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BIENHEUREUX J.-H. DE LA SAELE

PRONONCÉ DANS L'ÉGLISE PRIMATIALE DE BORDEAUX 1 G mai 188 8

Qui ad justitiam crudiunt multos quasi stellœ in perpétuas œternitatcs .

Les maitres qui enseigneront la justice aux nations brilleront, comme des astres, pendant les éternités tout entières.

(Daniel, xii, 3.)

Messeigneurs ^

Il y a treize ans, presque jour pour jour, un grand spectacle attirait sur la ville de Rouen tous les regards de la catholicité. Grâce à l'initiative d'un prélat aussi cher à TEglise qu'il était lui-même dévoué à la France, une statue venait d'être élevée sur la place Saint-Sever au vénérable Jean-Baptiste de la Salle, fondateur des Ecoles chrétiennes. L'Eglise, la magistrature, l'armée, l'université, entouraient ce monument de leurs sympathiques hommages ; les ban-

1 NN. SS. Guilbert, archevêque de Bordeaux; Sebaux, évêque d'Angoulôme; Ardin, évêque de la Rochelle; Gœuret, évêque d'Ageu.

nières des doux mondes flottaient alentour ; et quand l'image du vénérable apparut devant les deux cent mille spectateurs réunis pour la saluer, au sommet de la fontaine nouvelle qui lui servait de piédestal, les eaux jaillissant de toutes parts, sur Tordre du cardinal de Bonnechose, parurent comme une vive et naturelle figure de cette instruction populaire et chrétienne à laquelle Jean-Baptiste de la Salle a attaché, sur la terre comme au ciel, la gloire de son immortalité.

La terre a parlé, c'est le ciel qui parle aujourd'hui. Nous disions en nous inclinant trois fois devant la statue de Rouen : La vie du vénérable est un modèle, sa règle une loi, son œuvre la gloire de la France et de TEglise. Donnez des fleurs et des couronnes au prêtre modeste qui s'est fait instituteur pour évangéliser les pauvres, au législateur de renseignement primaire, à Thomme de bien qui, depuis deux siècles, a travaillé à Tamélioration et au salut de Thumanité ^ . Aujourd'hui, c'est le saint qui éclate et qui rayonne dans toute sa splendeur. Rome a entouré son front du nimbe des bienheureux ; ce n'est plus une statue, qui signale sa mémoire à l'admiration de la postérité, ce sont des autels que le pape demande pour lui ; ses restes sont devenus des reliques; et Jean-Baptiste de la Salle est monté au firmament de l'Eglise pour y briller, comme un astre, pendant les éternités tout entières : Qui ad justitiam erudiunt multos quasi stellx in perpétuas œternitates.

1 Panégyrique du vénérable Jean- Baptiste de la Salle, prêché dans la cathédrale de Rouen, le 2 juin 1875, par M. l'abbé Besson, chanoine de Besançon.

nil IIIKNIIKDRKIX J.'H. I)K l.A KALLK. \^i

Aprrs avoir (M'lél)n» los innriU3s du vt3n('irablo dans la l)asili([iJo do lloiioii, dovaiiL los (3V('î(|U(îs do la NoriiiaiidiooL do lii nol{^i(|uo, c'(îst [)oiir nous un nouvel hoimour, niais uno rodoulaljlo cliarf^'O, do raconter los niirarh^s du hionhouroux, dans la primatialo do Hordoaux ot sous lo r(^,;^ard do ces illustres prélats, réunis do tous los points do rA(juitaino autour do leur éminont ot cher métro|)olitain. Je n'ose me proluottro do répondre i\ leur bienveillance ot de satisfaire leur attente. Essayons cependant do faire voir conmient le vénérable est devenu bienheureux à force de prodiges, et comment les peuples, auxquels il a donné des écoles, les élèves qui les remplissent, les maîtres qui les tiennent, demeureront dignes de lui à force do reconnaissance et de vertu. C'est un astre qui se lève, mais il ne se lève que pour nous instruire et nous servir de guide. Chantons sa gloire, mais marchons à sa lumière. Qui ad justitiam crudiunl multos quasi stellx in perpétuas œternitates,

I. Ce fut le vendredi saint de l'an 1719 que le bienheureux Jean-Baptiste de la Salle mourut à la terre et naquit au ciel. Il était mort sur la croix, et, jusqu'à sa dernière heure; rien n'avait manqué ni à ses épreuves ni à ses vertus. L'ingratitude, la calomnie, l'injure, le mépris, tout ce que les hommes peuvent faire souffrir à leurs semblables, il l'avait connu et pardonné. Poursuivi par ses ennemis devant tous les tribunaux, il avait perdu tous les procès suscités à sa communauté naissante. Consolons-nous, il vient de gagner à Rome le seul procès qui soit digne de

lui, celui de sa béatification. « Bienheureux de la Salle, priez pour nous! »

Ce sont les petits enfants de la ville de Rouen qui, les premiers, le déclarent bienheureux. Ils vont se répandant dans les rues et sur les places publiques, et s'écriant : « Le saint est mort! le saint est mort! » Ce cri de la vérité et de la justice fera le tour du monde. On le répète à Reims, et cette ville s'applaudit d'avoir donné naissance à un saint. Paris le redit à son tour, en réparant à force d'hommages les préventions du passé. On le porte à Rome et on y sollicite, dès le commencement, la reconnaissance de sa sainteté éminente, que proclame tout l'univers.

Mais ici apparaît la sagesse suprême avec ses lenteurs, qui laissent à l'admiration le temps de se calmer et à la vérité celui d'être connue. Rien n'est plus long, plus solennel, plus minutieux, que la procédure qui précède la béatification d'un serviteur de Dieu. Ce n'est pas assez qu'il ait possédé toutes les vertus, il faut qu'il les ait pratiquées dans un degré héroïque. Tel fut, personne ne l'ignore, Jean-Baptiste de la Salle. Sa foi, son espérance, sa charité, se sont révélées par des traits extraordinaires. Sa mortification était allée jusqu'à Tanéantissement et la mort de la chair; sa patience, jusqu'au martyre; son zèle, jusqu'à se faire anathème pour ses frères; sa mansuétude et sa douceur, jusqu'à redoubler de bonté envers ceux qui l'ont accablé d'injures. C'est la croix, la croix seule qui lui servit de mesure et dérègle. Il acheva, dans sa chair meurtrie, dans son esprit humilié, dans son cœur éprouvé par la trahison et l'ingratitude, ce qui, selon l'expression de saint Paul, manque à la

i)i: uii:>iii;lui:l\ j. h. ni; i.\ >ma.i:. IzS

Passion do Jésus-ClirisL '. Ouo de litres à la héali- Liido! Pauvre |)ar choix, pacilhjiio [uiv oxcolleiice, miséricordioux sans mosin'(3, il a niérilé d(3 posséder loulo la lorro; il s'esl élevé an ran«^' dos anges [)ar sa pnreU) an^élifiuo ; il a gardé la sérénité an milieu dos tribulations! C'c^st i\ force d'avoir soif de la justice qu' il a obtenu d'être comblé et rassasié de gloire. Toutes les béatitudes concourent à faire son [)ortrait.

Voili\ pourquoi les trois derniers papes qui ont occupé le siège de saint Pierre ont fait plaider devant eux la cause de Jean-Baptiste de la Salle. Grégoire XVI lui confère le titre de vénérable et constate, dés 1812, la renommée de sa sainteté. Pie IX déclare solennellement, en 1873, que ses vertus se sont élevées jusqu'à l'héroïsme, et que la preuve en est irréfutable et complète. C'était à Léon XIII d'achever ce procès et de prononcer la sentence.

Ici la cause prend un aspect plus solennel encore. A quelque degré de grandeur qu'apparaissent les vertus du vénérable serviteur de Dieu, ce n'est pas assez pour déclarer sa béatitude. Il faut des miracles, signes éclatants du pouvoir attaché à son intercession et de la vie qui respire dans ses ossements desséchés. Cette nouvelle information sera décisive. Aussi, que de précautions, que de soins, que de scrupules ! quelle longue attente! que de témoins à entendre! à quelle inquisition les témoignages ne seront-ils pas soumis! Ni le zèle de la bonne cause, ni l'intérêt de l'Institut, ni le désir de le glorifier, ne seront pris en considé-

1 Adimpleo ea qiue désuni passionuin Christi. (Col. y i, 24.)

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ration. On écoutera, sans haine ni faveur, tous ceux qui se disent témoins des miracles; on leur opposera tout ce qu'on raconte des forces cachées de la nature et des ressources de la médecine. Telle guérison étaitelle désespérée? Est-ce par Tintercession du vénérable de la Salle qu'elle a été obtenue? A-t-elle été instantanée, complète, définitive? Que Rome examine et réponde. Oui ou non : est, est; non, non. Parlez, hommes de la science et de Tart. Pouviez-vous guérir ces malades?/Vo?^, non, vous l'attestez par écrit. Et cependant les malades dont vous désespériez sont guéris. Ils vivent, ils marchent, ils ont recouvré instantanément une parfaite et robuste santé. Voyez, regardez et jugez : est, est.

Je ne vous parle point des prodiges que Jean-Baptiste de la Salle a accomplis de son vivant même, quand il fut ravi en extase, et qu'au milieu de l'incendie de sa maison, récitant son office sans se douter du danger qui l'entoure et des flammes qui l'enveloppent, il les apaisa tout à coup par sa présence et rendit à sa communauté la sécurité et la paix. Je ne vous raconterai pas que, dans l'île Bourbon, une illustre famille, d'un nom cher à la France, les de Villèle ont ressenti les effets de sa puissante intercession, qu'ils ont vu leur mère, après une neuvaine faite devant l'image et la relique de Jean-Baptiste de la Salle, quitter le ht de douleur où la paralysie la tenait clouée depuis deux ans, aller recevoir la sainte communion, et vaquer désormais avec une santé florissante à toutes les occupations et à tous les devoirs de sa maison. Je ne vous ferai point le récit, non moins édifiant, de la guérison d'Arthur Patrick, jeune Américain de trois

1)11 im:NMi:i iti^i \ j. ii. di: i.a hallb. 1^7

ans, (loiil lo ('(M'vnau s(î Iruiihlo ol qiii a [)onlii a l.i fois la parolo (U la vuo. Mais sos parents, à (|ni l<;s niiMlocins nolaissonl plus d'espoir, l'ont rcconïniandé an vtinùrahlo apolro do la jrMinosso. Sos yeux s'ou- Mont, la voix lui roviont : il voit, il nommo les ohjots (jni l'entouront; ot son inlclii'^oncc, rôvcillôo par une célosto intorviMition, so rotrouvo tout entière, comnae au sortir (Tiin lon^ sommeil. Il {grandit; il compte aujourd'hui |)aruu les élèves des Ecoles chrétiennes.

Voilà les miracles dont on s'entretient à Hourl)on, à Madagascar, à New-York, et cependant le [)rocès de la béatification ne les a pas même cités, tant il est vrai (juo les motifs les plus satisfaisants pour la crili(|uo des faits naturels et humains ne le sont pas encore assez pour la criticjue des faits surnaturels et divins. L'Eglise est mille fois plus exigeante que le monde, et U\ où l'hérésie, l'incrédulité, la science, se résignent à croire ou à se taire, elle hésite, elle attend, elle dispute encore; un mot, une ombre, un rien, tout l'arrête ; elle étonne les plus difficiles, elle dépasse les plus sceptiques ; elle n'admet que les prodiges sur lesquels on ne peut faire peser ni un doute ni une contradiction.

Témoin la béatification de saint François Régis, l'apôtre de nos Gévennes. Un prélat, qui s'était lié à Rome avec un Anglais, gentilhomme protestant, lui lit lire un procès-verbal qui contenait la preuve de plusieurs miracles opérés par le célèbre Jésuite. L'Anglais le lut avec beaucoup d'attention, et il dit en le rendant ; « Si tous les miracles qu'on reçoit dans l'Eglise romaine étaient établis sur des preuves aussi évidentes, nous n'aurions aucune peine à y souscrire.

— Eh bien ! repartit le prélat, aucun n'a été admis par la congrégation des Rites, parce qu'on ne les a pas trouvés suflisamment établis K » Mais des signes plus irrécusables, des miracles au-dessus de toute contradiction forcèrent l'assentiment unanime de la congrégation des Rites, et le bienheureux François Régis gagna son procès.

Tels sont les trois miracles, choisis entre cent, qui viennent de révéler la sainteté de notre héros et qui ne laissent plus le moindre doute sur le crédit dont il jouit auprès de Dieu.

C'est une humble fille d'Orléans qui obtient le premier. Elle servait dans les salles d'un hospice, donnant aux aliénés tous les soins de sa compassion et de sa piété, quand une folle la renverse, la frappe, lui broie la poitrine et les membres, et la laisse à demi morte sous les coups de sa fureur. A peine arrachée à une mort certaine, elle demeure en proie à une maladie incurable. Sa faiblesse est extrême, sa fièvre ardente et continue, sa chair est enflée au point de garder l'empreinte de la main qui la touche, son cœur palpite et tremble dans de mortelles angoisses. Après douze ans de remèdes plus cruels encore que le mal, on l'abandonne, on la déclare incurable ; les syncopes se succèdent et durent des heures entières : c'est l'approche de la mort ! Non, écoutez, voici la guérison, la résurrection et la vie.

Victoire Ferry, ainsi condamnée, commence à recourir à l'intercession du vénérable de la Salle; elle tient en ses mains son image, elle vénère ses reliques, elle

1 Vie du bienlieureux Jean-François Régis, par le P. Daubeuton, 1. XV.

1)11 IIIKNIIKIRKLX J.-ll. m: LA HALLK.. 129

so lait lirc^ (|U(^l(|ii(\s |ijif;os dcî sa vit», ollo 8 écrie : (• Joan-IlapLislo i\c la Salle, priez |)()ur moi! » (x»p(în- (laiiL, la lecture cesse, le silence se fait, elle est seule, une voix s'élèvcî dans l'obscurité, cette voix est claire et distincte : « Dimanche [irocliain, lui dit-elle, tu iras i\ la messe à l'église do la llecouvrance. » Trois jours après, le vénérabh* lui apparaît. Ixoutez ce sim- [)lc dialogue : « Je suis Jean-Uaptiste de la Salle. — 0 mon |)ùre, je ne suis pas digne ({uo vous vous montriez à moi. — Dimanche, à huit heures, tu iras à la messe à l'église de la llecouvrance. N'en dis rien, tu seras guérie. — 0 mon père, je vous remercie de toutes les grâces (|ue vous m'accordez aujourd'hui, et je m'en reconnais bien indigne. »

Et, au jour et à l'heure dite, VicLoire Ferry, le 20 mai 1844, fête de la Pentecôte, ayant recouvré subitement l'appétit, l'usage de ses mains, la fermeté de sa marche, vêtue d'habits de fête, monte d'un pas sûr les marches du perron de l'église, entend la messe, communie et rentre à la maison. Sa mère qui l'accompagne n'en peut croire ses yelix. Les médecins qui la visitent déclarent que le cœur a repris subitement une assiette tranquille, toute la ville d'Orléans atteste la maladie et la guérison. Mais entre cette maladie si longue et si désespérée et celte guérison si subite, si parfaite, si durable, que s'est-il donc passé ? Le vénérable serviteur de Dieu a été invoqué, il a apparu, il a parlé, il a promis une grâce, il a tenu sa promesse. Il faut bien conclure ; c'est un miracle, et un miracle semblable à ceux de l'Evangile i. Ainsi priaient

1 Rothomagens, venerab. servi Dei Jean-Bapl. de la Salle positio super mirac., 63.

l'aveugle de Jéricho, le Centurion, la femme qui baisait le bas de la robe de Jésus : « Seigneur, ayez pitié de moi. » Ainsi ordonnait Jésus : « Je le veux, soyez guéri. )) Ainsi Jésus marquait l'heure de la guérison, et la guérison s'opérait à l'heure marquée. Et sanatus est ]puer m illa hora ^

Le serviteur de Dieu, si secourable envers cetle étrangère, pouvait-il prendre moins d'intérêt à un frère de sa congrégation ? C'était le frère Adelminien, supérieur de la communauté de Saint-Nicolas des Champs, à Paris. Sa marche chancelante, ses pieds dont il ne peut plus mesurer le mouvement, le froid qui gagne les extrémités, tout l'avertit qu'il est atteint d'une infirmité incurable, qu'on ne peut ni combattre ni enrayer dans sa marche. La multiplicité même des traitements et des remèdes en accuse l'impuissance, et les eaux thermales les plus efficaces ou les plus utiles dans ce que Bossuet appelle la prodigieuse variété des maladies humaines, ont laissé sans ressource, sans secours et sans espoir, l'humble frère des Ecoles chrétiennes. Il se tourné alors vers le suprême médecin et sefait porter de Paris à Rouen au tombeau du vénérable. Là, il se traîne chaque jour pendant une neuvaine de messes, de communions et de prières, à laquelle s'associent tous les membres de l'Institut. Les neuf jours sont passés, et l'état du malade est toujours le même. Mais, si c'est la prière qui demande, c'est la persévérance qui obtient. Il plut à Dieu d'éprouver la foi du suppliant comme il avait éprouvé celle de la ChananéennC; et le vénérable dont on implorait

1 Malth., VIII, 13.

DU lilENlIKUlIBUX J. il. hi: i.A 8ALLR. I.il

rintorcossion so lonail dcivaiiL lo [\ùn(\ du TouL-lMiissaiil, coiniiiolo griiii(l-|)r(Hnî Oiiins inU;rc('î(lanl |)Our lo |)ou|)leol la cité. A f^^enoux, ciicoro uiio fois, à j^cnoux, oL voilà (juo CCS «genoux débiles so rallbrinissent dans uno nouvollo cl [ïlus forvcnlo pricro. i) prodige ! Lo Krcro s'agenouille, il se relève, il niarclie, iljeltcau loin son bi\Lon, il courl |)our s'assurer qu'il est guéri. Ce n'est pas tout, il visite à |)iod, des le lendemain, les [)rinci[)alcs églises de Rouen ; il gravit la colline sur huiuelle s'élève Notre-Dame de Bon -Secours; ni le froid n'engourdit ses membres, ni le verglas qui couvre les rues ne fait trébucher son pied. 11 est guéri, sa guérison est complète aussi bien qu'instantanée, les plus célèbres médecins le conslalent, et il n'en coûte rien à leur science de déclarer qu'une telle guérison est au-dessus des forces de la nature et des ressources de l'art ^ Ainsi fut guéri le paralytique de l'Evangile. Ainsi se leva-l-il à la voix qui lui disait : <( Prends ton grabat et marche : toile grabatum et ambula -. »

Ce n'est pas tout. Ce que le vénérable a fait pour rendre une pauvre servante au service des hospices, et un humble frère de la Doctrine au service des écoles, une noble et chrétienne famille va l'obtenir en faveur d'un enfant de dix ans, Etienne de Suzanne, frêle espoir de tous les siens, que son intelligence rend plus cher encore à leur affection alarmée. Pourquoi faut-il qu'un devoir de piélé filiale le retienne loin de nous ? vous pourriez l'interroger. Sa présence vous dirait assez sa guérison, et elle plaiderait assez haut la cause

i Mattk., Yiii, 27.

- Joann.y v, 12.

du vénérable serviteur de Dieu. Etienne de Suzanne était atteint d'une maladie de consomption que rien n'avait pu conjurer. Sa mai;^reur était excessive, ses traits décomposés lui donnaient l'aspect d'un vieillard ; le corps replié sur lui-même n'avait plus la force de se soulever; les poumons, les bronches, la poitrine, étaient en proie à une toux violente qu'une fièvre plus violente encore rendait plus dangereuse, le dernier jour de l'enfant semblait arrivé, et son âme, près de s'exhaler dans une suprême angoisse, attendait avec une pieuse résignation le coup qui devait la détacher de ce corps tombant en ruine.

Ce fut comme entre la vie et la mort qu'Etienne de Suzanne fit sa première communion, chacun croyait que c'était la dernière. Mais un grand prélat, que nous ne nommons jamais sans regret, le cardinal de Bonnechose, l'ami de son père, refusa d'accepter l'arrêt de la médecine. Après le miracle obtenu pour le frère Adelminien, que ne doit-on pas attendre du vénérable Jean-Baptiste de la Salle ? Le cardinal raconte cette guérison, met toute la famille en prières, se met lui-même à la tête des supplications, et la neuvaine commence. Dans les deux premiers jours, tout est abattu, tout est désespéré. Seul, Etienne de Suzanne conserve toute sa sécurité et toute sa confiance. (( Je serai guéri à la fin de la neuvaine, » disaitil avec un sourire. Il fait préparer ses habits de fête pour la messe d'action de grâces, il renvoie les médecins, il annonce qu'il se lèvera le dernier jour de la neuvaine et qu'il ira remercier le vénérable dans la chapelle de ses reliques. Personne ne veut le croire, mais la foi n'obtient-elle pas ce qui est refusé à la na-

1)1 IlIKNIlKimKtX J. I». UK I.A SALLK. I.'i.'i

luro'/ Il so lùvo à riioiiro dilo, il |)art ré.^olumonl [Xiiir lu cliapollo^ (H, SOS (lôvolioiis ac(:()in|»lios, dovaiiL sos paronls inuols de ravisseiiiuiil cl du joie, il fait à ses condisci[)les les honneurs do sa maison cL se livre avec, eux aux exercices et aux jeux do son aye. Heureux enfant! Jamais on ne l'avait vu [ilus près de la mort, et lo voilà plein de joie et de vie. Miracle ! répùle-t-on (\r toutes parts autour du lit do ce moribond ressuscité. Miracle ! Jcan-Haptiste do la Salle a commando à la mort, et la mort s'est retirée devant lui ! (lloiroau saint que Dieu a revêtu de sa puissance pour l'exercer en faveur des pauvres servantes, des humbles Frères et des petits enfants ^ !

Voilà les trois miracles que la Congrégation dos Rites a examinés, étudiés, discutés, retenus, pour procéder sûrement à la béatification de Jean-Baptiste de la Salle. Leur discussion remplit tout un volume. On a entendu des témoins parcentaines, comparé les rapports des médecins sur le caractère désespéré des maladies et sur la rapidité des guérisons, écouté et apaisé les derniers scrupules du promoteur de la foi, décidé enfin, avec l'unanimité des voix et des suffrages, que de tels faits échappent à Tart et à la nature, et que la grâce seule peut les comprendre et les expliquer. Le pape a parlé, la cause est finie : Roma locuta est, causa finita est ! Le vénérable de la Salle est placé au rang des bienheureux.

Elevez maintenant son image et présentez-la aux hommages du monde entier. Le voilà porté sur les nuées du ciel, dans toute la splendeur de sa béatitude.

1 Posit. supei' mirac, 34.

\'M Panégyriqce

Il monlo, Dieu l'appelle, et les esprits célestes lui servent d'escorte. Euge, serve bone et fldelis, intrain gaudium Domini lui ^ : Courage, serviteur bon et fidèle, entrez dans la joie du Seigneur ; et cette parole est écrite sur la banderole flottante qui se déroule audessus de sa têie. Voyez comme les anges des petits enfants qu'il a instruits et sauvés se pressent à sa rencontre sur les portes du paradis. Ceux-là lui sourient, ceux-ci publient les titres de sa gloire : Qui ad justitiam erudiunt multos quasi stellae in perpétuas œternitates. D'autres répètent avec Taccent de la divine louange ce que le divin Maître disait des enfants, et que le bienheureux de la Salle a si souvent répété lui-même : Sinite parvulos venire ad me : laissez venir à moi les petits enfants. Et lui, souriant et couronné du nimbe des bienheureux, étale, dans toute son ampleur et dans toute sa majesté, cette robe de bure, ce manteau noir, ce vêtement de pénitence et d'obscurité qui a traversé la terre au milieu des injures et qui s'illumine, en se déployant dans les cieux, de toutes les splendeurs et de tous les rayons de l'éternité.

Au milieu de ces images radieuses et de ces devises éloquentes, on porte devant le bienheureux le nom des malades auxquels il a rendu la santé et la vie. L'humble servante d'Orléans, le cher Frère de Paris, le pieux enfant de Rouen, Victoire Ferry, le frère Adelminien, Etienne de Suzanne, sont cités dans cette fête, comme on cite dans l'éloge d'un général victorieux les batailles qu'il a gagnées. Ce ne sont pas

1 Maltk., XXV, 23.

(les rois capLils ni des |)(ni[)lus oiiclialnùs (|ui suivonl lo diiir do trioinplio, co soiil d(3s niîila(l(3s j^néris, des iiiorihoiuls (|iii riivieiiiioiil dos [lurlos du toinbcîau. Ouiîllos dépoiiillos opimos ! On liîs aUaclio autour do l'auLoldo la conrt\ssioi), i^l los colonnes do Saint-Pierro porlonl jusqu'aux cioux lo souvenir des défaites (pie Joan-llaptisto do la Salle a inlligées à l'enfor, à la na- Lui'(^ (U à la niorl.

La [ireinièro l)asili([uo du monde a vu ce speclacle dans l'année la [)lus mémorable de notre siècle. Kilo a vu Léon XIII se levant de son trono avec touto la douceur de Tagneau et toute la majesté du lion, pour aller s'agenouiller devant l'autel de Jean-Baptiste do la Salle, encenser son image et prononcer le premier la prière qui sera désormais récitée dans Tunivers entier à la louange de ce bienheureux. Elle a vu toutes les nations accourir à cette fête. On célèbre à la fois et le grand serviteur de Dieu qui est chanté du nord au midi et du couchant à l'aurore, et le grand pape dont le nom béni dans toutes les langues attire, depuis six mois, à ses pieds les peuples et les princes réunis dans les mêmes sentiments pour l'entendre, le vénérer et le bénir. Regardez Rome, la veuve du peuple roi est plus que jamais la reine du monde, parce qu'elle est devenue, et pour toujours, l'épouse des papes. Chantons le triomphe de la vérité, de la justice et de la vertu. Que sont devenus les impies et comment leurs complots se sont-ils évanouis? Où sont-ils ceux qui prédisaient à si bref délai que c'en était fait des congrégations religieuses, de tout le sacerdoce, du pape et de l'Eglise? Où sont-ils ? où sont-ils? Les ennemis du pape et de l'Eglise se sont dissipés comme

i:<() PANÉGYRIQUE

la fumée. C'est avec Tencens apporté par les pèlerins de toute la terre que Léon XIII vient parfumer les autels du bienheureux. L'or des princes et des rois sert à les parer, et pour glorifier à jamais cet humble prêtre qui est mort au service des enfants du peuple, Léon XIII s'écrie qu'il faut élever nos mains et nos cœurs vers le nouvel astre de l'Eglise, en se recommandant spécialement à sa miséricordieuse intercession. Encore une fois, Léon XIII a parlé, le bienheureux de la Salle est couronné sur la terre comme au ciel. Gloire à Dieu ! Paix sur la terre aux disciples du bienheureux et à tous les hommes de bonne volonté !

IL Que reste-l-il, après avoir célébré la fête de cette béatification, sinon de comprendre et de nous appliquer les leçons qu'elle nous donne ? Le bienheureux de la Salle n'est glorifié dans le ciel que pour nous servir ici-bas de guide et d'exemple, et nous ne saurions porter nos regards vers l'astre nouveau qui se lève au firmament de l'Eglise, sans nous sentir éclairés d'une meilleure lumière, animés d'un nouveau zèle et remplis d'une ardeur plus vive pour le triomphe de la bonne cause. Agréez donc que j'interpelle dans cette chaire et les nations qui ont fondé et soutenu les Ecoles chrétiennes, et les élèves qui les peuplent, et les maîtres qui y distribuent les bienfaits de l'enseignement. A tous, je viens dire avec l'Apôtre : « Grati estote, soyez reconnaissants ^ )>

Quand Jean-Baptiste de la Salle rendit son âme à Dieu, il laissait trois cents disciples, dix mille élèves

1 Coloss,^ III, 15.

DU BIKNIlKCnK.l X J.-ll. I»»: I.A SAI.I.K. 1 .'H

ol vin^L-lrois maisons do son InsLilnL. Lri •^Tain (hî sôiHU'iî (ju'il avait planU'; (HaiL, do son vivant nirnn», (lovonu un {j;rand arl)ro, ('t los oiseaux du ciol cornnionraionl i\ s'ahrilor sous ses onibrayos. Mais qujourd'luii l(î «^rand arhro étend ses rameaux sur l'univers entier. On y compte douze mille Frères et (|uatro cent mille élèves. Co sont autant do bouclios (|ui chantent avec lo |)apo l'iiymno di*. la reconnaissance. I/hymno entonnée à Home par les lèvres do Léon XIII va se continuer dans toutes les*langucs el iom[)lir les deux liémis|)héres.

Où ne voit-on pas aujourd'hui des Frères et l'enseigne de leurs écoles? Toutes les nations leur rendent témoignage. L'Angleterre et l'Irlande leur confient leurs enfants, aussi bien que l'Espagne et l'Italie. La Belgique regarde comme une de ses libertés les plus précieuses l'avantage de les posséder, cl, chaque fois que les lois les menacent, elle les défend contre toute atteinte. L'Allemagne les a conservés même au milieu des persécutions religieuses, el l'Autriche, toujours si fidèle, ne se lasse point de les protéger, à Fexemple de son généreux souverain, qui va porter lui-même dans leurs écoles des marques de sa munificence. Partout éclatent des chants d'action de grâces; ces chants passent le Danube et le Bosphore, car la ville de Mahomet, Gonstantinople, le dispute aux grandes cités de l'Europe chrétienne pour saluer le bienheureux dans sa oloire, en comblant d'offrandes et de respect ses disciples et ses enfants.

Traversez la Méditerranée, entrez en Afrique, vous jouirez partout du même spectacle et du même triomphe. Alger, Gonstanline, Tunis, Oran, se

demandont ce qu'ils feront pour célébrer la victoire d'un Institut cher à ces rivages où s'étend et règne une autre France. Maurice, la Réunion, Madagascar, vivent sous des lois différentes, mais il n'y aura qu'une langue et qu'une voix pour chanter le bienheureux. Madagascar donne ses enfants à nos écoles, et ses jeunes gens à nos noviciats. Les Malgaches surpassent les Européens dans cet assaut d'honneur et de louanges. Mais l'Egypte ne se laissera pas ravir la palme. Là, ce ne sont pas seulement des chrétiens qui bénissent le vénérable de la Salle. Les juifs, les musulmans, les hérétiques, viennent au Caire et à Alexandrie s'incliner devant son image. Partout où une ville commence, une école chrétienne commence avec elle. Les Frères de Port-Saïd ont planté la croix sur les murs de cette cité naissante, l'école sans Dieu s'est fermée à l'aspect seul de l'école chrétienne, où cent cinquante enfants vont chanter, dans la langue des Arabes comme dans la langue de l'Eglise, la gloire et les mérites de notre héros. (( Célébrez hautement les frères des Ecoles chrétiennes, nous disait, il y a quelques jours, l'apôtre de l'Afrique. Allez raconter à Bordeaux combien je les estime et quelle part je prends à leur triomphe. Ils sont partout bénis et honorés; partout où j'envoie des prêtres, je voudrais envoyer aussi des Frères pour catéchiser les infidèles. C'est la sœur de Saint- Vincent de Paul, c'est le disciple de de la Salle qui sont les meilleurs auxiliaires de notre apostolat. » Ecoutez maintenant un autre membre du sacré collège, l'apôtre des Gallas, le cardinal Massaïa, parlant de ses voyages et de son séjour en Orient. Ce

DU HIFNIIKI RF.( \ J ii. i»K I.A sAi LR. 119

(|ui l'a frappi'; à Sinynin, h .Innisalom, <lans toiilns l(3S •^l'aiidos villos do l'As'ui Miiiciiro, c'est lo lrioin|)lic |);icill(|UO (lo nos Kcolos clinHiiînrios. Il s'alloridril à l.i viuî do cos (Miraiils do toiilo raco, do lonl culte et do toiito coiidilioii, qui viennent se inoltro sous la conduite dos Frères. Il so rappelle h leur aspect rentrée de (lodofroy do Bouillon dans la ville sainte. Il s'écrie : « Autrefois les princes chrétiens envoyaient des armées puissantes pour arracher aux musulmans le tomheau do Jésus-Christ; aujourd'hui rOrient est pacifié, ce sont d'humbles Frères qui continuent les croisades par des miracles de foi, de zèle et de charité : l'ignorance se dissipe devant eux, le vice so cache, et il so forme un peuple immense autour do l'image do Jean-Baptiste de la Salle, pour acclamer l'auréole qui le couronne dans le ciel. »

Prenez la route des Indes, poussez jusqu'à l'extrême Orient, vous entendrez d'autres peuples, vous visiterez d'autres écoles, mais le mémo cantique frappera vos oreilles, mêlé de vives demandes et d'instantes prières pour obtenir des renforts. Les Indes ont à peine connu la robe des Frères qu'elles réclament de nouvelles maisons. « Si nous avions des Frères ! » s'écrie un missionnaire du fond de la Chine. 0 très honoré supérieur des Ecoles chrétiennes, qu'il est cruel pour vous de refuser des élèves faute de place, et des écoles faute de maîtres ! Non, cette glorieuse fête ne se passera pas sans qu'il vous soit donné de combler ces désirs à la fois si légitimes et si impatients, qui expriment si bien les sentiments de la chrétienté tout entière.

Mais dans le nouveau monde, plus on connaît les

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Frères et plus on souhaite d'en avoir encore. Montréal, Québec, Baltimore, New-York, tous les Etats de TAmérique du Nord ont voulu bâtir et doter des Ecoles chrétiennes. C'est par centaines que ces écoles fleurissent, c'est par milliers qu'elles comptent leurs élèves. La République de l'Equateur leur est aussi favorable que les Etats-Unis. L'Océanie les bénit, et les îles les plus récemment converties à la foi entrent dans le concert des louanges qui s'élèvent de toutes parts en l'honneur du bienheureux. Je n'en citerai qu'un exemple, et je le choisis entre dix : Geylan possède depuis vingt ans des établissements scolaires tenus par les Frères, qui font l'admiration de toute la contrée. Là, on déclare par la bouche d'un protestant, dans les distributions des récompenses scolaires, qu'on ne saurait concevoir une école sans Dieu et sans religion. Là, on félicite les Frères de leurs succès, et leur popularité même fait accclamer par des voix qui appartiennent à la Réforme les triomphes du bienheureux. Tant il est vrai que la reconnaissance publique des Etats aussi bien que des particuliers ne connaît ni bornes ni réserves. Le bienheureux de la Salle est aussi connu dans les deux mondes par ses écoles que Napoléon par ses conquêtes. Les conquêtes passent, les écoles restent, et la gratitude universelle n'appartient qu'au serviteur de Dieu et du peuple.

C'a été pendant deux siècles l'honneur de la France de marcher sans contradiction à la tête de ce mouvement et de rendre la première, par toutes les voix de sa langue et de sa renommée, un témoignage unanime à l'Institut du bienheureux. Elle estimait qu'audessus de la politique il fallait mettre l'éducation, et

DU llll'MIKl IU:i \ J M m l\ '^ALI.K. 111

(\\\e si on clian;^'oail i\r lois, do {^ouvornomonL, do conslilulions, il y avait dans co clian;^(îtnonl dos cliosos (lui dovaionl diiror sons tons los ré^irnos, [)arno qno tous les réf^inins ont bosoin, pour dnror ouxnirmos, d'iHro allorinis sur los sacros londomonts d'uno (idncation à la fois chrôtinnno et nationale. Si d'aulros pensôos ont prévain dans nos lois, ces lois nouvelles ne changent rien ù nos devoirs. La liberté nous reste, c'est assez pour nous aajuitter envers lo bionboureux Jean-Baptiste de la Sallo, c'est assez pour sauver la Franco, parla reconnaissance et la justice : Grati cstotc.

Il s'est donc rencontré des bommes ennuyés de voir les Frères porter dans nos rues les livrées de la pénitence, et d'entendre dire qu'ils avaient un don particulier pour instruire les pauvres et les petits. Ce signe de croix par lequel la classe commence, cette prière qui la termine, ces images saintes qui s'étalent sur les murs de l'école, ce crucifix qui les domine, tout déplaît aux libres penseurs. Que l'Etat ait ses maîtres, mais que les maîtres nommés par l'Etat n'appartiennent plus aux congrégations religieuses. Est-ce donc là toute la reconnaissance qu'on devait aux disciples du bienheureux après deux siècles de bons et loyaux services ? Eh bien ! que nos écoles libres acquittent la dette de nos écoles publiques. Partout où l'Etat fermera une Ecole chrétienne au nom de la loi, allons la rouvrir au nom de la liberté.

Il y a huit ans que nous prêchons cette croisade, huit ans que vous nous écoutez, huit ans que vous répondez à notre attente par des sacrifices qui se renouvellent chaque année et qui deviennent chaque

année plus méritoires. On s'était persuadé peut-être qu'il sullirait d'un effort passager, et que des lois meilleures en seraient la récompense. La lutte continue, ne seriez-vous pas ingrats si vous l'abandonniez? Non, point de défection ni de lâcheté. Il faut que l'impôt de l'Ecole chrétienne entre dans nos mœurs; qu'on le paie à l'humble vicaire qui le sollicite aussi bien qu'on paie l'impôt de l'Etat au collecteur qui le réclame; que nous forcions, par cette contribution volontaire et permanente, le respect et l'admiration de nos adversaires ; et cette lutte généreuse dut-elle continuer jusqu'à la fin du siècle et au delà, jamais, non jamais, nous n'abandonnerons nos écoles libres. Qu'elle dure, qu'elle se prolonge, grâce à nos sacrifices, jusqu'à ce que nous ayons éclairé ceux qui ne veulent pas voir, et forcé au silence ceux qui déclament encore contre nos plus chères libertés.

Nous ne dirons point en gémissant qu'il en coûte trop de conserver nos écoles libres. Autant vaudrait dire qu'il vous en coûte trop de sauver la France, d'honorer l'Eglise et de garder la liberté. Elevons plus haut nos pensées et nos regards. Non, les fêtes que nous célébrons avec tant d'unanimité et d'enthousiasme n'annoncent pas que les écoles des Frères tombent en décadence ou en discrédit. Au nord comme au midi, les grandes villes et les moindres bourgades retentissent des louanges du bienheureux. Marseille, Toulouse, Bordeaux, rivalisent avec Reims, Rouen et Paris de zèle et d'éclat pour mettre dans tout son relief le nom de Jean-Baptiste de la Salle et les services de son Institut. L'année qui voit sa béatification ne verra pas périr ou décliner son ouvrage,

1)11 HlKMIiaiHKl'X J.-H. 1)K l.A SKl.lK. 1 i.'l

ot coux qui lo soiUicHiniiiil so soiiloiil siii'^iilKîroriienl encourJi}i;(3s h lo (Irfoiidro ;iv(M' plus d'ardcMir ('rn'()i'f5 qu'aiipai'iivaiiL

Mais où peiil-on iiiicux (|u'à Hordeaiix uxpriiiuir foules ces espérances? Lo spectacle (juo donne celle grande cilé est bien [dus éloquenl que loules les paroles. Ces fêles niagniii(iues, ces cantiques de joie, cette basilique [)arée de ses habits de fêle, celle foule qui la rem[)lil depuis trois jours et qui ne cesse de chanter, de prier, de remercier, au pied des autels du bienheureux, tout démontre, bien mieux que nous ne saurions le dire, combien la cause de Jean-Baptiste de la Salle est populaire, combien la reconnaissance émeut et remplit doucement vos cœurs. Elles vivront, elles ileuriront, ces quatorze écoles libres dont vous avez pris la charge. Il vivra, ilfleurira, ce pensionnat qui porte le nom delà Salle. Il est né le jour où Grégoire XVI a déclaré vénérable le fondateur des Ecoles chrétiennes. C'est à lui d'être le premier à l'honneur, le premier à la louange pour saluer le bienheureux ; c'est à lui de prendre le premier sur nos lèvres l'antienne du jour et de la répéter à toute l'assemblée : « Bienheureux Jean- Baptiste de la Salle, priez pour nous. »

Je m'adresse donc aux élèves des Ecoles chrétiennes et je viens les exciter à remplir à leur tour le devoir sacré de la reconnaissance. C'est aux enfants du peuple que le bienheureux s'est dévoué, déclarant à ses disciples que c'était, dans l'héritage du Seigneur, la meilleure part et qu'il fallait la garder. Cette consigne, nos chers Frères l'observent avec une rigueur qui les honore. Les petits, les pauvres, les déshé-

rilés de la terre et du temps, les balayures du monde, le peuple, en un mot, avec ses ignorances à dissiper, ses préjugés à combattre, ses jalousies naissantes qu'il faut extirper jusqu'à la racine, ses convoitises qu'il faut apaiser sans les satisfaire, voilà leur clientèle. Je Tai appelée la meilleure part, et je ne m'en dédis pas. Il y a là et la naïveté qui charme, et la confiance qui se donne, et la reconnaissance qui dure toute la vie. Ils prennent donc ces enfants, ils les élèvent, et, s'ils tombent, ils tendent, pour les recevoir, les bras de leur charité. Les riches croient volontiers nous faire quelque honneur en nous demandant les bienfaits de l'éducation; ils nous reprochent quelquefois de nous avoir donné leur confiance; ils nous accusent facilement de l'avoir trahie, nous rendant responsables des ignorances ou des vices dont ils ont donné eux-mêmes à leurs fils l'exemple ou l'habitude. Mais l'enfant du pauvre aime son maître et il en est aimé. Il le regarde comme un ami, il le salue avec respect, il le consulte avec empressement, il l'écoute avec déférence et soumission. Allez plus loin, enfants du peuple, remontez plus haut, et rapportez à la rehgion chrétienne les vertus qu'elle inspire. Ce Frère, qui l'a courbé sous un joug sévère pour le mettre tout entier à votre service? C'est le bienheureux que nous honorons aujourd'hui. Qui lui a appris à vous aimer, à vous instruire, à vous défendre, à prodiguer pour vous son temps, ses forces, son corps et son âme, sa vie tout entière? Encore le bienheureux. Qui a multiplié les Frères dans tous les lieux et dans toutes les langues pour vous donner partout des protecteurs, des

nu IIIKNIIKCIIKIIX J.-n. DK LA KAM.K. 145

niaîlros ol (l(3s amis? Toujours lo hionhonreux. Mai» lo bionliouroux lui-mèino, h (|iii doit-il tant do zùlo, do gnlcos oL do voiius ? A Jùsus-Chrisl ol à l'Kgliso. Jôsus-Chrisl a iHé son inodèlo, el l'Hyliso sa inèro nourrici(''ro ; voilà |)oin'(|uoi. si vous voulez ùlrereconnaissanUs, vous av(3z \r, downv do reslor clinHiens. Oliîquollo doulour gL (|uo11o lionlo si nous a[)[)ronions (|uo vous avoz trahi lo dra|)eau de l'école et quo vous avez passô à Tonnomi ! Mais quelle joie de vous retrouver tels à vingt ans que vous étiez à douze, la croix à la main et la main sur le cœur, pour attester votre reconnaissance et votre foi! Enfants ; des Ecoles chrétiennes, l'Eglise compte sur vous, et quand elle regarde Tavenir, quand ses yeux s'élèvent de la terre au ciel et qu'elle y voit resplendir l'image de son patron, elle l'implore, elle appelle sur vous sa bienveillance, elle s'écrie : « Bienheureux de la Salle, priez pour nous. »

Achevons ce sujet. Nos chers Frères de nos Ecoles chrétiennes doivent profiter eux-mêmes des leçons de ce jour, et leur esprit est trop élevé, leur cœur trop noble et trop ferme, pour ne pas comprendre jusqu'à quel point le triomphe de leur fondateur les oblige. Qu'est-ce qui triomphe aujourd'hui, sinon l'esprit de modestie et de détachement avec lequel votre généreux fondateur a tout quitté pour servir Jésus-Christ dans la personne des pauvres ? Qu'estce qui triomphe encore, sinon Tesprit de foi et de piété, de patience et de douceur, de persévérance surtout, avec lequel il a tout supporté et tout souffert plutôt que d'abandonner ou d'interrompre un seul instant l'éducation du peuple ?

Il VOUS sied donc, mes très chers Frères, d'avoir vos tribulations et vos croix. Il vous sied d'avoir vos contradicteurs et vos ennemis. Il vous sied d'être à votre tour méconnus et persécutés, et si l'esprit du mal, qui semblait un instant avoir oublié votre soutane, se retourne parfois contre elle avec une nouvelle rage, n'est-ce pas pour vous avertir que la faveur populaire n'est qu'un leurre, et que quand on n'est plus du monde, il ne faut pas plus faire état de ses calomnies que de ses louanges. A la croix ! nos très chers Frères, à la croix ! ce n'est que sur la croix que vous serez avec le bienheureux, et ce n'est qu'en souffrant comme lui que vous deviendrez semblables à lui. Grati estote, soyez reconnaissants, et vous lui ressemblerez toujours.

Donnez, selon la direction et les règles de votre Institut, avec cette méthode sage, sure d'elle-même, justifiée par deux siècles de succès, sans précipitation ni éclat, sans engouement pour les nouveautés, sans parti pris contre les améhorations et les vrais progrès, donnez les notions de la lecture, de la grammaire, de l'écriture et du calcul, telles que les donnaient vos devanciers. Allez plus loin, étendez votre programme, abordez les problèmes de mathématiques les plus ardus, initiez l'élite de vos élèves aux expériences de la physique et de la chimie, que^ la géographie et l'histoire soient le charme de vos classes, et que l'art d'écrire, que notre siècle désapprend tous les jours, se conserve sous votre plume à la fois correcte, élégante et vigoureuse. Mais au-dessus de toutes ces leçons, il y en a une qui doit les dominer et les exphquer toutes, c'est la leçon de catéchisme.

î)U][niK!Mli:iKia \ JU. n». LA SAl.LK. {il

Par qiiollo aborralion. {^^rand Dion ! c.otto loron, lu soulo nécessairo au boiilioiir do la iamill(3 ot do la soriétù, a-l-ollo (Hn hannio dos écoles pubIi([nos? Coniincnt so fail-il r[Uol(^ caLérhismo, ((uo DidoroL onscignail a sa (illo oL ([iio JoiilIVoy moiiranl ro;^r(îllail d'avoir oublié, soit dovonu h coux f[ui so disent les disciples de JoulFroy ot do Diderot un livre suspect ot odioux ? Quoi ! il n'y a point do mauvais livre qu'on ne tolère, et le catéchisme seul est l'objet d'une inquisition. Il y aura demain cent ans que le siècle proclame le droit de tout lire, et le catéchisme est le seul livre qu'on ne puisse plus ni lire ni montrer dans une école publique ! Voilà donc à quoi ont abouti cent ans passés à faire et à défaire des lois, des constitutions et des empires. Et le projet de réformer l'éducation, conçu, suivi, appliqué, se réduit à souffrir tous les autres livres et à bannir le catéchisme !

Eh bien ! si dans les écoles publiques dont vous avez encore la direction, vous ne pouvez plus lire, expliquer, développer ce livre auprès duquel les autres ne sont rien, quand la classe est finie, quand vous avez recouvré votre liberté, quand vous auriez si grand besoin de repos pour réparer vos forces épuisées, rappelez auprès de vous vos élèves et donnezleur, avec la dernière heure du jour et le dernier effort de votre voix, donnez-leur la leçon de catéchisme. Vous le faites dans les missions, mais la France n'est-elle pas devenue une terre de missionnaires ? Et ne faut-il pas aux prêtres des catéchistes pour défricher le sol des âmes, si couvert aujourd'hui de ronces et de ténèbres ! 0 bienheureux de la Salle,

conservez cUins voire Institul Tamour, la pratique et la tradition du catéchisme.

J'irai plus loin. Je demanderai aux Frères de nos Ecoles chrétiennes une étude plus profonde et plus étendue de notre sainte religion. Les méditations sévères que leur impose chaque matin la règle de leur saint fondateur, cette participation si fréquente au corps et au sang de Jésus-Christ qui est, dans leur rude métier, Tunique réfection de leur âme, ces retraites annuelles dans lesquelles ils renouvellent leur vœux et leur consécration au Seigneur, tout doit leur rendre à la fois agréable et facile l'étude de nos dogmes, de notre morale, de notre culte, et leur en faire comprendre la magnificence et la splendeur.

C'est un apostolat que vous exercez, très chers Frères ; il ne peut être consolant qu'à force de piété, et la piété qui n'a pas pour fondement la connaissance du christianisme ne donne ni fleurs ni fruits, parce qu'elle n'a point de racines. Ranimez votre foi par la lecture des saintes Ecritures, des Pères de l'Eghse, des apologistes anciens et modernes. Vous bénirez alors plus que jamais votre habit, votre règle, votre vie pauvre et mortifiée ; les leçons les plus profanes prendront sur vos lèvres un accent religieux qui fera de votre classe un sanctuaire ; le nom de Dieu, quand vous le prononcerez, s'imposera par votre ton et par vos regards à l'adoration de vos élèves; l'image du bienheureux Jean-Baptiste de la Salle semblera sourire, du haut du trône où elle reposera désormais, entourée du nimbe céleste; elle semblera ouvrir la bouche et dire au plus petit d'entre vous : « Courage, mon Frère, courage : Euge, serve bone et fidelis. Par-

ni; HiiiMiKiiiKtix j. II. i)i: la sai.m:. MU

lez do Dion à ces (îliurs onl'îiiits, et vous entrerez, coniino moi, (I;his s;i i^loiro : Intra in {/ftudiujn Do- 7nlnL »

Ce no sont [)as (Micoro hï tous lus devoirs que la reconnaissance vous im[)Ose, cliers Frères des Ecoles chrétiennes. Non souleinont vous devez, en étudiant ])lus (juo jamais la i'cli;^ion, on l'aire comprendre h vos élèves la vérité et la yrandcur, mais vous devez recruter pour son service les prêtres qui commencent i\ manquer h nos autels.

Tout s'élève aujounTliui contre le sacerdoce. Les clameurs du siècle élouH'ent sa voix ; sa soutane est, comme la voire, livrée aux morsures d'une presse venimeuse; son caractère est ab.iissé, son ministère avili, et la tribu sainte, menacée comme vous l'êtes vous-mêmes par des projets qui doivent entraver son recrutement, s'inquiète et se demande quels sont les jeunes gens qui accepteront désormais les périls et les outrages réservés à la vocation ecclésiastique.

Dans notre détresse nous nous tournons vers les riches, les grands, les lettrés, les nobles de la nation. Nous disons à ces jeunes oisifs qui traînent indignement dans la boue des places publiques leur nom, leur fortune et leur honneur : Quid lue statis iota die otiosi ? Que faites-vous de vos vingt ans ? Si le barreau s'encombre, si la magistrature vous répugne, si vous ne paraissez dans Tarmée que pour en sortir, si les fonctions publiques ne vous semblent plus dignes de votre ambition, pourquoi refusez-vous de payer au sanctuaire la dette de voire famille et l'impôt de votre sang? Vous ne voulez donc plus ni vous contraindre, ni vous imposer le moindre sacrifice pour l'Eglise,

dont vous vous dites les'défenseurs et à qui vous refusez cependant le concours de votre aiinistère ? Vous ne nous donnez pas même les fils de vos vignerons et de vos fermiers, et ceux-ci s'éloignent, comme vous, du sanctuaire avec le dégoût de Thabit qu'il impose et l'horreur des devoirs qu'il commande. 0 Dieu, où seront vos ministres et que reslera-l-il pour votre partage ?

Mais du moins, si Tenfant du pauvre, l'élève des Ecoles chrétiennes ne se détournait pas à son tour de ce glorieux service, il nous resterait l'espoir d'un magnifique et heureux recrutement. C'est à vous, chers Frères, de nous l'assurer. Souvenez-vous que le bienheureux Jean-Baptiste de la Salle fut prêtre, et que vous êtes les fils de son sacerdoce. Il en puisa le goût et l'estime dans celte Compagnie de Saint-Sulpice, si vénérable dès sa naissance, et à qui le pape Léon XIII vient de décerner un si bel éloge en la déclarant une illustre école de science et de vertu ^. Ce qu'il donna à votre Institut de force, de relief et de grandeur, vous le devez à cette vie sacerdotale dont il offrit le parfait modèle. C'est par elle qu'il est devenu un si grand saint et que vous jouissez d'une si grande gloire. Eh bien ! rendez aujourd'hui à l'EgUse ce que l'Eglise a fait pour vous. Donnez-nous des prêlres, et Dieu vous rendra des Frères par centaines et des élèves par milliers.

Les vrais Frères des Ecoles chrétiennes, les vrais disciples de de la Salle savent le peu de cas qu'il faut

1 In florentissimo sancti Sulpicii seminario, tanquam in pernobili virtutis et docirinx palccstra. {Décret, de Canonis.)

1)11 IIIKNIIKURF.IX J. H. I)i: LA 8ALLK. IM

fairo (lo la vaino scionco ol dos vains et rotoiiLissanls surcès qiio lo inondo ostiiiio. Mais co (ju'ils dédai^moiiL pour ou\-môincs, lo succï's (|iii honore ol qui alliro la clionlolo, ils lo souliaiU^ul |)our lours olôves. La plupart d'entre eux sont dostinùs à la vie commune. Procurez-lour donc, ù cliors Frères, lontrùo dans les ocolos dos arts et métiers, !< s emplois do la banrjue, do l'industrie et du commerce, formez des jeunes gens (juo leur a[)plication et leur probité rendent précieux à ceux qui les emploient. Qu'on les |iréfére aux élèves des écoles rivales à cause de leur assiduité et de leur bonne conduite. Voik\ des succès fjue vous pouvez ambitionner, que vous devez mériter et qui recommandent votre Institut à la considération des yens do bien.

Mais prenez-y garde, il y a dans cette foule une élite : ce sont les enfants marqués par le doigt de Dieu pour les fonctions du sacerdoce. Cherchez-les, distmguez-les, séparez-les du nombre et mettezles hors rang dans vos affections et dans vos soins paternels. C'est à vous do les reconnaître et de les signaler à leurs parents et à leurs pasteurs. Vos écoles sont déjà des séminaires. Quand il sera temps d'appliquer ces élèves d'élite aux études des langues anciennes, ayez le courage de leur dire : montez plus haut et allez porter ailleurs votre intelligence et votre mérite ; que la pensée de les enrôler dans votre Institut ne vous arrête pas. C'est en donnant des prêtres à l'Eglise que vous obtiendrez de Dieu la grâce de recruter votre compagnie. 0 chers Frèi^s des Ecoles >*> chrétiennes, aidez-nous, et entrez jjans tous les sentiments de TEgiise de France, due yos' entrailles 3

s'émeuvent, gémissent, palpitent comme les entrailles d'une mère, dans l'appréhension des maux qui nous menacent et dans le recrutement de la grande armée sacerdotale qui combat les combats de la foi.

Qu'elle est belle et vaillante encore, cette Eglise de France, avec ses prêtres et ses religieux, ses sœurs de Charité et ses Frères des Ecoles chrétiennes ! Nos Frères et nos Soeurs sont du même 'siècle, du siècle de Louis le Grand. Saint Vincent de Paul et le bienheureux de la Salle les ont formés sous la même discipline, vêtus avec la même simplicité et jetés dans les deux mondes pour le service des âmes, au plus grand honneur de la France et de TEgiise. Frères héroïques. Sœurs dévouées, sous quelque soleil que vous emportent vos destinées, vous y portez notre langue, avec ce je ne sais quoi d'attrayant, de communicatif et de contagieux, qui fait reconnaître et aimer notre patrie, et qui lui crée des sympathies et des admirations jusque dans les terres les plus lointaines, parmi ceux qui ont tremblé sous ses armes et qui redoutent encore son influence. Quelquefois on nous jalouse, souvent on nous raille, mais vous, par une heureuse exception, on vous aime, on vous honore, on vous vénère. Vous êtes la France, vous êtes TEglise; et vous partagez avec les missionnaires toute la popularité de nos pacifiques et religieuses conquêtes. Allez et faites aimer la France aussi bien que TEglise. La France n'est plus la première par le prestige et l'éclat de ses armes ; elle a moins de comptoirs que l'Angleterre, la Hollande et les Etats-Unis ; ses domaines sont moins vastes que son génie ; mais partout ou vous êtes établis, votre influence supplée

DU HlKNlIMimRrX J.-II. I)K LA SKllV. ilH)

ùson auLoriU'î, oL, quoi (|ij'oii lasse, hi Franco, f^ràce à vous, rù^no encore |)ar les charmes de son ('araclère oL de sa langue; elle domine encore là où il fauL se dévouer, donner son or el son sang, el se donner soimême. 0 nos chers Frères, o nos vénérables Sœurs, soutenez, agrandissez, élevez sur tous les rivages cet empire desànies (jne la poliliciue pourrait nous l'aire perdre, mais que l'Eglise seule peut nous assurer. 0 saint Vincent de Paul, soyez propice ù vos fdles. 0 bienheureux de la Salle, multipliez partout vos disciples. Patrons du dévouement, de l'abnégation et de la charité, priez [)0ur nous. Ainsi soit-il !

DU

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