DU TOMBEAU DE M"" DUPANLOUP
11 octobro 1888
NOTICE
Le 1 J octobre ramenait le dixième anniversaire de la mort de M^^ Diipanloup; c'était le jour fixé pour l'inauguration du monument ùlevé à la mémoire de ce prélat illustre « par ses luttes héroïques et son insigne piété. » Trente-deux évêques, parmi lesquels trois membres du sacré collège, s'étaient donné rendez-vous à Orléans pour rendre un dernier hommage au noble champion des grandes causes de l'Eglise et de la papauté.
La cathédrale de Sainte-Croix avait été magnifiquement ornée. Le portail était recouvert de draperies noires et surmonté des armes de M^^ Dupanloup. A l'intérieur, le chœur était entièrement tendu de deuil. Au-dessous de la tribune du grand orgue, on avait placé, sur une draperie blanche, et voilées d'un crêpe, les armes de Jeanne d'Arc, la glorieuse libératrice dont le nom est désormais inséparable de celui de Tévêque d'Orléans. Un grand baldaquin noir et blanc surmontait l'autel placé devant la grille à l'entrée de la nef. De chaque côté de Tautel, pour les Eminentissimes cardinaux, des sièges sons un baldaquin de couleur violette. La vaste église était remplie d'une multitude sympathique et recueillie. Des milliers de personnes n'avaient pu y trouver place. Dans le chœur se
tenaient près de 500 prêtres, les élèves du grand séminaire et les députations de tous les corps religieux du diocèse.
A neuf heures et demie, les prélats, sortis processionnellement du palais épiscopal, font leur entrée par la porte principale et viennent se ranger devant l'autel. La messe de Requiem commence aussitôt. Son Eminence le cardinal Bernadou, archevêque de Sens, officie. Les chants sont exécutés avec une rare perfection par le grand séminaire et la maîtrise, qu'accompagnent les voix de plusieurs centaines de prêtres.
U^^ Dupanloup avait défendu qu'on prononçât à ses obsèques une oraison funèbre; mais la cérémonie de ce jour demandait, sinon un panégyrique, que l'évêque d'Orléans n'avait pas voulu, du moins un récit de sa vie. C'est M^^ l'évêque de Nimes qui avait été désigné, par le choix unanime du clergé de France, pour faire ce récit. Nous devons à ce choix l'une des plus belles œuvres de Ms"" Besson.
Le discours terminé, les vénérables prélats se rendent à la chapelle, de Saint-Joseph, et l'absoute solennelle est donnée devant la tombe et le superbe monument dû au ciseau de M. Ghapu. Je ne puis dire qu'un mot sur cette œuvre magistrale, qui représente M^^ Dupanloup étendu sur un sarcophage, près duquel se dressent deux statues personnifiant la Religion et le Patriotisme^ ou la foi et le courage. L'une est grave et austère, un docteur; l'autre, pleine d'ardeur et de jeunesse, un chevalier. Un bas-relief où sont représentés M^^ Dupanloup et ses principaux amis complète ce monument, qui fait le plus grand honneur à M. Ghapu. Au-dessus de la tête du prélat plane l'ange de la France, aux ailes déployées, tenant la bannière de Jeanne d'Arc et « appelant au ciel celui qui, tant de fois, en ouvrit les portes aux âmes qu'il reconduisait dans le droit chemin ou consolait dans les épreuves de l'exil. » Sur le socle du tombeau se lit, en lettres d'or, cette simple inscription: Félix Dupanloup, episcopus Aurelianensis (1802-1849-1878).
A l'issue de la cérémonie, les prélats présents se sont réunis et ont envoyé au souverain pontife, par dépêche, l'adresse suivante :
« Très Saint Père, les cardinaux, archevêques et évêques réu- » nis pour l'inauguration du tombeau de Me^ Dupanloup, et pour » rendre hommage à la mémoire vénérée du vaillant défenseur
POIIU l/INAlICiUUATION Dli TOMHLAL Ui: M"' DUrAPiLOlP. Itjîl
» (1(;s (Iroitsdc TK^Iiso rt do la sniivrruiiintô ponlKiraltM'l an ^raiid » cl iwUU) M^rvitiuir (I»î la Franco, dôposeiit aux piinis (1«î Votre » Saintolô jours sonlluuMils d'IiumMo respect, d admiration cl » d'al)solu dôvouemcnl à votro porsonno sacréo, à votre autorité » supn^nieol à rindi'pcMidaïKMMlu saint-si«>^e. Fidèles à un des plus » chers dôsirs dcî M^"" Dnpanlonp, ils nînouvellent leurs supplic^- )» lions poin* (|ne Jeanne d'Arc soit lùentol placc'îe sur Uisanlcls, »
On ne pouvait mieux terminer cette grande solennité.
Dans l'après-midi, MM. les ecclésiastiques d'Orléans, réunis dans la salle synodal»;, ont prés(»nté huirs hommages h Leurs Krninences les cardinaux el k iNN. SS. les archevêques et évéqucs. Au nom do tous, le doyen du Chapitre a lu une adresse qui a provoqué dans l'assemblée de fréquents et vifs applaudissements. Nous en détachons les quelques lignes où il est question de l'ôvêquc de Nîmes : « Vous me reprocheriez de passer sous silence Téloquent orateur qui, ce matin, nous a tenus captifs sous le charme de sa parole. Avec quelle grâce attendrie, avec quelle énergie, il nous a décrit les différentes phases de la vie de M^»'"" Dupanloup ; il nous a reproduit vivante sa physionomie, comme l'artiste éminent Ta incarné dans le marbre. »
Les Annales religieuses d'Orléans publient la lettre suivante, adressée par S. Em. le cardinal Rampolla à Ms'* l'éveque d'Orléans, à la date du 27 octobre 1888 :
« Illustrissime et Révérendissime seigneur. Le saint-père a appris avec une grande joie l'heureuse impression qu'a produite en France le nombreux concours de cardinaux, archevêques et évêques réunis dans votre ville pour l'inauguration du monument de Ms' Dupanloup.
\> La réponse au télégramme qui lui fut adressé dans cette circonstance n'avait pour but que d'exprimer combien Sa Sainteté appréciait le témoignage de dévouement qui lui était donné par tant de personnages érainents.
y> Aujourd'hui, l'auguste pontife me charge de vous transmettre un nouveau gage de sa satisfaction et de dire à Votre Seigneurie illustrissime et révérendissime qu'il voit avec le plus grand plaisir les honneurs vraiment splendides rendus à un prélat qui a toujours fait servir le grand génie dont il était doué à défendre les droits du saint-siège et la souveraineté né-
ccssaire au souverain pontife pour lo libre exercice de son ministère apostolique.
y Dans les circonstances actuelles, il esta désirer que l'exemple de cet illustre écrivain soit suivi par tous les bons catboliqiies, et Sa Sainteté se réjouit de voir que la cérémonie de l'inauguration est venue ranimer en ce moment le zèle des fidèles de la France, qui a toujours rendu de si grands services au chef de l'Eglise dans les épreuves qu'il a eu, comme de nos jours, à traverser.
» En attendant, je suis heureux de vous renouveler Texpression des sentiments de parfaite estime avec lesquels je suis,
» De Votre Seigneurie Illustrissime et Révérendissime,
» Le serviteur, » M., cardinal Rampolla. »
{Semaine religieuse de Nimes.)
Ad memoriam œternam,
A Téternelle mémoire de sa valeur et de son nom.
(Mach.y XIII, 29.)
Eminenges s Messeigneurs -, Mes Frères,
Ce fut, au jugement des saintes Ecritures, la pensée qui animait Simon le Machabée, quand il entreprit d'élever un monument en Thonneur de ses frères tombés devant Tennemi. Ce monument fut bâti à
1 s. Em. le cardinal BernarJou, archevêque de Sans; S. Em. le cardinal Place, archevêque do Rennes; S. Em. le cardinal Langénieux, archevêque de Reims. ^
2 S. G. .Ms»- Richard, archevêque do Paris; S. G. M^'' Marchai, archevêque do Bourges; S. G. M^"- Foulon, archevêque de Lyon ; S. G. M^' Guilbert, archevêque de Bordeaux ; S. G. M?»' Thomas, archevêque de Rouen ;
VOVn l/lNAUGURATION Dl) TOMIIKAIJ I»K M^*" Dl PAÎILOIP. 171
Modiii, au cimlro do la Iribii (hî JikIh. Il était d'uno |)iorro polio oL l)rill:iiil(î ; on y comptait sopt pyramides, do hautes eolonues en formaient le pourtour, d(vs armes en reliei et des vaisseaux sculptés en roliaiissaient la magiiilicence et liiiçrandeur/IiCS siècles passèrent comme les (lots au pied de ce marbre béni, el au lem[)s d'Kusèbe et de saint Jérôme, les matelots saluaient encore, du milieu des mers, le tombeau de ces sages et vaillants Machabéos. A leur mémoire, et que cette mémoire soit éternelle ! Ad mcmoriam œlernam!
Puisse-t-il avoir le même sort dans les siècles à venir, ce tombeau (jue vous venez de bâtir pour renfermer les cendres d'un grand évêque digne d'être compté parmi les Macliabées de la nouvelle alliance! Dix ans se sont écoulés depuis qu'il a quitté la terre, mais sa mémoire n'a point été flétrie par le temps. Voici, comme devant la tombe des Machabées, une patrie incontrôlable d'une si grande perte. ïrenledeux évoques, dont trois sont revêtus de la pourpre romaine; représentent ici toute la France avec l'ia-
S. G. M5»- Mcignan, ardievôquo de Tours; S. G. Ms' Gouthe-Soulard, archevêque d'Aix; S. G. M^'" Gonindard, archevêque de Sébastc; S. G. M?*" Coullié, évêque d'Orléans; S. G. M?*" Bécel, évêque de Vannes; S. G. M"'" Hugonin, évêque do Bayeux ; S. G. M?»" Turiuaz, évêque do Nancy; S. G. M§' Perraud, évêque d'Aulun; S. G. M^*" le Coq, évêque de Nantes ; S. G. M§' Thibaudier, évêque de Boissons : S. G. M^"" Laborde, évêque do Blois ; S. G. iM?' Goux, évêque do Versailles: S. G. M§' Boyer, évêque de Clermonl; S. G. M?*" de Briey, évêque de Meaux; S. G. W Trégaro, évêque de Séez; S. G. Ms"" Pagis, évêque do Verdun; S. G. M^'' Sourfieu, évêque de Chàlons; S. G. W?' Petit, évêque du Puy; S. G. M^*" Laraarche, évêque de O^^iniper; S. G. M^*" Bougaud, évêque de Laval; S. G. Ms''Rououard, évêque do Limoges; S. G. M?"" Marchai, évêque de Sinope.
T. R. P. Laurent, abbé mitre de la Giàce-Dieu.
comparable éclat de leur dignité et de leurs vertus. Le clergé, le peuple, les grands, tous ceux qui servent le pays sous la toge ou sous les armes, tous ceux qui rhonorent par leurs services, viennent se recueillir ici dans la prière du souvenir. Je ne vous raconterai point la vie de MQ'^ Dupanloup, une main pieuse Ta déjà écrite avec toutes les émotions de la fidélité. Je ne ferai point son oraison funèbre, lui-même Ta interdit par Tacte de ses volontés dernières. Mais laissez-nous payer, comme nous le pouvons, la dette de la reconnaissance publique envers un des hommes qui ont le mieux mérité de leur siècle. La jeunesse dont il a été Tapôtre, le diocèse d'Orléans dont il a été le premier pasteur, la France et TEglise qui le regardent comme un de leurs plus héroïques serviteurs, se plaindraient aujourd'hui du silence de la chaire. C'est leur hommage que j'apporte à ces autels; Tépiscopat nous le demande, et nous entendons sortir du fond de ce caveau funèbre une voix qui nous crie plus éloquemment encore que celle du héros d'Israël : « Vous savez quels combats nous avons livrés pour les lois, pour la patrie, pour les choses saintes: Vos scitis quanta fecimus pro legihus et pro sanctis prœlia ^ »
Ces batailles, je vais les retracer. Quand les lois, la patrie, les choses saintes, sont plus que jamais en péril, dressons des monuments et des tombeaux, élevons des statues à ceux qui ont écrit, prié, combattu pour elles au premier rang. A la mémoire de Tapôtre de la jeunesse, du premier pasteur de ce
1 Mach.^ XIII, 3.
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(liocoso, (lu (lôlonsoiir do TK^diso ot do la France ! A lu uKimoiro do rùvncino d'Urlùans ! Ad mcmoriam xkrnam!
I. IIii liinnblo onlanL d(î la Savoio (juitta à sept ans les iiionla;^nies ol les lacs où s'étaient écoulés les |)romiers jours do sa vie. Il allait, coninio les pauvres do son |)ays, cliorclier i'orlune dans la grande ville; sa nièro l'y accoin[)a^nait et y cliercliait pour elle-même le travail et le pain de chaque jour. La mère et le lils travaillaient de leurs mains : l'une au ménai^e d'aulrui, l'autre en faisant (pourquoi ne pas le dire?) (juehjue copie pour un [)rocureur du voisinage. Cinq ans se passent dans cet ingrat labeur, et Félix l)u[)anloup n'a pas encore trouvé sa voie, ni entendu l'appel de Dieu. Il fréquente Sainte-Barbe, mais cotte école fameuse ne lui a inspiré que le vague désir d'être architecte ou avocat. Il a fait à un prêtre de Saint-Séverin sa première confession , mais cette confession le laisse froid et indécis sur tous ses devoirs. Il a des camarades, mais point d'amis, et quand il se les rappelle, il s'accuse d'avoir été trop semblable à eux.
Cependant sa mère manque de travail, comme il manque lui-même de direction. Que va donc devenir l'enfant de la Savoie? Une maladie le met à deux doigts de la mort. C'est le premier coup de la grâce. Le spectacle d'une procession du saint Sacrement jeta comme un rayon de foi et de piété dans cette âme incertaine. C'est à Saint-Sulpice qu'il s'est senti épris pour la religion d'un saint et profond enthousiasme. C'est à Saint-Sulpice qu'on le recueille, qu'on Tins-
truit, qu'on le prépare à sa première communion. Jour délicieux, soyez béni ! Voici la plus grande joie de sa vie, voici son pas décisif dans le chemin de la grâce, qu'il ne quittera plus.
Ses maîtres ne s'y trompent pas. Il passe du catéchisme à la petite école de M. l'abbé Tesseyre, de l'école au petit séminaire de Saint-Nicolas, de Saint- Nicolas à Saint-Sulpice, comme poussé par la grâce, se trempant chaque jour davantage dans les eaux de la vraie piété. Les protecteurs viennent à sa rencontre comme pour se disputer le plaisir de pressentir ses destinées et d'en favoriser l'accomplissement. C'est le jeune abbé de Rohan qui lui offre à la Roche-Guyon un sûr asile pour ses vacances; c'est Quélen qui le catéchise et qui lui décerne ses premières couronnes; c'est Frayssinous qui prend son bras et qui lui dit avec un sourire charmant : « Laissez le passé s'appuyer sur l'avenir. » A côté de ces grandes figures, placez celle de Borderies, évêque de Versailles, alors l'un des modèles et des maîtres dans l'art de bien dire. Il présente le jeune lévite au séminaire d'Issy, il le recommande, il l'encourage, il le fait marcher sous ses yeux dans la voie du devoir et dans la pratique de la perfection.
C'est dans cette société d'élite que devait se former et grandir l'âme de l'abbé Dupanloup. Ajoutez-y l'influence bénie de la compagnie de Saint-Sulpice. A peine entré dans cette école célèbre, ce n'est plus un élève, c'est un maître. Pourquoi ne dirions-nous pas ce qu'a dit le Père de Ravignan, son condisciple et son ami : « C'est déjà le plus doux des tyrans. )> Il régnait à force de respect et de prévenances sur le
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cduir (lo SOS maîlros, à l'orco do bons oflic(î.s sur lo cduirdo sus coiidisriplos, à lorco do zèlo oX (ralloclion sur lo Cdîur dos onrauls qu'il catéchisait. Il ost [irotro. r/ost dans 1 cgliso dos Caruitîs (|u'il cclôbro sa prouiirro niosso, c'ost aux oufants do son catéchismo (lu'il donno lo soir do co grand jour, o Chantoz, nios onlants, huu' disail-il, chaiitoz votro clior cantirpio, cliantoz-lo [)Our moi, » ot doux conts voix lui rù[)ondont on s'ôcriant :
Qu'ils sont aimés, grand Dion ! vos tabernacles!
Lo cantiquo do Féiiolon était môlù des plus douces larmes, quand les eul'ants de Saint-Sulpice en prenaient le ton sur les lèvres de l'abbé Dupanloup. Quel nom, quel personnage le jeune prêtre ne verra-t-il pas dans ces catéchismes? La fille de Louis XVI, dont il est le chapelain, obtient qu'il enseignera au duc de Bordeaux les éléments de la religion. S'il n'a pu suivre en exil l'héritier légitime de nos rois, voici autour d'un trône, rebâti à la hâte avec les débris du naufrage, d'autres princes à instruire. Nemours, Joinville, d'Aumale, la princesse Clémentine, n'ont oublié ni ses soins ni ses leçons. Joinville viendra, cinquante ans après, frapper à sa porte pendant le siège d'Orléans, et se faire reconnaître, sous le déguisement qu'il a pris, pour un Français et pour un Bourbon.
Mais le catéchiste du Palais-Royal a donné quelque ombrage. S'il faut qu'il s'éloigne, non sans emporter les marques d'une royale munificence, il ira se reposer à Rome sous le toit hospitalier du cardinal de Rohan. Grégoire XVI lui décernera d'un mot la louange la plus haute, la plus gracieuse et la plus
méritée : « Vous eles Tapôtre de la jeunesse : Tu es apostolus juventutis, »
Qu'il revienne avec ce litre glorieux, et qu'il reprenne à Paris le cours de ses incomparables catéchismes, ù Saint-llocli et à la Madeleine, à la ville et à la cour, personne n'échappera à celte douce tyrannie qui s'impose par la doctrine, par le zèle et par l'éloquence. L'apôtre de la jeunesse la plus innocente le sera bientôt de la vieillesse la plus pervertie. Il arrachera Tallevrand aux remords de la dernière heure et aux démons du dernier combat. C'est par la main d'un enfant qu'il est conduit dans la maison du prince. Il s'assied à sa table, il converse avec lui, il encourage ses premiers pas dans la voie du retour, il obtient sa rétractation telle que la désirait le saint-siège, il fait courber sa tête sous la main qui absout, il le jette, encore maître de lui-même, dans les bras de l'éternelle miséricorde.
Cependant le grand archevêque de Paris, toujours soucieux d'instruire et de sauver la jeunesse française, cherchait pour la ramener à l'Eglise des apôtres capables de l'attirer. Sa première pensée est d'appeler à Notre-Dame tous les jeunes prêtres qui font honneur à la parole. Sept orateurs, l'abbé Dupanloup en tête, commencent un cours d'apologétique. Mais à côté d'eux croissait et grandissait le véritable orateur de Notre-Dame. Lacordaire a conquis du premier coup cette chaire qui semble faite pour lui et pour ses disciples. L'habit de Saint-Dominique y paraîtra sur ses épaules; il entrera à l'Assemblée constituante; il triomphera à l'Académie; il redeviendra populaire en France comme dans le reste du monde, et si ce n'est
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pas assez, pour accrcMlitor cet liabil, du sanf^ verso par Lacordaire sous les cou[)s d'uuo austère discipline, les balles d'une odieuse Commune le cribleront de gloire au coin d'iiii mur.... Mais laissons ces souvenirs lugubres. Le caLécliisle par excellence va êlre placé sur un nouveau lliéàlre, où éclatera tout son génie, où son amour pour l'Eglise et la France se révélera dans toute son ardeur. C'est l'Eglise de Paris à recruter, c'est une France nouvelle à former, à discipliner, à élever dans la connaissance, disons mieux, dans l'enthousiasme du vrai, du bien et du beau. L'apôtre de la jeunesse va suivre sa vocation.
Dieu la lui fit sentir par l'autorité de M^' de Ouélen, quand il ra[)pela à diriger le petit séminaire de Paris. Que dis-je, diriger? c'est comme une maison nouvelle qui va sortir de ses mains. Les maîtres, les élèves, le règlement, tout change d'aspect en quelques mois. Il est partout l'œil qui surveille, l'oreille qui entend, la voix qui commande, le geste qui entraîne, le mouvement qui anime tous les ressorts. Les éludes, les récréations, les promenades, les jeux, sont réglés, variés, improvisés, tantôt avec celte mesure qui révèle la sagesse la plus profonde, tantôt avec celte soudaineté qui frappe l'esprit de l'enfant et qui y grave un profond souvenir. Il s'impose partout avec cette autorité qui ne souffre ni réplique ni murmure, m.ais aussi avec cette tendresse vive, ingénieuse, prévoyante, qui force l'enfantàlui obéir comme aune mère. Regardant à tous les détails, mais de haut; confiant avec les maîtres dont il se fait les auxiliaires les plus dévoués, il s'épanche chaque jour avec les élèves dans une lecture spirituelle dont on a
dit qu'on n'y lisait presque jamais. Mais si l'abbé Dupanloup fermait le livre, c'était pour lire dans l'âme de ses enfants, pour y jeter d'un mot, d'un trait, avec rimage ineffaçable de sa paternité, la semence du devoir et de la vertu. C'est par cette conversation vive et animée qu'il réprime l'insolence et qu'il prévient la mollesse, ces deux lléaux du jeune âge. On ne connaîtra à Saint-Nicolas ni la peur ni la honte, mais la noble émulation du bien. Parmi les anciens, c'est Virgile qui est l'oracle de la maison; parmi les modernes, c'est Fénelon. Le supérieur pétrissait ainsi de ses deux mains les âmes des enfants, et leur rendait le devoir non seulement facile, mais agréable, tant il savait élever au-dessus du vulgaire, sur ces ailes attachées à sa parole et à sa plume, toute une jeunesse charmée de ses leçons et heureuse de les mettre en pratique.
Que ne fera-t-il pas pour nourrir et exciter l'émulation ? Un jour il entre à l'improviste dans une classe ou dans une étude, et il juge d'un regard le maître et l'élève. Un autre jour il vient, en grand appareil, publier des notes, marquer des places, décerner des prix et des couronnes. On le verra concourir luimême en latin, avec ses plus brillants lauréats, et c'est à qui imitera le mieux Virgile ou Gicéron. Ne craignez rien de ces études profanes pour la piété du séminaire, ni pour la modestie des élèves, des succès proposés à leur légitime ambition. L'Eglise redoute surtout l'ignorance, et à ses yeux, l'orgueil né de la sottise est cent fois plus dangereux que les palmes de l'éloquence et de la poésie. L'abbé Dupanloup allait donc élevant le niveau des études, faisant du petit
POUR I/INAIKÎIIUATION DU TOMIIKAU DK M»' DUPAISLOIP. 17Î)
. (iiiiiiiairo do Tciris iiiio écolo d'humanités lolle que rUnivorsilé do TMlal n'osora on soiilcnir la conciirrniico, et rajounissaiil, i):ir Loiitos los industries du lal(MiL (^1 (lu /élo, cotto éducation (dassiquo, si noble, si rcM'ino, si sùro d'ollo-niénK), dont on médit sans la connailrcM^t (pi'oii drirnirasans la romplacor.
Mais la merveille de Saint-Nicolas, c'est la piété. Si la piété est le tout de l'homme, elle est le charme de l'enfant et le |)rincipal attrait de la jeunesse. L'abbé Dupanloup vont qu'on parle à la fois aux sens, fi l'imagination et au cœur, pour y graver partout le nom do Dieu et l'amour de sa loi. La beauté des cérémonies, l'éloquence des discours sacrés, le silence des retraites, la première communion avec toutes ses joies, la Fête-Dieu avec toutes ses pompes, tout ce qui frappe, tout ce qui attire, tout ce qui émeut, il l'emploie, il le répète, il le varie, en profond connaisseur de ce cœur hmain toujours faible par quelque endroit, mais toujours susceptible d'être relevé par un autre côté. Ce n'est là encore que le dehors; le supérieur du petit séminaire pénétrera au dedans des âmes, avec un art infini, laissant à d'autres les secrets intimes de la confession, mais s'attirant, tantôt par l'ascendant qu'il exerce, tantôt par la confiance qu'il inspire, les confidences du jeune homme qui commence à se connaître et qui tremble de le dire.
Mais on ne tremble pas devant l'abbé Dupanloup ; on l'admire, on l'écoute, on lui obéit, on en fait le juge de son avenir, l'arbitre de sa vocation, le maître de toute sa vie. 0 doux tyran de la jeunesse française, vous l'avez menée au sacrifice, à la vertu, à Tbonneur, à Dieu. Et ce prodige du petit séminaire de
Paris n'a rien] de l'éclair qui passe, ni de Télan qui s'affaisse après un premier effort. 11 a duré huit ans. Huit ans de bonheur aussi parfait le dernier jour que le premier; huit ans d'un enthousiasme que sa parole, ses lettres, sa présence, suffisaient à raviver. Que dis-je? Tel est le branle qu'il a donné à la maison, qu'après cinquante ans, on y vit encore de sa règle, de son prestige et de son nom.
Avec un tel succès l'abbé Dupanloup avait sa place toute marquée dans les commissions qui préparèrent la loi de 1830. Cette loi bienfaisante, la meilleure de notre siècle, avait été précédée par vingt ans de combats livrés presque sans trêve, depuis le jour où Montalembert se déclara maître d'école devant la Chambre des pairs, jusqu'au jour où ce titre devint un droit pour tout Français qui voulait l'exercer. Mais pour la rédiger, la discuter, la voter, il n'y eutqu'une heure, une heure de paix entre deux révolutions. Avant 1849, c'était trop tôt, et en 1851, c'eût été trop tard. Cette heure de grâce et de raison fut devinée, comprise, employée par tous les hommes d'Etat avec une rapidité qui tenait de l'inspiration, et une entente merveilleuse de ce qu'on pouvait faire et de ce qu'on devait redouter.
M. l'abbé Dupanloup ne siège pas dans nos assemblées, mais il conseille, il anime, il presse, il soutient les représentants de la nation. C'est lui qui obtient de M. de Falloux qu'il acceptera le portefeuille de l'instruction publique, et de M. Thiers qu'il soutiendra M. de Falloux dans la discussion de la loi nouvelle. Dès lors, tout est gagné, et il ne reste plus qu'à maintenir l'accord et à écrire le traité*
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Mais (|ii(5 (lo |)i'u'ils inaLUiiidus! (Jiio do détails où la -raii(l(»- loi Vît écliouor! (Juo do dillicullés à la dernière liouro ! L'abbù Dupaiiloui» a tout [)révu, el partout où iiii daiigor ost sij^nalé, il mot sa plume ou sa parole, il y mettrait sa tète. (Juo ne lail-il [rds! Il écrit aux évéques, il adresse un mémoire au pa|)e, il conjure ses amis, rassurant les uns, éclairant les autres, multipliant son action, sentant qu'il est écouté, qu'il sera suivi et que la loi de la délivrance sortira enlin, et des débats i)ublics et des dillicultés secrètes dans lesquelles elle est engagée. S'il éprouve quelque déception ou quelque tristesse, le P. de ilavignan est là pour le consoler, se tenir à ses ordres et demeurer debout à côté de lui. Il soulfrira tout par amour pour sa chère jeunesse. Montalembert, cette autre moitié de lui-même qui se partageait, avec le P. de Ravignan, les affections de son grand cœur, est à son tour réconforté : « Raffermissez-vous et soyez homme, » lui écrit-il, à travers les épreuves et les contradictions : Confortare et esto vir. Mais voici le jour du triomphe. Le glorieux maître d'école de 1831, condamné par la Cour des pairs, a fait casser, en 1850, l'arrêt dicté par le monopole. La loi qui vient d'être votée a donné à la France les évêques, les prêtres, les soldats, les magistrats, les citoyens qui la servent, la défendent et l'honorent aujourd'hui. On frémit en se demandant jusqu'où nous serions descendus, s'il ne s'était pas élevé, pour nous soutenir au-dessus des abîmes, une race nouvelle à qui l'EgUse est chère, parce que l'Eglise Ta instruite et disciplinée jusqu'à vingt ans, et qu'elle en a fait le témoin, le champion et le martyr de toutes les grandes
causes. Les cent collèges qui Tont formée sont encore debout. Il en sort chaque année, et depuis quarante ans bientôt, de vrais chrétiens qu'on ne connaissait pas dans la première moitié de notre siècle. Qu'on supporte encore cette liberté qui nous est si chère, ou qu'on la supprime par quelque décret, il est trop tard pour anéantir à jamais les fruits qu'elle a portés. Nos élèves ont vingt ans, et le siècle futur leur appartient. Dussions-nous descendre au tombeau avec les débris de nos grandes lois, nous y descendrions pleins d'espoir, et il suffirait de se pencher vers ce sépulcre pour en entendre sortir cette voix d'un autre Machabée : « Vous savez combien de combats nous avons soutenus pour la défense de la liberté : Scitis quanta fecimus pro legibus prœlia. »
Mais ce qu'a fait notre Machabée, il l'écrira, et il Ta écrit parce, qu'il l'a fait. Dès qu'il peut tenir une plume, c'est aux enfants qu'il en consacre les premiers essais. Il entre dans les détails les plus intimes et les plus pratiques, passe en revue tous les devoirs de ceux qui s'occupent de l'enfance, et s'applique non seulement à en relever la grandeur, mais à en rendre le joug doux et léger. Il préludait ainsi à son grand ouvrage sur VEducation, qui suffirait seul à son immortelle renommée. Cet ouvrage, dont les éléments sont épars en mille endroits chez les anciens et chez les modernes, est cependant l'œuvre d'une seule main. On y retrouve Platon et Quintihen, Roilin et Fénelon, tout ce qu'il y a de plus savant, de plus pur, de plus ferme, de plus décisif sur la question. Mais l'expérience de l'auteur éclaire d'une telle lumière les témoignages des instituteurs les plus
poiin i/iNAiir.iiHATi<)i>i nu tomiikau db m^ dupaivloup. 183
famoiix; mais la [)rù(j('(*n|)alioii, l'amour passionné do rE{^lisG ot (lo la [)atrio rond los lerons si lVap[)anlos et si animées, qu'on oui)lio les anciens el los modernes pour n(îvoir(iU(! la famille, lo collèges le séminaire, décrits par M"' l)u|)anloup, qu'on aime jusqu'à ses redites, et que, de toutes les autorités qu'il a accumulées, il paraît être lui-même dans notre siècle la plus concluante et la plus décisive. Quintilien n'a formé que l'esprit ; RoUin a donné aux études une part prépondérante dans l'éducation ; Fénelon, dans son merveilleux roman du Télémaquc, a écrit pour les modernes dans la langue des anciens, mais c'est surtout aux fils des rois que s'adressent ses conseils et ses remontrances. L'abbé Dupanloup, dans un plan plus vaste et plus simple, a tout réuni et tout embrassé. Il y a quarante ans que son livre a paru, il est aussi neuf, aussi vrai, aussi lu que le premier jour.
Ce livre est partout. Il est le guide et le modèle de toute éducation, c'est par lui qu'il faut la commencer dans la famille et la continuer au collège ou au séminaire. Mais à côté des livres de M^"* Dupanloup, voyez ses disciples, livres vivants où le maître se retrouve tout entier, avec ce sentiment si profond du respect et de l'autorité qui résume toute son école et toute sa gloire. Le petit séminaire de Paris, semé par ses mains, a donné, en huit ans, des prêtres par centaines, dix évêques, Thonneur de la France et de l'Eglise, deux cardinaux dont la pourpre jette sur leur maître, avec le témoignage de leur reconnaissance, le reflet de leur élévation et de leur grandeur. En prêchant devant eux, que puis-je faire, sinon
de me taire sur leurs mérites et de les reporter à celui qu'ils en proclament, après Dieu, le principal auteur. Mais je serai plus libre pour louer en son absence Tun des plus illustres élèves de cet illustre maître; celui qui a puisé dans ses leçons cet amour de l'humanité souffrante, cette horreur de Tesclavage, cette soif des âmes et de la hberté qui lui inspire aujourd'hui de si nobles accents. Il ira prêcher les droits de Thumanité à Alger et à Tunis, il relèvera le siège de Carthage, et après avoir pénétré d'un regard puissant jusque dans les repaires de l'esclavage africain, le voilà qui parcourt, comme un autre Pierre l'Ermite, des espaces immenses de terre et de mer, visitant la France, la Belgique, la Hollande, l'Angleterre, et portant partout avec les ordres de Léon XIII le cri de la liberté chrétienne : Dieu le veut! Que l'esclavage cesse et que l'homme se redresse sous l'étendard de la croix ! N'en doutez pas, le cœur du grand évêque d'Orléans se réveille, tout poudre qu'il est, sous le marbre qui le recouvre; il a prêché la liberté, il a flétri l'esclavage avec une indomptable persévérance ^ et c'est pourquoi il tressaille après dix ans à la voix de l'apôtre : « Va, mon filS; sembie-t-il lui dire, poursuis ta croisade, prêche la délivrance et le salut, je reconnais, je bénis ton génie et ton cœur. »
IL La première moitié du siècle venait de s'achever quand M^"" Dupanloup monta sur le siège d'Orléans. Il en gravissait les degrés avec toutes les espérances d'un heureux avenir. Rome était rendue au pape, la
1 Lettre à M. Gochin, Lettres choisies de if«' Dupanloup, II, 143.
POUH L^INAllcaiHATlON I)L' TOMIIKAl l)K M»' DUPAMLOIIP. 1K5
cause delà liberté d'onseif^^nemenl était j^a^iiéo, nolm patrie avait repris son ran;j: [)armi les nations, cent collèges, fondés roinme par miracle dans toutes nos provinces, s'em[)lissaieiiL du pKîinier coup de dix mille jeunes gens, l'élite de la société, l'espoir des générations futures; les princes de l'intelligence humaine signaient, [)Our sauver cette jeunesse, avec les honnêtes gens do tous les partis, une alliance qui semblait éternelle ; des transformations inattendues s'opéraient dans les âmes ; l'Eglise allait ré[)arer toutes ses pertes, et le cri de Montalombert : nù/lisc est une mère, parti de l'Assemblée nationale, semblait devenir le mot d'ordre d'une nouvelle France.
Malgré de si consolants présages, il fallut non seulement conjurer l'abbé Dupanloup, mais le contraindre d'accepter l'épiscopat. Le P. de Uavignan y avait échoué, le cardinal Giraud fut plus heureux. Frappé des graves motifs qui lui étaient présentés, l'abbé Dupanloup se rendit enfin, et en acceptant, répéta à M. de Falloux le m^ot qu'il lui avait dit pour le décider à devenir ministre : Satins est Dei causa servitutem suhire quam crucis ficgd perfrui libertate : « Plutôt sacrifier sa liberté au service de Dieu, que la croix à sa liberté. » La croix une fois acceptée, tout est dit, il la portera jusqu'au bout.
Gomment vous le peindre, nos très chers frères, portant cette croix pendant trente ans avec une résolution égale à son activité, et pénétrant partout avec elle pour la faire accepter, bénir, adorer par les grands et par les petits, par les riches et par les pauvres, par son; siècle et par son pays, telle qu'elle est, sans y mettre une seule fleur, sans en ôter une seule épine^
186 ORAFSON FUNÈBRE
dans toute sa fiiiblesse et dans toute sa folie, mais aussi avec toutes ses espérances et toutes ses ardeurs? Le nouvel évêque se met à l'œuvre dès le premier jour, et, profitant du Jubilé, qui marque dans l'univers touL entier le commencement de la seconde moitié du siècle, il hâte, il précipite, avec une vivacité incroyable, non seulement à Orléans, mais dans tout son diocèse, le mouvement heureux qui ramenait les âmes à l'Eglise. Il pense à tout, il ordonne tout, il met tout en mouvement, et tout marche à sa parole. Je le vois, secondé par les douze grands vicaires qu'il s'est choisis, étendre ses soins des villes les plus populeuses aux hameaux les plus obscurs, et faisant de tous ses prêtres d'autres lui-même, pour être, les uns, à la tête de chaque doyenné, les autres, à la tête de chaque paroisse, les représentants et les organes de sa paternité spirituelle. Il rassemble le clergé dans des retraites et des svnodes, il le meneaux leçons vivantes et pratiques du devoir par ses exemples. Tendre et fort tout ensemble, il dirige avant de réprimander; mais surtout il avertit. Son regard est le plus éloquent des reproches, son sourire la plus douce des récompenses. Que la tribu sainte ne s'eËFraie pas trop des vides qui se font dans ses rangs, il recrutera, même au loin, les ministres des autels, et des éléments les plus divers réunis par ses mains, il fera, avec l'aide de la Compagnie de Saint-Sulpice, un clergé docile, fidèle, instruit, plein de zèle et d'ardeur, qui participera au renom de son évêque, se laissera emporter par le souffle de son esprit et renouvellera la face du diocèse tout entier.
Quel était donc son secret? Et comment lui fut-il
POUR l/lNAlKilllATION DU TOWIIKAII DK M«' l)lJI*ANLOi:P. 1H7
(lonno d'impririKU' si raciUnnoiiL son iinnp;o dans los fiiHi^s ol (lo hîs Uîuir sons su main avoc tant do loruiolô ponr on l'airo un cor[)s si compact, si uni, si (l()ciloî\sa parole? C'est ([u'il ôtail protre, prêtre avant tout, [)r(Hre toujours; c'est do l'autel surtout (jue partaient les secrets ressorts avec les(|uels il faisait mouvoir les ûmes. Il vivait dcî la prière et de Toraison; il avait lait de son rè^demont du séminaire la règle do toute sa vie, il voulait sauver les autres et se sauver lui-même. Ni les honneurs, ni les atlaires, ni les contradictions des hommes, ni l'ài^e, ni la maladie, ne lo détournèrent un seul jour de la perfection de son état. Plus il semble accablé au dehors, plus il demeure au dedans de lui-même maître de sa vie intérieure, esclave de ses exercices spirituels, incapable d'en sacrifier ou d'en oublier un seul. C'est le disciple des Olier et des Vincent de Paul. Ne Ten louez point, il ne croit faire que son devoir, et il ne se laissera jamais surprendre par les louanges, rarement par les critiques et les calomnies. Il tient registre de ses fautes et de ses manquements pour n'y plus retomber.
Après ses plus grands succès, il se dit à lui-même : « Je ne suis rien. Je n'ai jamais tant senti ma faiblesse. » Au milieu de ses peines les plus amères et de ses plus cruels mécomptes, il se résigne et il pardonne. On l'irrite, il déclare que , pour apaiser son âme, il lui fait faire un dossier de réflexion sur la douceur. Il s'accuse d'avoir été trop vif, il se promet de mieux garder le silence, il demande à saint François de Sales le ton, le lourde phrase, la note juste qu'il faut trouver pour s'approcher de ses frères, et.
nouveau Samaritain, verser d'une main plus sûre riiuile et le vin qui fermeront leurs plaies.
Ah ! que dans ce combat entre la nature et la grâce, la nature ait poussé parfois un cri de douleur, et que ce cri ne se soit pas toujours arrêté ou sur ses lèvres ou sous sa plume, qui s'en étonnerait? Et pour lui servir d'excuse, que de grands exemples ne pourrions-nous pas alléguer ! Après les ardeurs de la polémique, il savait se condamner lui-même, (c Qtiaiid on a reçu, disait-il, tant de biens de Dieu, ne peut-on pas recevoir quelque mal des hommes? » Use retournait, du haut de sa gloire, vers la pauvreté de son origine; il répétait, il transcrivait, il s'appliquait à luimême avec une modestie touchante ces paroles de l'Ecriture : Suscitans a terra inopem et de stercore erigens pauperem.
Ce pauvre a été tiré de Tobscurité, mais regardez et dites s'il a payé une seule fois tribut à la vanité humaine. Il porte une croix d'or, mais chacun sait que ce n'est qu'une trompeuse apparence et que c'est la croix de bois qui domine et qui gouverne toute sa vie. Quel oubli de sa dignité, excepté quand il faut en faire valoir les droits ! Quel abandon ! quel air avenant! quelle simplicité! Ses vêtements, son ameublement, son équipage, font sourire au premier aspect ; mais à la réflexion, tout cela semble digne et magnifique. L'évêque d'Orléans, pour être grand, pour être lui-même, n'a pas besoin de se rehausser par le luxe, ni d'étaler le faste d'une cour. Il habite une chambre à peine meublée, couche sur un petit lit, offre à ses hôtes une table commune, s'y assied une demiheure et sanctifie, moitié par la lecture, moitié par
roiH l/lNAl (a HATION hl TOMIIKAII DK M*' 1)1 l'ANI.OUP. 189
iiiio [)iouso coiivorsalioii, œ ropas (jun l'on dirait \)H> paré au stMiiiiuiiro. Au sortir diî ce dlncîr d'aiiachorèlo, 110 lo cliorclie/ plus. Il a (lis|)aru le cliapcîlol à la main, dorriùro les ^rauds arbres qui bordent le cours do la Loire, et le voilà ton! à Dieu, tout à l'K^lise, tout à lui-nièuie, diMuaiidaut à la sainte Vierge quel(|ue ins[)iration [)ouragir, [larler, écrire dans l'uni^juc intérêt de rEi»liso ot des âmes.
Mais s'il vit si pauvrement, vous en savez la cause. Il a le yoùt de donner, il donne encore, il donne toujours. Enfant, il donnait les jouets de son âge; prêtre, il partageait le pain de chacjuejour avec les pauvres écoliers qui vénéraient en lui le plus aimé des maîtres, sans savoir qu'il était pour eux le plus insigne des bienfaiteurs; évoque, c'est un vaste diocèsecjui devient le champ de sa charité, avec les missionnaires à nourrir, les séminaires et les cloîtres à soutenir de ses deniers, cette immense clientèle de malheureux, que sa générosité princière soulageait dans les deux mondes. Il recevait d'une main et il donnait de l'autre, avec cette magnitîque imprévoyance qui caractérise la munificence pastorale. Il jettera au besoin dans la bourse de la quêteuse sa croix et son anneau. On en estime le prix, on l'ajoute à la quête, on rapporte à l'évêque et la croix et l'anneau. Mais l'évêque rachète lui-même ses propres bijoux, et jusqu'à dix fois il renouvelle ce trait charmant d'un saint à qui Ton offrait une croix d'or en le suppliant de la garder, a Oëi, répondait-il, tant que les pauvres n'en auront pas besoin. » On ne demandera rien de pareil à M^"* Dupanloup, on sait qu'il n'accepte que pour donner, et que toutes les parures offertes à sa personne
ir
entreront dans le trésor de l'Eglise et des pauvres.
Que ne fera pas le clergé avec un tel guide et un tel modèle? Parcourez des yeux ce vaste diocèse, comptez les presbytères et les églises bâtis ou restaurés sous ce grand épiscopat, visitez les tabernacles dans lesquels on a accumulé les dons des fidèles, chaque paroisse a sur ce sujet une édifiante chronique, chaque prêtre s'est épuisé en efforts et en sacrifices dans ce travail, et on ne sait ce que Ton doit le plus admirer, ou de l'évêque qui l'inspira, ou du clergé qui, après avoir su l'accomplir, le continue et le perfectionne tous les jours. Mais nous voyons, dans cette enceinte, celui qui, après avoir secondé M^** Dupanloup dans des tâches si diverses, les poursuit avec cette douce persévérance qui seule pouvait succéder à une si infatigable ardeur. C'est tout ce qu'il m'est permis de dire en sa présence, et malgré tout son mérite, l'héritier si fidèle et si légitime du grand évêque d'Orléans n'aura de moi que cette louange.
Il jouit, avec tous les sentiments qu'un fils a pour son père, de tous les grands ouvrages auxquels M^"" Dupanloup a attaché son nom. Il montre avec orgueil Notre-Dame de Recouvrance, Saint-Paul, Saint- Pierre le Puellier, Saint-Aignan, réparées, agrandies, ornées avec une si parfaite entente de l'art chrétien. 11 mène ses hôtes à Saint-Paterne, dont son immortel prédécesseur a commandé la belle ordonnance et bénit la première pierre. Il cite l'église de Monlargis, cette autre merveille, éclose, pour ainsi dire, au^oufïle de la voix puissante qui, répétée de paroisses en paroisses parles pasteurs des peuples, faisait mouvoir les pierres, ouvrait les cœurs, forçait les bourses, et
rouR i/iNAii(a)HATioN 1)1! nmiw.w un u*'-^ dupanloup. l'f
c()mmuni(|nail tout à la fois ol TanlcMir nécessaire \h)uv Unil (3iiLrt)|)rc3n(lro, oL la [xîrsiîvùranco |)liis iiùcossuiro oncoro [XJiir lout acliovor.
Vous l'avez vu dans coUo l)asili((iio (lu'il a tant aimée. A révè(iiio sa caLliédralo; à elia(|iio curé soa é«^lise paroissiale. M*^' l)upaulou|) onseif^ne h ses prô- Iros ce (|u'ils doivent faire pour 1 e^dise (pi'ils ont épousée en transformant lui-même la cathédrale do Sainte-Croix. Qu'elle est belle avec sa flèche et ses tours, son abside, ses onze chapelles et ses grandes verrières. La main de l'évéciue a tout réparé , lout décoré avec une magnilicenco pleine de goût. Là, comme dans tout le reste, il a le don d'animer ce qu'il y a de plus froid, de relever et d'embellir ce qu'il y a de plus commun. La pierre, le marbre, le bois, le verre, tout se pare et s'élève sous ses inspirations. Il laisse aux architectes et aux peintres les secrets de leur art; c'est assez qu'il les encourage et qu'il les soutienne pour leur faire entreprendre ce qu'il y a de plus difficile et pour que le succès réponde à sa pensée, à leurs efforts, à l'attente de tous.
Mais la plus belle parure d'une cathédrale, c'est la foule qui la remplit, qui prie, qui se suspend aux lèvres de l'orateur sacré et qui le suit de la chaire au tribunal et du tribunal à la table sainte. Votre évêque a joui plus que personne de ce spectacle d'édification. Voyez ces ouvriers qui sortent de leur fabrique avant l'heure; où vont-ils? Ces marchands, ces soldats, ces hommes d'élite qui appartiennent à la magistrature, au barreau et à l'université, qui les rassemble sous ces voûtes? Ils viennent, à l'heure marquée, entendre leur évêque. Les vastes nefs de la
i02 ORAISON FUNÈBRE
cathédrale sont devenues trop étroites pour contenir cette foule inaccoutumée. On suit le cours des prédications avec un intérêt où la curiosité a d'abord quelque part, mais qui finit par être un sincère retour sur soi-même. Bientôt les tribunaux de la pénitence sontarrosés par des larmes qu'ils ne connaissaient plus, les genoux les plus superbes fléchissent sous l'absolution du prêtre, et la communion pascale des hommes est inaugurée : elle dure encore, elle durera toujours^ Tévêque d'Orléans ne fait que des œuvres durables.
Ainsi durent et persévèrent ces catéchismes qu'il inaugure et auxquels il veut initier lui-même les jeunes prêtres, en leur communiquant l'ardeur de son âme; ces missions et ces retraites qui renouvellent l'esprit chrétien dans toutes les paroisses ; ces exercices du mois de Marie et de l'adoration perpétuelle du saint Sacrement, dont la magnificence égale la piété; ces congrégations de jeunes gens qu'il range sous la bannière de la croix et qui ont appris de lui à n'en plus rougir. Ainsi se continue la vie commune étabhe dans le clergé des paroisses, et le spectacle d'édification donné par les prêtres dont il ne cesse de ranimer le zèle en afiFermissant et enracinant, dans les habitudes populaires, toutes les œuvres dont il est la tête et le cœur. 0 saint évêque, vous n'avez cessé de penser, d'aimer et d'agir, vous vous êtes fait tout à tous , et ceux qui n'ont vu en vous que l'éclat des grandes œuvres ne vous ont pas connu. C'est surtout par les petites que vous avez valu. Mais non, il n'y a pas de petites œuvres dans le diocèse d'Orléans; tout y est noble, tout y est marqué au
POUR i/iNAt(ii:iiATi()!y i»r TOMiiiur ih: >r ' dlpaihi.ch p. tîM
coin (l(^ la mriiHî sa^osso, do la iiirino persévérauco et (lo lu même gramloiir.
S'il laiil |)assor (I(î la vi(ï |)iilili(|ii(î a la vie du rUnlvc, vous Irouvoz la iiumiuî ardtmrot hîs m(>m(îs |)rodif^cs. ,\r. i(MH)iico ù complor los con^rr^^alions (ju'il a l'on- (lc(is ou dévol()p[)é(;s, car il laudrail (nlor loutos ccdles (|ui llourisseul (huis co beau diocèse. Mais comment oublier et le (]ariuel, doul TauLorilé avait tant de charme [)our son àiuc é[)rise do la sainte pauvreté, et la Visitation, (ju'il aima comme tout ceijui est aimable et saint, et les l^etites Sœurs des Pauvres, auxcpielles il allait dis[)uler le soin de consoler et de réjouir les vieillards, et les sœurs do rimmaculée-Conception, que les malades n'ont cessé de bénir en mêlant à leur nom celui du prélat qui les a mises à leur service? La haute estime qu'il faisait des dames du Sacré- CdHir lui fait souhaiter d'avoir à Orléans une maison de leur compagnie. Vous la possédez et vous en savez tout le mérite.
Mais les campagnes auront aussi leurs écoles et leurs sœurs. Il en sera, plus que de toutes les autres, le protecteur et le père. Il crée cette œuvre de toutes pièces, lui donne saint Aignan pour patron, et demande aux jeunes tilles de son diocèse qui se sentent appelées à la vie religieuse de donner à cet institut naissant la préférence de leur vocation. Quelle florissante maison! Quel admirable essaim de religieuses ! Que de vertus cachées sous le voile de ces sœurs de campagne qui tiennent les salles d'asile, visitent les infirmes, enseignent dans les écoles, é^alement dévouées dans les services les plus divers, à qui Ton demande, dans les pestes et les calamités
i94 ORAISON FUNÈBRE
publiques, non seulement le courage, mais Théroïsme ; en qui on n'a jamais pu surprendre ni dégoût, ni hésitation, ni fatigue, tant leur saint fondateur les a animées de son esprit, enflammées de son ardeur et transformées, pour ainsi dire, à son image.
0 France! serait-il bien vrai qu'il viendra une heure où la patrie refusera de tels services et dans les hôpitaux et dans les écoles ! Nous n'en voulons rien croire. Non, la sœur de Charité ne sera pas traitée parmi nous en étrangère et en suspecte. Non, le catéchisme n'est pas à tout jamais banni de nos écoles publiques. Il y rentrera un jour, et le jour où il y rentrera, les maîtres et les élèves viendront le déposer, paré de fleurs, sur le tombeau de l'évêque d'Orléans.
J'ai beau m'efforcer de me renfermer dans l'histoire de ce diocèse; tel est le zèle de Tévêque qu'il regarde toujours au dehors, et qu'il lui faut pour délassement des âmes à éclairer ou à convertir dans tout l'univers. C'était sa passion dominante. Quelle habileté pour les chercher, mais que de précautions pour les retenir quand il les a trouvées ! Il les écoute, il les devine, il les calme, il les rappelle, craignant de les avoir blessées par quelque dureté ou quelque hauteur, s'attendant à tout de leur part et acceptant tous les calices, mais se refusant à toute satisfaction sensible et à tout attachement naturel, il remercie Dieu de les lui avoir données, et quoi qu'elles fassent, quoiqu'elles disent, il ne les abandonnera jamais, non, jamais!
Ces âmes, qui sont-elles? Dieu seul en sait le nombre. De la princesse à l'humble servante, du pieux jeune homme dont il faut affermir les pas au vieillard
POllIl l/lNAUfilinATION DU TÔMRKAr DK M»'' IK l*A!1L0i;i*. 10Î5
incré(lulo((iii a déjà, ciî scMiihlo, nu piod dans la lombo, (In |)anvro (|ni sonllVo dans Tnlroinlo do la l'aini au ricliO(|ni ouhlio l'anltMirdiî son ahondanco, los faibles, los égarés, l(»s pùclionjssos, tous los niallienroux, los inùros surtout, sont ses clionls. Il les coni|)to |)ar milliers h (lonévo, h Paris, î\ Moscou, h Ilomo.
li'Aii^lotorm, où la foi (•.atlioli(iu(î se ranime dans los veilles studieuses des écoles; la Russie, où le schisme com[)te encore de si b(^lles âmes si dignes de connaître la lumière; TAlUîmagne, qui écbap[)e à la Réforme et qui finira par revenir tout entière à la vérité, toutes les nations civilisées connaissent levéque d'Orléans et entrent en commerce avec lui. Les lettres succèdent aux lettres et les voyages aux voyages. Pour tirer ces chères âmes de l'erreur et de rim[)iété, ramener le bonheur domestique dans une famille, rafl^rmir une vocation religieuse, rien ne lui coûte. S'il part à Timproviste, s'il apparaît là où on ne l'attendait pas, s'il abrège un séjour promis, s'il visite, sous prétexte de prendre quelque repos, l'Italie, la Suisse, le Tyrol, la Savoie, en réalité, c'est pour gagner une âme. Afln d'y parvenir, il se dépense, sans compter et sans s'arrêter, avec une prodigalité qui tient du prodige. Des âmes, donnez-lui des âmes, c'est son ambition, sa vie, son tout.
Ce sont des âmes qu'il allait chercher, même en briguant, sur le conseil de ses amis, les honneurs de l'Académie française. 11 s'écriait, le jour de son triomphe : « Je leur ai fait applaudir l'Evangile, je leur ai fait acclamer Jésus-Christ. >> Que la célèbre compagnie l'excuse, s'il croit devoir en sortir le jour où sa voix ne lui parut pas assez écoutée. Mais ici encore, à
défaut des hommes, Dieu Texauça. Le libre penseur, qu'il voulait éloigner, se rendit à TEglise à la dernière heure, et courba la tête sous l'eau du baptême. Ce fut la grâce insigne que Tévêque d'Orléans demanda pour lui. S'il lui a disputé un fauteuil à TÀcadémie, il lui a obtenu la lumière éternelle. Mais la l)lace de ce conquérant est si bien marquée dans la compagnie, qu'elle demeura vide tant qu'il vécut, mais non point vacante, et que, par une faveur exceptionnelle, l'Académie envoya une députation à ses obsèques.
Quelque enviés que soient les honneurs académiques, il y avait pour l'évêque d'Orléans un théâtre plus utile encore, où son goût pour les lettres, sa vive intelligence de l'antiquité, sa pénétration, trouvaient plus de délices. C'étaient les collèges et les séminaires de son diocèse, où se renouvelèrent sous ses yeux toutes les merveilles du petit séminaire de Paris. Saluons d'ici cet établissement de la Chapelle, avec les ravissantes beautés de son parc et la belle ordonnance de ses édifices. Les fils des princes y coudoient les enfants du peuple, et le prélat qui les attire ne laisse éclater entre eux d'autres distinctions que celles du mérite. Il fait fleurir à la fois la discipline et les bonnes éludes, la langue latine y est comprise comme à Rome, la langue grecque comme à Athènes, et nos lettrés les plus délicats y viennent entendre Electre ou OEdipe à Colons, dans un spectacle que les grandes scènes de Paris n'ont jamais osé reproduire.
Ce n'est pas tout : les bonnes études et la piété auront dans l'école de Saint-Grégoire une maison qui
IMM H l/lNAlJ(iriUTION DU TOMIIKAU DK W^' DIIPANLOIP. VM
coïiinuMicora avnc éclat sous lus auspiciîs dv. M**' iJupaiiloiip, et (|ui, dix ans a|)rès sa mort, sora (Uïy^ un •»raii(l c()ll('^;^o. IMiis pnVs (Icî lui croll uno hurnblo inallris(^ (\{\\ (lovieudra hiciilùL uu second séminaire. I/évé(iu(^ l'a vuiî dans sa [ironiièm llour; son digne successeur couiuience à en recueillir les fruits.
Le |)etit séuiinairo d'Orléans avait grandi sous le vocable de Sainte-Croix. L'évéque donne le même vocable et le même patronage à une académie qu'il l'onde^ ({u'il préside, et (pii garde aujourd'bui, avec toutes les traditions des belles -lettres, le souvenir reconnaissant d'un autre Iliclielieu.
Mais tant de succès ne lui suilisent pas encore. Il a fait de son palais une école, où ses plus fidèles auxiliaires, qui sont aussi ses meilleurs amis, s'exercent et se fortifient dans fart d'écrire et deviennent euxmêmes des maîtres. Que de beaux ouvrages sortis de l'école d'Orléans! L'hagiograpbie, l'histoire, Téloquence, l'ascétisme, l'apologétique, tout ce que les sciences sacrées ont de plus profond et les lettres de plus délicat, ont trouvé ici des interprètes, et l'univers entier leur a donné des lecteurs. Oh! que ces brillants écrivains se félicitent d'avoir travaillé pour leur évêque, en fouillant par ses ordres les bibliothèques de Paris et de la province; le souffle du grand prélat ' a passé dans l'àme de ses disciples, et la collaboration qu'ils lui ont prêtée les a remplis à leur tour de lumière, d'enthousiasme et d'inspiration. Une telle flamme, ainsi entretenue, n'est pas près de s'éteindre. Elle brillera dans le siècle futur aussi bien que dans le nôtre, et à mesure qu'on la verra monter sur le chandelier de l'Eghse, la postérité reconnaissante
aura encore de nouveaux hommages pour Tévêque d'Orléans.
Que n'ai-je pas dit, et que n'ai-je pas oublié? Mais puis-je oublier, après Sainte-Croix, Saint-Euverte. Cette vieille église, qui renferme les tombeaux des évêques, allait tomber sous le marteau du démolisseur, quand M^''Dupanloup imagine un jour d'y transporter sa chaire et d'appeler un auditoire. Il parle, il quête; Téglise est sauvée, et un an sufBt pour en restaurer la beauté. Ailleurs, c'est l'église byzantine de Germigny, bêitie par Théodulphe; c'est Saint-Benoît, où reposent les reliques du patriarche des moines d'Occident; c'est la grotte de Saint-Mesmin, si heureusement restaurée, dont les échos retentissent encore d'un de ses plus éloquents discours; c'est Notre- Dame de Cléry, pèlerinage fameux, dont il restaure la gloire, où il mène en 1874 douze mille chrétiens, et où la foule, assemblée sur son passage, le cherchant et le distinguant parmi les pontifes, se précipite à ses pieds, baise sa chape ou ses mains, fait le signe de la croix, s'agenouille et s'écrie : « Voici notre évêque! c'est le nôtre! c'est M^"" Dupanloup ! »
Vous en étiez fiers, c'était le vôtre, et c'est pourquoi son nom est à tout jamais uni à votre nom, comme à celui de Jeanne d'Arc. Mais s'il s'est donné et dépensé pour vous, comme si vous étiez seuls à en jouir, et s'il est à tout jamais l'évêque d'Orléans, l'évêque d'Orléans sera aussi à tout jamais la gloire de son pays et de son siècle, parce qu'il a été l'intrépide avocat de l'Eglise et de la France.