppression. Qu'on blende ce principe h. toutes les relations de la vie civile et sociale^ et, en bonne logique, il n'y a pas de raison pour que l'Elat n'exige des permis de promenade comme il exige des permis de chasse.

Il y a longtemps, on le sait, que le bon sens pratique des Anglais et des Américains, assurément aussi amis de la liberté que nous le pouvons

être, a fait justice de cette législation tracassière, empruntée aux plus tristes traditions des gouvernementsoppresseurs. Ils hausseraient les épaules, si on s'avisait de soutenir en leur présence que ce qui n'est pas autorisé est défendu. Ils répondraient, au nom de la justice et du bon sens, que ce qui n'est pas défendu est permis.

Ainsi s'exprime d'ailleurs un document pour lequel je ne doute pas que M. Jules Ferry ne professe le plus profond respect et la plus haute admiration. Je veux parler de la fameuse Déckirationdes Droits de l'homme qui sert de préambule à la Constitution de 1791 . On lit àl'articlo V : « Tout ce qui n'est pas défendu par la loi ne peut être empêché ».

Vous parlerai-je de l'atteinte portée aux droits des përes de famille par un projet qui enlève à loulfi une catégorie d'instituteurs le droit d'enseigter, alors même qu'ils se seraient conformés aux lois générales régissant l'enseignement, et uniquement parce qu'ils appartiennent à une corporation non autorisée ? Que devient donc le grand principe de Tégalité de tous les citoyens devant la loi ? Vous jugez de mon aptitude à l'enseignement par mon habit ou mon régime de vie. De quel droit? Ai-je,

oui oii non, tel dipl>5me? Ai-jo rempli les condiditions prescrites par les règlements généraux relatifs h l'instruction publique ? Vous objectez que jo suisjésuite ou dominicain l-'Que vous importe? Vous êtes bien franc-maçon. Mais jevous dis que je suis docteur ou agrégé, bachelier ou licencié. Voilà mes diplômes. De plus, je suis, au même litre que vous, citoyen français. Aucune peine infamante ne m'a fait perdre mes droits civiques. J'en appelle donc de vos exclusions partiales, arbitraires, BU tribunal du bon sens public, votre juge et le mien (1).

(1) Je no traite pu ici la question des lettres d'obédience pour Iti membres des congrâgatioas religieuses emploféa à l'enaeigne' ment primaire. On Mnra redire en tempe et lien dana quel langage élevé, aaKin de la commission de 1R50, MM. Thiers et Cousin, si dévoués aux intérêts uniTeraitaires, défendirent ce qu'on aj^ pelle aaiourd'bui un privilège injoste et rerend IquÉrent tontea les s^mpalbies de l'Etat pour les ordres religieux roués an nblime ministère de l'éducation des classes populaires. Je regrette lirement de ne pouvoir cit«r quelquestragmeuM de leurs discoon. Haie ne roulant pas allonger démesui Ëment ma lettre, je me borne i reproduire cette phrase de U. Thiers : t Qnel mal j aaralt-îl

< i ce que la loi dise ; Le membre de la eomiHviiatiti relt^icvw, ( pricUinifiU à caKie du caractère danl il eti revêtu, m'inspire t nae conflance telle que je le dispense de certaines justiticationa ( quej'iiupose au cootraire au candidat instituteur laïque, lequel

< K'est entièrement inconnu, et donl rien, sans ces épreuves qne « je lui prescris, «e me garautit la moralité et le savoir. » A ce point de vue, comme à bien d'nutres, on peut mesurer la distance qni sépare M. Jules Ferr; de M. Thiers, (Voir, dans le Corre*fUndaM àa Kl et du 35 mars ItllB, les procès-verbaux inédits de

'enseignement de 18411.)

Vous assimilez, il est vrai, le religieux c non autorisé » à Tétranger auquel sa nationalité interdit les fonctions de l'enseignement, parce qu'il n'est pas citoyen français. C'est ajouter une injure aune injustice.

A ce titre, tous les catholiques devront être dépouillés de leur qualité et de leurs prérogatives de citoyens français, puisque tous reconnaissent dans le Pape leur chef spirituel, et qu'à vos yeux le Pape est un souverain étranger. Plus logique et plus brutalement franc que vous, un de vos journeaux a eu le triste mérite de ne pas reculer devant cette conclusion (1). Grâce à cet organe semi-

officiel du ministère actuel, nous savons à quoi nous en tenir sur ses véritables intentions. Il a beau s'en défendre : le projet de M. Jules Ferry est une véritable mise hors la loi de tous les catholiques. Voilà comment le gouvernement réalise ses promesses d'être « libéral et juste pour tous! » Voilà comment il est fidèle à ses déclarations sur € la nécessité de l'apaisement, le besoin de tran- « quillité, de confiance et de sécurité ». Mais qui donc, dans Pétat actuel de la législa-

(i) « Nous ne dirons pas qa*on est républicain ou non, démo- • crate ou non : nous dirons qu*on est Français on qa*on eit ^ c contraire, c'est-à-dire clérical, p {République framçaiêe dii| tf mars.) On sait ce que veut dire clérical dans Tidiome particoHer à la presse dont la République française devient un des oigaiMi les plus modérés.

lion KUr renscignemeal à ses divers degrés, esl gêné clans la liberté souveraine de ses convictions el de ses préférences ? Vous voulez faire élever vos enfants par l'Université, sous la surveillance immédiate des maîtres préparés et institués par l'État? Qui vous en empêche ? Vous préférez l'enseignement laïque k l'enseignement religieux? Qui ïous ohlige k envoyer vos enfants chez les con- ^ganistes ?

Puunjuoi ne voulez-vous pas respecter chez les KBtres la liberté que vous revendiquez pour vousmême ?

Vous n'auriez pas de protestations assez indignées contre le gouvernement qui, se mettant Q>our employer votre langue) « à la remorque du parti clérical », bifferait d'un Irait de plume les établissements d'enseignement laïque, et ne reconnaîtrait qu'au clergé ou aux congrégations relî- ^euses le droit d'enseigner. De quel droit inQïgezvous à une partie considérable de vos concitoyens Une persécution que vous proclameriez avec raison intolérable pour vous-même? Il sera donc toujours vrai que vous avez deux poids et deux mesures, et que, lorsque vous prononcez le mot de liberté, il demeure sous-entendu qu'elle existe seulement pour vous el pour vos amis ?

La République devrait être par définition («s publicà) le respect des droits et des intérêts de tous. Elle tend à devenir plus visiblement, de jour

en jour, une œuvre de sectaires intolérants qui , ao lieu de mettre une sage impartialité au service da bien commun, ne semblent considérer le pouvoir que comme un moyen de satisfaire leurs rancunes ou leurs passions.

Entendue dans le premier sens, la République eût pu rallier autour d'elle tous les hommes de cœur, uniquement préoccupés du salut de la patrie. Réduite aux mesquines proportions d'un parti s'affichant publiquement comme hostile à la liberté des consciences^ elle soulèvera contre elle là légitime indignation de tou9 les honnêtes gens, et périra par le mépris.

Serait-ce donc au profit de l'Université que Ton voudrait édicter cette loi de proscription ? liais quel esprit assez étroit s'imaginera que T Université ait quelque chose à y gagner? Qui donc, en dehors d'elle ou dans ses rangs, ignore les amélioratioDS de toute sorte qu'elle doit au régime de la libre concurrence substitué au régime du monopole f

Pour ne parler que de l'enseignement snpériear, lequel est seul officiellement en cause dans le projet de loi de M. Jules Ferry, jamais les facultés de rÉtat n'avaient été l'objet de tant de sollicitudes

! part du goiiviTueriionl qun depuis l'iir^ani- Sfttion do» univprsili-3 libres. Augmentation du nonihp<( dos chaires ; heureux emprunta faila aus mélhndesdesuniversili^s étrangères; nméliorations rapides des laboratoires scientirif|ueset des biblioth&qoes ; élévation du Iraitcmenl de-f professeurs : tous ces progrès, accomplis en quelques années, Tont <^té sous l'empire et par le bénéfice de la hbre concurrence. Nous avions souvent entendu les hommes les plus compétents gémir de la routine dans laquelle on laissait végéler l'enseignemenl supérieur en France. Ces plainles, trop justifiées, demeuraient impuissantes. La chute du monopole les a fait cesser comme par enchantement, et il a pu être dit, en toute vérité, que le premier et le plus sûr résultat de la création d'un enseignement supérieur libre avait été d'améliorer dans tous les sens la condition des personnes et des choses dans l'enseignement de l'hlal.

Il faut du reste que M, Ferry soit aussi étranger qu'il l'est k l'esprit et aux vraies traditions de l'Université pour s'imaginer qu'elle regrette le régime du monopole et qu'elle en souhaite le rétablissemenl. Elle avait accepté de très bonne grAce le régime de liberté inauguré en 1850 pour renseignement primaire et l'enseignement secondaire. Elle avait assez conscience de sa véritable valeur littéraire et sciemifique pour ne pas redouter davantage l'épreuve de la liberté de l'enseignement

Hgr PBBBAtTD, — ŒUTTOS, t. II. ïg

av^rieur proclamée par la loi de 1875. Lui rendre le iBonopoLe, c'est lui faire la cruelle injure de penser qu'elle a peur de La concurrence* Un nuniâtre sorti de ses rangs lui eût épargné cel outrage.

Que ne puis-je redire ici à M. le député des Voflges, porté par les liasards de la politique ï ce grand ministère de Tinstrucliou publique^ dans quel langage, au sein de la comoûssioa de 1810, les honmies les plus dévoués à VUDiTe^ site parlaient de la nécessité de mettre enfin chei nous les lois d'accord avec les mœurs, et da ne psi laisser plus longtemps la France en arrière de k Belgique, de l'Angleterre et de l'Aniérîque, es maintenant, pour l'enseignement supérieur, u& monopole qui n'avait plus de raison d'être, puii- 4|u'un progrès général de liberté en avait d^à fait justice depuis vingt ans pour les autres degrés de l'enseignement?

C'étaient cependant des hommes de leur temps, et non suspects d'obscurantisme clérical , qae MM. Guizot, Saint-Marc Girardin, Laboulaye, le célèbre chimiate Dunuui^; Dubois, notre aoeien directeur de l'École normale, ce vétéran des poU* iniques parlementaires, et Franck risraélite, et le métaphysicien Ravaisson, et le mathtolalîcie&Be^ Irand, et Prévost-Paradol, mon camarade d*écoli^ ce charmant et vigoureux esprit, malheureusemeD^ élevé en dehors des idées chrétiennes^ mais ai iaiel'

liçent , si honnêlemenl convaincn i)up l'amour sincère de la liberté comme ne i* looiowFs par lo re*pect <te ta liberté d'autrui.

En i&c^ Àe cel aréopage, assurémt^nl très compétent, Ifrprojet de M. Ferryn'cùtmèmftpasobtewB ritofineur (Tane discussion.

On lui eiiD. saiifi hésitation, appliqué la question préalable.

On eftt trouvé du plus mauvais g^oât, absolument déplacé, qu'un projet contre la Hlierté de l'cnsci- ^emetit eût l'amlace de s'ïmptfser à ralfentiof» (Tune assemblée d'hommes sérieux, réunLs pour iJonnffrà cette liberté les assises d'nne csiistence' légale.

^^^PMnentfl prononcés sur M, Ferry et sur son «»- TTC pw ta presse étrangère et française la plus iniMpendante ii fég'ard âes u idées clérirales n. Le wnTesporriîanl du Times qualifie le projet de véritailement réactionnaire, întroduraant une persécution ifnerieit ne pna justifierai), et portant dirertiinent

(I) The ministerial Bill Îr reallj réaction of penecDiJOD whicL caiiDOI bejaetiGed.

atteinlc aux droits de propriété, puisque, depuis la loi de 1850, et sous la protection de cette loi, des fonds considérables ont été engagés dans des constructions de collèges, d'écoles, et tout récemment d'universités. Enlever à ces b&timents la destination spéciale pour laquelle ils ont été construits, c'est au premier chef léser les capitalistes, les actionnaires et tous ceux qui, à un titre ou à un autre, ont pécuniairement coopéré à ces fondations.

Un autre journal libéral anglais, le Saturday- Review^ fait remarquer que, par ce seul projet de loi, le gouvernement français dépasse en violence tout ce qui s'est pu faire de plus anti-catholique en Irlande, sous l'empire de préjugés protestants; et il constate, avec une louable impartialité, qu'enlever aux ordres religieux le droit d'enseigner, c'est priver la jeunesse de maîtres habiles, dévoués, et jouissant à juste titre de la confiance d'un grand nombre de familles.

Chez nous, le Constitutionnel, rédigé par un écrivain très connu par ses antécédents et par ses idées universitaires, déclare nettement que le projet de loi de M. Jules Ferry « met en péril notre liberté (( dans ce qu'elle a de plus délicat, déplus intime, « de plus sacré, dans ses plus secrètes et ses plus « augustes relations avec la conscience, la foi, le « droit et la responsabilité du père de famille ».

Un autre journal a résumé d'un mot toutes C€S appréciai ions, on exhortant tous les hommes de

cœur, sans distinction de parti ou d'opinion, % protester publiquement contre « l'abominable projet « de M. le ministre de Tinstruction publique (1) >•

Si M. Jules Ferry trouve trop sévère un jugement qui n'est cependant pas emprunté à un « jour- « nal de sacristie », je le prie de vouloir bien méditer les sages paroles prononcées par M. Thîers, le 22 juillet 1871, et d'en faire son profit :

< Toucher à une question religieuse, disait l'éc minent homme d*État, alors chef du pouvoir a exécutif, est la plus grande faute qu*un gouver- « nement puisse commettre... Affliger quelque M nombre que ce soit de consciences religieuses M est une faute qu'un gouvernement n'a pas le «r droit de commettre

« La conscience religieuse est une des plus force midables puissances de ce monde, et c'est Thon- (( neur de Thumanité que ce ne soient pas seule- « mont les intérêts matériels qui la meuvent, mais m que ce soient aussi des questions religieuses, fc des idées profondément désintéressées... Tout

tt GOUVERNEMENT QUI VEUT ENTREPRENDRE SUR LA CONS- « aENCE d'une partie QUELCONQUE DE LA NATION EST « UN GOUVERNEMENT IMPIE , AUX YEUX MÊMES DE LA c( PHILOSOPHIE (2). ]>

(1) Paris-Joumaly article de M. Louis Teste.

(2) Di8Courtda22 juillet 1871, dans V Officiel du 23 juillet, p. 2178.

M. Thiers aurait-il la maavaiseCortune de pasaar aux yeux de M. le ministre de Tinstruction puUique pour un esprit arriéré, étroit, eaoore entaché de préjugés ?

Que M. Mes Ferry en croie du moins Pautoriié non suspecte de M. Littré, le chef de l'éeofe positiviste, lequel dédaraii, il y a peu de Jours, «que <( la politique hosiile contre le catholicisme troua bleraît profoodéitteDi. la ^nne iateUîgenoe qui « règne présentement entre la République et le tt su£Grage universel (1) ».

Il est encore temps d^eotendre ces grave» a^ertissemeois. Ca»earU eensules ne quid deHrimeati eapiaJt Respublicm. Nos législaAeiirs épargneront su gouvernement une grande faute, ea rejetant le projet de loi au eom de la Justioe ei de la Ulierté, au oom de la pajx sociale, au nom des intérêts les phis évidents de la France.

{1^ M. Littré, Bévue pwtkiste.

CIRf.ULAIRE

AU OLBBOÉ DU DIOOÀSS

POUR LUI ANNONCER LA MORT DE M. PE LJà BOOQB

OHANOINB TITULAIEB, KT DB M. DUOHftmi,

BUPARIBUR du petit Sl^HINAIRE D*AUTUN

VICAIRBB Oi^NéRAUZ HONORAIRES

(16 AVRIL MDOCOLXZIX)

MlîSSIEL'RS ET CHËRS GoOPÉRATlilURS,

Du 7 au 15 avril, la mort a frappé quatre fois dans nos rangs (1). Mais la journée d*Iiier demeurera particuliëremcnt marquée d'un douloureux souvenir dans les annales de TEglisc d'Au-

(1) M. Ghapnifl, curé de MartaiUj, le lundi saint 7 ayril; M. Laplauche, curé de Saint-Léger-Bur-Dheune, le jeudi saint 10 avril; H M. de la Roque et Dachêne, le 16.

iun, puisqu'elle a vu disparaître^ le malin, le plus ancien membre du vénérable Chapitre de notre Cathédrale, M. l'abbé de la Roque ; et le soir, avant le coucher du soleil, M. Duchène, supérieur du petit Séminaire.

Laissez-moi, Messieurs, au milieu des apprëls des deux cérémonies funèbres qui auront lieu demain 17 avril, payer rapidement un tribut de sympathique et religieuse reconnaissance à ces chers défunts, et épancher dans vos âmes ma trop le^time douleur.

M. Tabbé de la Roque, né en 4803, et ordonné prêtre en 1826, avait été nommé chanoine titulaire d'Autun, en 1828, par Mgr de Vichy. Il allait donc bientôt achever sa cinquante-unième année de canonicat, et tout me porte à penser, sans que j'aie le temps de vérifier le fait dans VAwiuaire général du Cieryé, qu'il était le doyen de promotion de tous les chanoines de France.

Après la démission de Mgr de Margueiyc en 1872, et le retour à Aurillac de Mgr Bouange^ alors vicaire général du diocèse d'Autun, maintenant évèque de Langres, M. Pabbé de la Roque, nommé par le Chapitre , sede vacante , vicaire capitulaire, en même temps que M. Tabbé Lelong, aujourd'hui évèque de Nevers , avait , à ce titre, pris part au gouvernement du diocèse, jusqu'à l'entrée en possession de Mgr de Léséleuc de Kerouara, qui voulut Tassocier à son adminis-

— 4il — on en qualil»; de vicaire général honoraire.

A peine arrivé liana le diocèse, j'avais été heureux de le cunUrmer dans ce litre o.l de lui continuer le mandai de confiance donl l'avail investi mon regretté prédécesseur.

M. l'abbé delà Roqueavaiteu, il y a dix-huit mois, la douleur de perdre sa vénérable mëi-e, Igêe de quatre-vingt-dix-neuf ans, el il avait ressenti très vivement le chagrin de cette séparation. Pelite-nii'ce, en ligne collatérale directe, du fameux autour d'Eslher et A'Athalle, M"* la baronne de la Roqup se rappelait avoir vu sa bisaïeule, contemporaine des ilerniëros années du règne de Louis XIV. M. l'abbé de la Hoque avait publié avec un soin pieux des lettres inédites de Jean Racine, son arrifere-grand-oncle. Il faisait revivre parmi nous ces traditions de famille el ces grands souvenirs par une alFabililé pleine de dislinction, et nous voyons disparaître avec lui un des derniers débris de noire vieille société fran(;aise.

Il ressentit vers le milieu de la semaine sainte les premières atteintes du mal qui devait l'emporlur si rapidement. Il'ii'altendit pas l'approche du danger pour nietire ordre aux affaires de sa conscience et demander aux secours do la religion la force de supporter avec patience de très vives douleurs, Avant-hier, jo l'avais vu et j'avais conversé longuement avec lui. Rien ne faisait encore pressentir le dénouement. 11 avait cependant été con-

venti qnTiîer, à Tîssue des vêpres capitulaires, il recevrait solennellement, suivant la pieuse et antique coutume du Chapitre, le saint viatique et Fextrême-onction. Une crise est survenue le matin. A peine M. Legros, ami et confesseur du malade, a-t-il eu le temps d'accourir et de lui donner, avec une onction des saintes huiles, une dernière absolution et l'indulgence ipVnihre m articuio mords: M. de la Roque avait rendu le dernier soupir à dix heures et demie.

Ses funérailles auront lieu demain matin jeudi 17, à la messe capitulaîrc, et, suivant le vœu qu'il a exprimé dans son testament, ses dépouilles mortelles seront portées auprès de celles de sa mère, au château d'Éclassan, dansl'Ardèche.

Le même jour, et quelques heures i^rès, s'est terminée la lento et douloureuse agonie de M. le Supérieur du petit Séminaire.

Depuis le commencement des vacances, la santé de M. Duchène avait subi une grave altérationi et dès la rentrée des enfants, à la mi-octobre, il n'y avait plus d'illusion à se faire sur la présence d'omî maladie de cœur. Ce fut le jour de la Toussaint que M. Duchène monta pour la denûère fois h l'autel et célébra le saint sacrifice. A partir de ce moment, avec quelques alternatives, le mal ne cessa de poursuivre samarche et de réduire progrès-

I— U3 — entsoiis nQsyMixLesfiinx'silu vénéré malade.

Toutefois, un s^Titiint'iH <|ui a fait rvimirable Bnilé lie la vie d* M. DucliéiHf \c .suut«najU {lam ses iléfaillaneos dL devait moRlrerenlaî, josifu'à la liemièi'c betire, l'âme « miUire^se ils corps (qu'elle tnîmi' ". A part les (Icmiers jours, cpI esrellent rt dévoué sapérirnr travaillait encfir*- pour la maison à laqneUo il avait oansacié Uiul<* son existence, et se faisait rendre un compte exact de la eonduile H du travail de ses chers eofanls du petit Sémiaair».

li les avait iant aimés, depuis lu inomenl où il y avait élé chargé de rétudedesnwiyens(1S'itif, pour professer ensuite les classes de quatrième (1643), de seconde (1845). et se pn^paifr, dan» les fondions de dir«i;teur (I8i8), à succéder, en I6i9, comme supérieur, à M. l'abbé Landriot. mort archevAqne de Reims!

Oui, aimer les enfants et leur donner pendant près de quarante années le téflioiçnag^ incessant dn dévouement le plus entier, le plus vaillant, le plus palernel : voilà en dcui mois toute la vie de M. Ducliéne.

04 incomparable petit Séminaire d'Autun, avec SM grands liorieons, s<(s arbres séculaires, ses trad^ions si fidtlem^nt gardi^'-s. ses douce-s et pieuws fêtes, rici espril de Emilie q«i en i^taîl l'Urne et rattltebait si étroitement les uires atix autres, k travers iadislaneedes années, les nombreuses générattoms

formées à Tombrc de son sanctuaire : tel est le monde dans lequel il s'est dépensé sans mesure et qu'il a, jusqu'à la fin, aimé du plus tendre et fidèle aniour^ In finetn dilexit eos.

On a pu dire avec la plus exacte vérité que le cœur était le mobile de toutes ses actions, mais un cœur tout vivifié par la foi et uniquement soucieux du bien et du bonheur de ses élèves. Aussi, TafTectueuse et surnaturelle paternité dont il les entourait pendant les années rapidement écoulées des études classiques se prolongeait de sa part pour suivre ses enfants dans le développement de leurs carrières. Ils étaient toujours assurés de trouver chez lui conseils, appui, direction, encouragements : tout cela partant toujours de ce chaud foyer d'aflection que rien n'a jamais pu refroidir, et dont le bienfaisant rayonnement dilatait les cœurs pour les rendre plus capables des grands devoirs et des généreux sacrifices.

Il me serait doux et il serait tout à la fois consolant et édifiant pour vous, Messieurs et chers Coopérateurs, de vous faire connaître, dans leur simple et touchant détail, les dispositions avec lesquelles, surtout depuis trois semaines, il se préparait à quitter la terre ; de vous faire assister jour par

jour, heure par heure, à cette lutte entre la vie et lamort, au milieu de laquelle il demeurait si calme, si abandonné à Dieu, si confiant en la suprême et i nfinie miséricorde. Le temps me manque pour un

■I que feront pour noire instruction cl nolnconsolation les témoins assidus de sa vie et de son agonie, ces maîtres dévoués du petit Séminaire, dont il était le pf^re et l'ami plus encore que le supérieur, et qui, pour la plupart , avaient été formés par ses soins.

Naturellement et surnaturellement bon, M. Duchènc, à mesure qu'il approchait de la crisii- suprême, témoignait à tous ceux qui l'entouraient une ineffable tendresse, et se reposait avec une foi ^an(li#same dans le sentiment Iri'S vif de la divine Bonté !

Avec quelle sollicitude toute pastorale il recominandail, il y a peu de jours, à un de ses collaborateurs, fl d'aimer le Séminaire et de faire du n bien aux flmes des enfants ! » Avec quelle simplicité, au sortir d'une crise terrible, il bénit quelques professeurs agenouillés autour de lui, et dans leurs personnes, toute celle nombreuse famille dont ses souffrances le tenaient séparé depuis des mois! Avec quelle humilité et quel esprit sacerdotal, dans une de mes dernières visites, il exprima le désir de se voir pardonner par moi, au nom des qoatre évéques d'Autunsous la direction desquels il n'avait cessé de travailler pendant quarante ans, les fautes ou les lacunes qui avaient ]m se glisser dans son administration !

C'est dans ces sentimenls. Messieurs, el après avoir longuement purifié son Ame dans le creuset

èM soaffirances, fue rheare de la. détivraece i «oasè hier peur BOire l»an«-«iiiiè lupérinv.

Ncus étions cnoote toaile GQfi|» de la mort pr6> dpitée de M. de kl Roque. La jowrmée avait été BiaoiflBiise, Deux crises 4è^ saffocatieiis aurretraei Tune le matin, l'autre dans raprèii MÎèi, avaient e»bev< d'épuiser les farcet dn nÉalads.^kuEi aèieux dCanandeai élèw, il avuirépoDcfai : « A ievaiff,ao èifi n!

Vers les six benres, une trotsième effiae se ééehffa. Prévenu inmédîakmeiity^ p èesceAdit aa petit Séminaire. Pendant le trajet, Tàme de IL Biir eàèn» nou»aTai4 quittée^ pour entirer daas ia r^pon dM étemelle» réalitév et pasatlve devant Getaî foi est tooft fe la. foi» ViniBM justice et l'iafiMe anén riG€T<fts.

Arrivé prts» Jh hn, je ae pus- agam av'aginioiiittir, ftaèser sa maân eneeire chaaMbei el réciter kea prîkrts parUsHqaeMes rÉ^ise de la teire aaceaapagnc ai dlefet die h» vie présefiffe lee àmee dé se» ealsnt».

Rfeeueilfens-ReHs, Mesnews, dievanf ee^soiMi^ fiels etiseigneffienls^ de lia mevf, et enienAena net vénérée défiuil!» nevs répéter le graw avertisse menlf Je^noe Kvree sajHentNnHi : Mêmar esta fitéir m met : srkr enim erit et hmm : mihi heri, et

çiy Ebeiî. zzxvm, 2ar.

J'ai à peine besoin de recommander à votre pieux souvenir ces deux collaborateurs de Tadminisiration épiscopale que Dieu m'enlève en une seule journée.

Prions pour eux, Messieurs, et suivons-les, armés de la puissance du sang de Jésus-Christ, à ce tribunal que les plus saints ont redouté.

Joignons toutefois à une crainte salutaire la confiance fondée sur les mérites infinis du Christ ressuscité, vainqueur du péché et de la mort.

Enfin, Messieurs, soufirez que je vous adresse un appel, auquel feront écho vos sentiments de foi et le dévonement dont toqs m'aves déjà donné tant de preuves : priez pour voire Évèqua, sur lequel fondent tout d'un coup tant d'accablantes sollicitudes, et demandez à Diea de loi donner un courage proportionné à de si douloureuses épreuves»

Je vous renouvelle l'assurance de ma cordiale et religieuse afiection en Notre-Seigneur.

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