‹ Œuvres pastorales et oratoiresChapitre 47 sur 57 · HÉ · texte numérisé non relu

HÉ

nos tnHl artieuli fidei, led PKSA.t(stri.A aâ

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rement dans un grossier paralogisme, puisqu'on érige en preuve ce qui est en question ; et si l'on supprime a priori Texercice et le contrôle de la raison, on se met dans l'impossibilité logique de prouver la révélation ; on lui enlève d'avance tout fondement de certitude, et, en l'atteignant ellemême dans son principe, on atteint du même coup toutes les vérités qu'elle renferme.

C'est pourquoi « le scepticisme mystique », loin d'affermir la révélation, l'anéantit tout à fait (1).

La vraie doctrine à cet égard a été formulée de la manière la plus précise par saint Thomas d'Aquin dans son Commentaire sur le livre de Boèce.

« La philosophie, dit le saint docteur, peut être <c utile & la science sacrée de trois manières :

€ l^ Pour démontrer certaines choses qui, étant « les préambules de la foi, sont nécessaires & la « science de la religion, par exemple tout ce ce que la raison naturelle nous apprend de Dieu : <c son existence, son unité et plusieurs autres a vérités sur Dieu ou sur les autres créatures <c que la raison démontre, mais que la foi suppose;

« 2® Pour expliquer au moyen de certaines f< comparaisons les choses de la foi, comme le fait

(1) Sansererino, Éléments de PhU. chrét.j t !•' de la trad. françaifle. p. 785

<< saint Augustin dans ses Livres a 3" Pour résoudre les difficultés < contre la foi, soit en montrant le '• dilé, soit en faisant voir qu'elles CI pas à des conclusions rigonreas . rc»(l). »

Becommandcr le sain usage de fendre les droits légitimes de la rf qu'elle remplit à l'égard de la rêvé sion analogue k celle dont saint Je investi à l'égard de Jésus-Christ, ei les voies jusqu'à ce que, saluant s dise comme le Précurseur: << Effa< présence » : Oportel illutn crescere nwi(2) ; tel a toujours été l'ensei, tionnci de nos plus grands docteur avec saint Augustin : « Il nous s ■ de croire, si nous n'étions pas d

(t) Sic igitnr in ancra doctrinB ptifowpl

1" A<] domonstrandiim eaqus uiDtprwMnl Baria iuiit in fldei ïcieiitU. ut en qi'« nttlni Dco probantur ut Deum aun, Deam ecw ud Deo Tel de ctcaturiK in philoBophi» probkte

S" Ad DotificBodum ptTaliqiiMiimilitudii Bicut AugnsllnuB.....

3° Ad resistccdum hia qum contra fidem < dendo FBse falsa, sivc oEtendendo non e« Boet. /)eyv.Bi(., srt.a.)

<3) Joann. m, 30.

t Cum etiam credere non possemm, nisi rationales a animas haberemus ; ei ^"i\ est vrai que, relative- « menl à certaines vérilés essentielles au salul, « l'acte de foi doit précéder l'exercice personnel " de la raison, il n'en est pas moins certain que n cet acte de foi lui-même ne saurait avoir lieu ( sans une opération préalable de la raison, si <i minime qu'on la veuille supposer (4). »

Nous nous laisserions entraîner trop loin si nous voulions montrer comment, dans la pratique, certains esprits nuisent à l'autorité de la religion par le mépris qu'ils aflichenl pour l'ordre naturel, sans tenir aucun compte des vrais princl* pes toujours si sagement soutenus par l'Église en cette manière. C'est une autre face du <■ scepticisme mystique » à laquelle les philosophes de profession, comme Sanseverino, n'ont pas cru devoir s'arrêter, mais dont se préoccupent ceux qui, comme nous, se tiennent sur la brèche pour repousser les attaques incessamment dirigées contre lo christianisme.

(I) Ut ergo in quibusdam rébus ad doccrinam salutarem pcrtineotibas, quas ratione □ondam pi^rdpere valemns, aed aliqnando valebimus, t\\es piwccdat ratiooem, qua cor maadetar, at nuigim rationie capiat et porferat lucem, hoc utique ratinnis est.,,.,

Proinde ut Ë dos plwcedat ratione m. ratio nabi 1i ter visain cet Si

ntioDabilE est ut ad magna qusdam. qit» capi Dondam pounot. fides prascedat rationem, proeal dubio qaantnlMonique ratio qnœ hoc persuadct, otinm ipsa anteeedlt Rdem. (8. Ang. Ep, czs aJ Consent, aliaa 222, a' 3.)

infaillible est d'aufi^menter les préventions, de fortifier les préjugés, d'accumuler les obstacles et d'écarter du chemin de la foi beaucoup d'esprits sincères, beaucoup d'âmes droites et de bonne volonté.

Il faut ajouter toutefois que si ce fidéismc outré compromet l'ordre surnaturel par la négation imprudente des principes ou des faits de l'ordre naturel, par contre, on se sert trop souvent des remarquables progrès accomplis, surtout depuis un siècle, par les sciences positives et par leurs applications, pour battre en brèche d'une autre manière les droits de la saine raison. A ceux qui ne veulent entendre qu'au miracle et semblent refuser à Dieu le droit d'agir par les lois ordinaires et générales de sa Providence, correspondent en sens contraire ceux qui, en haine de la métaphysique, réduisent toute la vie intellectuelle de l'homme à la constatation expérimentale des phénomènes et aux applications pratiques des découvertes industrielles.

Ici et là, ce qui fait défaut, c'est l'intelligence et le respect des vrais principes philosophiques, c'est la notion exacte de la valeur de la raison, trop faible assurément pour se suffire à elle-même s'il s'agit d'élever l'homme jusqu'à la connaissance des vérités surnaturelles, mais dont le concours est indispensable soit pour rendre possible l'acte de foi, soit pour empêcher les sciences d'abdiquer leur dignité en se ravalant au niveau de procédés tout mécaniques.

Hl

Si ta raison a un rôle nfJcossaire (

ralion de la foi, il va sans dire que

la raison antérieur à la foi ou pré

foi n'en est à aucun litre la cause

L'acte de foi demeure une opérati

distincte du labeur discursif de la rai

Il n'y a ni déduction ni syllogisme t

^B^ll

puissent jamais faire sortir d'une m

nelle une conclusion appartenant h. 1

turel révélé. Ce serait taire dSpcndn

raison et enlever à Dieu ses droil

Ainsi ni la naissance, ni les dével

^^h^hI

les progrès de la foi ne se réfèrent à

visagée comme cause et principe: m

pour en revenir à l'observation sî

ut-l

de saint Augustin, ni la génération

peut avoir lieu, ni ses progrès ne i

que dans une âme raisonnable (1),

(0 Ceqoc DouBdlKiDBid de la p»rt MrigD4

la production de r»cle de foi n'est nntlemenl

allument aaqnel Dir.u a vouln réservet un rfile

volonté. Ou lira a>ec frnit sur «j point l'ADal

di«do l'acte defoiex|K>Bi>etiBr le «avant onlii

à la Bn de ton TraiU nr la IradUien iinn* el

facultés naturelles pour recevoir dans la foi le don tout gratuit de la libéralité divine, et pour lui faire produire ses conséquences intellectuelles et morales. L'org-anisme cérébral n'est pas, lui non plus, la cause des fonctions de la pensée, ainsi que l'enseignent les écoles matérialistes, mais il en est la condition. 8i le cerveau est lésé, les opérations intellectuelles deviennent impossibles, comme l'acte do foi serait impossible k l'être humain, accidentellement empêché de faire usage de sa raison.

Non seulement d'ailleurs, nous trouvons l'exercice de la raison impliqué dans la production de l'acte de foi, bien que cet acte ait pour cause la grâce de Dieu, mais la raison, avec toutes ses

«t soiy. Voir ausai dans la ConnaUiaitee de IHeu, du P. Gratrji le clupitredea rajiporti de la raUmt et de la/ni. Ju recommande également sur celte queBlioa capitale □□ Urre <iu'il oe fftut pas eeulemeot lire, mais méditer, et doDt la Tigourcuse dialectiqae rappelle plni d'ane fuis Id méthode et le etjle de l'ascal : U Doute, par B. de CoBaoies, deuiii^me édition ; Paria, Didier, 18TZ. Un jeune et briltoat professeur de rUDireraité, H. Léon OUé-Lapmne, maître de conférences k l'École noimnle supérieure, aateor d'nn très remarquable ouvrage Hor la philosophie de Malel>ranche, a récemment publié BouB ce titie: la Certitude morale, nn livre boi lequel BC Sxera l'attention de tons les peuaeuia. Au milieu même des tristenses et des menaces du moment présent, il est coDsolantde pouvoir todireqn'en prÉsencodu Buvant aréopage delà Sorhonne et aux applaudissements unanimes d'un auditoire d'élite. M. Ollâ- Lapnme a pu démontrer victorieusement, contre rindifférentisme doctrinal ai accrédité de nos jours, que l'homiDe a des devoirs envers 1b vérité et qu'en certains cas l'erreor est coupable.

ressourcée, psI appelée au rOic très de conlribuorpouruneparlconsiiiérable tenir, à défendre et k fortifier la foi (i)

S'il en est ainsi, comment nier l'i apologétique de la philosophie ? N'estqui, par ses méthodes, assouplit, dise tifie et développe la raison ? N'est-D pour rappeler un souvenir de l'histoire lo glaive à la main, veille incossamn jour el la nuit, afin do protéger la f( défendre contre les alUques ténébreu ennemis (2) ?

C'esl ce qui faisait dire k saint Jéràa {1 science do la dialectique renverse e « toutes les machines de g-uerre dont H la sagesse lerreslre el la pcrversiti f cipes du sifecle pour attaquer les \ « foi^S). »

<1) B. Ang. De TWatt^ I. XJV, e. 1.

<!) En tectDlna Salomoma sexagintA forte* am tiTai» Israël, omaes teneiiteHgluioB etad beUadoi cajugque eoBi» BQper femor aaam propter timi (Oant. III, 7, 8.)

(3) Quidqoid in eucnlo perïejBorum dogmatui

Ne soyons donc pas surpris, Messieurs et chers Coopérateurs, de voir avec quel soin l'Eglise a toujours cultivé la science dont l'objet propre est de discipliner et de fortifier la raison pour la rendre capable de défendre avec plus de succès les dogmes de la foi contre les attaques de la fausse philosophie (1). Toute sa tradition en rend témoignage ; et si elle a, comme il était juste, donné la première place à la méthode d'autorité, puisqu'il s'agit pour elle, suivant la parole même du divin maître, de rendre tous les esprits dociles à Dieu (2), ou, comme le dit encore saint Paul, <c de € captiver toute intelligence dans l'obéissance à c Jésus-Christ (3) », elle n'a jamais entendu faire

ad terrenam aapientiam pertinet, et putator esse robnstnm, hoc dialectica arte subvertittir et instar incendii in cineres favillasque dissolvitur. (S. Hier. sup. Ezech.)

(1) CTest renseignement de saint Thomas d'Aqoin. Il s*exprime ainsi dans un de ses oposcules : a Dans les discussions contre c les infidèles sur les matières de foi, il ne faut pas chercher à

< prouver la foi par des raisons directement concluantes. Ce serait

< en effet méconnaître la sublimité de la religion qui dépasse

< l'entendement l'homme et même celui des anges. Mais si la foi c n'est pas susceptible d'être démontrée, parce que sa hauteur

< excède la portée de l'entendement humain, d'autre part la véc rite ne peut être combattue par des objections insolubles. Dans c les controYcrses qui ont la religion pour objet, le champion de « la foi doit donc s'attacher non à la prouver, mais à la défendre. » (Declar. quorumd. artic. contra Grsacos.)

(2) Et enmt omnes docibiles Dei. (Joann. vi, 46.)

(S) In captivltatem redigentes omnem intellectum in obsequium OhriBti. (n Cor. x, 6.)

de cette docilité ni de cette obéissance une se tude déshonorante pour la raÎBcn humaine. ] d'exiger d'elle une abdication qui ta réduiri l'impuissance et équivaudrait à un suicide, ell< dès le commencement, mise de moitié dans l'a sion méritoire de l'esprit de l'homme à l'espr Dieu (I), en même temps qu'elle Invoquait

2 concours pour permettre aux disciples de !a fo g rendre un compte satisfaisant et rationnel de] g espérances k quiconque les interrogerait da

3 but de s'instruire (2).

^ Les polémiques des Pères contre la philoso

Ç^ païenne ou contre les sectes hérétiques n'ont

c^ donné une moindre place à la science humain

^S raisonnement, dans ces immorteUes apologii

ç9i la foi qui sont arrivées à nous signées des i

>-i d'Âthénagore, de saint Justin, de Tertullien

ÔÔ Clément d'Alexandrie, de saint Augustin, de :

^3 Hilaire de Poitiers et de tous lesautres défeni

^ du Christianisme pendant les premiers siècU

l'on n'y trouve pas, dans son appareil offici

pC méthode rigoureuse que les écoles du moyei

empruntèrent plus tard à la logique d'Aris

et dont elles firent comme une double enc

(1) Bationftblle obBeqninm Testmm... lationabile aine à

CODCupiscitt, ut in en crescatin in aalnteni. (I Pet. Il, 2.) (3) l'arati iieinpci ud natiafikctioncm omni poHcsnti ras Qem de ea qa» est in vobiB spe. (I Pet. m, 16.)

autourdes vérités révélées : Ponetur in ea murus et antemurale (1), tout l'essentiel d'une démonstration raisonnée de Téconomie du christianisme y est contenu, en attendant la synthèse qui sera faite de cette immense travail d'exposition et d'àpolog'étique dans la Somme de saint Thomas d'Aquin.

Nous vous avons déjà dit, Messieurs et chers Coopérateurs, dans notre précédente exhortation à l'étude de la théologie, les services dont nous sommes redevables à cette méthode scolastique, tombée dans un injuste discrédit à partir du seizième siècle, traitée avec dédain par toute l'école moderne, mais qui, dégagée des subtilités, parfois peut-être des puérilités où l'avaient compromise des esprits plus raffinés que judicieux, et moins philosophes que logiciens, peut et doit contribuer dans de si larges proportions à protéger le trésor de la révélation contre les agressions de la libre pensée.

< En nous exerçant à l'art de raisonner serré, la < méthode scolastique nous permettra de ne lais-

(l) l8. XXVI, 1.

Mgr Pebbaud. — Œnvred, t IL 42

6ît8 —

« ser passer aucune majeure arbitraire, aut

1 conclusion forcée, et d'arrêter le sophisme

t< moment précis où il se glisse dans la diseuse

c en prenant le faux masque du raiaonnem

c Que de controverses philosophiques et relig

< ses seraient réduites à néant si, au lieu de

n ser l'adversaire se permettre ces développem

« captieux où l'art de la rhétorique peut déph

Q^ « à l'aise tous ses artifices, on l'oblig'eait à me

— 1 « ses objections en forme et à démontrer ens

y^ « rigoureusement chaque partie de ses syllo

^3 « mes! L'habitude de raisonner avec rigueur

^^ « devenue tellement rare de nos jours qi

^s « apologiste qui saurait user de cette méth

u^ ic avec habileté et discrétion pourrait en t

^j c grand parti pour montrer combien souvent s

^5 € déraisonnables les procédés intellectuels

S f plus fougueux champions de la raison (1) i

^ L'encyclique du Sainl-Père vous prouve, 5

^^ sieurs, combien nos préoccupations étaient 1

^^ dées, et elle fortifie nos conclusions de toute l'ai

rilé doctrinale du suprême Pasteur de l'Eglise.

Après Léon XIII, il est superflu de reconam

der au clergé catholique l'élude des œuvres

saint Thomas d'Aquin ou de refaire l'éloge d<

princtf de la tiMlusnpliir ei de la théologie.

rr létHilK de la Wd",'oyt>,

Dans la bulle de canonisation de ce grand docteur, le pape Jean XXII lui applique ce texte du psaume CIII : « Ses sources, jaillissant des hau- « leurs, ont arrosé les montagnes, et il rassasiera « la terre du fruit de ses travaux (1). »

Six siècles écoulés, depuis l'apparition sur la terre de ce vaste et vigoureux génie, confirment ce magnifique éloge et justifient l'immense crédit dont il a toujours joui dans nos écoles.

L'éminent esprit que je citais plus haut concluait ainsi son étude sur Tauteur de la Somme:

c II manque à saint Thomas d'Aquin d'être com- € pris. Il y a en lui des haulcurs, des profondeurs, <L des précisions que Tintelligence contemporaine <L est loin de pouvoir soupçonner, et que Fon corn-- « prendra peut-être dans quelques générations^ si « la philosophie se relève, si la sagesse reparait a parmi nous (2). »

Nous pouvons saluer avec confiance Taurore de ce nouveau jour. A la voix de LéonXIII, les grandes études philosophiques vont se relever ; le sentiment du péril intellectuel dont la société est menacée par les audaces des négations contemporaines éveillera l'attention, stimulera le courage.

(i; Bigans montes de superloribus sais, de fracta operum tnomm satiabitnr terra. (Ps. cm, v. 13.)

(2) P. Gratry, Qmn, de Dieu, t. I. — la Théodicée ie taini Thomas d'Aquin,

guidera les efforts des amis de la sagesse.

recueilleront davantage pour mieux comprt

ils prieront avec plus de ferveur pour obteni

de plus grandes proportions le don d'intellij

ils se livreront à des méditations plus approf

pour aller aux sources mêmes de la vérité e

fm science; ils s'assujettiront à une discipUn

2 rigoureuse, à un travail plus méthodique, àc

S Bévères investigations ; ils s'inspireront enf

~| conseils si autorisés et des recommandatioi

K, térées du Vicaire de Jésus-Chrbt pour reven

CJ l'étude assidue de saint Thomas d'Aquin

^5 féconde et magnifique tradition où se sont i

IS les plus habiles défenseurs de la saine philos

^i± de celle qui trouve sa plus grande sécurit

>^ gloire la plus solide à préparer et à défend

^^ conquêtes pacifiques de la foi.

Il ne faut pas se méprendre, nous l'avor dans notre avant-propos, surla pensée qui a p à cette restauration de la méthode et de 1' phiiosophiqiiea de saint Thomas. II ne en aucune façon de déclarer que le cycle du vemcnl iiitiîllecluclesl complètement fermée le Ireiziênie siècle, et qu'il n'est plus pen

personne de faire un seul pas, ni dans Tordre de la science, ni dans celui des spéculations métar physiques, en dehors et au delà des thèses exposées et démontrées par le saint et par Thomme de génie auquel le chef de l'Eglise décerne un hommage si éclatant. Il ne s'agit pas non plus de proscrire l'observation expérimentale, interne, psychologique, à laquelle de grandes écoles se sont appliquées avec tant de succès. Qui sait mieux que Léon XIII combien il importe aux défenseurs de la philosophie de pouvoir suivre, sans défaillir et sans perdre haleine, les théories les plus audacieuses de la pensée moderne, afin de ne demeurer étrangers à aucune de ces découvertes vraies ou prétendues, et d'être toujours en état non seulement d'affirmer, mais de prouver qu'il n'y a aucune antinomie irréductible entre les principes de l'ordre surnaturel et les déductions de la raison dans le domaine de la pure science ?

U est absolument nécessaire, ne nous lassons pas de le répéter, de surveiller d'un regard attentif le mouvement qui s'opère en ce moment sous nos yeux dans le monde philosophique, mouvement en comparaison duquel les tentatives de l'ancien rationalisme n'étaient que jeux d'enfants et ses attaques des escarmouches sans gravité. C'est d'abord ce nouveau fidéisme aux allures étranges, qui ne cherche plus à porter une main

sacrilèg:e sur l'arche sainte de la foi, qui défe même d'y toucher et se distingue ainsi du rat nalisme vulgaire, mais qui, plus redoutable | son dédain que celui-ci par ses colëres, ne cens à laisser debout les objets de nos croyances et nos adorations qu'en les reléguant à tout jam dans la région de a l'inscientilîque »et m^me <' l'inconnaissable ».

Dans ce système, vers lequel semblent déplus plus converger loutesles évoluUojis de la libre pi sée moderne, tandis que c les notions mora c sont réduites à de pures notions relatives ■ phénoménales que la science peut et doit ai « lyser et expliquer, les notions métaphysii)i « mêlées aux notions morales sont rejetées s c pitié : elles n'ont pas de sens. Le libre arbil « r&me, l'immorlalité , ne sont que de vai « entités ou des fantômes. La science disi c toutes ces illusions.

< C'est le divorce consommé ei

« la connaissance et la croyance. Toutes « plus chères convictions ne sont plus qu c faire de croyance pure I La raison n'a rien « voir.

c A la science il appartient seule de régner Il les esprits a[Tranchis,de procurer les vraies sa a factions, de donner la vraie force. Toutes les u spirations de l'iiommc encore enfant vers I monde transcendant sont inscientifiques;

« moyens employés pour les contenter sont (( inscienttfiques aussi : tout cela doit être, tout cela € sera balayé par la science (1). »

En effet, ce fidéisme singulier, qui commence par proclamer Finviolabililé du domaine de la croyance, mène rapidement et logiquement à un radicalisme totalement destructeur de ce même domaine, et la vieille métaphysique se trouve aux prises avec ce positivisme hardi qui se donne aujourd'hui pour le terme suprême et nécessaire de toute science (2).

Si Ton ne peut plus croire qu'à la condition de ne plus appartenir à la famille des êtres raisonnables, autant vaut dire que le croyant n'est plus un homme, et que, dans sa marche irrésistible vers de nouveaux et continuels progrès, l'humanité armée de l'esprit scientifique ne laissera plus debout un seul des fantômes dont sa naïve et ignorante jeunesse avait fait autant d'objets de crainte ou d'adoration.

Comment ne pas voir qu'ici la méthode exclusivement syllogistique serait absolument disproportionnée au travail qui s'impose à nous, sous

(1) Voir Ollé-Laprane, la Certitude morale, p. 268. Analyse critiqne des théories de M. Herbert Spencer et de M. Alexandre Bain.

(2) Particalièrement représenté dans sa forme la plus strictement scientifique par Stnart Mill. (GUé-Laprune, p. 262 et sniv.)

peine d'abord de parler une lan^e inintellî^ble la plupart de nos conlemporains, et secondenaei de nous battre dans le vide contre des adversairi qui depuis longtemps ont cessé d'être redoutable Il est donc d'une absolue nécessité que nous pui sions et sachions nous défendre, non pas seul ment par les anathèmes de la -foi et par les argi menls de l'autorité, mais par les démonstralioi d'une science incontestée contre l'arrêt de mo dont les adeptes de celte nouvelle école frappei dédaigneusement les tenants de la vieille phili Sophie, les disciples des Aristote et des Platoi des saint Augustin et des saint Anselme, c'est-i dire tous ceux qui croient fermement d'une pa au caractère objectif des vérités métaphysique et de l'autre à l'accord des principes de l'ord rationnel avec ces vérités surnaturelles ourévélé' dont nous disoi^s avec saint Paul : < Je suis ce tain ; eertta sum (1) 1 »

ift^ '■■\

Tel doit être, en effet, le résultat final du nob travail qui s'impose kVIiomme au nom même d

principes constitutifiB de son être et des plas hautes exigences de sa nature inteUectuelle et morale. Aux redoutables problèmes qui portent en eux le secret de nos destinées, des à peu près ou des points d'interrogation ne sauraient être des réponses suffisantes. La vie d'ailleurs est tout à la fois trop courte et trop incertaine pour se consumer entièrement en interminables et stériles investigations. Il faut savoir parce qu'il faut vivre. Il faut savoir avec certitude parce que l'épreuve de la vie présente ne recommencera pas, et qu' étant unique et décisive, elle épuise, sans en laisser aucune à un mystérieux avenir, toutes nos chances de conquérir avec mérite la vérité qui délivre et qui sauve. Toutefois, pour savoir avec certitude, non- seulement dans le domaine de la foi révélée et surnaturelle, mais dans le domaine de la raison, il ne faut pas seulement mettre en exercice les facultés intellectuelles, en les isolant par une opération factice de tout ce qui constitue vraiment l'homme. Platon l'avait déjà dit : « C'est avec « l'Âme tout entière qu'il faut s'élever jusqu'à la c très splendide essence de la vérité (1). > Or, l'âme tout entière, c'est à la fois la raison, la volonté, le cœur se prêtant mutuellement un frater-

(1) 3vf Af| m >fvxi| iif ri «y xcti rtv %n%t ri 9«?iTttriy. (ii^« vil, 618.)

nel concours, s'entr'aidant et se complétant ] lutter avec succès contre tout ce qui peut obstacle à la recherche et à la possession < souveraine vérité et du souverain bien.

Il suit de là que l'effort moral ou l'acte 1 méritoire, vertueux, ne peut ni ne doit deme étranger aux spéculations de la philosophie ; pour croire et savoir avec certitude, il faut ' loir et agir avec droiture ; que l'étude des blêmes de la métaphysique n'est pas un vair d'esprit n'engageant en quoi que ce soit la ponsabilité morale ; que le scepticisme, le de l'erreur ne sont pas simplement des modes ii\ et en soi indifférents, de résoudre des quest de pure curiosité, mais peuvent, en certain! déterminés, constituer des fautes et créer de le tribunal de l'éternelle justice une sériens' fi^ redoutable culpabilité (1).

^2 II suit de là enfin que, précisément parce qn

^3 impose k l'homme l'obligation d'aimer Dieu <

i-ki « tout son esprit, de toute son Ame, de toute;

►— « forces (2) », la discipline chrétienne a tr(

(1) Nous ranToroDS tont pardcqUèreDient ici au bcMi lir

Doiit/t de M. H. du CosboIbs. Voir particulièrement le chap. ' la troisième partie.

(2) S. Mmth. XXII, '.il. — S. Marc. ïll, 28. — S. Lac l 1 — Di-jk iUuit écrit clans la loi de Moïse : a Ditiges Dom 1 1 Deam taiim ex toto corde tuu, et ex tota anima tna, et ei PI « tortitDdiiie tua. n (Dent, vi, S.)

depuis longtemps la seule vraie méthode philosophique, et que les progrès réels de l'esprit humain seront en proportion de la fidélité avec laquelle cette méthode régira le travail des penseurs et de tous ceux qui font profession d'étudier la vérité.

Ici se rejoignent dans une lumineuse et féconde unité les lois fondamentales qui régissent la vie intellectuelle et la vie morale. D'une part, le Dieu de la foi ne peut contredire le Dieu de la raison ; de l'autre, la raison doit, sous peine d'impuissance, se mettre d'accord avec la volonté et avec le cœur. A ce prix, s'opère la certitude, bien essentiel auquel nous avons droit, mais comme nous avons droit à notre pain de chaque jour, lequel nous est donné, et parce que nous le demandons, et parce que nous travaillons pour l'obtenir.

Je m'arrête ici. Messieurs, bien que j'aie à peine esquissé les contours d'un sujet qui exigerait des volumes pour être traité à fond.

Les désirs du Saint-Père étant des ordres formels pour moi, surtout après le commentaire qu'il m'a été donné d'entendre, il y a deux mois, de la bouche même de Léon XIII, sur les questions

exposées dans t'encyclique ^terrà Patris, je d nerai tous mes soins à faire fleurir parmi nous grandes traditions philosophiques cultivées au fois avec tant d'application et de succès dans écoles catholiques. Avant même de partir pour mej'avais mis entre les mains de nos étudiants grand Séminaire un résumé de la philosophie saint Thomas auquel, peu de jours après, j'eni dais Sa Sainteté rendre un témoignage non mr précieux pour l'auteur que pour la docte et pie compagnie dont il est membre et à laquelle t le clergé de notre diocèse est lié, depuis plut deux siècles, par une profonde et religieuse rec naissance (1). Grâce à ce manuel où les questi les plus difficiles sont mises à leur portée, jeunes gens s'initieront progressivement à la i thode un peu sévère delà philosophie scolastîqi f>* ils deviendront capables de lire plus tard a

~- fruit les ouvrages où les grands problèmes di

métaphysique sont exposés avec plus d'amplei non seulement ils se familiariseront avec la I minologie de saint Thomas d'Aquin et avec procédés ayllogistiques appliqués par lui à t( les prubltmes de la philosophie, de la théologie do la morale, mais ils prendront goùl à et

oo

;i) l'raUrtiani'i philaiaphicie admtnttm S. Thom. Aqui L'Bulctir cBt M. VkHsI, de la société de Sûut-Salpice, profea

sagesse tout à la fois si haute et si sûre où le génie marche de pair avec le bon sens, et dont le commerce assidu ne profite pas moins à la piété qu'à la science, à l'amour du bien qu'à la connaissance du vrai (i).

Formés à cette école, nos jeunes Coopérateurs dédaigneront pour tout le reste de leur vie ces lectures hâtives, ces études superficielles, ces procédés de travail où tout est imitation et plagiat, sans méditation sérieuse^ sans profondeur, sans vie personnelle, qui réduisent presque à rien^les fruits de notre enseignement et contribuent dans de si lamentables proportions à frapper de stérilité notre ministère doctrinal, surtout quand il s'a^ dresse à des esprits réfléchis, capables d'aller au fond des choses et sollicitant de nous, non de pieuses et passagères émotions, mais des convictions à l'aide desquelles ils puissent résister aux assauts de l'incrédulité et avancer dans la pratique de la vie chrétienne.

Vous vous associerez tous. Messieurs, à ces désirs et à ces espérances. En vous les exprimant, je ne suis que l'interprète fidèle de la pensée du souverain Pontife : c'est ce dont vous demeurerez convaincus, lorsque vous relirez et méditerez cette

(1) J'ai déjà cité cette mère d*Arboaze, qui avait coatume de prendre dans la Somme de saint Thomas les sujets d'oraison qa*eUe donnait à sa coiomanaaté. (Voir 1 , p. 357.)

grande encyclique jEtemi Patris dont je '

Iran&meU officiellement le leste. J'y joins la 1

écrite par le Saint-Père à Son Eminencele ci

nal de Luca, préfet de la Congélation des Eti

en date du 13 octobre 1879. Ces deux docum

sont trop inlimement liés l'un à l'autre pour q

puisse les séparer.

f^ Je termine ces pages aux dernières heure

S l'année qui va disparaître, &la veille d'une ai

S nouvelle durant laquelle nos devoirs et nos

ZH ponsabilités peuvent grandir avec les besoin

^ les périls de la sainte Eglise notre Mère.

^â Envisageons cette situation, Messieurs, avi

<-> calme qui convient à des hommes de prière,

■^ par la substance même de leur vie à la SO'

^X Bpii'ituelledontilsontl'honneurd'ëlrelesminia

>j profondément dévoués au bien de leur c

^2 France, tout en demeurant étrangers par état

^ querelles des partis : et ne cessons de dema

S les uns pour les autres à Noire-Seigneur Ji

Christ, par l'intercession de sa très sainte i

f^ l'esprit de sagesse et de conseil, la prudence

saints, une imperturbable charité, un couraj

-- 1- . j .à . I toute épreuve, et la joie ineffable de nous saci

' ' ' sans mesure pour la gloire de Dieu, i'honnci

l'Eglise el lo salut de nos frères !

Recevez lous, Messieurs el chers Coopérât! l'assurance de mes sonlimenls el l'expressio mes vœux.

LETTRE ENCYCUQUE

DB NOTBE SAINT PÂBE LB PAPE LBON ZUI

A TOUS LB8 PATBIABOHBS, PBIHAT8, ABOHBVftQUEB

ET liTÈQUEB DU MONDB CATHOLIQUE

EN 6BACE ET EN COMMUNION AYEC LE BltQK APOBTOLIQUB.

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