‹ Œuvres pastorales et oratoiresChapitre 5 sur 57 · DB SA SAINTETE LE PAPE PIE IX · texte numérisé non relu

DB SA SAINTETE LE PAPE PIE IX

ET POUB L'BLECTION DE BON SUCCE.HSEUB

(8 FéVBIEB MDCCCLXXVIII).

Nos TRÈS CHERS FrÉRES,

Nous VOUS adressons ces lignes sous le coup de la plus profonde émotion. Notre Saint-Père le pape Pie IX est mort hier, jeudi 7 février, à cinq heures du soir.

Il y a six jours, le 2 février^ nous avions vu le bien-aimé Pontife présider la cérémonie de l'offrande des cierges pour la fête dé la Purification. Après soixante-deux jours passés an lit, il avait recommencé à se lever. Avec quelle joie, avec quelles espérances on avait salué de toutes parts une résurrection tant désirée ! Nous nous empressions d*accourir au milieu de vous, heureux d'être le

messager de la consolante nouvelle ; et au mo^ ment même de quitter Rome, nous vous avions tous convoqués, prêtres et fidèles, à chanter avec nous le Te Deum de Faction de grâces 1

Hélas ! cette fête de la Purification, qui rappelait au doux et pieux Pontife un touchant anniversaire ; révocation que nous avions faite, à l'occasion de ce mystère, du saint vieillard Siméon, n'attendant plus pour mourir que d'avoir pu saluer la venue du Messie rédempteur ; Tallocution toute pastorale que le Vicaire du Christ avait prononcée devant une nombreuse assistance sur l'obligation d'inculquer fortement à la jeunesse les principes sacrés de notre foi : tout cela^ à notre insu, était le Nunc dimittis pour l'auguste Pontife du Vatican ! Entouré des symboles liturgiques de la lumière ; ramené par le souvenir de sa première communion au point de départ probable de sa vocation au service du Seigneur ; témoin ému et heureux d^ L'empressement avec lequel se3 fils venaient lui exprimer leurs vœux et lui redire leur tendresse Pie IX avait, en ce jour du 2. février, un rayonnement tout pculiculier de paix et de bonheur ! ' Aussi, avec quelle effusion il avait répandu se§ bénédictions sur tous les témoins de la pieuse cérémonie ! Avec quel ineffable sourire il avait appelé du ciel sur la terre les grâces de lumière et de force dont les chrétiens oiit besoin pour mar^ cher sûrement dans les ténèbres du siècle et pour

loUer avec énergie contre toutes les séductions de Terreur et du mal ! Et c'était la dernière fois qu'il venait s'asseoir sur ce trône d'où il avait envoyé au monde tant de grands enseignements, de çourageua^ exemples, de précieuses bénédictions ! La dernière fois que sa parole d'Évêque et de Pasteur se faisait entendre dans une .assemblée chrétiepne et ^acQrdotale, pour recommander aux ministres du sanctuaire les intérêts sacrés de Tenfance et de la jeunesse !

. Dans une si grande douleur, n'est-ce pas pour nous et pour vous,, N. T. C.. F., une consolation et un honneur que votre Évêque ait été le dernier évêque français qui ait reçu la bénédiction de Pic JX, avant l'appel de Dieu et le coup suprême de la mort ? Nous obéissions donc, sans le savoir, à un secret pressentiment, lorsque, il y a quelques semaines, nous prenions tout d'un coup la détermination de nous rendre à Rome, et d'aller encore une fois voir Pierre, vivant dans la personne de son sucesseur! Merci, ô mon Dieu! de nous avoir envoyé cette inspiration, et grâces vous soient rendues d'avoir ménagé à nos bien-aimés diocésains et à nous un tel honneur et une si douce consola^ioii I

Aussi bien, N. T. C. F., cette surprise de la mort donne à notre récent, voyage à Rome une importance exceptionnelle, et les paroles que le vénéré Pontife a daigné nous adresser nous appa-

raissont en ce moment avec le caractère sacré d'un testament recueilli des lèvres d'un Père mourant, quelques instants seulement avant la déchirante séparation !

Aussi, nous sommes-nous décidé à vous donner communication des pages que nous vous écrivions de Rome, il y a peu de jours, et que nous dations de la Ville éternelle ! Il est vrai, l'événement qui plonge dans le deuil TÉglise catholique donne un soudain et cruel démenti aux espérances dont nous nous plaisions à vous entretenir après les avoir partagées nous-mêmes. Courtes et incertaines sont les prévisions des hommes ! Incertœprovidentiœ nostrœ (1) / et il faut toujours, ici-bas, faire une large part à cet imprévu qui déconcerte tous les calculs et met en un saisissant relief la souveraine liberté de Dieu !

Mais si quelques pages de notre Lettre pastorale du 2 février ont perdu de leur opportunité, en face du coup terrible qui vient de faire descendre Pie IX dans la tombe, il en est tout autrement des paroles qu'il nous a dites et des bénédictions qu'il nous a données ! Notre devoir de vous répéter les premières et de vous transmettre les secondes grandit en proportion même de l'événement

(1) Sap. IX, 14.

F suprême qui est venu clore si brusquement un pontificat de trente-deux années !

Vous écouterez donc, N. T. C. F., dans le sentiment du respect le plu^feligieux, Técho fidèle que nous avons tenu à vous transmettre des entretiens sur lesquels la mort allait mettre à si courte échéance le sceau d'une ineffaçable consécration !

Quant à nous, pourrons-nous jamais oublier que la dernière parole dite par Pie IX à Tévèque de Paray-le -Monial a été celle-ci: «Adieu, cher ami, « nous serons toujours bien unis dans le Cœur de c Notre-Seigneur ! »

Lia prière sera le lien vivant et sacré de cette union d*âmes proposée d'une façon si touchante à votre pauvre évêque par le Pontife de l'Église universelle, par le Vicaire de Jésus-Christ sur la terre!

Oui, Père bien-aimé, nous vous demeurerons unis par la prière dans le Cœur de Jésus. N'est-ce pas pour la gloire de ce divin Cœur que vous aviez approuvé, béni, confirmé les œuvres entreprises par nous autour de ce cher sanctuaire de Paray, où nous étions si heureux, il y a un an, de fonder une messe mensuelle à votre intention ? En face de votre cercueil, la prière nous permettra encore de vous témoigner nos sentiments de filiale et surnaturelle reconnaissance !

A partir d'aujourd'hui, N. T. C. F., la vie de

Pie IX appartient à Thisloire. Quand elle aura laissé refroidir les cendres sacrées du Pontife, elle racontera les trente-deux années écoulées depuis ce conclave de juin tê46 qui donnait le cardinal Jean Mastaï-Fcrretti pour successeur & GrégoireXVI,' de sage et forte mémoire. Pendant cette longue et laborieuse période, le pontificat de Pie IX a été mêlé à toutes les commotions de la société européenne, en même temps qu'il a poursuivi avec une infatigable et tout apostolique persévérance Tœuvre de Tévangélisation du globe. La révolution combattue ; les erreurs du temps condamnées ; la gloire de Marie -exaltée par la définition deTImmaculée Conception ; Téconomie divine de la transmission du dogme garantie par la reconnaissance, officielle du magistère infaillible du Pontife romain ; les grandes iniquités politiques flétries ; la liberté de TÉglise partout affirmée, partout défendue ; Tœuvre essentielle des missions catholiques encouragée- et toujours poussée enavant pour convertir le monde à la croix de Jésus-Christ et pour le civiliser : voilà, en quelques traits rapides et nécessairement incomplets, une ébauche de ce pontificat, inauguré pax les applaudissement et les exclamations enthousiastes des foules, et terminé, comme celui du Maître, dans les épreuves amères du délaissement, de la trahison et du crucifiement !

Mais tandis que, de toutes parts, vont s'entre

ditiîsor ot se heurter les ju^eraenls passionnés des hommes sur la personne et sur l'œuvre du Pape iléfuni, nous, chrétiens, noua savons avec certitude que le seul jugemenl o^iopétenl sur sa vie et mr son ponlîlical a d(^jk été prononcé ! Pie IX qui, llïercncore, jugeait et gouvernail le monde, a paru devant Celui qui juge les justices !

A ce tribunal de Dieu, redoutable mémo aux Itommeâ qui laissent derrière eux la mémoire la pitu sainte et la plus bénie, nous le suivrons avec Il Loule- puissance suppliante de la prière ! Et linsi, nous répondrons à la louchante invitation qu'adressait il y a peu de jours à voire Évèque ce Pipe maintenant endormi du suprême sommeil de la mort: i Nous serons toujours unis dans le t Cœur de Notre- Seignem-, »

Sais après avoir prié pour le Pontife bien-aimé, BOOfl n'aurons garde, N. T. CF., d'oublier celte veave en deuil qui s'appelle la sainte Église catholique .

ÎI lui faut un époux, un pasteur, un père 1 II lui faut un autre Moïse pour la guider vers la terre promise, un autre Gédéon pour combattre avec cUo les combats du Seigneur I

Los Ëmincntissimes Cardinaux de la sainte Église romaine vont se réunir en conclave pour donner un successeur au Pontife que nous pleurons. Laissez-nous vous répéter ce que disait au clergé et aux fidèles do son diocèse, au mois de juin 1846,

Ugr PSRKAUt». — (BttTK*. t. II. 3

— Sien leur notifiant la mort du Pape Grégoire XVF, le cardinal Mastaï-Ferretti, alors archevèque-évêque d'Imola:

« Vous prierez pardessus tout pour que l'Église, <r réduite maintenant à Tétat de veuve, soit pour- € vue d'un Pontife orné de toutes les qualités qui « le rendront digne de la sublime dignité dont il € va être chargé et qu'aggravent les difficultés des € temps au milieu desquels nous vivons (1). »

(1) rendant Dotre séjour à Rome, il nous a été permia, grftoe à n ne obligeante communication, d*ayoir entre les mains et de copier un autographe auquel le douloureux événement du 7 février donne une inestimable valeur. C'est le manuscrit original du Mandement écrit par S. E. le Cardinal Mastaï-Ferretti, Archevêque-Evèque d'Imola, au sujet de la mort de Grégoire XVI et du Conclave réuni pour lui donner un successeur.

Voici en quels termes le futur Pie IX s'exprimait en cette circonstance si solennelle :

a Vénérables Frères et Fils bicn-aimés en Jésus-Chiist, nons ne c pouvons trouver de soulagement à l'affliction dont notre cœur c est oppressé qu'en partageant notre douleur avec vous, et en ff vous faisant part de la perte cruelle subie par toute l'Église et c par l'F'tat pontifical dans la personne du souverain hiérarchi- « que Grégoire XVI. Ses très particulières vertus, son zèle aposa tolique, sa science, la ft^rmeté de son cœur sacerdotal, tout cela a: justifie nos sentiments de tristesse en face d'une telle perte. Et <c si, au milieu des éminentes qualités qui distinguaient l'anguste a défunt, il était demeuré quelque reste de la fragilité humaine a dans l'accomplisseinent des devoirs presque infinis qui incomc bent à un si pénible ministère, nous nous empresserions de a. porter ce reste au pied des tabernacles éternels, et nous regar* a dcrions comme un devoir de procurer au vénéré défunt, par nos ft prières les plus ferventes, une plus pirompte participation

Vous savez, N. T. C. F., comment Dieu répondit à la touchante recommandation du pieux cardinal. Il le fit choisir, parune sorte d'acclamation, pour occuper la chaire de saint Pierre et devenir notre illustre et bien-aimé Pie IX.

Le Conclave de 1878 nous donnera bientôt, nous Tespérons, un nouveau Père pour nous consoler de la perte immense que nous venons de faire ; et guidés par les principes infaillibles de notre foi, nous saluerons avec respect, avec confiance, avec amour, dans le nouvel élu, le successeur de saint Pierre, TÉvêque de nos âmes, le Pasteur chargé par Jésus-Christ lui-même de gouverner l'Église universelle et d'exercer sa souveraine juridiction tout à la fois sur les agneaux et sur les brebis, sur les peuples et sur leurs Pasteurs.

€ aux embrassemcnts ineffables du Roi de réternellc gloire. € Voilà pourquoi nous ordonnons, dans notre église cathédrale

« et dans tontes les paroisses du diocèse, les prières et suffrages

€ accoutumés.

a Et puisque ce malheur m'oblige à me séparer de vous pour € quelque temps, mesbien-aimés Fils, laissez-moi vous assurer, c aa nom de mon affection pour vous, qu'il ne se passera pas c un seul jour sans que je me souvienne de vous aux pieds du c î^ncc des pasteurs de toutes nos âmes, et je vous conjure, i>ar q lc« entrailles de Jésus-Christ, de vouloir bien correspondre en c ma faveur à cet acte d»; piété... Vous prieriez pur dessus tout. . c etc. V

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