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FAB SA SAINTETÉ LE PAPE LÉON XIII

(i«r NOVEMBRE MDCCCLXXIX)

Nos TRÈS GHERS FrÈRES,

Il nous est particulièrement doux de dater de la Ville Éternelle la communication que nous avons à vous faire relativement au 25* anniversaire de la proclamation du dogme de l'Immaculée Conception.

Pious vous adressons ces lignes, aprijs avoir reçu au Vatican la bénédiction de Léon XIII, el nous être ageaouillé, dans la Basilique de Saint- Pierre, devant l'humble monument qui renferme les restes mortels de Pie IX.

Dans cinq semaines, il y aura un quart de siècle que ce très pieux Pontife, si passionné pour la gloire de Marie, se fit l'écho vivant de la tradition séculaire au nom de laquelle les plus céli;bres écoles ihéologiques de la chrétienté avaient revendiqué pour la Mère de Notre-Seigncur Jésus-Christ le privilîjge de n'avoir point été comprise dans l'universel naufrage de la race d'Adam,

Langage explicite ou figuré des saintes Écrilores ; harmonies sacrées du dogme de l'Incarnation ; divines et délicates convenances ; instinct surnaturel qui avait inspiré à saint Augustin de mettre Marie à part, quand il avait traité du péché originel ; décision du concile Œcuménique de Trente, presque voisine d'une définitioQ dogmatique ; merveilleux et touchant accord de toutes les Églises de la chrétienté et de leurs premiers Pasteurs : tout avait conspiré à combler les vœux personnels du Vicaire de Jésus-Christ et à lui permettre de satisfaire les ardeurs de son zèle pour celle que, depuis dix-huit siècles, les générations avaient constamment saluée « bienheureuse et oléine de grâce ».

^Le souvenir du 8 décembre 1854 est encore

vivant dans tous les cœurs et nous en relisions ces jours-ci, sur les marbres de la Basilique Yaticane, lasimple et éloquente expression. En ce jour, à jamais sacré dans les annales de la sainte Église, la voix du Pontife suprême , résumant en elle la croyance de tous les lieux et la tradition de tous les temps, prononça, dans Texercice du magistère infaillible, que le dogme de llmmaculée Conception de Marie faisait intégralement partie du dépAt de la foi catholique (1).

. Pie IX avait parlé. Le monde entier, représenté à Saint-Pierre par la plupart des Évêques, répondit par une longue acclamation d* obéissance et d'amour : d'obéissance envers le Vicaire de Jésus-Christ, chargé de confirmer ses frères dans la foi et de paître dans tout Tunivers les agneaux et lesbrebis; d'amour en vers la Vierge,dont l'absolue etuniverselle pureté était désormais soustraite à toute discussion, et devait rayonner d'un éclat sans nuage dans le ciel de la sainteté.

Acetteépoque(c'étaitaIorslasixièmeannéedeson long et mémorable pontificat). Pie IX avait déjà

(1) L'inscription de la Basilique, placée nun loin de la chaire de Saint-Pierre, près du tombeau de Paul III, est ainsi conçue:

PIUB IX, PONTIFBX MAXIMUS, IN HAO PATKIABCHALI • BA8I- LIOA, DIB OCTAVA DECBMBBIB M. D. CGC. LIT., DOOMATICAX DEFINITIONEM DE CONCEPTIOKE IMMACULATA DBlPA&iB TIB- OINX8 MAEIiE IBTBB SACBA 80LB1INIA PBONUNTIAVIT, T0TIU8 QUE OBBIS CATH0L1CI DB3IDERIA EXFLEYIT.

connu les extrémités de la fortune humaine, et successivement traversé les triompheslesplus éclatants et les plus douloureux revers. Tour à tour, il avait vu Rome et lltalie se jeter à ses pieds dans un immense élan d'enthousiasme et d'espérance ; puis Rome se soulever contre lui et l'obliger à fuir sur la route de l'exil. La proclamation de rimmaculée Conception de la sainte Vierge était destinée, dans les plans mystérieux de la Providence, à ménager au Pontife de nouvelles grâces de patience et de courage pour les épreuves plus dures auxquelles sa vieillesse était réservée, épreuves dont le monde catholique Ta vu, dans les sentiments d'une religieuse admiration, porter le poids avec tant de vaillance et de sérénité.

En bénéficiant des grâces spirituelles accordées par Léon XIII, à l'occasion du 25* anniversaire du 8 décembre 1854, les fidèles n'auront garde d'oublier dans leurs prières le Pontife dont le nom est désormais inséparable de cette consécration suprême des gloires de Marie ; et pendant TOctave de la fête, N. T. C. F., vous continuerez les prières qu'à différentes reprises notre piété filiale nous a inspiré d'aller répandre devant le tombeau de Pie IX, après nous être agenouillé à la confession des saints Apôtres.

Vous vous ferez également un devoir, N. T. C. F., et un devoir sacré, de prendre devant Dieu

une part très sérieuse aux sollicitudes sans nombre qui assaillent son successeur.

Deux fois en huit jours, nous avons eu le très grand honneur et l'indicible joie d'être reçu par Léon XIII, de demander ses conseils, de recevoir ses encouragements, d'entendre sortir de sa bouche des paroles pleines de lumière et de force admirablement appropriées aux devoirs difficiles des Évèques dans les temps où nous sommes.

De quelle reconnaissance n'avons-no us pas dû être pénétré, quand nous avons su que, pour nous ménager la faveur de ces longs et précieux entre» tiens, le Pape avait daigné interrompre en notre faveur la période de complète solitude et de plas profond recueillement où il avait résolu de s'enfermer pendant les dix derniers jours du mois d'octobre, afin, sans doute, de retremper son àme apostolique dans un commerce plus intime avec Dieu et de se préparer dans le silence et la prière à de nouveaux combats I

Cette exception, deux fois répétée pour nous en un si court espace de temps, nous rendait plas douce encore, s'il était possible, la joie toate filiale de nous approcher du Pontife que nous vénérons et que nous aimons comme un père, et aux pieds de qui nous étions si heureux de déposer, avec les nôtres, les hommages et les vœux de tout notre diocèse.

Réjouissez-vous, N. T. C. F., et prenez confiance.

L'heure présente est dure, il est vrai ; la société chrétienne est assaillie par des adversaires nomhreux et puissants. Leur audace grandit avec leur succès, et leurs menaces, qui ressemblent à des chants de triomphe, seraient parfois capables de nous troubler, en nous empêchant d'entendre, répété de siècle 'en siècle, Técho des divines promesses dont les Papes sont tout à la fois la vivante garantie et la consolante réalisation I

Mais ne nous laissons pas déconcerter : Audituri esHs prœlia et opiniones prœliorum, sedvidetene iurbemint{l)j et soyons plus que jamais les c fils de la bonne espérance (2) », car si Dieu permet que son Église soit éprouvée, il est visible qu'il ne Fabandonne pas ; et entre autres signes de sa Providence, bien capables de nous consoler et de nous encourager, sa protection sur son peuple se montre par le choix qu'il sait faire des Moïse et des Josué chargés de nous conduire à travers les laborieuses stations de notre pèlerinage terrestre, et de combattre à notre tête contre les ennemis de son royaume.

Nous craindrions, N. T. C. F., de manquer de respect au Vicaire de Jésus-Christ, si nous nous permettions d'employer à son égard des expres-

(1) Matth. xxnr, 6.

(2) Sap.xii, 19.

Mgr Pbbbaud. — Œuvres, t. IL 35

sions qui pussent, en quoi que ce fûl, ressembler au langage de la flatterie humaine.

Dieu nous garde à jamais de ces bassesses! Elles n'honorent point ceux auxquels elles s'adressent et elles déshonorent les lëvres ou la plume de ceux qui s'en rendent coupables. Nos chefs spirituels « n'ont pasbesoin de nosmonsonges(l) »\ et le plus bel hommage que nous puissions leur rendre est de parler simplement et sincèrement le langage de la vérité.

Ainsi faisons-nous, N. T. C. F., lorsque nous remercions Dieu de nous avoir donné pour guide et pour père Léon XIII, le Pontife pacifique el vaillant qui, jetant sur la mission civilisatrice de rÉglise de si lumineuses clartés, impose aux plus intraitables, par la majestueuse loyauté de son attitude et de son langage, le respect d'où nait la confiance et les sympathies qui préparent les rapprochements.

En nous ouvrant son cœur d'apôtre, en nous initiant à ses sollicitudes, à ses désirs, à ses espérances, le Vicaire de Jésus-Christ nous a montré le chemin où tous, pasteurs et fidèles, nous devons nous efforcer de le suivre. L'Église n'est pas née d'une pensée humaine : ce ne sont ni les combinaisons ni les industries des hommes qui la feront

(1) Job, xiii, 7.

triompher de ses ennemis. Elle est sortie du laborieux et sanglant effort auquel le Fils de Dieu a daigné condescendre pour donner au monde, et pour étendre à tous les lieux et à tous les temps, le bienfait de la rédemption. Les premiers apôtres l'ont propagée par la triple puissance de la prière, de la prédication et du sacrifice. Nous ne saurions faire ni autrement ni mieux que ces confidents des pensées les plus intimes de notre Maître, et pour servir efficacement l'Église en des jours où elle est attaquée par tant de passions ennemies, il faut, à rexcmple des premiers ouvriers de l'Évangile, beaucoup prier, beaucoup travailler et beaucoup souffrir.

Tous ont leur part à cet effort collectif, et les plus humbles chrétiens, dans le mystère de leur vie cachée et de leurs souffrances connues de Dieu seul, ne servent pas moins utilement la cause de la vérité que les plus savants docteurs et que les plus éloquents apologistes de la religion.

II importe toutefois que ceux qui ont reçu la mission spéciale d'éclairer leurs frères, de dissiper les ténèbres de l'ignorance, d'écarter et de 'dissiper les nuages accumulés par Fliérésie, par l'incrédulité, par la fausse science^ autour des principes dont l'Église a le sacré dépôt, redoublent, dans les jours où nous sommes, de zèle, d'application et de dévouement. Si l'Église n'est pas née de la pensée el du labeur des hommes. Dieu a voulu qu'elle

eût besoin et qu'elle se servît de ce labeur pour se faire connatire, pour gagner la confiance des esprits et pour conquérir l'adhésion des volontés et des cœurs.

Avec quelle persévérance et avec quel succès, celui qui naguères encore était évèque de Pérouse a employé pour cette grande cause toutes les ressources de sa vaste intelligence et Tinfatigable persévérance de son âme apostolique : personne ne Fignore ; et, depuis bientôt deux ans qu'il a été appelé par la volonté de Dieu à gouverner non plus une Église particulière, mais Tensemble de toutes les Églises étroitement attachées les unes aux autres par le lien sacré de l'unité catholique. Léon XIII n'a fait qu'appliquer à un travail grand comme le monde la même méthode et les mêmes qualités !

Nous ne saurions vous parler de ce travail sans une émotion profonde, N. T. C. F., nous qui, il y a peu d'heures, avons vu se presser autour du successeur de saint Pierre les affaires et les soUici* tudes de toute la société chrétienne, et qui avons mieux compris que jamais comment Dieu seal pouvait, par sa continuelle assistance, aider Tinfirmité immaine à porter sans fléchir le fardeaa d'une si écrasante responsabilité.

Aussi, nous sommes-nous promis de vous intéresser plus vivement à l'accomplissement d*une mission qui a des rapports si étroits avec les des-

tinées éternelles de nos âmes et avec l'avenir des sociétés modernes, et nous recommandons aux chrétiens habitués à traiter sérieusement le devoir sacré de la prière et de la réception des sacrements d'user fréquemment de ces précieuses ressources pour venir en aide aux labeurs et aux sollicitudes du Pasteur qui veille, travaille et combat sans relâche pourTÉglise tout entière.

Vous vous acquitterez tout spécialement de cette obligation, N. T. C F., à l'occasion de l'indulgence extraordinaire accordée par le Saint-Père pour solenniser le 2o* anniversaire de la proclamation du dogme de llmmaculée Conception.

L'enseignement unanime des Pères et des Docteurs et la constante pratique de l'Église s'accordent à nous présenter la dévotion envers Marie comme un principe assuré de sanctification et de salut. Nous ne vous citerons pas, N. T. C. F., les témoignages presque innombrables de cette imposante et consolante tradition. Nous n'écrivons pas ici pour convaincre des hérétiques, et des enfants n'ont pas besoin qu'on leur produise longuement les titres que possède leur mère à leur reconnaissance, à leur confiance et à leur amour.

Plus les épreuves de l'Église se multiplient et plus ces sentiments doivent grandir dans nob cœurs ; plus il faut nous souvenir de celte touchante exhortation de saint Bernard, ce dévot

serviteur et cet infatigable panégyriste des grandeurs de Marie.

Oui, en vérité, « nous tous qui savons combien « au milieu de ces torrents déchaînés des passions « du siècle nous sommes constamment emportés € au milieu des orages et des tempêtes bien plus « que nous ne cheminons sur la terre ferme, ne « détournons pas les yeux du doux éclat de cet « astre céleste, si nous ne voulons pas périr dans « la tourmente. Dans les dangers, dans les an- '( goisses, dans les incertitudes, pensons à Marie, « invoquons Marie ! Que son nom soit sans cesse « sur nos lèvres, son souvenir toujours présent à « nos cœurs. Et pour obtenir plus sûrement Fap- « pui de sa prière, soyons de fidèles imitateurs de <( ses vertus. Qui la suit est sûr de ne point s*éga- « rer ; qui la prie est préservé du désespoir ; qui « pense à elle est en garde contre Terreur ; qui « s*appuie sur elle ne tombe pas ; qui est sous sa « protection ne redoute rien ; qui est conduit par <( elle ne connaît pas la fatigue et arrive heureuc sèment au terme de son voyage (1). »>

Nous vous conjurons, N. T. C. F., de faire la douce expérience de ce progrès de dévotion et d'amour filial envers celle qu'en ce jour même nous appelons avec TÉglise <c la Reine de tous les Saints j>.

^D s. Bern. Hom. 2, sup. ÂlUnaett.

Rome, qui est la cité des apôtres et des martyrs, est aussi par excellence la ville où la confiance traditionnelle du peuple chrétien envers la Mère du Sauveur se mêle le plus souvent aux manifestations de la piété. L'image de Marie se voit dans les plus anciennes peintures des Catacombes et prouve à Thérésie combien le culte de la sainte Vierge fut cher à ces générations de fidèles qui reçurent de sainl Pierre et de saint Paul euxmêmes les premiers et les plus purs enseignements de la foi. Un grand nombre d^églises lui sont dédiées dans cette capitale du monde chrétien, qui compte plus de sanctuaires que de jours dans Tannée. Enfin, en dépit des efforts désespérés qui se font en ce moment pour déraciner la foi de ce sol où elle a été plantée par les apôtres et arrosée par le sang de tant de milliers de martyrs, le nom béni de la Mère se mêle à chaque instant au nom sacré du Fils, dans ces touchantes supplications des offices publics auxquels le peuple romain a gardé Tantique et précieuse habitude de prendre une part personnelle et vivante en unissant à haute voix ses prières aux prières de la sainte Liturgie.

A la veille de quitter la Ville éternelle pour retourner au milieu de vous, nous voulons, N.T. CF., vous remercier des prières dont vous nous avez entouré et qui ont attiré sur notre voyage de si visibles bénédictions. Nous tenons également à

vous dire combien votre souvenir nous a été présent, et combien, pour parler le langage de TapAtre saint Paul, <i nous vous avons eus dans le « cœur pour vous faire partager nos joies, el € quelle place vous avez tenue dans nos prières, (( vous tous pour qui, dans le plus intime da € Cœur de Jésus-Christ, nous ne cessons de dési- « rer un progrès continuel dans la science de la « foi, dans la charité, et dans la justice qui ve* « nant de la grâce de ce divin Sauveur se tourne à « la louange et à la gloire de Dieu (1). »

(Suit le dispositif.)

(1) Eo quod habeam vos in corde , socios gaudii mei omnei

vos esse. Semper in cnnctis orationibns meis pro omnibus Tobii, corn gandio deprecationem faciens. Testisenim mihi estDeus, qoomodo cupiam omnes vos in visceribusJesu Christi. Bt hocoroot charitas vestra magis ac magis abundet in scientia. et in omni sensu..., repleti fructu justitiœ per Jesum Christum, in gloriim et laudem Dei. (Phil. i, 4-U.)

DISCOURS

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