III. L'artiste si distingué qui a su peindre d'un trait
POUR l/lNAlKilinATION DU TOlBKAll I)K M*' DLI'AÎII.OI'I». 1ÎM)
le génie ol les services (1(3 r('îV(V[uo iVOvliVàiia, a place à SOS coltis, non pasdtîs ligmiîs (|iii sombiont [ileuror sur un loniboau, niais la religion et la palrio roprésont(îos, l'une par mi lN';re (Je l'K-lise, l'autre par un chovalier du moyen ilgo.
D'un imM(3 la doclrine, l'ciloquenco, la grandeur d'iinio ; do Taulro une vigilance toujours indoin[)lable : voilîï le défenseur de l'Hgliso et de la France, tel ({ue M*' Du[)anloup en a com[)ris la divine mission.
Nous avions joui [)cn(lanL dix ans des bienfaits d'une paix religieuse, à i)oino troublée [)ar ces [)ressentiments (jui n'a[)partionnent (|u'aux âmes à la fois généreuses et éclairées. Uuand la guerre d'Ilalio éclata, les sages prévirent assez qu'elle tournerait contre l'Eglise et contre le pape. Mais les sages sontils crus, quand on peut leur opposer la gloire des armes, et que la victoire semble justifier toutes les audaces? L'année n'était pas achevée que celte guerre fameuse commençait à porter ses fruits. La paix de Villafranca n'a servi qu'à encourager la ruse et la trahison ; le traité de Zurich est déchiré avant d'être signé; les Etats du saint-père sont en proie à Tanarchie. Ou se flatte qu'un congrès remettra tout à sa place; mais au lieu d'un congrès qui assure la paix, voilà qu'un pamphlet anonyme devance les temps, marque le but de la révolution et propose de réduire le pape au palais et aux jardins du Vatican. Ce mystérieux écrit circule de toutes parts, il n'est pas signé, maison a deviné l'auteur qui l'inspire. L'évêque d'Orléans improvise une réponse. Elle est composée en un jour, imprimée en une nuit, répandue le lendemain dans toute la France, traduite dans toutes les
langues, et à Rome comme à Paris, on disait à Tauteur anonyme : « Il faut un visage ici; il faut des yeux dont on puisse connaître le regard, un homme enfin à qui on puisse demander compte de ses paroles. » « Ses écrits m'ont valu une armée, » dira plus tard Pie IX en parlant de Tévêque d'Orléans. Cette armée se leva partout, partout la plume à la main, la parole sur les lèvres, pour faire écho à la grande voix qui sonnait ici le clairon des combats. Mais bientôt Tépée se lèvera à son tour. Quand il ne fut plus permis de compter sur les puissances de ce monde pour sauver le pouvoir temporel, le pape conçoit le dessein hardi de se sauver lui-même. Mérode vient chercher Lamoricière pour le mettre à la tête de la dernière croisade. I/évêque d'Orléans en a la confidence. Il la méritait, et il se met à hâter de toutes parts le recrutement de ces braves qui iront réhabiliter dans leur sang le titre tant de fois raillé de soldat du pape. La journée de Gastelfidardo en a fait des martyrs. « Ils étaient là, s'écrie l'évêque d'Orléans, au poste du dévouement, et ils y moururent. Le vieil honneur du sang français, Thonneur du sang chrétien, ils Tout soutenu jusqu'au bout. Leur constance jette un reflet immortel sur leur glorieux désastre, ce sont les derniers martyrs de l'honneur européen. »
Que les puissances de ce monde ne prétendent plus arrêter ou vaincre le champion de la papauté. A chaque nouvelle insulte, l'évêque d'Orléans répond par une nouvelle apologie : c'est un duel à tout jamais engagé entre la force et le droit, entre l'Eglise et la révolulion. S'il y a quelque répit, il écrira un volume au lieu d'une brochure, et son livre sur la Souveraineté pon-
I»OlIll l/lNAU(iURATION DU TOHBKAU'DK M»' miPANI.OUP. *H
tificalc soni dans loulos les mains. S'il se roposo un niomonl, c'est poui* plaidtM- la causo do l'Irlande ou celle de la Polo;i;ne avec l'aulonlé (jue lui donncî partout le renom attaché à sa |)arole. Bientôt rini()iété ne lui laissera [ilus ni [)ai\ ni trêve, i^a polili((ue, |)lus engagée que jamais dans les voies de la [)erdition, s'attaque à la Société de Saint- Vincent de I^iul. Cette institution rran(;aisc, dont il a béni le berceau, est devenue une institution catholi(|ue. Il [irerid sa cause en main, et reproche aux [)ersécuteurs d'avoir cédé à de vulgaires et indignes obsessions, en faisant injure à une des plus grandes choses qui soient sur la terre, la charité chrétienne.
Ou le suspecte, on le met en interdit, on guette aux environs de son palais ceux qui osent s'y présenter encore. Tout est inutile, rien ne change sa résolution de défendre jusqu'au bout, avec la même énergie et la même indépendance, la souveraineté pontificale. Rome Taccueille avec des transports de joie et de reconnaissance, le pape ne cesse de lui dire comme un général à un de ses plus vaillants capitaines : « Je suis content devons. » Plus de quarantecinq brefs répètent ce mot, tantôt sous une forme, tantôt sous une autre. Quel soldat a vu son nom plus souvent mis à Tordre du jour?
Ce sera sa seule récompense; mais en est-il de plus haute ? Cette récompense que le pape lui décerne, toute l'Europe y applaudit. Passe-t-il à Nimes, on lui offre une couronne d'or comme à Démosthène, et le successeur de Fléchier, cet autre héroïque défenseur du pape et de l'Eglise, sent battre, à côté de son cœur, un cœur qui bat à l'unisson pour les mêmes
causes, avec le même désintéressement et la même grandeur. Va-t-il siéger au congrès de Malines, il emporte tous les suffrages de ce peuple si noblement jaloux de sa foi et de sa liberté, qui, plus heureuxj que d'autres, peut entendre, debout et le front haut, en 1888, ce que Tévéque d'Orléans lui disait en 1864, et se lever pour applaudir encore ces paroles, qui le faisaient frémir d'enthousiasme :
« Rappelez-vous qu'on doit aimer son drapeau d'autant plus qu'il est accablé et criblé ! 0 mon pays! ô France! dit le soldat, comme je t'aime depuis que je me suis battu pour toi! 0 drapeau noirci, percé, déchiré, comme je te presse sur mon cœur! Et nous, sachons redire: 0 vertu, ô conscience, ô religion, ô foi chrétienne, ô probité, ô justice, ô Eglise de Jésus-Christ, ô Rome, ô successeur de Pierre, je vous aime, car j'ai souffert pour vous! »
Ces nobles souffrances n'étaient pas finies. Voici la convention du 15 septembre conclue entre la France et l'Italie sur les intérêts temporels du pape, sans que le pape eût été ni consulté, ni averti, ni prévenu. Pendant que l'évêque d'Orléans reprend la plume et écrit sur ce nouvel attentat tout ce que lui inspire l'abandon, à bref délai, de la cause pontificale, Pie IX, avec cette haute sagesse qui n'appartient qu'au vicaire infaillible de Jésus-Christ, promulgue l'encyclique Quanta cura et le Syllabus, C'était comme la lumière partie de ces hauteurs où les nuages et les ombres ne sauraient atteindre. Mais les uns s'étonnent, les autres se récrient, un grand tumulte remplit le monde, et tandis que deux prélats, le cardinal Mathieu à Besançon, et M^"" de Dreux-Brézé à Moulins, le même
POUR L*INAll(;iIRATlON DU TOMBRAII DK M»"" DlJPA?ïLOLT. 4^)3
jour ni à l;i inriiuî lirniro, liscml (chacun dans lour cliairo, avoc niic liih'ililr (|ui un redonlo rion, rollo on(*.ycli(|ii(^ iiisup|)nrlal)h'- aux j^ouvnrnomnnls do ce inondo commit aux esprits nncoro infatués dos errours (liUoursièclo, révô^iuo d'Orléans, ro|)renant la[)himG, ini[)r()viso. avoc uno admirable vi}j;uour, la dél'onso de riMicycli((uo ot on justillo toute la doctrine, en démontrant (jue ni la vraie liberté, ni la civilisation dif^iio de ce nom, ni le progrés légitime, ne sont condamnés par lo saint-siégo. 11 so tenait sur la défensive, et il n'en avait pas moins fait une magnifique apologie. Félicitons-le encore une fois, et nous ne serons que l'écho de l'Eglise universelle, car, dans toutes les langues comme dans toutes les nations, six cent trente évêques l'ont loué sans réserve; Pie IX l'a encouragé en l'appelant Téloquent vengeur de l'encyclique, et si, après ce nom, il est permis d'en citer un autre, ce sera celui de Tarchevêque de Pérouse. L'archevêque de Pérouse est aujourd'hui Léon XIII. « Votre ouvrage, lui dit-il, qui a fait tant de bruit en Europe, est bien digne de votre doctrine. Vous êtes le défenseur et le soutien du saint-siège persécuté. Agréez donc mes congratulations avec celles de tout l'univers. »
Le glaive ainsi tiré pour la défense de Tautorité spirituelle et temporelle de l'Eglise ne se reposera plus. Il frappe à droite et à gauche, tantôt ceux qui veulent dépouiller le pape des derniers restes de sa liberté, tantôt ceux qui s'endorment dans cette sécurité fausse qui précède les grands désastres. On a beau comploter dans la nuit sombre; il veille, il avertit, il dénonce Tennemi partout où il le découvi^. On n'a
pas besoin de Tinterroger et de lui dire : Custos,quid de nocte? La sentinelle crie aux armes au premier soupçon, et force l'univers à Teiitendre. Nous l'avons entendu dès que Talhéisme a relevé la tête. Il a signalé le péril social, ce péril qui s'étend chaque jour. Hélas ! ses prophéties sont devenues des réalités. Ce n'est plus un péril, c'est un abîme.
Mais voilà que les derniers restes du pouvoir temporel sont menacés par les bandes qu'un condottiere ramasse de ville en ville. L'évêque d'Orléans frappe à toutes les portes, à Florence et à Paris, et sa parole va du cabinet de Victor-Emmanuel à celui de Napoléon III, réveillant les consciences, adjurant les souverains, répétant ce qu'exige la parole donnée, l'honneur et les alarmes de toute la chrétienté, jusqu'à ce que l'escadre française, deux fois sur le point de passer la mer, deux fois rappelée, prenne à toute vapeur le chemin de l'Itahe et aille achever la victoire de Mentana, la dernière victoire de la France et de la papauté.
Cette victoire qui soulage les consciences amène à la tribune les oracles de la parole. Berryer y monte pour la dernière fois en l'honneur du pape; Thiers y reparaît avec un de ses plus merveilleux discours, et l'avocat de l'empire, Rouher, déclare, avec l'autorité de son nom, que jamais Rome ne sera arrachée au pape. Ce jamais n'a duré que trois ans. Mais il dura assez longtemps pour donner au concile du Vatican le temps de s'assembler au miheu d'une tranquillité qui étonna tout l'univers et qui ne faisait guère pressentir les tempêtes du lendemain.
La grande question qui agita tous les esprits au
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dedans oL au dehors est encore présente ft votre mémoire. Je ne vous raconterai |)as quelle |)art Téveijue d'Orléans prit au débat sur la définition de l'infaillibilité. Nous ne parlons pas ici la lanj^uedes passions, encore moins colle des représailles, mais celle de la concorde et de la paix. La délinition de l'infaillibilité semblait un dan^^or à sa sagesse. Ses prévisions furent heureusement trom|)écs,el la sagesse de rhomme apparut i)lus ([uo jamais toujours courte par quelr|uo endroit. Aujourd'hui, il ne fauti)lus voir que l'obéissance (jui succéda aux ardeurs do la lutte. La délinition une fois proclamée, l'impétuosité de la nature fait place à la tranquille humilité de la foi. M*'"Dupauloup s'incline devant la parole du \'atican avec le sentiment d'un fils qui se rend au meilleur des pères. Son adhésion n'a rien de bruyant, elle est prompte mais modeste, elle est sincère mais paisible. Quand Rome a parlé, un mot suffit pour servir d'écho à cette parole infaillible, ue mot, on Ta entendu d'un bout de l'univers à l'autre. Personne n'est resté en arrière, et pour n'en citer qu'un exemple, ces grands évêques d'Allemagne, si opposés d'abord à la définition, en sont devenus non seulement les défenseurs, mais les martyrs. C'est à l'histoire seule de proclamer une gloire si belle; mais puisqu'ils ont si dignement obéi, du pied de ce tombeau où repose leur compagnon d'armes, il nous est bien permis d'offrir à la calhoHque Allemagne et à son vaillant épiscopat le témoignage de nos sympathies, de notre reconnaissance et de notre admiration.
Ainsi, dans ces grandes batailles de la foi, le dernier mot appartient au chef suprême qui seul a reçu
Tordre de confirmer ses frères. Il laisse à ses capitaines la responsabilité de leurs mouvements et mène de plus haut toute l'armée d'Israël à la bataille. Tantôt il se sert, tantôt il se passe de ses meilleurs auxiliaires, et seul sous la main de Dieu, qui sera continuellement à son secours, il éclaire et il avertit, selon les inspirations de sa sagesse toujours infaillible. Sa doctrine est toujours la même. Ce qu'a dit Grégoire XVI, Pie IX Ta répété, et Léon XIII tient le même langage. Si le bruit des révolutions a empêché d'entendre le premier dans Tencyclique Mirari vos, si les écoles se sont récriées contre le second, quand il promulguait rencychque Quanta cura, le troisième viendra, en son temps, pour répéter, dans rencychque Libertas, les mêmes oracles, qui ne trouveront plus ni obstacle ni contradiction. Ainsi le soleil jette dès son lever tout ce qu'il a de rayons. Mais les nuages qui se lèvent avec lui en interceptent quelquefois la lumière à nos regards surpris ou malades, jusqu'à ce qu'il apparaisse tout entier dans la superbe parure de son midi. Tel apparaît, après tant de débats sur la liberté, le grand pape qui vient de la définir avec une si lumineuse profondeur. Toutes les passions se taisent, toutes les hauteurs s'inclinent. Pierre a parlé pour la troisième fois, mais il a parlé la troisième fois Comme la première, et la cause est finie pour tou-« jours. 1
' Vous venez d'entendre tout ce que TEghse a dû â| Févêque d'Orléans; que reste-t-il, sinon d'achever cette rapide esquisse en montrant tout ce qu'il a fait pour la France ?
i- „C'est bien sous l'armure d'un chevalier -qu'il con-
roin i/iNAiMiiRATioN nr toibfai' dk m»' ni pa^tloip. HH
^. liait (lo lii ropn'îSOiil(3r, (ltil)()iiL ;m[)ivs dt» en toin- Ixau. I/('ivr(|iio irOrhîUMs est deinourù debout ot sous 1. s arnios pour la servir. Vous vous rappelez cette L'iinrre fameuse oii rien n'était [irêt. excepté le cou-
;o et riionneur, ces épouvantables revers qui se
.cédaient comme des coups de tonnerre sur la I I ance éperdue, lo souverain captif, sa race rejetée, son {^gouvernement aboli, nos villes assiégées, Paris investi, un million (rhommes débordant de toutes paris dans nos provinces envabies, partout le carnage, la désolation et la mort.
(( Aimons plus (juc jamais notre mère en deuil, » s'écrie Tévéque d'Orléans, et là-dessus il préclie la pénitence et le courage aux vaincus, la justice et la modération aux vainqueurs, à tous les jugements de Dieu.
Mais il joint l'action à la parole, et comme il prévoyait assez qu'Orléans, placé au centre même de la France, allait être le théâtre de toutes les vicissitudes de la guerre, il se tient prêt à tout événement pour en prévenir l'effroyable désastre. Secours de tout genre, asiles de jour et de nuit, appel aux prêtres, aux religieuses, aux citoyens, il a tout prévu et tout disposé. Après trois jours de combats héroïques, Orléans n'est plus, comme au temps de Jeanne d'Arc, la ville des glorieuses délivrances, Orléans est tombé au pouvoir de l'ennemi. Ne tremblez pas, dans ces jours de détresse, pour Thonneur de la grande cité. L'évêque est debout, groupant autour de lui le peuple qui l'implore et les magistrats qui le consultent, prenant en main tous les intérêts, écrivant trois fois au roi de Prusse pour empêcher les réquisitions ruineuses, ar-
rachant ses diocésains à la fusillade, et changeant en sentences de grâce des sentences de mort dans la bouche du vainqueur qui s'écrie : « N'oubliez jamais que vous devez la vie à votre évêque. » Que dis-je? Après avoir imploré, il commande. L'Allemand ne saurait tenir contre un tel caractère et une telle grandeur d'âme : « Parlez, lui dit-il un jour, c'est vous qui donnez des ordres ici. » Je ne raconterai ni la victoire de Goulmiers^ espérance trop tôt évanouie d'un meilleur destin, ni la journée de Patay, où le drapeau des zouaves pontificaux fut quatre fois relevé par nos héros mourants sous les balles qui l'avaient déchiré. L'Allemand rentre à Orléans, et la ville connaît toute la dureté d'une seconde occupation qui était devenue une revanche. Mais Tévêque ne fléchira pas. On envahit son palais, on le somme de faire évacuer les blessés français qui le remplissent, on le calomnie, on le livre aux dérisions de la presse. Son cœur saigne, mais il s'élève à la hauteur de tous les devoirs. Il envoie recueiUir sur tous les champs de bataille les soldats agonisants, français ou prussiens, sans distinction de nationalité ni de religion; tous les habitants de la ville offrent de transformer leurs maisons en ambulance; les égUses, les monastères, les écoles, deviennent des hospices ; quatre cents religieuses les desservent; les médecins valent les religieuses pour l'abnégation et le dévouement ; les prêtres se multiplient comme par miracle, et lui, voyant tant de douleurs, tant de misères, tant de calamités à la fois, s'écrie, en se voyant réduit à l'impuissance de les guérir : « Que va devenir notre pauvre France ? »
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Aliîjo in'oxi)li([uo asso/ (|u'un si j^rand liomm^î, après avoir ainsi donnô son ilmo aux enfants, au diocèse d'Orléans, à l'Ej^lise, A la Franco, s'arrête un moment au milieu des ruines de sa patrie, qui pendent do toutes parts, et se demande s'il no forait pas bien de tout (|uitlor pour se retirer à la Grande- Chartreuse, au soin du silence; ;\Lacombe, au sein de l'amitié; ti Einsicdeln, où ses derniers jours s'écouleraient entre la prière et les livres. Non, héroïque prélat, la retraite ne sera jamais votre partage : il faut encore combattre, une autre arène vous attend; vous y serez le seul de tous les évèquos français, mais vous sullîrez à entreprendre, à plaider, à gayuer la cause commune; votre ardeur n'est pas éteinte, et les derniers restes de votre voix tomberont à la tribune, pour rhonneur de l'éloquence, dans les combats de la patrie et de la liberté.
Vous l'avez vu, enveloppé dans son manteau et couronné de ses cheveux blancs, siéger dans notre dernière Assemblée constituante avec une modestie qui n'avait rien d'égal que la dignité même de sa personne. Dès qu'un intérêt religieux ou moral l'appelle à la tribune, tous les yeux se tournent vers lui, toutes les passions se taisent pour l'entendre. La première fois qu'il y monte, c'est pour revendiquer en faveur du pape captif l'indépendance, en faveur de la France l'honneur de protester la première parmi les nations européennes contre la plus indigne des spoliations; c'est pour adjurer ses concitoyens par ce cri parti du fond de sa conscience tout épiscopale et toute française : « Vous vous plaignez quelquefois que la religion vous menace; non, elle vous manque. )>
2i0 ORAISON FUNÈBRE
Il remontera dans celle Iribune pour proclamer encore une fois les droits imprescriptibles du saint-siège et rappeler que la politique, qui a été si fatale au pape, a été en même temps fatale à la France.
Voici les lois nouvelles ; qui s'appliquera à en faire des lois chrétiennes? L'évêque d'Orléans. Qui démontrera la nécessité de Taumônerie militaire en stipulant pour le soldat le repos du dimanche? Encore Tévêque d'Orléans. Et à gauche comme à droite on a applaudi l'orateur qui demandait à ne pas priver le Français des secours d'une religion qui apprend à obéir sans murmure, à combaltre sans peur et à mourir sans regret. Qui réclamera la présence des évêques dans les conseils de l'instruction publique, et celle des prêtres dans les conseils de la bienfaisance? Toujours l'évêque d'Orléans. Quand la loi sur l'enseignement supérieur est mise à l'ordre du jour, le vieil athlète ramasse toutes ses forces et reparaît à l'arène. Qu'il est beau à voir, invoquant en faveur de la liberté ces arguments de bon sens, de justice, d'honneur français, qui avaient dans sa bouche un accent si pathétique et si entraînant. Encore un vote arraché par l'évêque d'Orléans à une Assemblée de plus en plus incertaine dans ses voies politiques, mais que notre Démosthène savait faire trembler encore devant le péril de l'athéisme et du libertinage.
Ne laissons pas dire, pour diminuer son mérite, que ces lois ne sont plus que des ruines. Il y a des ruines arrosées de tant de larmes éloquentes, que l'espérance ne cesse pas d'y fleurir. Les pathétiques discours de l'évêque d'Orléans sont les germes d'une meilleure législation. Un jour, on voudra le relire.
roun L'iNAiJciiiuATion du tombeau dr m^ dupanloup. tll
oïl croira l'ontondro, oL les gônrrritions fuliiros glorifieront ol béniront sa niùmoiro.
N'est-ce [)as h ce sonliuient (|iio l'Assemblée constituante obéissait, avant do se séparer, on l'appelant au Sénat? Pour(|uoi no pas dire qu'elle hésita? Cette grande llf^nire coinnien(;ait à déplaire; on savait bien que le Sénat ne serait pour lui ni le silence ni le repos, et qu'il se ferait [)ortor à la tribune [)lutot que do la laisser muetle devant rinjusLice ou l'erreur. Ainsi, quand la ville de Paris propose de célébrer le centenaire de Vollaire, c'est révé(iue d'Orléans qui s'élève à rencontre de ce j^rand scandale, et qui pousse devant une telle audace le cri de Thonneur épiscopal, de l'honneur chrétien, de l'honneur français. Il écrit dix lettres, il frap|)C, il émeut l'opinion, il remonte à la tribune une dernière fois, il lit d'une voix altérée la protestation de sa conscience. On l'écoute, et le centenaire de Voltaire ne sera pas une fêle nationale.
N'apparlenait-il pas ù Tévéque d'Orléans mieux qu'à personne de prévenir, de flétrir ce triste anniversaire? Jeanne d'Arc n'est-elle pas sa cliente? C'est lui qui en a restauré la fête ; c'est lui qui a dressé sa statue sur la place publique ; c'est lui qui en a deux fois célébré la gloire dans des panégyriques auxquels ses vénérables collègues venaient s'associer de toutes parts; c'est lui qui depuis trente ans s'efforce de laver sur le front de l'héroïne le soufflet impur qu'a voulu y graver la main de Voltaire; c'est lui qui, non content de chanter l'héroïne, demande pour elle le titre de sainte. Il attend, il appelle le jour béni de sa canonisation; tout l'épiscopat, toute la France l'appelle avec lui. Il mettra à défendre cette cause ce qui
lui reste de forces et de vie, il ira la plaider à Rome. Non, saint prélat, c'est au ciel que vous la plaiderez, c'est au ciel que vous la gagnerez. Tandis qu'il médite le premier voyage, c'est le second que Dieu lui prépare. Au retour de sa retraite d'Einsiedeln, il va se reposer dans cette retraite de Lacombe où il peut prier, méditer, écrire, comme dans le sein de l'amitié, et où ses forces épuisées se sont ranimées tant de fois dans l'air pur des montagnes. A peine arrivé, on pouvait le croire à son dernier jour. Il ne le dit pas, mais il le sent, et se rapprochant, dans un dernier entretien, de ce vieil et fidèle ami ^ qui a prêté un abri à ses derniers jours, il repasse avec lui toute sa vie avec ce sentiment de fatigue et de paix que donne au moissonneur assis près de sa gerbe une longue tâche qui s'achève. L'enfance l'attire encore. Il envoie un enfant porter un bouquet de» fleurs au sanctuaire de Notre-Dame du Précipice, montrant par là que les enfants seront le dernier comme le premier de ses amours. Il se retourne vers son diocèse, vers son cher séminaire de la Chapelle, vers les prêtres de sa maison, et les lettres qu'il en reçoit le consolent et le réjouissent. Il parle de Léon XIII : (( Quelle grâce pour l'Eglise qu'un tel pape ! Il pacifiera le monde, comme Ta pacifié Calixte II. » Ainsi arrivait le 11 octobre, ainsi se précipitait le soir de sa vie. Son bréviaire est achevé, il a pris son chapelet, le voilà en règle avec Dieu et tout occupé de ses devoirs envers la sainte Vierge. Qu'elle vienne, maintenant, cette heure dernière; nous y touchons, la
1 M. Albert du Boys. .
l'OUR L'iIlAtcaiRATlON DU TOHBKAU DK U^* DUPANLOUP. 21.')
voilft voniio. (Jno criso supnîmo so dérlaro, un cri so l'ail onUuulro, un pnHro acœurl; c'osl lo plusjouno de ses amis ^ ù cùlé du plus vieux : leurs soins le raliinienl, il vivra encore (|uel(|U(is minutes! Mais c'est assez pour qu'il reçoive les derniers secours de la reli{i;ion et qu'il unisse ses souflrances à celles du Sauveur. Il saisit sa croix |)astorale. Il la presse sur ses lèvres, il y laisse son dernier soupir, et son àme passe d'un monde î\ l'autre en écoutant la douce et filiale prière du Souvenez-vous.
Venez maintenant, anj^os du ciel, déployer au-dessus de sa tôle rètendard de Jeanne d'Arc, et que ses lèvres se ferment à la terre en murmurant, avec le sourirede rimmortalilé, ce cri de guerre par lequel la Pucelle a gagné tant de batailles : Jésus ! Maria!
Venez, artistes chrétiens, faites respirer sous vos doigts la pierre et le marbre, et montrez-le-nous couché dans sa tombe, les mains jointes et le chapelet déroulé dans ses mains, ce chapelet qui fut l'inspiration de sa vie et la consolation de sa mort.
Vous le peindrez aussi tel qu'il était pendant sa vie, en groupant au pied de ce tombeau ses protecteurs, ses compagnons d'armes, ses amis, ses élèves, nobles figures en qui toute la France semble revivre, couronne de gloire dont la mort a déjà détaché les plus beaux fleurons.
Et nous qui venons nous mêler respectueusement à cette compagnie, écoutons-le comme s'il nous parlait encore, regardons-le comme si nous l'avions vu mourir, et souvenons-nous, pour employer la langue
1 M. Tabbô Chapon.
21 i ORAISON FUNÈBRE SUR LE TOMBEAU DE M»'' DUPANLOUP.
de Bossuel, que si nous voulons trouver à la mort quelque reste de nos travaux, c'est Jésus qu'il faut adorer comme Jeanne d'Arc Ta adoré, c'est Marie qu'il faut invoquer : Jésus! Maria! c'est le rosaire qu'il faut tous les jours rouler dans nos mains et murmurer de nos lèvres jusqu'à la mort.
0 saint évoque, après tant de vaillantes luttes vous avez trouvé la paix dans le tombeau. Mais votre zèle a encore quelque chose à faire. Achevez au ciel la mission que vous avez commencée ici-bas. Prenez dans les mains de Jeanne d'Arc cet étendard de foi et de piété qui a sauvé Orléans et ramené la France à la tête des grandes nations; mettez-le devant le trône du Seigneur et obtenez que celle qui l'a porté soit placée au nombre des saints. Ce jaur-là, tous ceux qui ont été à la peine seront à l'honneur, à l'honneur au ciel et sur la terre, à l'honneur dans le temps et dans l'éternité.