‹ Œuvres pastorales et oratoiresChapitre 38 sur 57 · SUB L* ASSISTANCE DES PAUYBES · texte numérisé non relu

SUB L* ASSISTANCE DES PAUYBES

(7 DÉOEMBBE MDOOOLZZIZ.)

Monsieur le Curé,

Au moment même où un hiver prématuré, sévissant avec une impitoyable rigueur, appelle sur la cause sacrée des pauvres l'attention et les sollicitudes de quiconque porte un cœur d'homme et de chrétien, une mesure récente vient d'exclure de la Commission administrative des Hospices et du Bureau de bienfaisance MH. les Curés de la Cathédrale et de Notre-Dame.

Cette exclusion était-elle une douloureuse nécessité imposée par la loi ?

Qu'on en juge.

Une circulaire de M. le Ministre de l'Intérieur, datée du 26 septembre 1879, s'exprimait dans les termes suivants au sujet des membres du clergé qui faisaient partie de ces Commissions et de ces Bureaux en vertu de la loi votée, il y a six ans, par l'Assemblée nationale :

« Vous remarquerez, Monsieur le Préfet, que « la loi du 5 août 1879 a abrogé la disposition de « la loi du 21 mai 1873, qui imposait aux Gom- <c missions, comme membres de droit, les minisa très des cultes reconnus par l'Etat; mais « qu'elle n'a point interdit de les y introduire « comme membres renouvelables, comme tous les 4L autres citoyens. »

Un peu plus loin, dans la même circulaire, M. le Ministre de l'Intérieur, avec une sagesse digne d'éloge, signalait à MM. les Préfets l'inconvénient <c d'écarter systématiquement tous les «c anciens administrateurs ». En agissant ainsi, a disait le Ministre avec beaucoup de raison, € on s'exposerait à rompre la tradition^ et à .€ jeter le trouble dans t administration charitable 4C qui^ plus encore que les autres, a besoin d'ordre € et de stabilité. »

Je puis donc, en me référant uniquement aux paroles de M. le Ministre de l'Intérieur, regretter ce qui vient de se faire à Autun.

Toutefois, de simples regrets seraient stériles.

surtout quand il s'agit des pauvres, et qu'on se trouve en face de leurs innombrables misères et du redoublement de privations et de souffrances dont les accable un hiver rigoureux, succédant à une année pluvieuse et froide qui a fait renchérir toutes les denrées de première nécessité.

11 ne faut pas seulement gémir, il faut agir: et personne ne s'étonnera que je me croie ici le droit et le devoir d'une initiative dans laquelle j'espère bien être suivi par toutes les familles chrétiennes et charitables d'une ville où, Dieu merci, il y a encore tant de foi, tant de compassion pour les pauvres et tant de générosité.

Je ne traiterai pas la question de « l'exclusion <t systématique de tous les anciens administra- « teurs du Bureau de bienfaisance », bien que, sous la garantie de la circulaire ministérielle, il me fût aisé de faire voir combien une telle mesure est regrettable au point de vue c de l'ordre « et de la stabilité dont une administration chac pitable a plus besoin que toute autre. »

Résolu à n'aborder ces délicates questions que dans la mesure où elles touchent manifestement à l'honneur de la religion et aux intérêts des pauvres, je ne parlerai que de l'exclusion prononcée contre MH. les Curés de la Cathédrale et de Notre-Dame ; des conséquences inévitables de cette exclusion, et des devoirs qui en résultent pour nous.

Je rappelle, et j'insiste à dessein sur ce point capital, que l'exclusion des membres du clergé des Commissions des Hospices et des Bureaux de bienfaisance n'était, à aucun degré, une esîgence de la loi.

Ils pouvaient être conservés au sein de ces Commissions. Je ne crois rien exagérer en disant que, dans sa circulaire du 26 septembre, M. le Ministre de l'Intérieur insinuait leur maintien comme désirable ; à tout le moins, il l'indiquait très nettement comme possible.

J'en conclus qu'on ne saurait invoquer le texte de la loi pour justifier cette exclusion.

A quoi faul-il l'attribuer, là où elle a été décidée par l'administration, comme à Autun'?

La chose parait trop évidente par elle-même pour qu'il soit nécessaire d'y insister.

Mais un Evèque est le défenseur-né de l'honneur de son clergé et le protecteur des pauvres. Je ne puis donc rester indifférent à la mesure prise à l'égard des Curés des deux principales paroisses de la ville et qui les rend désormais étrangers, soit au maniement des fonds recueillis pour l'assistance des pauvres, soit k la répartition des secours entre les indigents. Quelles que puissent élre la sincérité et l'intensité des dispositions de conciliation et de paix qui ont constamment présidé, depuis bientôt six ans, à tous mes rapports avec les autorités publiques, it

m'est impossible de ne pas voir dans cette exclusion ce qu'on a certainement voulu y mettre, c'est-à-dire un acte d'hostilité contre les intérêts dont je suis plus spécialement le gardien et le défenseur, et, à tout le moins, un acte d'injurieuse défiance contre le clergé de la ville d'Autun.

Gela étant, je dois me préoccuper sans Retard des conséquences inévitables de cette exclusion.

Je n'ai point à les prédire, — car elles se produisent déjà. — Je me borne à les constater et à examiner les obligations qu'elles nous imposent.

Déjà, l'an dernier, une inquiétude dont on n'a pas oublié l'occasion avait failli priver le Bureau de bienfaisance de la plus grande partie des ressources que lui fournit une souscription à domicile pour laquelle, en vertu d'une ancienne et touchante tradition, laïques et ecclésiastiques associent leurs démarches en allant de maison en maison quêter pour les pauvres.

Informé de Tincident qui avait donné lieu à cette hésitation de la part d'un grand nombre de familles, je crus devoir engager tous ceux qui me demandaient conseil à s*en rapporter aux déclarations de M. le Maire (1), à prendre part dans la

(1) CTétait alors M. Hagnien.

forme accoutumée à la. souscription annuelle et à ne pas refuser leurs aumônes aux dévoués et charitables quêteurs.

En cette circonstance, j'avais mis en pratique la parole de saint Paul : « La charité ne présume pas le mal : Charitas non cogitât ma-' lum (1). »

Mais la mesure d'exclusion dont viennent d'être frappés les deux membres du clergé qui me représentaient au sein des administrations charitables de la ville m'enlève la ressource des interprétations bienveillantes, et je ne puis en aucune façon me méprendre sur le sens et la portée de cette exclusion.

De cette situation que nous n'avons pas faite, mais que nous subissons, va résulter comme conséquence immédiate, — je me réffere aux prévisions si sensées de M. le Ministre de l'Intérieur, — un trouble profond dans le service public de la charité.

D'une part, je ne puis demander aux ecclésiastiques de la ville de se faire quêteurs pour une administration qui les congédie tous, en la personne de deux de leurs collègues.

D'autre part, je ne suis pas en mesure de rassurer les familles chrétiennes sur les tendances

(1) I Cor. XIII, 5.

d'un syslëme qui s'inaugure par un tel début. Et bien que, soit pour la quête à faire, aoit pour les aumônes à donner, j'entende laisser chacun entièrement libre de suivre ses propres inspirations, je suis mis dans la nécessité de me préoccuper du « trouble » qui va être apporté dans le fonctionnement de l'assistance légale^ et je viens faire appel, pour y remédier, à un déploiement exceptionnel de charité publique et privée.

Je veux auparavant répondre catégoriquement à une accusation qu'on ne manquera pas de formuler contre nous.

On dira, comme on l'a déjà dit, que les catholiques mêlent la politique à la charité et ne se font pas scrupule de sacrifier les intérêts des pauvres, puisqu'ils refusent le concours de leurs aumônes aux Bureaux d'où sont exclus les ministres de leur culte.

Ma réponee est fort simple : je retourne l'argument et je renvoie l'accusation à qui la mérite.

Où sont ceux qui ont mêlé la politique à la charité, sinon ceux qui ont exclu « systématiquement » de la composition des Bureaux de bienfaisance les ministres du culte, lesquels, étrangers, par la nature même de leur ministère, aux tristes et stériles agitations de la politique, représentaient précisément dans le service public de l'assistance cette neutralité bienveillante et

cette paisible impartialité de la charité qui voit les souffrances et non les opinions, s'occupant uniquement de soulager les misères des hommes sans leur demander au préalable quelle est la couleur de leur drapeau politique ?

Certes, j*ai assez dit, en plusieurs et solennelles circonstances, combien, dans Tezercice de nos fonctions pastorales, nous devions et voulions nous montrer exclusivement les ministres de Jésus- Christ et les serviteurs dévoués de nos frères, sans distinction de parti, pour qu'il ne puisse y avoir aucune méprise sur nos sentiments et sur nos dispositions (i) I Contemporains d'une époque où, tout autour de nous, les hommes se partagent et se divisent sur le terrain des questions politiques et sociales, nous leur avons toujours donné rendez-vous, d'un cœur loyal, sur le terrain plus élevé où ces désolantes dissensions doivent s'oublier et disparaître dans la foi aux mêmes vérités et dans Taccomplissement des mêmes devoirs religieux. Et s'il faut dire toute ma pensée, j'ai eu bien des

(1) Voir en particulier : !<> lediscoars prononcé le 29 juillet 1879 à la distribution des prix de Juillj, et publié sous ce titre : Hommâs^ ChrétiànSf Français; 2^ une circulaire adressée an clergé du diocèse le 29 septembre 1879. Je renvoie également , pour ce point si important, & une belle Instruction synodale de S. E. le cardinal Régnier , archevêque de Cambrai, du 12 septembre 1879.

fois, en ces dernières années, la joie de sentir que mon langage était compris, mon attitude appréciée. J'ai pu librement m'acquitter des sublimes fonctions de mon ministère à l'abri des croyances et des espérances qui se réfèrent à l'éternité^ sans me laisser arrêter par les difficultés qui ont leur principe dans les passions et les divisions du temps.

,Les procédés dont nous sommes l'objet à cette heure ne sauraient modifier une résolution dans laquelle je trouve un devoir de Tapostolat, très nettement formulé par saint Paul : « Nous faire « tout à tous, pour les gagner tous à Jésus- « Christ (1). »

Aussi, Dieu nous garde de ressentir quoi que ce soit qui ressemble à de la colère où à de la rancune vis-à-vis d'exclusions tout à la fois injurieuses pour nous et visiblement préjudiciables aux intérêts de la charité.

Là encore, l'Apôtre nous trace notre ligne de conduite, et nous ne voulons pas nous en départir:

« On nous maudit, nous bénissons ; on nous « inflige la persécution, nous la supportons avec « patience; on nous jette à la face des injures « blasphématoires, nous y répondons par des

(1) Omnibas omnla factas snm, ut omnes faoez«m aalTos. (I Ckir. IX, 22.)

c VŒUX pour ceux qui nous injurient et nous c traitent comme la balayure et l'opprobre du K monde (1). »

Toutefois, autre chose est de pratiquer le pardon des injures et autre chose de servir d'instrument docile aux desseins de ses adversaires.

Prêtres et chrétiens, nous pardonnons de tout notre cœur à ceux qui nous mettent à la porte des Bureaux de bienfaisance. Mais nous ne sommes pas assez naïfs pour ne pas comprendre ce que signifie cette exclusion « non obligatoire » ; et nous ne laisserons pas dire que c'est nous qui nous retirons dans le moment même où Ton nous signifie congé, sans autre raison que la raison du plus fort.

Que faire cependant?

C'est ici, Monsieur le Curé, que nous devons envisager résolument la situation qui résulte de la récente mesure et ne pas perdre un instant pour nous dévouer plus que jamais à l'assistance les pauvres, de façon à ce qu'ils n'aient point à louffrir du trouble apporté, sans nous et contre nous, à l'administration de la charité.

n s'agit de mettre en pratique, avec plus

(i) IfaladidimiT et benedidiniu ; penecationem patimnr et sas. Inemiis ; blaiphemainur et obsecramas, tanquam pnrgamenta injitf mnndi laoti famiis , omDinm peripsema nsqae adhuc. I Cor. IV, li, 13.)

~ 620 — d'enlrain et de générosité que jamai loi de la chanté envers les pauvres, passe (le toute la hauteur de l'Év.

les combinaisons et dispositions di légale.

L'obligation d'assister fraternell qui souiïrent, en pratiquant à leur l'amour de Noire-Seigneur Jésu œuvres de la miséricorde spïrituc relie, est un devoir impérieux, souve dans nos saints Livres, toujours im un des moyens les plus efficaces d'o don de ses péchés, et de s'acquérir droit au salut éternel (1),

Rappelons ce devoir avec force,

(1) I L'aumône déUvre de tout péché et de II Bile ne Isiseera pas l'ime aller dans lesté t L'fiam6ne sera le motif d'une grande oonfiai ( l'auront faite, lorequ'ils auront i comparait « Souverain Juge, s (Tobie, IT, 12, 1S.)

N'eat-il pas bien étonnant, dit Bourdalone, termes rÉcriture s'exprime quand elle parle di mOne et de sa Tcrtu pour effacer le péché T Ja dit de plua fort, ni de l'efEcace des sacrements ni du sang iDt^mG du Bédeiopteur, qui en estl ne lisons rien de plus décisif en faTeor du bi est écrit an chapitre onzlènie de saint Lac à 1 mOne : Date i-Uamotj/nan, bI eeet amuia m (Luc, II. 11.)

(Bourdaloae, Sermon pour le VIll* Qiinai tecOte, 2' partie.)

Guréy aux fidèles dont nous sommes les pasteurs. Les privations et les souffrances auxquelles les pauvres sont condamnés par suite des rigueurs de rhiver seront le commentaire le plus persuasif des instructions que vous ferez entendre à vos paroissiens sur ce triste et toujours si fécond sujet.

Exhortez tous les fidèles à soulager la pauvreté de leurs frères d'une manière efficace.

Sans prescrire, comme aussi sans proscrire aucune forme particulière de l'aumône, mettezvous à la disposition de tous ceux qui voudront vous confier le soin de distribuer en leur nom leurs charitables libéralités. Insistez, vis-à-vis des riches, sur les obligations plus spéciales dont les charge leur fortune, et sur la redoutable responsabilité qu'ils encourraient au tribunal de Dieu, s'ils ne faisaient pas aux besoins des pauvres une part vraiment et consciencieusement proportionnelle à leurs revenus. Persuadez-leur de donner, cette année, eu égard aux circonstances difficiles dans lesquelles nous nous trouvons, la moitié, le tiers, le quart, le cinquième, le dixième en sus de ce qu'ils donnaient les années précédentes, afin que les pauvres n'aient à soufifrir en rien, — je cite de nouveau M. le Ministre de l'Intérieur — « du trouble jeté dans « l'administration charitable par l'exclusion sys-

ea

a témalique do tous les ancien « leurs ».

En ce qui concerne les pauvres, i aussi complète que possible de touti indigentes établies sur votre paroi bre de personnes dont elles se ce leurs besoins habituels ; dos compli lionnellea apportées à leurs soufTram par la maladie ou les infirmilés.

Jg me persuade qu'il ne sera p< dresser exactement cette statistiqu< ni non plus de faire arriver aux fai nécessiteuses les secours dont on vo la répartition.

Je ne vous indique d'ailleurs auci nesoil dans les limites les jilus s obligations pastorales; pas un pa qui puisse nous exposer à nous ni' travenlion avec la législation de i charité est un corollaire nécessaire d et, de tout temps, l'assistance des | considérée comme l'accomplissem préceptes les plus formels du chrislii

Aussi bien, et sans avoir la préti puter & l'administration officielle l

i particulier les chAp. Il «t IV d

sance les privilèges qu'elle tient de la loi, parce que nous devons prêcher de parole et d'exemple le respect de la loi, rien ne nous empêche de constituer un comité libre, dont la coopération nous permettra d'atteindre plus rapidement, pour les soulager, les misères des pauvres.

A l'œuvre donc, tous, prêtres et fidèles, sans retard et sans eitception I Montrons une fois de plus que la charité ne se laisse pas décourager par le mal et que sa grande ambition est de vaincre le mal par le bien: Nolivinci a malo, sed vince in bono mahim (i).

Tant mieux, d'ailleurs, si la concurrence que l'on institue malgré nous (2) entre l'assistance légale et la pratique personnelle des œuvres de miséricorde tourne au profit de nos bien-aimés frères les pauvres, en multipliant les secours dont ils ont un si pressant besoin.

A vrai dire, ce serait une noble lutte, et j'y convie de toute mon âme mes chers concitoyens auxquels j'adresse cet appel sans récrimination et sans amertume : oui, faisons tous assaut d'émulation et de dévouement pour assister ceux

(1) Bom. zn,2l.

(2) Ne dirait-on pas que saint Paul a écrit pour lea circonstances dans lesquelles nous nous trouvons, lorsqu'il a dit : ^muUmtwr voê non hene; sâd eaoluderâ vos volunty ut illoê œmulâmini.

d'entre noas qui manquent du nécessaire. Ce sera une manière de pratiquer la fraternité , à laquelle je garantis d'avance Tapprobation et le concours de tous les gens de bien.

Je vous autorise, Monsieur le Curé, à faire de la présente lettre tel usage qu'il vous semblera bon. Dans la mesure qui vous paraîtra convenable, vous pourrez vous en inspirer dans les exhoKations que vous adresserez aux fidèles du haut de la chaire pour leur rappeler le saint devoir de Taumône.

Recevez, je vous prie, la nouvelle assurance de mes sentiments les plus dévoués en Notre- Seigneur.

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