ALLOCUTION
PBONONGÉE IXàNS LA CÉbAmOKIS du 8BBT1GE FUKÀBKE CÉLÉBRÉ FOVB LR REPOS DE L'AUE DE NOTRE SAINT PÈRE LE PAPE PIB
DAKS LA CATHÉDRALE D'AUTUK (14 PÉTRI EB MDCCCLXXVm)
Mes B1EX-A1MÉS Frèkes,
Que vous dirai-je, qui ne soit déjà dans tous yos eœurs ? Quoi de plus éloquent que voire religieux empressement autour de ce catafalque ? Quoi de plus émouvant que ce deuil universel doi^t Rome a donné le signal, et qui s'est étendu, avec la rapidité de Téclair, au monde tout entier, confondant dans une même douleur non seulement les catho-
tiques de toutes les nations, mais les hommes de toutes les opinions et de tous les partis, de sorte qu'en face du cercueil de Pie IX, dans cet unanime concert d'hommages et de regrets, l'humanité semble, au moins pour un instant, avoir oublié ses fatales divisions et retrouvé, comme aux jours antiques, la communauté du langage dans la fra*temité des sentiments. Erat terra labii unius et sermonum eorumdem (1).
Oui, c'est un émouvant spectacle. Et ici. Messieurs, qui représentez, au milieu de nous, les diverses formes de la puissance publique, laissezmoi me féliciter en votre présence d'avoir si bien présumé de vos intentions. Vous êtes venus à cette cérémonie, non seulement comme simples
particuliers, et en tant que vous êtes aussi les fils
du père que nous pleurons ; mais, dans une pensée plus haute, vous avez voulu honorer sa mémoire au nom même des importantes fonctions que vous remplissez, soit dans la société civile, soit dans Farmée. Vous avez voulu que notre pieuse démonstration eût un caractère public et social. Je vous remercie d'avoir compris ma pensée et répondu à mon appel. Par votre présence collective et officielle, vous contribuez à payer au vénéré Pontife la dette de reconnaissance de notre France qu'il a
(1) Qen. zi. 1.
tant aimée, pour laquelle il a été surtout, dans nos mauvais jours, l'ami le plus fidèle, de notre France dont il me parlait naguère avec tant de sympathie et une si paternelle bienveillance 1
Mais ce spectacle si émouvant est en même temps souverainement instructif. Jugez vous-mêmes, mes bien-aimés Frères, s'il y a une apologie de la religion qui vaille le deuil spontané et universel provoqué par la mor- de Pie IX !
On disait et on redisait, on répétait à satiété que c'en était- fait du catholicisme, vieillerie surannée dont personne ne s'occupait plus, à part les enfants et quelques incorrigibles dévotes ! La société moderne avait bien d'autres soucis et d'autres préoccupations ! Que lui importait cet ensemble de dogmes mystérieux dont l'imagination crédule des anciens s'était contentée ? Et à (Juoi bon employer la violence pour se débarrasser de nous, quand il suffisait de ne pas faire attention à nous pour nous tuer par le dédain ?
A cet injurieux mépris, nous n'avons pas eu la peine de répondre. Le monde a répondu pour nous. Comment il l'a fait : entendez, voyez, jugez. Je vous le demande, avez-vous rencontré dans votre vie beaucoup de manifestations qui eussent à un tel degré ce double caractère d'unanimité et de spontanéité? Non, rien de factice ni de commandé. Il n'y a pas eu là un mot d'ordre auquel on ait obéi par respect humain ; une consigne devant la-
quelle on se soit courbé par nécessité. Rien, jamais, n*a été plus libre, plus personnel, plus volontaire que cet hommage parti en même temps de tous les points du globe, et qui a fait se rencontrer dans une même douleur tous les esprits qui n*ont pas encore dépouillé tout sentiment d'honneur, toute capacité d'apprécier ce qui est noble, grand et beau.
Mais, au fond, quel est le sens, quelle est la vraie portée d'une telle démonstration ?
Assurément, au point de vue purement terrestre el historique, la vie de Pie IX a été et elle demeurera un des événements les plus considérables de notre siècle.
Il a été donné à peu d'hommes ici-bas de connaître, comme lui, les extrémités de la fortune, de supporter une très grande puissance avec une plus rare modestie, de trèsgrandcsépreuvesavecune plus rare sérénité.
Oui encore, en même temps que son histoire a été dramatique et émouvante, sa personne était sympathique. 11 avait reçu au plus haut degré le don de charmer, d'entraîner, de séduire par le double prestige de la vertu et de la bonté. Et je puis bien, sans tomber dans une basse flatterie, lui appliquer ce que dit saint Grégoire de Nazianze du grand et saint patriarche d'Alexandrie , l'immortel Athanase : « Son visage était « angélique ; son âme l'était plus encore. »
Facie angelicus , magis angelictis animo (1).
Et cependant, mes bien-aimés Frères, ce n'est pas à cause de tout cela que le monde s'est tant ému de la mort de Pie IX et qu'elle a été le signal d'un deuil universel.
Ce deuil, je ne crains pas de le dire, même chez ceux qui n'y prennent que la moindre part, est un acte fort implicite, ou, à tout le moins, un hommage inconscient rendu au caractère supra-terrestre de la société dont Pie IX était le chef. Oui, les plus insouciants, les plus incrédules, si vous voulez, ont encore senti se remuer quelque chose dans leur cœur à l'égard de cette Église qui fut leur mère. Si oublieux qu'ils fussent devenus des enseignements de leur jeunesse, ils se sont instinctivement rappelé que l'Église est la société des âmes ; qu'elle est la dépositaire des vraies lumières et des vraies forces morales de l'humanité; que c'est elle qui nous accueille à notre entrée en ce monde par le baptême et nous ouvre Tentrée d'un autre monde par l'absolution ; qu'elle seule, après tout, a grâce et efficacité pour consoler ceux qui pleurent, pour encourager ceux qui souffrent, secourir ceux qui sont dans la détresse !
C'est donc bien le père de la grande famille des
(1) A>'>fAix«( T« iiJ^if, a»fAiKMTfp«r rii» J^iavoiav. S. Greg. Naxianze. Or. 21, In Utud.fvn. S. Athan^itn magni, n» 9.
âmes que tous pleurent aujourd'hui, et c*est pour cela, je le répète, qu'une parole humaine esta peine nécessaire pour faire ressortir l'éloquence de ce deuil. U porle avec lui sa démonstration ; et, sans avoir besoin de commentaire, sa valeur apologétique se dégage elle-même des prières et des larmes silencieuses des fidèles, comme de l'attitude respectueuse, grave et sympathique de tant d'hommes qui se croyaient les ennemis de notre foi.
Cependant, mon peuple bien-aimé, j'ai voulu malgré mon propre accablement me consoler un instant avec vous^ en un jour où une filiale douleur nous unit tous par des liens si étroits ! Simul eonsolari in vobis, per eam qu(Z invicem est fidem meam algue vestram {{)!
Vous le savez, il y a quelques jours à peine, en votre nom et au mien, j'étais allé saluer l'auguste Pontife et lui offrir l'hommage de noire commune vénération.
J'avais entendu de lui des paroles que j'ai eu à cœur de vous transmettre intégralement. Elles vous seront redites dans quelques jours, et vous les écouterez avec la plus religieuse attention.
J*avais reçu pour vous et pour moi une bénédiction que je me hâtais de vous rapporter. Et pourquoi ne le dirais-je pas ? La forme inusitée,
1'. Rom. I, 12.
plus solennelle que de coutume, de cette bénédiction, m'avait donné àpcnser que je la recevais pour la dernière fois. C'était bien, en effet, la bénédiction de Jacob mourant, à ses fils pieusement inclinés sous sa main. Congregamini et audite^ fitii Jacob, Audite Israël patrem vestrum (1).
Toutefois, quelques jours après, comme la flamme au moment de s'éteindre se met tout d'un coup à rayonner avec plus d'intensité et d'éclat. Pie IX quittait la couche où il était retenu captif depuis plus de deux mois. Il avait voulu célébrer le 75* anniversaire de sa première communion. Il avait reparu sur ce trône où il siégeait avec une si douce et si pieuse majesté.
C'était le 2 février ! J'étais là. Nous l'entourions de nos vœux, et déjà nous bénissions Dieu de les avoir exaucés !
De retour ici, environné de mes chers fils et coopérateurs, je leur redisais mes joies et mes espérances que je savais être leurs espérances et leurs joies.
Mais, le surlendemain, une nouvelle d'ab#rd vague, indécise, discutable, bientôt certaine, irrécusable, authentique, arrivait jusqu'à nous ! Il n'y avait plus à douter. Nous étions orphelins.
Que s'était-il donc passé au Vatican dans cette
(1) Gen. XLTX, 2.
mémorable journée du 7 février, cinq jours seulement après la délicieuse scène de la fête de la Purification ?
Une page de la primitive histoire de TÉglise naissante va nous retracer avec une scrupuleuse exactitude la mort ou plutôt la délivrance de Pie IX.
Reb'sons ensemble cet épisode de l'histoire de saint Pierre, raconté au chapitre XIP des Actes des Apôtres :
€ Saint Pierre dormait entre deux soldats. Il « était lié par des chaînes ; et des gardes étaient « placés devant la porte de sa prison » : Erat Petrus dormtens inter duos milites, vinctus catenis^ H custodes ante ostium custodiebant carcerem.
Mais le Seigneur avait résolu de délivrer son
apôtre de cette fâcheuse captivité. Il envoie vers
lui un ange ; (i àTarrivée de cet ange, une lumière
t brilla dans la prison, et Tange, ayant frappé le
€ côté de Pierre, le réveilla et lui dit : Lève-toi
c vite et suis-moi. » Et ecce angélus Dominiastitit
et luijfien refulsit in habitaculo ; perctissoque latere
Pétri, excitavit eum^ dicens : Surge velociter et
sequere me,
« Et les chaînes tombèrent des mains de Pierre ; « et Pierre revenu à lui parla ainsi : Maintenant, « je comprends que le Seigneur m'a envoyé son c ange pour me délivrer des mains d'Hérodc et c des embûches que me préparaient les Juifs. »
Et cecideruni catenae de manibus ejus. Et Peints ad se reversus dixit : Nunc scio vere quia misit Dominus angelum suum et eripuit me de manu Herodis et de omni expectatione plebis Judœorum.
Je le répète, mes bien-aimés Frères, vous avez là mot pour mol, comme en un tableau vivant, la scène du 7 février 1878 au Vatican ! Oui, Tange du Seigneur a été chercher le successeur de Pierre, pour mettre fin à ses épreuves, faire tomber toutes ses chaînes, et Tarracher à sa prison ! € Lève-loi vite, suis-moi. » La crise suprême n'a duré que quelques heures ! Pour Pierre et pour Pie IX, le messager céleste a rempli la même mission I De la captivité à la liberté^ des ténèbres du cachot aux splendeurs de la lumière, des mains d'Hérode aux mains bénies de Jésus-Christ, voilà, mes bienaimés Frères, comment notre Père nous a quittés !
Aussi bien, si nous pleurons, ce n*est pas sur lui que nous pleurons, c'est sur nous.
Lui I il n'est que juste de lui appliquer les paroles de saint Paul, résumant en quelques mots toute sa vie apostolique : « J'ai combattu le bon combat ; « j'ai -consommé ma course ; j'ai gardé le dépôt de € la foi (1). >
Ce pontificat de 32 années n'a pas été, en effet, autre chose qu'un combat continuel pour défendre
(1) n Ti»a. IV, 7.
le tlépilt de la foi sans cesae allaquê par la coalition Ae toutes les passions en révolte! Il a luLté el il a souffert pour nous transnteltre întégralemeat ce dép&L (ic la foi. Et non seulement il ne l'a pas Uis»é entamer, mais il l'a enrichi el augmenté, en rendant explicites des vérités encore cachées dans W entrailles de la tradition et que l'Église a mises aujour pour opposer une plus invincible barrifere uu agressions de l'incrédulité, du schisme ou de riiérésie: Fidem sej'vaviï
Que reste-t-il, sinon, d'ajoufer avec l'Apiltre : c J'attends la couronne de justice (jue me pré- < pare un juste juge. > In retiqua reposita est mihi corojm justUix , quam reddet mihi justtts jadex.
PlPDrons donc, mais sur nous-mêmes, parce qae nous avons perdu un p^re, le père le plus digue de noire respect, de noire reconnaissance, de noire amour.
Souvenons-nous toutefois, au milieu de noa larmes, que tout lien ti'csl pas rompu entre lui elnous. Comme saintGrégoircdcNazianze, parlant devant U tombe de Grégoire l'Ancien, son prédécesseur el sonpère, nous pouvons dire : « Non, ce « bon pasteur ne nous abandonnera pas. Il sera a encore avec nous, pour nous conduire aux bons « pâturages et nous défendre d'une façon toute «t spirituelle ; il nous aidera, en combattant avec i pour le troupeau, contre leloup. » Spiri-
tualem in modum nobiscum versantem, acpro grege adversus lupos pugnantem (1).
A ce premier motif de consolation s'en joint un autre plus puissant. Laissez-moi, mes bien-aimés Frères, profiter d'une circonstance si solennelle pour appeler un instant votre attention sur une des plus fortifiantes certitudes de notre foi.
Oui, je l'ai dit en commençant ce discours et je le répète : immense, unanime a été la douleur du monde en apprenant la mort de Pie IX. Nous surtout, catholiques ; nous plus particulièrement encore, pasteurs des peuples, associés plus étroitement aux sollicitudes pastorales du Vicaire de Jésus-Christ, nous avons senti le contre-coup de cette mort. Comme Jérémie, nous pleurons sur le deuil de l'Église, notre mère,/flcto est vidua domina gentium ! Avec elle, nous gémissons sur ce père qui nous a été enlevé , pupilli facti sumtis absque patre^ et nous nous lamentons, parce que celui qui était la tête et l'honneur du corps mystique dont nous sommes les membres est tombé, cecidii corona capitis nostri (2).
Mais , remarquez-le : nous ne pleurons pas comme ceux qui n'ont pas d'espérance, et je ne saurais mieux caractériser l'attitude digne et
(1) s. Qrég. Naz. Orat. 18, n» 4.
(2) Lament,3à[ém,
grave des catholiques portant le deuil de Pie IX, que par ces paroles de saint Paul :
« Nous souffrons la tribulation, mais nous ne « sommes pas dans Tangoisse ; nous passons par « Tépreuve, mais nous ne nous croyons pas aban- « donnés ; nous sommes jetés à terre, mais nous « vivons encore. » In omnibus tribulationem paHmur, sed non angustiamur ; aporiamur , sed non destituimur ; dejicimury sed non périmas (1).
Voyez d*abord comment ces simples et fermes
paroles résument admirablement Thistoire de la
Pipauté.
Prenez-la dans ses moments les plus critiques.
Voyez les papes des Catacombes aux prises avec
les Néron et les Dioclétien ;
Voyez les papes du moyen âge aux prises avec les empereurs d'Allemagne pour défendre tout à la fois la liberté sacrée de rÉgiiso et l'indépendance nationale de Tltalie ; de cette Italie qui depuis... (2)
Voyez encore un Pie VI, mourant à Valence, victime des proconsuls de la Révolution française.
on Cor. IV, 8. 9.
;2) La ville d'Alexandrie, en Piémont, au confluent du Pô et de la Bormida, fut ainsi nommée par les Italiens en reconnaisauice des services rendus à leur pays, dans ses luttes contre l'Allemagne, par le pape Alexandre III, qualifié parles chroniqueurs du temps de propugnator Italicœ libertatis.
Un Pie VU fxainé de }»rison en prison par les caprices d*un despote omnipotent ;
Un Pie IX chassé de chez lui par Tingraiitude d'un peuple auquel il avait généreusement parlé de progrès et de liberté.
Voilà certes de terribles crises I Jamais cependant la foi des catholiques n'en a été troublée ! Us ont toujours redit, dans une invincible constance, lé mot de TApôtre : Tribulationem patimur^ sed non ançustiamur ; dejicimur, sednonperimus!
Et nous aussi, nous aurons confiance et courage! Nous ne voulons pas mériter le reproche d'avoir une foi pusillanime, quid timidi estis, modicœ fidci (1). Jésus peut dormir dans la barque qui porte les destinées de FÉglisc et les nôtres! Et il dort au milieu des furieuses tempêtes qui nous assaillent de toutes parts. Mais, même quand il dort, son cœur veille, ego dormio, et cor meum vigilat (2).
Et qui donc plus que les prêtres et les fidèles du diocèse d'Autun mettra sa confiance dans la vigilance sacrée du Cœur de Jésus?
Soyons donc tristes, mais d'une tristesse exempte de découragement, ut non contristemini, sicui et cœteri qui spem non habent (3).
(1) Matth. VIII, 26.
(2) Cant. v,2.
(3) I Thèse, iv, 12.
Dieu nous avail donné Pie IX. Nous l'en avons remercié.
Il nous l'a laissé pendant prii-s de Irenlc-deux ans. Nous lui en avons bien des fois rendu nos tctions de grâces.
Puis, pour nous mouirer que Lui seul suffit à *on Église, il est venu (out d'un coup donner nn démonli à dea espérances qu'il semblait avoir uitorisécs. Il nous a repris ce Père tanl vi^néré et Uni aimé. Dominus dedit. Domimis abstuHt. SU wmm ejus bejiedictum {\).
Les œuvres, les institutions, les sociétés humaines tiennent au génie, à la puissance, à la vie de certains hommes. Avec eux, elles naissent et pandissent. Avec eux, elles déclinent et disparaissent.
Alexandre mort, ses conquêtes s'émiettent et KS lieutenants se partagent ses dépouilles.
Qiarlemagne raorl, son vaste empire se disloque. Coemain d'homme avait fait celte œuvre factice. EUe wccombe sous les coups des hommes.
Hais l'Église de Dieu repose sur d'autres fondements. Ni le génie, ni la puissance d'un homme ne lai ont donné naissance, el son existence est indépendante des vicissitudes auxquelles sont nécessairement soumises nos personnes el nos œuvres.
(I) Job, I, 2t. Mgr Pebkaud. — (EaTtee, t. IL
L'Église s'appuie directement sur la
Dieu, — et la parole de Dieu est éteri inébranlable. Verbum Domini manet num(i).
Nous sommes orphelins aujourd'hui, c nous ne le serons plus demain. Non relm orphanos (2).
Demain, l'anneau du pécheur sera pa autre doigt.
Demain, les clefs seront données à 1 gardien, chargé, comme ses prédécesseu vrir et de fermer les portes du royaume
Demain, au sein de cette auguste a^ d'électeurs qui s'appelle le Conclave se renc la scène admirable dont furent témoins i les bords des lacs galiléens.
Jésus sera là, au milieu d'eux. Comme choisi Pierre parmi les douze pour en fain du collège apostolique, il en choisira un surera auparavant de la vaillance de sa i l'intensité de son amour. Simon Joannis, me? diligis me plus his (3) ?
Puis, il lui dira comme à Pierre : « Su <i à partir de ce moment, tu seras un i
(1) I Pet. I, 25.
(2) Joann. xiv, 18.
(3) Joann. xxi, 15.
) d'hommes. » Ex hoc jam homines eris ca-
piefis (1).
Celoi qu'il aura ainsi choisi sera comme vous, comme moi, un pauvre homme, faible, assujetti à toutes les servitudes de notre mortalité. Mais (fuand il aura été choisi, le Seigneur lui donnera un nom et pour ainsi dire un être nouveau. Tu es Simon, filius Jona : tuvocaberis Cephas^ quodinterpretatur Petrus (2).
Puis, il lui dira, comme il avait dit à Pie IX, et avant lui à tous ceux auxquels, depuis dix-huit siècles, il a conUé la même mission : « Tu es « Pierre, et sur cette Pierre, je bâtirai mon < Eglise. >
Les assauts les plus furieux lui seront encore livrés. Toutos les passions révoltées chercheront à en avoir raison ! Elles se croiront victorieuses et elles proclameront leur triomphe. Et cependant, elles ne prévaudront jamais contre cette pierre inébranlable. Portce inferi non prœvalebunt advenus eam (3j. Et, au lendemain de leur prétendue victoire, elles retrouveront l'Église toujours aussi fermement assise sur le roc immuable des divines promesses.
Telle fut, mes bien-aimés Frères, la foi do tant
1) r.ac. V, 10.
2 Joann. I, 42.
3)Matth., x\i. 18.
de papes qui se sont succédé sur la chaire saint Pierre.
Telle fut la foi de Pie IX, qui aura immorta son nom par des vertus aussi grandes que malheurs.
Telle sera notre foi, — et quand, à notre to nous aurons été saisis par l'implacable mort jetés dans la tombe, d'autres viendront ap nous répéter le même symbole, s'encourager les mêmes espérances et vaincre le monde par même charité.
LETTRE
AU CLBBOÉ BT AUX FTDÂLB8 DU DIOOiSB
POUB LEUB AKKONOSB
L'iucnON DB SA BAIHTBTi LB PAPB L^OST XCTI
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hbtbuctioh pastoralb sub la tempAbanob
(OAbAmb DB 1878)
Nos TRÈS CHERS FrÉRëS,
Bénissons Dieu de n'avoir pas prolongé le veuvage de son Église. Ouvert le 18 février au palais du Vatican, le Conclave s'est terminé le 20 par J'élection de S. E. le cardinal Peccî, archevêqueévéque de Pérouse, camerlingue de la sainte Eglise romaine.
Pierre nous avait instruits, confirmés en notre foi et souvent bénits, dans la personne à jamais
regrettée et vénérée de Pie IX. Il nous instruira, nous bénira, nous conduira dans la voie de la vérité et du salut par son successeur Léon XIII.
Nous pouvons donc dire, en nous appropriant une parole de nos saints Livrés : « Notre père est « mort ; mais c'est comme s'il n'était pas mort, c car il nous en a laissé un qui lui est sembla- « ble. » Mortuus est pater^ et quasi non est mortuus ; similem enim reliquit sibipost se (i).
Ajoutons, en continuant de citer le texte sacré, que si une pensée a soutenu, fortifié, consolé dans les ang-oisses de l'agonie et de la mort, le Pontife augusle pour lequel nous vous demandions naguère le suffrage de vos prières, c'est la certitude où il était de ne pas laisser sans défenseur cette maison de Dieu dont il avait été pendant trente-deux ans le vigilant et courageux gardien : In obitu suo non est coniristatus. Reliquit enim defensorem domus contra tnimicos (2).
L*élcction du 20 février ajoute un anneau de plus à cette longue chaîne de la succession apostolique par laquelle nous étions si étroitement liés à saint Pierre, et par lui à la personne même de Notre- Seîgneur Jésus-Christ, le Prince des Pasteurs et le Pontife éternel. Saluons donc dans l'exaltation de
(1) Eccli. XXX, 4,
(2) Id. ib. 6, 6.
Léon un une nouvelle victoire de notre foi et une réponse miséricordieuse de la divine Providence aux supplications du peuple chrétien.
Et vous,' dont nous devenons les enfants, Vous qui, succédant à tant de saints Pontifes, nous êtes envoyé pour nous consoler de la mort de Pie IX, recevez les hommages les plus empressés .de notre confiance, de notre respect, de notre obéissance et de notre affection ! Vous êtes placé à la tête du peuple de Dieu, nous vous suivrons ; Vous êtes établi pour nous redire les oracles de Tinfaillible vérité, nous vous écouterons ; Vous personnifiez pour nous l'indissoluble unité de l'Église, nous adhérons à vous de tout notre esprit, de toute noire volonté, et dans Votre autorité nous vénéiDns l'autorité même de Notre-Seigneur Jésus- Christ ! Évêque, prêtres et fidèles, tout le diocèse d'Aiilun s'agenouille devant votre personne sacrée, ^l vous demande une de vos premières bénédictions !
Après avoir exprimé vos sentiments et les nôtres au Pontife que Dieu a choisi pour gouverner son Église, nous accomplirons à votre égard, N. T. C. F., un des devoirs les plus importants du ministère pastoral, en vous adressant l'instruction suivante sur laquelle nous appelons vos plus
sérieuses réflexions pendant le saint
Carême (1).
Se posséder, se contenir, assujettir à \ tante discipline les puissances de F âme, 1 dre contre les séductions du monde extéi maintenir non seulement indépendante souveraines, malgré les perpétuelles rév< sens et les aveugles entraînements des i c'est, tout à la fois, faire œuvre de ju sagesse et de courage.
Il est juste, en effet, que le plus dig mande au moins digne, Tesprit à la matiè au corps.
Il est sage de respecter les règles étal le Créateur et de ne pas confondre la di qu'il a mise entre l'homme et Tanimal gouverné uniquement par ses appétits et tincts ; Tautre doué de raison et de libre par conséquent responsable et capable de r
Mais le monde extérieur et le monde int: sens exercent sur l'âme une telle tyrann pour maintenir sa dignité et sa liberté, il une indomptable vigueur et un courage les instants.
Les philosophes des diverses écoles, Icî
(1) Messieurs les Gnrés pourront, sMls le jagent Apr< tager cette lecture en deux fois. Le dispositif du Carêi chacune des deux lectures.
*'sieg et les théologiens de tous les temps ont tïppelé d'un nom spécial celle application de la justice, de la prudi^nce oL de la force, aux luttes incessantes de l'âme contre les séductions du monde sensible. Us la nomment la températice, et ils montrent comment cette quatrième vertu sc^ève d'établir sur un solide fondement tout l'édiiioe de la moralité humaine : In quatuor virtu- Hius tota boni operis structura consurgit(i).
Nous venons aujourd'hui, N. T. C. F., étudier wec vous les divers aspects de celte vertu, vous I montrer le rôle nécessaire qui lui appartient dans notre vie, vous rappeler surtout quel admirable parti le christianisme a su en lirer pour la grandeur et pour le bonheur de rbumanilé.
Cet enseignement, vous l'avez déjà compris, se relie étroitement et logiquement aux vérités dont noas vous avons déjà ontrelonus dans nos précédentes instructions quadragésimales.
Un tel sujet convient tout particulièrement au temps de recueillement et de pénitence dans lequel nous allons entrer. Soucieuse de nos plus chers intérêts, l'Église nous invite à nous séparer du monde et de nous-mêmes. Elle nous prescrit des privations ; elle nous demande des sacrifices. Le point de départ de loule cette discipline, au-
jourd'hui si adoucie et si universellement violée, autrefois si rigoureuse et si universellement obéie, se trouve dans la vertu de tempérance. La pénitence quadragésimale n'est que Tapplication surnaturelle de cette vertu aux devoirs imposés par la justice et par la religion à l'homme pécheur, s'il veut sortir victorieux des terribles combats livrés par la chair à l'esprit, par les sens à l'âme, par les séductions de la concupiscence aux inspirations et aux sollicitations de la vie d'en haut et du monde divin. Elle y ajoute, il est vrai, des rigueurs, motivées tant par la nécessité de Texpiation que par l'obligation imposée à tout chrétien d'imiter Jésus-Christ, le souverain pénitent, et d'accomplir la partie de la Passion que le Rédempteur a laissée à notre charge. A ce point de vue, la pénitence dépasse de beaucoup la portée de la vertu naturelle de tempérance ; mais, en la dépassant, elle s'y rattache, sinon comme à son unique principe, du moins comme à une de ses racines ; et le propre de la pénitence étant d'armer l'âme pour châtier le corps et le punir de ses révoltes, son action se commence dans la vertu qui fait à Tâmeune obligation d'être maîtresse de ce corps et d'exercer sur lui un empire souverain.
Avec saînt Thomas d'Aquin, nous entendons par tempérance « une disposition habituelle de Tâme à « conlenirdans une juste mesure tous les mouve- « ments des passions et à les empêcher de fran- « cliir les limites où les doit enfermer le sain « usage de laraison(l). »
Cette définition, à la fois très large et très exacte, renferme d*abord la signification la plus usuelle donnée au mot et à la vertu de tempérance. En ce sens, aisément compris de tout le monde, elle est sjTionyme de sobriété. Elle exprime la modération avec laquelle Thomme raisonnable accomplit une fonction nécessaire à la conservation de sa vie, et garde une sage mesun? dans Tusage du boire et du manger.
Entendue ainsi elle prescrit d'abord, comme un indigne abus des dons du Créateur, ces excès honteux qui ravalent Thomme, non seulement au
(1) Temperantia est qaaedamdispositioaDimi, quœmodum quibascumque passionibas vel opcratiouibus imponit, ne ultra debitnm efferaotnr (1. 2. q. 61, a. 4). SecuDdam quod passio imp»iUit ad aliquid contrarinm rationis, et sic necesse est qaod passio reprimatar, et ab hoc dcaorninator temperantia (Id. ib. a. 2).
niveau, mais au dessous de ranimai, toujours contenu par son instinct dans les justes limites de ses besoins.
Ces excès, l'apôtre saint Paul les nomme et les range, avec les empoisonnements et les homicides, au nombre des œuvres de la chair qui empêchent d'entrer dans le royaume de Dieu : Veneficia, homicidia, ebrictaies, comessationos, quas prœdico vobis, sicut prâediod, quoniam qui talia agtmt, regnum Dei non consequentur (1).
Il n'est même pas nécessaire que ces excès dans l'usage du boire et du manger aillent jusqu'à faire perdre l'usage de la raison pour inspirer un immense dégoût à quiconque se respecte. Tout ce qui flatte, entretient et développe dans l'homme l'empire de ses instincts, diminue d'autant en lui les salutaires énergies de la volonté (2). Quelle honte et quelle pitié de voir des êtres doués de raison et de liberté devenir, suivant la rude expression de saint Paul, « adorateurs de leur ventre », attacher une importance souveraine au choix de leurs aliments, et faire de leurs repas une de ces actions de conséquence auxquelles on se prépare avec une sorte de solennité, et dont on caresse avec complaisance le
(1) Gai. V. 21.
(2) Dominante gnlsa vitio, omne qaod homines fortiter gérant, perdunt ; et dam venter non restringitur, simul concted Tirtatea obruuntur. (8. Greg. M. Mor, 1. XXX.)
grossier souvenir : Quorum Deiis venter est, ipiorum finis interitus (1) !
Nous n'insisterons pas longTiement, N. T. C. F., sur cette triste elliumîlianle servitude. Mais, avec le pieux auteur de l'Imitation, nous vous rappellerons « que de tels plaisirs sont courts, faux, f déréglés et honteux (2) ! »
Destimpossible, à la vérité, que nous ne dépendions pas en une certaine mesure des besoins de Outre corps. Dieu l'ayant établi ainsi pour de très sages raisons dont il ne nous convient pas d'être juges, Uaisnous pouvons et nous devons ne satisfaire ces inévitables et humiliantes nécessités qu'avec modération, de peur *> que la chair ne se «révolte contre l'esprit (3) ».
Le même livre nous enseigne de quelle îrapor- Unce souveraine il est do s'accoutumer à réprimer cf à contenir dans les bornes d'une constante sobriété la forme del'appétitsensilif qui, par le besoin (/e nourriture, nous lie fatalement au monde des créatures inférieures.
«Mettez, nous dil-il, un frein ^votre bouche, » et vous dominerez aisément toutes les inclina-
lions de la chair : > Frena gulam^ et omne incltnaiionem facilius frenabis (1).
Il faut donc se garder de traiter légè comme on le fait d'ordinaire dans ce mond< qui îuge tout sans avoir rien étudié, c parole précède si souvent la réflexion, les vances disciplinaires de l'Église destinées { menter Tusage de la nourriture.
Ces observances n*ont rien de petit ni d* rent ; leur but n'est pas seulement de nou pratiquer des actes d'obéissance toujours mé à l'égard d'une autorité divinement institue! nous régir. Elles nous rendent encore l'im service de nous préparer directement aux que nous sommes obligés de soutenir con inclinations de la chair ; et, par les pri\ auxquelles elles nous assujettissent sous d'abstinence ou de jeûne, elles nous aident samment à réfréner les périlleuses révoltes i sens : Frena gulam^ et omnem camis incUyiOi frenabis.
Tout se tient d'ailleurs dans le monde si con de la vie morale ; et il est hors de doute qu( bitude prise de dompter une pj^sion donne facilité particulière pour résister victorieuse aux autres. Si donc on pratiquait plus exacte
(1) L. I, c. XIX, n« 4.
la discipliiip de tempérance el de sohriHéà laquelle l'Églisocalholiquo soumet sds enfants, nous n'aurions pns ft gémir de tant de scandales dont l'unique cause iloitètreclierchée dans l'impuissance d'untrès grand nombied'hommes à contenir leurs passions.
tempérance n'a pas seulement pour fonction spéciale de régler, d'aprfrs les lois de la sobriété, l'tUBge nécessaire des aliments destinés à réparer Besforces épuisées par te travail, elle a une portée pin» vaste ; et, envisagée sous son aspect le plus Mendn, elle est la force de résistance sur laquelle dûivenl s'appuyer tous ceux qui veulent faire prévaloir la raison sur l'instinct, la conscience sur la concupiscence, le devoir sur la passion (1).
Celte force de résistance, avec toute la tradition cbrétienne qui en diversifie les applications suivant le* divers états de vie permis de Dieu, nous l'appelons encore < la continence », mol qui signifie non seulement la vertu de se défendre contre la sédoRlion des plaisirs défendus, mais la vertu de régler, conformément aux lois de Dieu et de la raison, l'usage des plaisirs permis.
fl) Jtncimpomntia lortitodo Tor&iar, qii»ndoantiaqai«qaeae ipfvw TJncit. «t nullÏB iIlei:ebrÎB emollitar ntque înBi.'ctitDr. (8. Jln.br. Dcffjie.. c.X.'rvi.)
Si délicat que puisse être un tel sujet, craindrions pas de Taborder dans tous ses si les proportions de cette Instruction { nous le permettaient ; et nous croirions p( traiter en toute sécurité, en nous plaçant même sauvegarde que saint Augustin, le début même de son livre sur la continer toute sa confiance, pour bien parler de cett en Celui de qui les fidèles reçoivent le do bien pratiquer ( 1 ) .
Nous vivons, hélas ! dans un temps où h mes ne savent presque plus se contenir. I jamais plus affecté la domination univen jamais ils n*ont été moins maîtres d'eux-i La nature leur obéit, et ils exercent sur empire prodigieux ; mais elle prend bien sa che contre eux, en redevenant souveraine ! leur serait le plus glorieux de la tenir so dépendance.
L'animal trouve dans son instinct une bar une sauvegarde, un frein et une protectior l'homme ne saurait être protégé contre lui par ce principe inconscient et impersonnel
(1) De Tirtate animas qnœ continentia nominatur, sati nienter et digne dispntare difficile est ; aed exlgaitatem 8ub tanti ponderis sarcina ille cujns hœc yirtas majfnun eat adJQYabit. Nam qni eam donat continentibns fidelil ipse dat aermonem de illa loqnentfbns ministris sais. ( De oontin,, no i.)
réfère directement à l'action de la Providence sur le inonde des êtres privés de liberté et de raison. (Testàluiy être raisonnable, libre, responsable, de 86 servir comme il faut des ressources qui lui ont été données pour lutter avec succès contre les puissances aveugles dont il ne peut renoncer à être lemaitre que pour devenir leur esclave. L'instincl, eneffel, ne le suit pas, pour le protéger et le retenir, ni à la table où il apaise sa faim, ni dans ce sanctuaire intime de la vie de famille où il devient, en une certaine mesure, participant de la toutepuissance créatrice , ni dans ces mille relations sociales qui présentent aux passions tant d'aliments, qui leur donnent tant de facilités, et où la biblesse innée de notre nature est si mal protégée par les barrières totalement insuffisantes de la morale parement humaine.
On peut donc dire, avec tous les moralistes, que si les obligations de la continence ne sont pas identiques pour tous les hommes, puisqu'ils ne sont pas tous appelés au même état de vie, la nécessité de la continence, c'est-à-dire de la force morale pour se retenir et se contenir, s'impose indistinctement à tous, au nom de leur raison, de leur liberté, de leur dignité ; et ainsi, quoique sous des formes et dans des mesures diverses, cette vertu n'est pas moins nécessaire pour se bien acquitter des devoirs du mariage que pour porter le glorieux fardeau d'un total renoncement à ses
Mgr Pebbaud. — Œuvres, t. II. 6
joies. On peut donc dire, avec saint Augustin, que
si la continence d'Abraham ne fut pa<>y quant aux œuvres, identique à celle de saint Jean-Baptiste, parce que la différence des temps imposait à ces deux grands hommes des services différents, ao fond, leur vertu se référait à un même principe, à une même énergie, c'est-à-dire à cette puissance de se contenir, sans laquelle ni Tun n'aurait eu le courage de renoncer à tout plaisir des sens, ni Tautre celui de se modérer et de se régler dans Tusage de ces mêmes plaisirs (1).
Les moralistes sont encore unanimes à faire remarquer le rapport intime qui lie entre elles et unit Tune à Tautre la continence et la patience. Les Latins avaient pour exprimer ce rapport une communauté d'étymologie et une consonnance de
(1) Nec quisquam eis bene utitur, niai qui et non nti potest... Keœo f otest ^apienter uti, nisl qui potcst et continenter doq nti... Sicut non estimpar meritum patientiae in Petro qui pansus est, et in Joannc qui pasfius non est, sic non est impar meritum continentite in Joanne qui nuUas expertus est nnptias, et in Abraham qui filios generavit. Et illius caelibatus et illios connu* binm pro temporum distributione Christo militarunt : sed oontinenliam Joannes et in opère, Abraham vero in solo habita hi^ bebat. (S. Aug. De bono Conjvg, n. 16 et 17.)
mois qui rendait cette relation logique presque sensible: corUinere et sustinere 1 L'une résiste aux séductions de l'ennemi, Tautre à ses menaces; celle-ci nous préserve de la lâcheté qui veut fuir , et celle-là delà lâcheté qui veut jouir. Mais toutes deux, la continence et la patience, purifient Tâme et la rendent capable de s'unir à Dieu (1).
Toutes deux requièrent donc, au plus haut degré, Imtervention du courage. Mais le courage, qui semblerait pouvoir suffire tout seul pour aider Fâme à porter le fardeau de l'épreuve ou à repousser les assauts d*ennemis menaçants, doit lui-même se référer à un principe supérieur, quand il s'agit de résister au tout-puissant attrait des jouissances sensibles (2).
Cest pour cette raison qu'aucune vertu ne requiert peut-être autant que la continence l'assistance de la prière, le concours de la grâce, les continuelles ascensions de Tâme vers Dieu, et l'action même de Dieu dans Fâme.
Salonion l'avait compris aux jours heureux ,
(\) Donet nobis contra illeccbras et minas inimici duas virtotefl^ oOntinere et snetinere.
nia ooDtinentia, ista sastinentia vocatur : dnas virtutes quss macdBQt animam et capacem faciunt divinitatis. ;S. Aug. serin. 2\ et 38, éd. Gaume, V, p. 166 et 279.)
(2) Non se continet, niai continetur. Noli remanere in te ; transcende e te ; in illo te pone qui fecit te. (8. Ang. senn. 163^ t. V, p. 1055.)
mais trop vite oublié , où | l'esprit de sagesse inspirait toutes ses pensées et toutes ses démarches. « J'étais, dit ce prince, un enfant bien doué, « et j'avais reçu en partage une âme voulant le « bien. Et cette âme était unie à un corps préservé « de toute souillure. Mais sachant que je ne pouce vais pas demeurer continent si Dieu ne m'en « faisait la grâce, et que le propre même de la « sagesse était de savoir d'où venait un tel don, « j*allai me prosterner devant le Seigneur, et je- « le priai de toute mon âme et de toutes mes for — <c ces » : Adii Dominum et deprecatus sum tiiunrn^ etdixi ex totis prœcordiis mets (1).
Et je lui dis:
€ Seigneur, père, maître et Dieu de ma vie, (( ne m'abandonnez pas aux conseils et aux sug* « gestions de mes ennemis , de peur que mes « péchés ne se multiplient et que ma chute ne fasse « la joie de l'adversaire ! Préservez-moi des regards « inconsidérés et superbes I Éloignez de moi les « basses concupiscences ! Ne me livrez pas aux « désirs qui ne respectent rien et veulent jouir à « tout prix (2) ! d
Nous ne saurions trop souvent, N. T. C. F., dans les luttes intimes de notre âme contre le
(1) Sap. VIII, 19-21.
(:) Ecclésiastique, XXIII, 1-6.
mondedes sens, redire cette prière dictée parFEsprit- Saintà an homme qui voulait sincèrement résister âax assauts des passions et demeurer maître de loi pour l'honneur et pour l'amour de Dieu (1).
En outre, et pour nous soutenir à ces hauteurs d'où nous pouvons espérer de dominer les attaques de nos ennemis et de n'être pas entraînés par eux dans les basses régions des désirs sensuels, il bnporte de ne pas considérer exclusivement le côté négatif de la vertu de continence. Il ne faut pas voir seulement ce qu'elle nous enlève ; il faut voir aussi ce qu'elle nous donne.
Ici, les choses prennent un aspect tout nouveau, et la morale austère de l'Évangile semble s'enlr'ouvrir pour montrer aux regards capables d'en soutenir l'éclat d'éblouissantes splendeurs !
A ne les envisager qu'à la surface, la tempérance,
la continence, paraissent surtout impliquer l'idée
de privation. Ainsi en jugeait sans doute le jeune
homme dont il est question dans TÉvangile. Le
Sauveur lui avait parlé de renoncer à ses biens.
(1) CoDetur unusqoisqae quantum potnerit, corpus convertere in spiritum. (8. Aug. serm. 277, ii« 18, V. p. 1648.)
« Et il s'en alla tout triste parce qu'il <c nombreuses possessions » : Cum audii lescensverbuniy abiit iristis; erat enim hai tas possessioîies (4).
Ainsi encore en avaient jugé les Apôtr d'avoir reçu la plénitude des lumières de Saint, quand, à propos de la question du i ils mettaient leur maître en demeure de clarer dans des paroles dont la sainte hard souffre point d'être exactement traduite da langue : « Oui, il y en a qui consentent à ce ques immolations pour le royaume des < Que celui qui peut comprendre comprenr
Un de ceux qui, après de tristes égan devait un jour comprendre le langage myi et l'ineffable invitation du Sauveur Jésu expliquera plus lard dans toute l'effusion grand cœur, et il montrera dans la tempéri la continence une sublime démarche de Y du plus noble et du plus saint des amours, < qui veut se garder tout entier à l'être qu'
et dont il est aimé Jta ut temperantia s
integrum se prœbens et a quoamatur Ut
raniiam dicamus esse amorem Deo sese m incorruptumque servantem (3).
(1) Matt. XIX, 22,
(2) 8. Math. XIX, 12.
(3) 8. Aug. De Mor, EceL eath. n» 15.
Plalon eût admiré une lelli? définition de la contïnenct' ; ppu(-êlre même l'cùl-il trouvée, si, outre ieyénie, il avait eu la foi de saint Augustin !
En pffel, la continence pst comme une sublime application du procédé dialocliquc à la puissance d'aimer, puissance qui est tout àkfoisla ressource elle péril, la jouissance et le tourment de la vie. Elle est un élan, une ascension pour conduircjusqu'au monde do la vie divine cette force redoutable, l'empêcher de nous perdre et la contraindra! hnons sauver!
La continence n'est donc pas une aveugle et absurde négation se refusant aux joies de la vie uniquement parce qu'elles sont des joies, et jugeant ïœnTre do Dieu à la façon dos Manichéens qui logeaient tous les biens sensibles au nombre des créations de l'esprit du mal.
La vraie et sainte continence n'est ni l'étroitesse dcreaprit. ni la mort anticipée du cœur. Elle est lontau contraire un accroissement et une dilatation de l'amour ! Elle est un jugement intelligent porté sur les œuvres de la puissance créatrice : elle est une préférence raisonnée donnée aux plus l^randefi beautés sur les moindres, aux biens qui ne passeront pas sur ceux qui sont fatalement condamnés à périr.
Ainsi parle, on serait tenté de dire, ainsi chante oainl Augustin, dans un ravissant dialogue de son traité sur la musique :
(f L'action par laquelle Tâme, aidée de son Dieu < et de son Seigneur, s'arrache à l'amour de la « beauté inférieure, combat et extermine au dece dans d'elle-même les révoltes armées de ses « habitudes, triomphe par cette victoire de tous (( les adversaires qui la jalousent et veulent la « retenir, et s'envole enfin vers Dieu, son bien <t stable et solide, n'est-ce pas là ce que nous ap- « pelons la tempérance ?
<t Or, tandis que l'âme monte à ces hautes ré- € gions et goûte par avance dans cette ascension « les joies éternelles dontelle commence à prendre <t possession, qui serait capable de Tintîmider ou <c de l'attrister (1)? »
Aristote aurait-il, lui aussi, entrevu dans le lointain jusqu'à quelles hauteurs pourrait s'élever un jour cette vertu qu'il analyse comme les autres vertus morales avec tant de délicatesse, lorsqu'il Pa^ pelle une vertu surhumaine, héroïque, divine (2) ?
(1) Haec actio qna Bese anima, opitulante Deo et Domino sno, ab amore inferioris pulchritadinis ex trahit, debellans atqne interficiens ad versus se militantem consuetadinem suam, ea Tictoiia triumphatura m semetipsa de potestatibus acris hajus, quiboB invidentibus et pnepedire capicntibns, evolat ad saam stabilitatem et firmameutam Deam, nonne tibi videtur «a esse yirtos qw teroperantia dicitur?quid porro?cam in hoc itinere proficit, jam œternagauiia praesentientem ac pêne prehendentem, num amissio rerum temporalium autmors ulla deterret ? S. Aag. De Jf«- $ica, I VI, no 50.)
(2) 'ApfTiif ii'pMixiiv rt^oL xfii' 6 lia? {Morale à Mcomaqfie, l. VII C. 1.).
Sïlen est ainsi, pourquoi craindre les sacrifices (pd accompagnent nécessairement l'exercice de cette vertu, et sont la condition essentielle de son eiistence ?
En effet, sans sacrifices, pas de tempérance ni de continence ! Aussi bien, est-ce parce que la notion chrétienne du sacrifice baisse en beaucoup d'âmes qu'on voit monter de toutes parts ce flot iangeux de passions sensuelles qui menace de tout déshonorer et de tout engloutir.
Ici encore les hommes s'arrêtent & la surface de» choses. Ils n'ont ni assez d'attention, ni assez de courage pour aller jusqu'au fond. Semblables à Ventant peureux, ils se laissent épouvanter par do vùns fantômes. Leur ignorance confond les apparenees avec la réalité : et au lieu de voir dans le sacrifice une condition essentielle de la vie, ils fuient éperdus devant le sacrifice comme s'il apportait nécessairement avec lui la mort et le néaDl.
Quand donc comprendrons-nous que le sacrifice, au lieu de diminuer la vie, l'augmente ? De quoi s'agit-il en effet, quand, l'Évangile en main, nous venons prêcher aux hommes la doctrine du sacrifice impliquée dans cotte vertu de tempérance ou do continence proclamée divifie par un des plus vigoureux génies de l'antiquité ? Sur quels éléments doit porter l'opération douloureuse de la privation, du retranchement, de l'immolation ? Sur les condi-
lions de la vie ou sur les obstacles au plein développement de la vie (1) ?
Il ne saurait y avoir aucun doute à cet égard, si on est capable de lire l'Évangile avec quelque attention et surtout avec cette droiture de cœur qui exclut les jugements préconçus et systématiquement malveillants.
Il s'agit toujours et uniquement de supprimer Tégoïsme, l'amour inintelligent du moi, l'action désastreuse des passions qui trompent misérablement l'humanité en lui faisant boire la mort dans cette coupe enchantée et empoisonnée des plaisirs où elle croit trouver la vie (2).
Le sacrifice chrétien, par la tempérance, la continence et les autres formes du renoncement, c'est l'opération salutaire pratiquée chaque année au printemps sur la vigne. Pour empêcher sa sève de se perdre tout entière en bois et en feuillage inutiles, pour Tobliger à se concentrer et à se réserver pour la formation et le développement de son généreux fruit, le vigneron coupe, taille, retranche, émonde. Lui reprocherez- vous de tuer la vigne parce qu'il lui enlève impitoyablement tout cet excès
(] ) Nous résumons ici en quelques lignea trois chapitres d'an admirable manuel de morale chrétienne, dont nous ne saurions trop recommander la lecture et la méditation : la amnaUsanoe de VAme, du P. Gratry. (T. II, ch. I, 2 et 3.)
(8) Virginibus major amor imposuit majus onuB. (S. Aug. serm. 161. éd. Gaume, t. V, p. 1126.)
de vé^tation ? 11 vous répondrait, avec la parole
même dn Sauveur dans le saint Évangile, « qu'il
« taille la vigne capable de porter des fruits pour
ff qu'eUe en porte davantage : » Omnem palmitem
fui fert fructum pirgahit eum^ ut fructum plus
afftrat (1).
Et le même Jésus-Christ^ dont toute la doctrine semble se résumer au sacrifice, au renoncement, au crucifiement, n'a voulu et ne veut autre chose, sinon, au prix de si austères conditions, c nous f communiquer une vie plus abondante » : Ego WM, ut vùam habeant, et abundantius habeant (2). En définitive, la tempérance, la continence, resserrent, concentrent, augmentent les éléments de la vie que gaspillent, profanent et perdent tous ceux qui n'ont pas le courage de se soumettre à leur discipline C3).
Celte loi fondamentale de la morale évangélique, si féconde et si vraie lorsqu'il s'agit du gouvcrnemeiîlde la vie individuelle, n'est pas d'une appli-
(1) Joann. XV, 2.
(2) Joann. x, 10.
(3; Per continentiam qaip{>e colligimur et redigimar ia uaum a qooin multa deflazimus. (8. Aug. Conf. 1. X, c. xxtx.)
cation moins nécessaire à la vie col sociale de Thumanité. L'histoire est I^ rendre témoignage.
Les peuples ou les partis qui ne savc contenir se condamnent eux-mêmes à la < et à. la mort. On a fort justement C( rivresse, les ambitions désordonnées d\ dent les conquêtes et les révolutions mépris du droit et au profit de tel ou te de tel ou tel système politique, de telle fraction de l'unité sociale. Comme Tivi crises violentes exaltent un instant les font croire à un progrès de la vie. Mais à tations factices succèdent bientôt Taffai l'abattement, la langueur. La vie dépensée gesse et sans mesure dans les débauches de et de l'ambition, est promptement tarie sources ; et il fautaux nouvelles génération nées ou des siècles d'efforts^ de sévère du d'exacte et vigoureuse continence pour r^ mal produit par de tels excès.
Ainsi en jugeait naguère, avec une ii table compétence, l'homme d'État que la I récemment perdu, lorsqu'arrivant à la fin Histoire de f Empire, il appréciait, dans ur morale du plus haut intérêt, le caractère principal héros. A ses yeux, le trait domir ce caractère fut « l'intempérance morale » homme, doué d'un immense génie, jeta so
et lui-même dans des abîmes de revers après l'avoir fait monter avec lui au faite de la gloire et
de la puissance, c'est qu'il ne sut pas se contenir. Avant luiy la Révolution d'où il était issu avait, elle aussi, étonné le monde par son énergie et par
son audace ; mais elle n'avait rien su refuser à ses »
passions ; et elle avait tout perdu par son incontinence politique. Quant à l'incomparable guerrier, à Téminent législateur, à l'émule des Annibal et des César, vraiment grand tant qu'il eut la force de se contenir, il succomba à l'excès même de sa dévorante ambition et perdit tout pour n'avoir pas su pratiquer la modération (1). Il serait facile d'étendre Tapplication de celte loi aux vicissitudes
des diverses sociétés humaines^ et de montrer comment Phistoire politique du monde prouve la nécessité de la tempérance morale. Mais s'il a toujours été utile d'exhorter les hommes à pratiquer cette domination sur eux-mêmes qu'un ancien appelle <* le plus grand exercice de la puis- « sance et du commandement » : Maximum imperiurn est imperare sibi, convenons, N. T. C. F., que la crise périlleuse où nous sommes, donne à ces enseignements une singulière opportunité. Il semble en effet qu'aujourd'hui tout soit con-
(1) M. Thiere, dernier livre de VEittoire du Contvîat et de VBm^re, et jugement d'ensemble sur toute la carrière militaire et politique de Temperenr.
jaré contre cette discipline de la tempérance, sans laquelle individus ou nations sont fataleaieni* condamnés à la décadence et àlamort. Unepressep dont rimpunité augmente Faudace, commet chaque jour ce crime d'excitation à la débauche qu*on dirait n'être plus un crime quand il s'adresse aux masses. Il n'est plus rien de sacré, ni principes, ni traditions nationales, ni sentiments religieux, . dont elle ne prêche le mépris. Comme Thomme ivre, elle vomit sans vergogne les blasphèmes les plus impies, les propos les plus grossiers, les plus cyniques provocations ; à cette école de débauche intellectuelle et morale se forme Tesprit public abandonné sans défense aux adversaires déclarés de toute morale et de toute religion.
En même temps, de prétendus amis du peuple favorisent par tous les moyens dont ils disposent là multiplication de ces débits de boissons que les nations vraiment libres et sages tolèrent comme un mal inévitable, mais qu'au nom de l'intérêt social et des droits sacrés de la famille elles ont toujours cherché à restreindre et à réglementer.
Oui, nous n'hésitons pas à le dire, et nous voudrions que celte clameur de notre conscience épiscopale trouvât un écho dans toutes les consciences honnêtes : en dépit de leurs déclarations fastueuses et de leurs menteuses déclamations, ces soi-disant amis du peuple travaillent à fonder parmi nous ce qu'un éminent publiciste appelle avec raison « la
Wleuae domination d'un régime dégradant, » Il domination du cabaret h qui usurpe k titre do « privilège lo gouvernement local et fnnde sur « l'ivrognerie une nouvelle forme de féodaililé[l) •.
Nousn'ignoronspasquecettefôodalilédebasélage a aussi très explicilemenl pour but de combattre et de ruiner l'inilucnce toujours redoutée de l'Église I Cest en grande partie pour soustraire à son action
(I) U. Le Flar. laPaiatociale, p. S6 et f\. Le mEmenuteor ^oste A ccB puroleB des léQezions auxquelles aous nriuaseso'.'ioiii plrtnemgnt. « L«s popalatiuns ont profité des augmentationB « hrusqnes du snUire pour satiafaire au cabaret leur poneioD pour a ]«■ nkRotiqnes et les spiritoeux. Elles ; ont été, en ontre, attia !<<■ pw des coQVottiBcs ploa daugereuBeB. provoquËeB par cer- « Hînmi clacses de jonmalintes qui ont, an ix tieu, le dâbît prin-
< ând de leurs prodnctinna. I^ob guatcrnants nnl cui-m^niea € âMoRSÉ cette corruption. Rien n'est plne cuntraire à la prsti-
< qneet k l'opinion des peuples proapËrea : car ceux-ci B'actxtia dent ton* à voir on danger public dans le commerce des spi-
« ritnetu, et à lui refuser les libertés du droit commun Dana
■ occtainea campagnes, les brutales i m palsions de rivrogneriesont a diBormaJi gnidéea pnr une froide doctrine de destruction pio- « moJgiié* avec la pennisiion ou le patronage de certains hom* « mead'iMt. Le mal prend slors un caractère plus dangereox « que daaa les rilles les plus corrompues. T<e désordre que je « signale n'arait Ole tu juFqa'kce jcinrcIieE aucun peuple cÎTilisé, « et i3 non* abaisse rapidement vers l'état sauvage. » (Id. ib.
Ce» ligne» étaient Écrites en 1871. Uombiuo, hélas lue sontelles pas derenues d'une plus triste et plus meuai;ai>te vérité en I» préaeDte année 1S7S. £t quelle redoutable respoiisnliilité pour ^KX qui cooTrant or Qéan n de leur permission ou de leur patro-
— soles hommes qui autrefois sanctifiaient par la prière le jour sacré du repos, qu'on patronne administrativement des habitudes si funestes à F esprit de famille, et qu'on encourage les travailleurs à déserter le foyer domestique, avec ses bienfaisantes joies, pour les réunions malsaines où « tant d'ou- « vriers vont perdre leur santé et leur cons- « cience (4) ».
Pour nous, N. T. C. F. , nous le disons aussi haut que nous le pouvons faire, de toute Ténergie de notre patriotisme et de notre foi !
Malheur et honte à ceux qui font ainsi de la santé du peuple Tenjcu de leurs coupables ambitions ! Malheur et honte à ceux qui, en surexci-
(1) Jules Simon, V(htvrière^ ch. ni. Nous prions instamment les protecteurs officiels c des débits de boissons j> de lire et de méditer cette page d'an auteur qui ne saurait leur être suspect.
« Quelques administrations locales ont tourné contre ce grand a ennemi du travail et des mœurs (le cabaret) toutes les armes n que la loi met entre leurs mains... Mais ce n*est pas une bien a: forte dig'ie contre un pareil torrent que quelques règlements <i municipaux et quelques sergents de yille. Quand même il y <i aurait une coalition de toutes les municipalités de France pour « clôturer les cabarets an moment où les fabriques éteignent leors f feux ; quand môme tous les patrons feraient à Tivrognerie une a guerre k mort, on ne la vaincra pas, si on ne porte le remède R jusque dans les cœurs, d (Jules Simon, V Ouvrière^ ch. ili.;
Porterie remède dans le* cœiirt^ c'est ce que nous essayons de faire au moment où le débit de boissons, partout encouragé, semble être dev^enu ce que Tacite aurait appelé dans son éuergiqae langage itutrumentumregni.
tant ainsi toutes les passions, énervent le tempénuneot national et me ttent dans le sang de tout on peuple cette fièvre de jouissances où se consument si rapidement les ressources essentielles de la YÎe ! Vœ vobis duces vœci {^) !
Chrétiens, enfants de l'Évangile, fils soumis de la sainte Église catholique , faisons honneur à la discipline de notre baptême I Geignons vigoureusement nos reins et nos cœurs (2). Pratiquons, conformément aux devoirs de notre état et aux saintes lois de l'Église, les austères et salutaires préceptes de la tempérance et de la continence I Noos serons ainsi du nombre de ceux qui, recueillant la vie au lieu de la disperser , serviront tout &
la fois les intérêts de leur patrie de la terre et ceux de leur patrie du ciel !
(Suit le dispositif,)
(1) HaUh. xzni. 16.
(2) Propter quod snccincti Inmbos mentis vestra, sobrii. (I Pet.
Mgr Pebraitd. — ŒnTres, t. IT. 6
DISCOURS
FBONOKCÉ DANS LA OÂKÉMONIE DE LA BÉNÉDICTION DB L*OROUE DE CHŒ1 dp: la basilique de PASAY-LE-KONIAL
(24 MAB6 MDCCGLXXVIIl)
Mes BiEN-^iMÉs Frères,
Ce matin, après avoir ouvert, par une tion solennelle au Saint-Esprit, la misî sera, avec Taide de Dieu et par le zèle ouvriers apostoliques, une source de grâc principe de salut pour la chère cité de Par avons accompli une autre fonction de 1 liturgie. Nous avons béni l'instrument d soutenir les chants sacrés et à concourir, mélodies, à la magnificence du culte divin
Une intelligente initiative a voulu dot Basilique d'un orgue sorti des ateliers d
facteurs les plus justementj célèbres de ce siècle (1).
Je suis heureux du succès qui a couronné cette entreprise. J'en félicite celui qui Ta si rapidement conçue et menée à fin. Je dois et veux remercier les généreux donateurs qui se sont prêtés de si bonne grâce à la réalisation de ce pieux et artistique projet. Au risque de commettre une indiscrétion, je remercierai, en particulier, le vénéré pasteur qui, par une souscription magnifique, représentant à elle seule la moitié des dépenses totales, a donné à la paroisse, dont il est depuis trentedeux ans le guide spirituel, un nouveau témoignage de son paternel intérêt. Je n'oublierai pas, mes bien-aimés frères et collègues qui ont eu à cœur de nous seconder dans cette entreprise, Mgr l'évêque de la Rochelle, enfant par sa naissance de Paray-le-Monial et du diocèse d'Autun, et Mgr l'évêque de Troyes, qui recevait ici, il y a trois ans, la consécration épiscopale.
Je me ferai également l'interprète de votre reconnaissance envers les artistes qui se sont empressés d'accourir à notre appel, des différents points du diocèse, fpour apporter à |cette fête le concours de leur talent.
Enfin, puisque je paie ici, mes Frères, les dettes
(1) La maison Cavaillé-Coll.
de notre commune gratitude, comment ne nommerais-jepas, une fois encore, dantcette assemblée^ Tauguste Pontife dont le souvenir est vivant dans tous les cœurs ? A qui dois-je l'érection de cette église en Basilique, avec les bénédictions qui ont présidé à la fondation des Chapelains et dont les effets sont si visibles dans le bien accompli par nos zélés missionnaires et dans les développements rapides de notre petit collège de Paray ? Laissezmoi donc envoyer, en votre nom et au mien, le tribut de la plus filiale reconnaissance à la mémoire vénérée de Pie IX.
Il faudrait écrire une longue histoire si Pon voulait remonter aux origines mêmes de l'instrument si manifestement prédestiné à exprimer le plus noble des sentiments du cœur de l'homme, le sentiment religieux, le besoin de la prière et de l'adoration. En effet, le premier inventeur de Torgueet de la musique d^accompagnement, au témoignage de la Sainte-Ecriture, fut Jubal, séparé seulement d'Adam par douze générations, /wia/ ipse fuitpater canentium in cithara et organo (1).
Depuis CCS origines si antiques, l'orgue n'a cessé de subir les plus intelligentes transformations et d'être conduit de progrès en progrès.
Mais je suis pas monté dans cette chaire pour
^1) Gen. IV, 26.
TOQs fiiire un cours d'esthétique religpieuse. D'ailieors, ce travail a été fait et bien fait. Un volume dà à laplnme du maître de chapelle de Saint-Pierre de Màcon, et écrit avec la science la plus compétente, résume très bien Thistoire de l'instrument qui, depuis des milliers d'années, accompagne de ses graves accords lechantde la prière humaine (1).
Un poète chrétien du rv* siècle, Prudence, a exprimé en deux vers la mission de Tart religieux en général et de Forgue en particulier.
« Tout ce que Torgue, aux tuyaux inégaux, fait € retentir d'harmonieux, tout cela célèbre le « Christ, parle du Christ, contribue à la gloire du « Christ. »
Orçana dUparibui ealamit quod eontona mUcent, Chrittwn eoneelehratf ChrUtnm sonat, ovmia Christum (2).
Sïl en avait toujours été ainsi, nous n'entendrions pas les maîtres les plus autorisés, gardiens jaloux des vraies traditions, se plaindre de l'invasion de la musique profane dans le sanctuaire. Le poète a très nettement formulé le principe dont ne se doivent jamais départir les interprètes de la musique d'Église.
{1) Étvdeê historiqueê sur le chant religieux, par M. Hippolyte Bety. Voir particulièTement, pour l'histoire de l'orgue, le chapitre l^r de la deuxième partie.
(2) Cité par M. Kety, page 17i.
Que viennent faire ici, près de Taulel et du ta — bernacle, les mélodies théâtrales, les emprunts inconvenants faits à des chants corrompus et corrupteurs ? L'art véritablement chrétien n'a qu'une mission : parler du Christ, célébrer le Christ, être un hymne continuel à la gloire du Christ.
Chrittum eoneelehrat, ChrUtum sonat, omnia CkrigtuwL
D'ailleurs, Messieurs, quel plus bel idéal vous présenter, à vous qui cherchez à être les dignes interprètes du sentiment religieux? Le Christ n'est-il pas, par excellence, le suprême artiste dont les aspirations créatrices doivent présider à toutes les inspirations? Omnia per ipsum facta sunt [i).
N'est-il pas le grand harmoniste. Lui qui, par son oblation et son sacrifice, a réconcilié le monde avec Dieu, et mis en paix la terre avec le ciel (2)?
Oui, avant lui, l'accord originel du Créateur et delà créature était brisé ; l'harmonie de la famille humaine était rompue ; les hommes ne reconnaissaient plus Dieu pour leur Père, et ce Père était justement irrité contre des enfants ingrats. Le Christ est venu ! Il a parlé, il a prié, il a souffert ! Il a dit sa doctrine aux hommes, il a souffert sa
(1) Joann. 1. 3.
(2) Deu9 erat in Chritto mundum reconcilians Hbi (V Cor. V, 19). Pacificans per ^anguineni crucis (fJHs tive quœ vu cœlii êunt (Col. 120).
passion à Dieu . cl il a nUahli sur des hases nouveUen ['antique accord, Deiis erat m Chriato mundum réconcilia/ta sibi!
Oui, le Christ est l'arlislo el riiacmoniste par excellence. Ainsi l'avaient compris les (.lirétiens siècles, lorsque, dans les peintures mbus, ils roprésenlaicnt le Sauveur sous Orphée, le musicien aux chants doux et poluanls quîavail obligé l'enfcràlui rendre sa proie. S'il en esl ainsi. Messieurs, pouvez-vous mieux Elire que de vous inspirer du Christ, toutes les fois que vous exercez voire art, et que vous vous dispose!! k faire passer votre fol et votre ftme loul entière dans les jeux de votre instrument?
Vous voulez rappeler les hommes si ouLHeux el si distraits au sentiment d'une crainte salutaire m itca des jugements de Dieu ? L'orgue a, pour exprimer de tels sentiments et produire de telles impressions, de merveilleuses ressources, et vous n'avez qu'à commander pour faire jaillir de ses flaocs les redoutables grondements du tonnerre en un jour d'orage. Imitez alors, dans la majestucase sévérité de ses réprimandes et de ses averlîssemenls , la voix du juste indigné, lorsqu'au nurode la vérité, de la justice et do l'honneur, il s'élevait contre l'hypocrite sagesse dos Scribes et des Pharisiens, vse vobis. Scribe et Pharisœi! Lorsqu'il protestait contre le monde et ses scandales, vee muiido a scandalis!
Lorsqu'il stigmatisait l'orgueil et. les infaiaations de ces chefs aveugles qui conduisent les peuples aux abîmes pour n'avoir pas le courage de lutter contre les mauvaises passions, vâBvobiSy duces cœeil
Lorsqu'enfin, entr'ouvrant les abîmes insondables de Téternelle justice, il annonçait, en paroles foudroyantes, le sort réservé aux réprouvés : lie maledicti in ignem œternum.
D'autres fois, sans faire appel à d'aussi terrifiantes menaces, vous voudrez exprimer par de pathétiques accords la tristesse qui sied si bien au cœur de l'homme exilé. Mettez-vous alors à l'unisson des inénarrables tristesses du Cœur de Jésus, lorsqu'il disait à la Samaritaine, avec un profond soupir : « Ah ! si vous saviez le don de Dieu ; »
Ou bien, lorsqu'il exprimait à ses apôtres son ardent désir de manger la Pâque avec eux, et de s'immoler tout entier, pour satisfaire à la justice de son Père, en donnant aux hommes la vie éternelle, desiderio desideravi hoc Pascha mofiducare vobiscum ;
Ou encore, lorsqu'on proie aux intimes et déchirantes désolations du jardin des Oliviers, il repoussait et acceptait tout à la fois le calice rempli de tant d'amertumes, et trouvait le remède à sa mortelle tristesse dans le fiât d'une filiale résignation : Pater, non mea voluntas sed tua fiai;
Ou enfin lorsque, déjà expirant et touchant au ter-
me doaon effroyable siipiice, il jetailvers leciel de» crisde désolation et d'ardetil désir : « Mon l'ère, mon Père, pourquoi m'avez-vous abandonné! Eli, Eli, lanmia salmcthani. J'ai soif, sitio.
VoHs savez également, Messieurs, combien l'orgue excelle à exprimer ces senlîmenls d'une exquise suavité, qui pénètrent jusqu'au fond de Vftme avec une douceur infmîe, lui font goûter une pais qui n'est pas de ce monde, cl la soulèvent, presque à son insu, jusqu'aux plus sublimes régions. Ici encore, le grand, le divin artiste, l'harmoniste incomparable vous inspirera par les accents de eetl«vorx dont la vois céleste de l'orgue n'est ^'une chétive et lointaine imitation.
Ecoutez, mes Frères, et dites si les ressources
fc l'art le plus achevé peuvent reproduire l'in-
wmparablc tendresse de ces paroles de notre Christ;
^^^# Bienheureux ceux qui pleurent, parce qu'ils
^^Bilont consolés 1
PW 'Bienheureux ceux qui soulTrenl persécution
■ pour la justice, parce que le royaume des cieux < leur appartient!
"Allez en paix, niafille.vospéchésvous sont remis! o II vous sera pardonné beaucoup, parce que
■ vous avez beaucoup aimé !
D^KiVenez & moi, vous tous qui travaillez et qui H^Pé* écrasés, et je vous soulagerai 1 » ^^^Ofoi, en vérité, c'est lui, le divin artiste, qui doit présider aux combinaisons de nos instruments,
conduire les chœurs, inspirer nos mélodies, èlre Tàme de nos chants sacrés.
A ce prix, le travail de l'artiste devient un véritable apostolat.
Sans doute, la musique, même la plus strictement religieuse, n'a pas, pour annoncer les mystères de la foi, le langage net, précis, articulé de la raison humaine, interprétant l'Ecriture et les savantes leçons des Pères et des théologiens. Il n'est donné à la musique ni de disserter, ni de construire des arguments, ni de formuler des conclusions.
Autre est sa puissance.
Elle va prendre l'homme au plus intime de luimême ; elle le sépare du dehors, le ramène au dedans, le prépare à sentir et à goûter Dieu, gustate qtioîiiam suavis est Domimis.
Vous étiez entré dans cette église d'un air froid, indifférent, vous ne pensiez à rien. Depuis longtemps, vous n'aviez plus prié. Tout d'un coup, la voix de l'orgue se fait entendre. Malgré vous elle vous recueille et écarte de votre esprit le tumulte devosdistractions, elle calme les mouvements désordonnés de votre imagination et de votre cœur. Comme Saiil, aux heures où il était agité par le malin esprit, se calmait et se rassérénait, en entendant la harpe de David, vous aussi , vous sentez un calme bienfaisant se faire dans tout votre être.
L'artiste continue ; ses accents deviennent plus
pénétrants ; sa mélodie si pieuse gagne votre cœur, eUe le touche, l'ouvre, en fait jaillir un flot de larmes. Vous pleurez, et comme malgré vous, vaincu par cette divine puissance de Tharmonie, vous vous agenouillez pour redire une prière depuis longtemps oubliée. L'apostolat de l'artiste et de son instrument a eu raison de vos résistances. Ayant senti Dieu au fond de ces grandes mélodies, vous ne voulez plus ni l'oublier, ni l'offenser, et votre àme entre avec joie dans le grand accord, dans l'union fraternelle des cœurs étroitement unis entr'eux, parce qu'ils sont, avant tout, unis à Dieu. Je reviens ici, mes Frères, aux pensées que je vous exprimais il y a quelques heures, en ouvrant solennellement parmi vous la mission qui commence. J'exhortais et je bénissais les ouvriers apostoliques qui vont se dévouer pour vos âmes.
Lorgue travaillera avec eux et il contribuera, je l'espère, à étendre les conquêtes de leur zèle.
Ainsi seront réalisés les vœux formuh'^s par la sainte Église, et que je répétais ce matin en bénissant le magnifique instrument.
Il excitera les fidèles à célébrer avec plus d'ensemble les louanges de Dieu, qtio fidèles ad tuam gloriam et laudes celebrandas excitentur ;
Il contribuera à augmenter en eux la foi, Tespérance, la charité, fiât in ipsis fidei ^ spei et charitatis augmentum ;
Il mettra dans tous les cœurs une sainte émula-
tion de prière, de ferveur, d'amour pour la vérité, de désir pour raccomplissement du bien, ut cum, illud fidelium auribus insonuerit, crescat in cordir bus eorum te laudandiet benedicendi^ tuique verbi audiendi etfaciendi semulatio (1),
Je m'arrête, mes chers Frères, sur cette dernière pensée de la sainte liturgie. Vous n'ignorez pas combien redoublent, à l'heure présente, les périls de la société chéticnne ; avec quelle audace ses ennemis travaillent contre elle; à quels combats doivent se préparer tous les soldats du Christ !
Parfois on serait tenté, au milieu de ces luttes, de se laisser gagner par la défaillance et par le découragement. Que faire contre tant de légions armées contre nous ?
C'est l'heure oti, dans les batailles, pour ranimer le courage de leurs troupes, les chefs donnent le signal à la musique guerrière. Ses accords retentissent. Ses vaillants accents rendent le cœur aux plus épuisés. Les rangs se reforment; on reprend la marche en avant ; on jure de vaincre ou de mourir, et on remporte la victoire.
Qu'il en soit ainsi de nous, mes bien chers Frères ! le combat est terrible, l'heure est périlleuse! que les saintes mélodies retentissent sous les
(O Prière pour la bénédiction de Torgue publiée par la S. Congrégation des Rites. Elle se trouve à Tappendioe du volame de H. Bety,
voûtes de nos temples ; que l'orgue, à la voix puissante, ranime nos courages défaillants, et qu'en nous inspirant plus de confiance en Dieu, il nous conduise à la victoire et au triomphe éternel.
Ainsi soit-il.
JITTRE PASTORALE
AU CLEKGE ET AU.*: FIDELES DU DlOCES:
POUB LBUB COMMUNIQUBB I7NE LETTRE DE 6A BAiKTBTi LE PAPE LÉON :
Messieurs et chers Coopérateurs, Mes BiEN-AiMÉs Diocésains,
Vous avez su mes perplexités et mes an J'ai cherché ma sécurité dans Tobéissai l'obéissance m'apporte la lumière et la p hâte de les partager avec vous.
S'il avait dépendu de moi, Dieu serait d
(1) Malgré la longueur des offices, MM. les Curés son vouloir bien lire la présente lettre à leurs paroissieus Ii cbe des Hameaux.
le seul confident des offres qui m'ont été faites d'aller occuper le siège métropolitain de Rennes et d« refus que m'ont dicté mon affection et mon dévouement pour vous.
De regrettables indiscrétions, bientôt répétées par tous les organes de la presse, ne m'ont pas permis d'ensevelir ces négociations dans le secret de la prière.
L'heure est venue de m'en expliquer brièvement avec vous et de vous faire connaître les principaux incidents d'une affaire dont la conclusion appartientdésormais à l'histoire du diocèse.
A une première ouverture de M. le ministre des cultes, en date du 15 mars, j'avais répondu le 16, en déclinant le grand honneur qui m'était proposé.
Six jours après, tous les journaux annonçaient
comme certaine ma promotion à la métropole de
la Bretagne, et j'étais officiellement averti que la
nomination était signée par M. le Président de la
République.
J'étais à ce moment oans notre chère cité de Paray-le-Monial, près du sanctuaire où, il y a moins de quatre ans, j'apportais mes premières prières, mes premiers vœux elle désir de me donner sans réserve au Cœur do Notre-Seigneur , en lui confiant la grande mission dont il me chargeait pour vous.
A peine de retour à Autun, j'écrivis au Souverain Pontife pour lui confier mes anxiétés et verser
dans son âme de pasteur les sentiments intimes de la mienne.
Yoici en quels termes je m'exprimais :
▲atan, 27 mars 187
Très Saint Père,
Je viens me jeter à vos pieds avec la la plus filiale, et en osant rappeler à Yol teté Taccueil si bienveillant dont Elle m'honorer, il y a deux mois, au palais Fi
Le gouvernement français m'a fait oiTi douze jours, rarchevèché de Rennes.
J'ai répondu par un refus immédiat. J*^ qu'en dépit de ce refus, le projet est p< On insiste très énergiquement, et je sei n'ai plus qu'un seul recours, qui est de m' à Votre Sainteté.
Je suis très attaché à mon diocèse, où et fidèles m'entourent de leur confiance et affection.
J'y suis gardien du vénéré sanctuaire de le-Honial, centre dans le monde catholiqi dévotion au Sacré-Cœur.
Il n'y a pas encore quatre ans révolus suis évèque d'Autun. C'est donc à peine pu commencer à y travailler d'une manier car le diocèse est très vaste, il comprend
six cent mille âmes, et il faut beaucoup de temps pour connaître les hommes et les affaires.
Povr toutes ces raisons réunies , et en réservant expressément l'obéissance que j'ai jurée le jour de mon sacre au Pontife romain, j'ose prier Votre Sainteté de me laisser encore au milieu du troupeau qui m'a été confié, et où, avec la grâce de Dieu et les bénédictions de Votre Béatitude, je puis espérer faire quelque bien.
Je baise très humblement vos pieds, Très Saint Père, et me dis, dans les sentiments de la plus religieuse vénération,
Votre très obéissant et dévoué fils en N.-S. Jésus-Christ.
Le 3 avril, Sa Sainteté le pape Léon XIII daignait répondre à ma communication du 27 mars par la lettre suivante :
Wm XIII ^ Pape, à notre Vénérable Frère Adolphe-
LouiSj évêque d'Autun,
Vénérable Frère,
Salut et bénédiction apostolique. Nous avons
reçu vos lettres du 27 mars, par lesquelles vous
Nous suppliez instamment de vous permettre de ne
point vous rendre à l'invitation du gouvernement
français qui vous appelait dans une autre région,
et de sanctionner de Notre autorité votre désir
de demeurer dans ce diocèse d'Autun, mis par le
Mgr PXBRAUD. — ŒaTrerfi t TT, 7
Siège apostolique sous la garde de votre i votre vigilance.
Certes, Vénérable Frère, Nous avons lie édifié dans le Seigneur du profond dévc dont vous faites preuve à Tégard du trouf vous a été confié, en voyant par vos Ictt vous n'aviez rien de plus à cœur que d( nuer à prodiguer vos soins et voire zèle au dont vous voulez procurer le bien spiritu salut.
Aussi, accédant à vos prières, Nous vous savoir que Nous approuvons hautement dessein de demeurer dans votre présente pastorale, et Nous avons le ferme espoir < l'aide de Dieu, votre administration pn d'abondants fruits de salut au diocèse dor êtes le chef spirituel.
Après avoir approuvé de tout Notre cœu excellente résolution. Nous supplions la clémence de vous accorder l'abondance de les grâces célestes. Recevez-en les prémice
le gage de notre sincère affection, dans la b< tion apostolique que Nous vous envoyons ( charité du Seigneur, à vous ainsi qu'à toi dont vous êtes le Père.
Donné à Rome, à Saint-Pierre, le 3 avri de Notre pontificat Tan premier (4).
(1) Voir le texte latin aux pièces justificatives, n» !.
Une parole si décisive, des encouragements si paternels, de si hautes et de si bienveillantes félicitations, sont pour moi , mes fils et frères bienaimés, une douce récompense de ce que j'ai pu faire depuis quatre ans dans ce diocèse.
Je reçois d'ailleurs la décision du Saint-Père comme une nouvelle mission qui m'accrédite au milieu de vous de la part de Notre-Seigneur Jésus- Christ et de son Vicaire sur la terre ! Aussi bien, puis-je maintenant m'approprier, pour vous les adresser, les paroles de saint Paul : <( Si je ne suis € pas l'apôtre d'un autre peuple, je suis le vôtre, < et vous êtes dans le Seigneur le signe et comme € le drapeau vivant do mon apostolat ». Si altis non sum apostolus, sed tamen vobis sum : nam ^laculum apostolahis mei vos estis in Domino (i). Me tromperais-je , en pensant que désormais flies paroles auront plus d'autorité, que mes conseils seront mieux écoutés et mieux suivis, et que vous aurez tous à cœur de me seconder avec un redoublement de fidélité et de courage pour faire régner Dieu parmi nous?
En nous bénissant vous et moi, mes bicn-aimés Frères, le souverain Pontife a exprime l'espoir qu'il en serait ainsi ! Je confie celte auguste espérance et ce désir à la délicatesse de vos sentiments.
:i) I Cor. IX, 2.
et je ne vous demande d'autre retour de Tj dont je vous ai donné le témoignage, que voir tous servir le Seigneur et répondre au: de mon zèle : Nunc vivimus , si vos statu i\ no(l).
Faites-nous oublier ^qu'un des diocèses religieux de France nous a fait le grand l de nous désirer pour premier pasteur, et < plus touchantes manifestations de foi et { nous arrivaient déjà de l'illustre métropol Bretagne !
Dieu sait que nous n'y avons pas été ins< et que , dans le secret de notre cœur, nous prié de bénir ceux qui nous exprimaient en si émus les sentiments les plus affectueus plus chrétiens.
A vous, nos très chers Frères, dans une émulation pour le bien, de justifier devan l'Église la préférence que nous vous avons d Nous voici dans les jours les plus solenr Tannée. La grande semaine approche, la s( des jours saints, la semaine où l'Église rc de prières, de pénitences et de labeurs poui
quer aux âmes le prix du sang divin versé croix.
Voulez-vous, N. T. C. F., nous prouv
(1) I Theas. m, 8
Yous avez compris et apprécié notre résolution de ne pas vous quitter? Voulez- vous agir en bons fils à Pégard de qui vous a témoigné toute Taffection et tout le dévouement d'un père ?
Profitez de ces jours de grâce et de salut. Mettez ordre à vos consciences. Obéissez à la voix de rÉglise. Préparez-vous par une confession bien faite à Taccomplissement du devoir pascal, et, dans toute la suite de votre vie, pensez, agissez en vrais chrétiens.
Je prie vos respectables pasteurs de vous transmettre cet appel de ma part. Ils vous communiqueront en même temps la bénédiction que Sa Sainteté le pape Léon XIII envoie à tout le diocèse, en confirmant Taspostolat de celui qui se dit une fois de plus <( rÉvèque de vos âmes » et votre père très affectueusement dévoué en Notre-Seigneur Jésus-Christ.
AU CLEBGÉ ET AUX FIDÀLS8 DU DIOCiSB
POUB PBOMULaUKB
LA PBEMliBE LETTRE ENCTCLIQUS DE 8A SAINTETÉ LE PAPB LlftoK Xni (21 AYBIL MDCOCLZZYIII.)
Nos TRÈS CHERS FrÈRES,
Deux mois après son élection au suprême Pontificaty au jour où l'Église chante V Alléluia pascal ' Sa Sainteté le Pape Léon XIII a, pour la premièr^^ fois, fait entendre au monde entier les accents d^ sa parole apostolique. Fidèle aux traditions dc^ ses prédécesseurs, de glorieuse et sainte mémoire, il envoie à tous les Évèques catholiques, en communion avec le Saint-Siège, sa première Lettre Encyclique, et leur adresse les enseignements, les avertissements, les conseils, les exhortations
qu'ils devront ensuite redire de sa part au clergé et au peuple chrétien.
Nous nous empressons, N. T. C. F., d'accomplir ce devoir sacré de la charge épiscopale.
Écoutez donc, avant tout, la voix auguste du Vicaire de Jésus-Christ, Écoutez-la, en vous rappelant ce que le Sauveur disait à ses apôtres : « Cece lui qui vous écoute, m'écoule ; celui qui vous c méprise, me méprise. » Qui vos audit me audit ; qui vos spemit mespemit (1).
Unis d*esprit et de cœur à votre Évoque, dans la
douce et glorieuse obéissance de la foi, vous rçce« vrez l'enseignement apostolique avec les sentiments de la plus religieuse et de la plus filiale soumission.
Tous ensemble, en lisant les Lettres apostoliques de Léon XIII, nous répéterons ce que son prédécesseur, le pape saint Léon le Grand, disait au peuple romain en lui expliquant les épitres de saint Pierre :
« Puisque nous avons, Frères bien-aimés, un c Pasteur qui veille avec tant de zèle sur son « troupeau, et le met en garde par ses avertisce sements contre les attaques des bêtes féroces, « prêtons l'oreille la plus attentive de notre cœur « aux accents de sa voix, et suivons exactement
(1) Lac. X, 16.
« la trace de ses pas, afin de ne jamais nous « détourner des pâturages où il nous appelle, c Yoici, ô très saint Pasteur de nos âmes, que <c nous, vos brebis, nous nous rassemblons au- € tour de vous et nous vous supplions humble- € ment de vouloir bien nous donner Taliment de « la doctrine (i). »
(1) Numquid castos noster saper gregem sanm stadiose non YÎgilat, et feraram incnnasut caveri debeat, soUicitiB TOciboB non clamai f... Vocee ergo cuftodis noetri beati Pétri apostoli, Fratres cariBsimi, erectU cordinm aaribns intendamns, et rectam Testigionim ejos lineam tenentes, a paBcois ad qo» Tocat noaqoam exorbitemna... Ecoe o beatiasime Pastor noeter, noe tom OTea slmal adsnmus, et nt nobia doctrinsB tu» alimenta tribnaa, hnmiliter obsecramaa. (S. Léo M. in Cath. 8. Pétri apost. aenn, Ed« Lngd. 1700, t. I, p. 184.)
LEnRE ENCYCLIQUE
DE KOTRX TBÈS SAINT PÂBE L£ PAPE Ll^ON XIII PAR LA PROVIDENCE DE DIEU SOUVERAIN PONTIFE
A T0U8 LIS PATBIABCHE8, PBIMATS, ABCHEVÈQUE8 ET ÉVÈQUBS BV MONDE CATHOLIQUE EN OBACE ET EN COMMUNION AVEC LE SIÂOB APOSTOLIQUE.
^ tout Mi VénérahUê Frères, les Patriarehes, Primate^
Arehetêque* et Ikêques du mûnde oathoUque ^ grâce et en communion avec U Siège Apottoliquc,
LÉON XIII, PAPB.
Vénérables Frères,
Salui et bénédiction apostolique. Élevé par un insondable dessein de Dieu, et, sans le mériter, ^u faite de la dignité apostolique. Nous Nous som- "î^s aussitôt senti pressé par un ardent désir, et, pour ainsi dire, par la nécessité, de Nous adresser à vous par lettres, non seulement pour vous manifester les sentiments de Notre profonde affection, mais aussi afin de remplir auprès de vous les devoirs de la charge que Dieu Nous a confiée, en
vous encourageant, vous qui avez été appelés à partager Notre sollicitude, à soutenir avec Nous la lutte des temps actuels pour l'Église de Dieu et le salut des âmes.
En effet, dès le commencement de Notre
Pontificat, Nos regards sont attristés par le spectacle des maux qui accablent de toutes parts le genre humain : les principes sacrés qui servent de fondement à la société partout et ouvertement renversés ; l'audace des esprits, ne pouvant plus souffrir aucune autorité légitime ; un levain perpétuel de discordes d'où sortent à chaque instant des luttes intestines, de cruelles et sanglantes guerres ; le mépris des lois qui régissent les mœurs et protègent la justice ; une insatiable cupidité des choses qui passent et l'oubli des biens éternels portés jusqu'à ce degré de fureur criminelle qui pousse tant de malheureux à se donner la mort ; la fortune publique livrée à l'imprévoyance et à la malversation; bien plus, l'impudence de ceux qui^ trompant de la pire façon, agissent de manière à se faire passer pour les défenseurs de la patrie, les champions de la liberté et du droit ; enfin, cette sorte de peste meurtrière qui pénètre insensiblement et corrompt tous les organes intimes de la société humaine, ne lui laisse aucun repos, et lui prépare de nouvelles révolutions et d'épouvantables calamités.
Ces maux, telle est Notre conviction, ont leur
bîf>al(! cause dans le mépris elle renversemont de l'auguâte eL sainle autorité de l'Église, qui gouverne les hommes au nom de Dieu, et qui a la mission de venger el de soutenir toute autorité légitime. Les ennemis de l'ordre public le .savent Ir&s bien ; aussi, pour ruiner la société, n'ont-ils . pas trouvé de moyen plus sûr que la guerre acharnée conlre l'Eglise et contre Dieu, Ils suscitent contre elle l'envie et la haine par de honteuses Calomnies ; ils la représentent comme l'ennemie <le la vraie civilisation ; ils portent tous les jours de nouveaux coups ii sa force et à son autorité ; ils veulenlabaltro enfin le pouvoir supn^me du Pontife nmain, établi pour défendre et affirmer iei-bas 1h règles éternelles et immuables du bien et de la jUtice. De là, sont sorties les lois qui ébranlent la Unslilution divine de l'hglise catholique, et qui, àNoIre grande douleur, régissent aujourd'hui la plupart des nations. De là aussi ont découlé, et le mi'prisdu pouvoir épiscopal, et tes entraves mises à l'exercice du ministère ecclésiastique, et la dispersion des communautés religieuses, et la vente & l'encan des biens qui servaient à entretenir les ministres do l'Église et les pauvres. De là encore il est résulté que les institutions publiques consacrées à la charité et à la bienfaisance ont été soustraites à la salutaire direction de l'Eglise ; de fceal née cette liberté effrénée et perverse de tout ligner et de publier, tandis qu'au conlraire,
on viole et on opprime de toutes manières le droit que possède TÉglise d'instruire et d'élever la jeunesse. On n'avait pas d'autre but en usurpant la principauté civile que la divine Providence avait accordée depuis bien des siècles auPontife romain, afin qu'il pût exercer librement et sans entraves, pour le salut éternel des peuples, le pouvoir que Jésus-Christ lui a conféré.
Si Nous avons déroulé devant vous, Vénérables Frères, cette longue et funeste suite de calamités, ce n'est pas pour accroître la tristesse qu'un si lamentable état de choses inspire naturellement à vos âmes ; mais parce que le seul exposé de ces maux, Nous en avons la certitude, vous fera apprécier toute la gravité de la situation qui réclame Notre ministère et Notre zèle ; et nous montrera avec quel soin Nous devons, surtout en ces temps déplorables, dépenser Nos forces pour défendre et venger l'Église du Christ ainsi que la dignité de ce Siège Apostolique, attaquée par tant de calomnies.
Il est notoire et incontestable, Vénérables Frères, que la civilisation manque de fondements solides, si elle ne s*appuie sur les principes éternels de la vérité et sur les règles immuables du droit et de la justice, si une sincère aflection ne lie entre eux les cœurs des hommes, et ne règle avec douceur leurs relations et leurs devoirs mutuels. Or, qui Dserait le nier? C'est l'Église qui, en répandant fmrmi les nations la prédication de l'Évangile, a
(ait briller la lumière de la vérilé au [uilicu de peuples barbares el imbus de honleuscs superstitions, Icuraapprisà connaître le divin Créateur et àse reconnaît rccus-mèmes. Oui, c'est l'Église qui en supprimant le 06au de l'esclavage a rappelé les liommes il'&nlique dignité de leur noble nature. Elle a déployé sur loules le splages l'étendard de la rédcmplion.apporté avec elle lessciences elles arts oulesa couvertsdesaproleclion.crééou pris BOUS son patronage tant d'excellents instituts charitables, danslesquels toutes les misères humaines ont trouvé leur Wula^ment. Elle acivilisé les individus et les société, elle les a relevés de leurs hontes, et les a formés par toutes sortes de soins à un genre de vie en hariBonic avec la dignité et les espérances humaines. Qu'un homme de sens compare notre époque, si hostile k la religion et h l'Église de Jésus-Christ, ■ivec ces temps heureux où les peuples vénéraient l'Église comme une mère; il se convaincra absolument que notre âge, si fécond en révolutions et en ruines, court droit et vile k sa perle. Tout au Mnlraire, ces temps anciens ont été, par leurs Hiagiiifiques institutions, par la tranquillité de la vie, parles richesses et la prospérité, d'autant plus HfiriKaants que les peuples ont élé plus soumis au gouvememenl de l'Église et ont plus fidèlement observé ses lois. Si donc les biens nombreux que nous venons de rappeler, et qui ont dû leur naissance au ministère de l'Église et à son influence
salutaire, sont vraiment les œuvres et les de la civilisation humaine, qui osera repr< rÉglise du Christ de détester la civilisatiij la repousser, puisqu'au contraire elle reve rhonneur d'en avoir été la nourrice, la maîti
la mère ?
Au reste, la civilisation prétendue qui
ep opposition avec les enseignements et les
la sainte Église n'est autre chose qu'une i
façon menteuse de la civilisation véritable
vain mot sans réalité. Nous en trouvons la ]
manifeste chez les peuples que la lumière <
vangile n'a point éclairés ; dans leur vie, oi
apercevoir quelques faux dehors d'une édu
plus cultivée, mais les vrais et solides hieni
civilisation n'y ont jamais prospéré. II ne fa
en effet regarder comme une civilisation pi
le mépris audacieux de toute autorité légîi
il ne faut pas honorer du nom de liberté ce
pour cortège honteux et misérable la propag
effrénée de l'erreur, le libre assouvissemen
mauvaises passions, l'impunité du désordre
èrime, l'oppression des meilleurs citoyens de
classe. Ce sont là des principes erronés, per
faux. Comment pourraient-ils avoir la verl
perfectionner la nature humaine et de la n
heureuse, puisque ie péché fait les hommes ;
râbles. Aussi, par une conséquence inéviti
après avoir corrompu les esprits et les cœurs
— tu —
cllenl nalurellcmenl los peuples dans piiUe CAlamitéfi, ils renversent tout ordre légitime, el conduisent ainsi tât ou tard à leur dernîëre perle l'ordre et la tranquillité publique.
Si, en outre, on examine les œuvres des Pontifes romains, n'est-ce pas une criante injustice de nier les services nombreux et signalés que los Évèques de Rome ont rendus à la société civile? En eUet; lOiqoars attentifs au bien des peuples, Nos prédé- KHeurs n'ont pas hésité, pour le procurer, à eolr^rendre des luttes de tout genre, à supporter de rndes travaux, & affronter d'âpres diflicullés. Les yeux fixés au ciel, ils ne courbèrent jamais le front devant les menaces des méchants. Jamais non plus ni les flatteries ni les promesses ne purent leorfairc abandonner lâchement leur devoir. Ce fut ttSi&ge Apostolique qui recueillit les ruines do l'uicienne société et les reconstitua. Il fut aussi le flambeau bienfaisant d'où jaillit la douce lumière des siècles chrétiens, l'ancre de salut au milieu iti terribles tempêtes qui ont agité le genre kumùn, le lien sacré de la concorde qui a réuni «Dira elles les nations séparées par la distance des fifiUl et par la diversité des mœurs, le centre commun oii l'on venait chercher, avec les lumières de la foi, les prémices de la paix et de salutaires conseils pour toutes les difficultés. Que dire de plus ? N"cst<'e point encore une des gloires des Pontifes romains de s'être, avec une invincible constance.
opposés comme un mur et un rempart à un nouvel envahissement de la société humaine par la superstition et la barbarie des temps anciens?
Plût à Dieu que cette autorité salutaire n*eùt jamais été négligée ni répudiée ! Le pouvoir civil n'eût point perdu Fauréole auguste et sacrée que la religion faisait rayonner autour de lui, et qui seule rend Tobéissance noble et digne de Thomme. On n'aurait point vu s'allumer tant de séditions et de guerres ; le monde n'aurait pas été désolé par tant de calamités et de meurtres ; des royaumes, autrefois si florissants, tombés aujourd'hui du faite de la grandeur, ne seraient point accablés sous le poids de toutes les misères. C'est là encore ce que nous enseigne l'exemple des peuples de l'Orient : car, en brisant les liens si doux qui les unissaient à ce Siège Apostolique, ils ont perdu la splendeur de leur antique réputation, la gloirç des sciences et des lettres, et la dignité de leur empire.
Et ces bienfaits signalés, comme l'attestent évidemment les monuments de tous les âges, n'est-ce pas surtout le peuple dltalie, qui les a ressentis? L'Italie, placée par la nature plus près de Rome, en a tiré aussi plus de fruit. Indubitablement, c'est aux Pontifes romains que l'Italie doit rapporter cette gloire éclatante et cette grandeur qui l'ont élevée au dessus des autres nations ! Plus d'une fois, leur au* torité et leur sollicitude paternelle ont écarté d*elle
ks attaques de l'enDcnn, lui ont prodig^ué secours et coQSolation, et conservé intact le dépôt Je la foi dans le cœur de ses fils.
Ces bienfaits de Nos Prédécesseurs, pour n'en point citer d'autres, Nous sont surtout attestés par rbistoire des temps de saint Léon le Grand, d'Alexandre III, d'Innocent III, de saînl Pie V, et de Léon X. Grâce aux eiïorts et à la protection de ces Pontifes, et ce ne sont pas les seuls, l'Italie se rit préservée de la ruine immense dont elle était menacée par les barbares; elle maintint l'intégrité de son antique foi, et dans l'afQigeanlc nuit des sifecle» les plus déshérités elle entretint et vivifia l'ècUtant ilambeau des sciences et des arts. Ils «nt visibles encorç dans cette auguste cité, siège des Pontifes romains, qui, elle aussi, a reçu d'eux toute sa gloire : par eux, Rome est devenue non Mulemenl la citadelle invincible de la foi, mais matrc l'agile des beaux-arts, le séjour do la ngesse, l'objet de l'admiration et du respect du monde entier. Puisque l'histoire a transmis le récit deets immenses bienfaits au souvenir éternel de Upoitérité, on voit sans peine que la haine et les ptffides calomnies de nos ennemis, semées dans nSlediscours trompeurs et mille écrits mensongers, »nt la cause de cette fausse persuasion que le Siige Apostolique est un obstacle à la civilisation et Ji la prospérité de l'Italie.
Les meilleures espérances de l'Italie et du Hgi Pkrradd. — CBuTrei, t. II. B
monde reposent donc sur la force salutaire jouit, pour Tavantage et le bonheur de l'autorité du Siège Apostolique et sur les étroits qui unissent tous les fidèles au Pc romain. Aussi, n'avons-nous rien plus à cœu de garder intacte et inviolable la dignité Chaire romaine et de resserrer de plus en Tunion des membres avec leur chef, des fils leur père.
C'est pourquoi, désireux de maintenir tout et le mieux que Nous pourrons les dro la liberté du Saint-Siège, Nous ne cess jamais de lutter, afin de conserver à Notre au l'obéissance qui lui est due, d'écarter les obs qui entravent la liberté de Notre «ministère Notre pouvoir, et de ramener cet état de choi les desseins de la divine Providence avaient fois placé les Pontifes romains. Ce qui Nous p à désirer ce retour, Vénérables Frères, ce point une pensée d'ambition ni le désir de dot mais les devoirs de Notre charge et les liens i du serment qui Nous lie. De plus, n'estévident que ce pouvoir temporel Nous est < nécessaire pour assurer le libre et entier ex de Notre puissance spirituelle ; et tout le i ne reconnaît-il pas qu'il s'agit ici du bien pu du salut de toute la société humaine? Et pi les devoirs de Notre charge Nous oblig
'.te Ips droils de la sajnle Eglise, toutes ces déclarations et ces propositions que Notre prédi5ceueur Pie IX, de sainte mémoire, a si souvent tinises et renouvelées contre l'usurpation de Noire pouvoir civil et la violation des droits de l'Ëglise romaînCjNous les renouvelons Nous-mêmcsel Nous Wconfirmons par Nos présenles lettres d'une mariiferL-absoliie.NousNous adressons en même temps va princes, aux représentants dn pouvoir en tout |ivs, et Nous les conjurons instamment, par le Hum auguste du Dieu Très-IIaul, de ne pas r«|miisspr l'aide que l'Lglise leur oITre dans dos «rconslanccs si critiques, d'entourer h l'envi de Vninvcillance et de protection celte source d'aulorilé et de salut, et de s' attacher à elle de plus en pliupar les liens d'un amour étroit et d'un protund respect. Fasse le ciel que, reconnaissant la vérité de Nos paroles et demeurant convaincus ijue la doctrine de Jésus-Christ, suivant le mol lie saint .\ug'ustin, est la sauvegarde de l'Étal, ^uandont/ conforme ses actes., et que leur sûreté cl leur tranquillité, aussi bien que la sûreté et la tranquillité publiques dépendent de la conservalion de l'Église et do l'obéissance qu'on lui prèle, ils unissent désormais toutes leurs pensées et tous leurs efforts pour faire disparaître les maux dont f Église et son Chef visible sont affligés 1 Puissions-Nous voir enfm, grâce à leur concours, les peuples qu'ils gouvernent entrer dans la voie de
la justice et de la paix, et jouir d'une èreheun de prospérité et de gloire !
Voulant aussi rendre de plus en plus éli l'union du troupeau catholique avec son Pas suprême, Nous Nous tournons vers vous, Vén blés Frères, avec une affection toute particul et nous faisons un chaleureux appel à votre sacerdotal et à votre vigilance pastorale, afin vous enflammiez d'amour pour la religion les les confiés à vos soins. Apprenez-leur à s'atta de plus en plus étroitement à cette Chaire di rite et de justice, à accepter tous ses ensei
ments avec la pluâ profonde soumission d'esp de cœur, et à répudier les opinions même les répandues dès qu'ils les voient contraires à la trine de l'Église. Sur ce point, les Pontife mains, Nos prédécesseurs, et en particulier Pi de sainte mémoire, surtout dans le concile d tican,. ayant toujours devant les yeux ces pi de saint Paul : <( Veillez à ce que personne fu séduise par la philosophie ou par de trompeuse Hlités conformes à la tradition des hommes e principes d'une science mondaine et non confor Jésus-Christ d, s'empressèrent, aussi souven le fallut, de réprouver et de frapper des cei apostoliques les doctrines erronées, audac ment répandues de toutes parts. Suivant les de Nos prédécesseurs, Nous confirmons et i vêlons toutes ces condamnations du haut
Chaire Apostolique, siège de la vérité, et supplions in si am nient le Père des lumières d'unir Inus les fidèles dans une même pensée et un même sentimeat, afin que tous croient et parlent comme Nous. Votre devoir à vous, Vénérables Frîires, est «l'employer vos soins assidus à répandre an loin iluis le cliamp du Seigneur la semence des célestes doctrines et à faire pénétrer h propos dans l'esprit des fidèles les preuvosde la foi catholique, pour qu'elles y poussent de profondes racines et la conservent h l'abri do la contagion des erreurs. Plus les ennemis de la religion font d'efforts pour «nseigner aux hommes ignorants et surtout aux jpnnes gens des principes qui obscurcissent leur esprit el corrompent leur cœur, plus il faut travailler avec ardeur, non seulement à établir dans l'enseignement des lettres cl des sciences une méftode solide el bien ordonnée, mais encore à y faire prévaloir une doctrine rigoureusement conforme à ta foi catholique, cela surtout dans la philosophie qui exerce une si grande inQuence sur lamarche des autres sciences. Car, bien loin de fournir des armes contre la révélation, elle a la gloire, au contraire, de lui frayer la route, de la défendre contre les attaques de ses ennemis, comme nous l'ont enseigné, par leur exemple et IniMéoril», le grand Augustin, le docteur angéfiqne, et tous les autres maîtres de la sagesse chrétienne.
Mais cette excellente éducation de la jeun pour être une garantie de la vraie foi et une vegarde de l'intégrité des mœurs, doit néc< rement commencer dans l'intérieur même famille; de cette famille qui, malheureuse troublée en nos temps, ne peut retrouver sa di qu'avec l'observation des lois sur lesquelles lui-même l'a établie au sein de son Église. J Christ, en effet, a élevé à la dignité de sacre le contrat du mariage, dans lequel il a voulu boliser son union avec l'Église ; par là, il a tifié l'union des époux ; il a surtout préparé parents comme aux enfants, des secours pré pour acquérir facilement, par l'accomplissi des devoirs réciproques, la félicité temporc éternelle. Mais, hélas ! des lois impies, sans respect pour la sainteté de ce grand sacremen rabaissé le mariage au rang des contrats pur civils. Il en est résulté que des citoyens, prol la dignité de l'union chrétienne, substituer noces religieuses un concubinage légal ; des violent les devoirs de mutuelle fidélité qu sont promise ; des enfants refusent le resp l'obéissance à leurs parents ; les liens de Tafl de famille se rel&chenty et, lamentable exemj ne peut plus nuisible aux mœurs publique souvent à une passion insensée succèdent de daleuses et funestes séparations.
En présence de misères si affligeantes, voi
tirez certaincmenl, Vénérables Frferes. redoubler votre zkie ; vous exhorterez avec soin el sans rolâche les ûdëles confiés à' votre vigilance à prêter ime oreille docile aux enseignements qui assurent Issainteté du mariage chétien, et à observer les lois de l'Église qui règlent lesdcvoirs des époux et les enfants.
Vous obtiendrez ainsi la réforme si désirable it» mœurs cl de la conduite de chaque liomme en particulier. Car d'un tronc corrompu ne naissent i{ae des rameaux plus flétris encore et des fruits détestables ; et le mal funeste qui corrompt les funillesrej&illit, par une déplorable contagion, sur tons les citoyens qu'il perd etavilit. Au contraire, UhoùJle une fois établie selon les règles de vie tbriliiinnc, chaque membre s'accoutumera peu à pevft chérir la religion et la piété, à détester les feases et pernicieuses doctrines, à pratiquer la iWa, à obéir aux supérieurs, Ji réprimer cette i^erchc iisatiable de l'intérêt privé qui abaisse A énerve si profondément la nature humaine. Pour atteindre ce but, il sera très utile de diriger etd'encouragercespieuses associations inslituecs, surtout à notre époque, pour défendre les intérêts catholiques.
Cest assurément. Vénérables Frères, une entreprise mag'nifique et bien au-dessus des forces hunutioes, que Nous embrassons de Nos vœux et de Ho» espérances. Mais Dieu a fait les nations du
globe guérissables; il a fondé TÉglise pour le sa]ut des peuples ; il a promis de l'assister jusqu'à la fin des siècles. Nous avons donc la ferme confiance que le genre humain, frappé de tant de maux et de calamités, finira, grâce à vos efforts unis aux Nôtres, par chercher le salut et la prospérité dans la soumission à l'Église et dans l'enseignement infaillible de cette chaire apostolique.
Et maintenant, Vénérables Frères , avant de clore ces lettres, Nous éprouvons le besoin de vous exprimer Notre joie, en voyant l'entente et la concorde admirables qui régnent parmi vous et vous attachent intimement à ce Siège Apostolique. Une union si parfaite Nous apparaît non seulement' comme un rempart inexpugnable contre les assauts de Tennemi, mais aussi comme un présage heureux et consolant de temps meilleurs pour l'Église: elle procure un très grand soulagement à Notre faiblesse, et relève bien à propos Notre courage, en Nous aidant à soutenir vaillamment, dans la charge que Nous avons reçue, toutes sortes de fatigues et de combats pour l'Église de Dieu.
Nous nepouvons non plus séparer des motifs d'es péranceetdejoie que Nous venons de manifester les déclarations d'amour et d'obéissance que, dans ces commencements de notre Pontificat, Vous avez fait parvenir à Notre humble personne, vous, et avec vous. Vénérables Frères, tant d'ecclésiastiques et tant de fidèles; leurs lettres, leurs largesses, leurs
(Alerinages, et tant d'autres manjues do piélé ont prouvé que le dévouemcat ol l'amour donl ils tnlouraient à si juste litre Notre Prédécesseur untdemearés si ft^rines, si staliles, si entiers, que l'indignité même de son Successeur n'a pu les refroidir. A la vue de témoignages si éclatants de It loi catholique , Aous confessons humblement fne le Seigneur est bon et bienveillant ; et à vous, Vénérables Frères, et aux Fils bien-aimés de qui Nous les avons reçus, Nous exprimons publiquement les vifs sentiments de gratitude dont Notre MBur est inondé. Nous avons d'ailleurs pleine tonliatice que, dans la détresse et les diflîcuRés des temps actuels, Nous ne serons jamais privé du ïiile et de l'amour qui vous animent, vous ot les GilMcs. Nous ne doutons pas que d'aussi touchants «lemples de piété fdiale et de vertu chrétienne ne contribuent puissamment à toucher le cœur du Oicu des miséricordes : il jettera sur son peuple un regard de bienveillance, ot donnera k l'Église 'a paix et la victoire.
Mais Nous obtiendrons bien plus facUemenl cette paix Et ce triomphe, si les fidèles ne cessent de les demander au Seigneur par de ferventes prières. Nous vous exilerions vivement, Vénérables Frères, à exciter dans ce but leur zèle et leur ferveur ; Nous aurons pour médiatrice auprès de Dieu la Reine immaculée du ciel, et pour intercesseur saint Joseph, patron céleste de l'Église, et les
saints Pierre et Paul, princes des apAtres, au puissant patronage desquels Nous Nous recommandons humblement avec tous les ordres de la hiérarchie ecclésiastique et tout le troupeau du Seigneur.
Puissent d'ailleurs ces jours, où nous fêtons le solennel anniversaire de la Résurrection de Jésus- Christ, être pour vous, et pour tout le peuple de Dieu, des jours propices, salutaires et pleins d'une sainte joie. Nous prions le Dieu débouté de laver nos fautes et d'adoucir miséricordieusement le jugement qu'elles nous ont mérité par la vertu de ce sang de l'Agneau immaculé, qui a effacé la sentence de mort portée contre nous.
Que la grâce de Notre-Seigtieur Jésus-Christ^ la charité de Dieu et la communication du Saint* Esprit soient avec vous tous, Vénérables Frères. Nous vous accordons avec amour, à vous et à chacun en particulier, à Nos chers Fils du clergé et des fidèles de vos églises, la bénédiction apostolique, comme gage de Notre spéciale bienveillance et comme présage de la protection céleste.
Donné à Rome, près Saint-Pierre, le jour solennel de Pâques, le 21 avril de fan 1878, la première année de Notre Pontificat (1).
LÉON XIII, Pape.
(1) Voir le texte latin aux pièces jastificatives, no 2.
fons venez d'entendre, N. T. C, F., la grande Toix partie du Vatican pour instruire la terre tout entitre. Oui, « le lion a crié, comme s'exprime t Iseïe dans te style imagé de l'aatique Orient, le ( lion a crié, et il a dit : Je suis au poste où le
< Scigncurm'amisijem'y tiens à toutes les heures
< du jour et h toutes les heures de la nuit, et je
< répète à mes fils les paroles du Dieu d'Israël, ■ ia Dieu des vertus (1). s
Sentinelles vigilantes, placées au point le plus élevé de la sainte hiérarchie pour surveiller les ennemis du peuple de Dieu, les Pontifes romains, TOUS le Bavez, N. T. C. F., ne se sont jamais endormis en face des attaques incessantes do l'errear. Jamais ils ne lui ont permis de revendiquer Ilcomplicité de leur silence pour se glisser furtivement au sein des sociétés formées par l'Évangile i la vraie civilisation. Quand le mensonge parle pour Irouhler la conscience des peuples, le lion crie : Ciainavil leo, et les échos de aa puissante voix retentissent jusqu'aux confina du monde : In omnem terram exivitsonus eorum et in fines oràis terra verba eorum.
11 serait temps, N. T. C, F., il serait grand
(1) Et cUmarit leo : Snper ipecalam Doroioi ego jagilerper diem et Bupor caatadiam meam ego sum, nootibiia... Filii Brea meœ, qnce ftndivi a. Domino Deo Dco larMl, anDoniUTi Tolni. (Ib. kxi. 8, 10.)
temps d'écouler les solennels avertissements de la sentinelle instituée par Dieu pour veillera la garde de la famille humaine et à la défense des principes éternels de la morale. En vain répète-t-on autour de nous, avec une insistance affectée, les mots sonores de civilisation^ àe progrès, de liberté, le mal fait dans, nos rangs de lamentables ravages. Or, le nombre des péchés privés ou publics ne se multiplie pas au sein d'une nation sans qu'elle soit bientôt atteinte dans les conditions essentielles de son existence : Miser os facit populos peccatum^i) ; et là où les vérités à la fois les plus nécessaires et les plus élémentaires sont niées avec une cynique audace, sans que les autorités tutélaires osent élever la voix pour réprimer les attentats commis chaque jour contre les droits de la conscience, il ne faut plus parler de liberté ni de progrès. Le mensonge et le mal n'ont jamais été que des artisans de servitude et de décadence ; et les nombreux suicides individuels dont gémit avec raison le souverain Pontife ne sont que la triste et trop fidèle image de la criminelle folie avec laquelle une société s'attaque à sa propre existence quand elle donne aux sophistes la licence de tout nier ou de tout profaner.
Il appartenait à l'éloquent et pieux Pontife qui
(1) Prov. XIX, 34.
exposait naguère avec tant de force et d'éclat les conditions de la vraie civilisation (1), de dénoncer énergiquement l'abus que les adversaires de l'Église catholique font de ces mots de civilisation et de progrès pour la travestir indignement aux yeux des peuples, et soulever contre elle, par Tart savant de la calomnie, les haines les plus injustes et les plus violentes oppositions !
Avec lui et comme lui, nous prolestons de toules nos forces contre ces accusations odieuses.
Jésus bénissant les enfants, guérissant les aveugles, rendant la vie aux morts, était appelé par les scribes et les pharisiens « l'homme du démon » : In nomine Beelzebud principe dâsmoniorvmejicit dœmonia (2).
On fait à l'Église semblable injure et semblable injustice quand on la dénonce comme l'obstacle ^ux progrès et au bonheur de l'humanité. C'est elle, en effet, Léon XIII nous le rappelle, c'est elle qui a civilisé les barbares, policé et épuré les ïnœurs , brisé les fers des esclaves, réhabilité Ihonneur de la femme, protégé la dignité du foyer domestique. Un philosophe du XVUP siècle a rendu à la religion chrétienne ce témoignage non
(1) MAndement de S. E. le Cardinal Pecci, arche vôque-évôque de Pérouse, pour le Carême de 1877, et celui de 1878.
(2) Luc. XI, 15.
suspect, qu'elle travaille efficacement au bonheur ^de l'homme sur la terre par cela seul qu'elle lui rappelle sans cesse les conditions de son bonheur éternel (1), et TÉglise est la vraie civilisatrice du ^enre humain, parce qu'elle se voue sans relâche à la noble mission d'instruire, d'élever et de fortifier les âmes.
Nous n'ignorons pas dans quel intérêt on sème contre elle tant de défiances et pourquoi on travaille incessamment à faire monter plus haut la muraille de malentendus et de préventions qui empêche tant d*hommes d'aller à elle pour lui demander la lumière des bons conseils, et recevoir d'elle les secours de la vie morale.
Malheur à ceux qui se sont voués à cette œuvre néfaste ! Disposant du nombre et de la force , ils croient pouvoir traiter l'Église en vaincue , et ils se flattent de la traîner aux gémonies. Mais , Dieu merci , le nombre ne fait pas la raison , et la force n'équivaut pas au droit ! D'ailleurs, plus les moyens employés pour discréditer la légitime autorité de l'Église sont criminels, et plus seront fragiles les victoires de ses adversaires! Mais ces victoires obtenues aux dépens de la justice et do la vérité couleront cher à notre
(1) La religion chrétienne, qui ne semble avoir d*objet qne la félicité de Tautre vie, fait encore notre bonheur dans ceUe-ci. (Montesquieu, Eiprit des Lo'u^ l. XXIV, ch. m.)
temps et à notre pays, car l'histoire est là pour tuontrer qoe les attentats contre la liberté et l'honneur de l'Église se retournent tôt ou tard contre la looiélé civile, et se traduisent pour elle en calulropheset en révolutions.
Tels sont les graves avertissements que nous donnela Lettre encyclique du Sainl-Përe. Puisse H Toîx auguste être entendue et nous détourner ï temps des aliimes oîi ncus poussent d'incorrigibles passions et les plus aveugles impré- TOf&nces 1
Nous vous adressons ces lignes, IV. T. C. F,, Miu le poidâ d'une religieuse et patriotique Iris- Icue, Nous ne pouvons vous en cacher la cause, (misqu'cUc s'impose àl'attention de tous par une Kundaleuse propagande de publicité. Des Fran- *ifti>, doublement apostats de leur religion et de 'suf patrie, se proposent de célébrer prochaîne- •nent, dans une fêle sacrilège, le centenaire du philosophe qui employa luutes les ressources de Hn génie & combattre le christianisme avec le ^U^rfide acbarnemenl, et à jeter une fange immonde sur les gloires les plus pures de la France. An libertin qui insulta Jeanne d'Arc, applaudît aux 'Moire» du roi de Prusse, ûalta misérablement CUherine de Russie, et fil pendant un demi-siècle hguerre la plus déloyale à Ja révélation chrétienne, l'impiété contemporaine s'apprête à décerner
un triomphe dans lequel elle salue bruyamment un nouvel outrage à la religion (1).
Cette indécente provocation nous fait rougir et ^ gémir. Comme Français, nous nous sentons ha — milié. Comme chrétien etcomme enfant de FÉglise, . nous sommes attristé de € l'aveuglement et de la^ « perversion de cœur (2) » des malheureux qui" vont profiter de cette circonstance pour affirmer^ avec plus de scandale leurs haines anti-religieuses.
Gardien de la terre sacrée où le Sauveur communiqua un jour à une fille de notre peuple les in— dicibles tristesses de son Cœur, désolé par tant d'ingratitudes, nous croyons avoir une obligation particulière de convier les âmes chrétiennes de notre diocèse à faire monter vers le ciel une prière de réparation et d*expiation qui puisse, dans les balances de la justice divine, faire contre-poids i la manifestation impie annoncée pour le 30 mai. Qu'en ce jour, où nous célébrerons le mystère de la glorieuse Ascension de Notre-Seigneur , les prières soient plus ferventes, et que de nombreuses communions protestent silencieusement contre l'apothéose décernée au coryphée de l'impiété moderne.
(1^ Voir pour le détail les Lettrée de Mgr V Bcêque éP Orléant au Coîueil municipal de Paris sur le centenaire de VoUain. (2) 8. Marc, m, 5.
Nous nous adresserons aussi très particulièrement, pendant ces derniers jours du mois de mai, à la toute-puissance d'intercession de Marie, pour faire pardonner à la France, tant de fois bénie et protégée par elle, Tingrate et inepte folie de quelques-uns de ses enfants.
(Suit le dispositif.)
llgr PBBBAUD. — ŒUTTCH, ta II.
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