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LA FÊTE DE NOTRE-DAME DU PORT

PRONONCÉ DANS LA CATHÉDRALE DE CLERMONT 15 mai 1887

N OTI CE

Chaque année ramène à Clermont les belles fêtes de Notre- Dame du Porl, et chaque année la piété de Tévêque et des fidèles sait ^donner à ces fêles un nouvel éclat, de nouvelles splendeurs.

La Vierge vénérée par nos pères voit se grouper successivement autour d'elle, avec ses fils privilégiés les enfants de l'Auvergne, les personnages les plus illustres du monde catholique : évoques, archevêques, envoyés du saint-siège, cardinaux, qui viennent en pèlerins, de tous les points de la France, déposer à ses pieds l'hommage de leur vénération et faire ainsi revivre les jours mille fois bénis où, à la suite des Urbain II, des Pascal, des Calixte, des Innocent et des Alexandre, de nombreux princes de l'Eglise descendaient les marches usées de la vieille crypte et allaient se prosterner aux pieds de la Madone bien-aimée.

Le io mai 1887, Clermont avait le bonheur de posséder Son Eminence M^^ le cardinal Langénieux, archevêque de Reims; M&^ Grimardias, évêque deCahors; M^^ Besson, évêquede Nimes; U^^ Belouino, évêque d'Hiéropolis ; Ms'" Bourgade, évêque de Thaumacum, vicaire apostolique d'Arizona. Les plus hautes dignités de l'Egiise, unies à l'éloquence et à la piété filiale,

semblaient s*être donnù rendez-vous pour honorer la Vierge du Porl. Aussi les jours qui viennent de s'écouler peuvent-ils rivaliser avec les plus l)eaux dont l'iiisloire locale garde le souvenir.

Offrande dl bolqlet. — Dès la veille du grand jour avait lieu la cérémonie de V offrande du bouquet, sous la présidence de Son Eminence. Gracieuse fête ! pleine de charme, de poésie et d'oncîion! La vieille basilique, rajeunie par la beauté des décors, réchauliée par de splendides illuminations; les enfants du pensionnat des religieuses du Sauveur, vêtues de blanc, portant une rose à la main, entouraient la statue de la Vierge, et formaient autour d'elle une couronne d'honneur; les plus jeunes, anges de la Vierge par l'innocence et la simplicité, s'avançant jusqu'au pied de l'autel, où se tenait le cardinal entouré des évê({ues; puis cette gracieuse procession descendant dans la crypte, et là, par la main du prince de l'Eglise, déposant aux pieds de la bonne Mère les fleurs, symbole traditionnel de la vénération et de l'amour de la ville de Clermont pour sa patronne; une foule immense en prière, contemplant dans le silence et le recueillement.... Encore une fois, quel ravissant spectacle! Ah! l'émotion s'empare des cœurs, les larmes coulent, et le regard se porte en haut pendant que les lèvres murmurent une parole d'admiration et que l'âme répète la résolution pratique, si bien formulée par le prédicateur : « Marchons désormais sur les pas de Marie dans la voie du sacrifice et de la prière. »

La fête. — Pendant ce temps, la ville se met en mouvement; les rues se couvrent de verdure et de guirlandes; de nombreux habitants pavoisent leurs maisons d'écussons, de monogrammes et de statues de la Vierge. Il est vrai, l'horizon est noir, les montagnes se couvrent, mais l'espérance anime quand même notre religieuse population, qui semble avoir pris pour devise ; In spem contra spem. La foule des pèlerins commence à arriver. Rien ne décourage la foi de l'Auvergne envers Notre-Dame du Port.

Le lendemain, dès l'aurore, les préparatifs continuent malgré la pluie qui tombe avec abondance; les rues qui avoisinent la basilique sont encombrées. A neuf heures commencent lés saints offices.

Son Eminence le cardinal, accompagné de NN. SS. les évêques^ fait son entrée. solennelle ; un nombreux clergé lui fait cortège.

Ni;n LA F^.TK I)K NOTRR-DAXK DV PORT. f(9

Tous les rngnrils HfUlxiMil mit Ir prinr»* «lo IMpclisr, qui, |iniir l.i «condiî fi)i8, vionl «mi jH^ltrin k Nolriî-D.ifnr «lu l'ml. On h«» rap- |M'II<» rarnahilih'î, la hniilr «l«» rairlirv^ipir (!«• hrifiis. ft la foiiliî tîst iicureus<^ <lo n'voir, n'vrlu ilr hi |MHii'(»r<*, ('l'iiii dont rll»* a conservi'^ \m A doux cl si profcunl sonvriiir.

M. I(» cun'î <l(i Nntn»-I)am«' du IN»rl souhaite» on lerme» ému» la i>i(Miv<Miuo au vénéré cardinal, qui exprime*, dans un langage ('levé, 1(» honluMir qu'il éprouve d«' revoir ce sanctuaire héni.

La messe ponlilicale, eéléhrée par M*^*" l'évéqinî d'Hiéropolis, est chantée en musique pu* les «'ufantsdu pensionnat des Frères, qui ont confirmé, une lois de plus, la réputation (ju'ils se sont si justement actpiise.

A une heure et dcMnie la procession s'organise, les cloches se mettent en branle, jetant dans les airs leurs notes les plus joyeuses; la musi(iuc du ixMisioniial des Frères, les cho'urs de chanteuses, les voix des hommes, enlonnaiit les litanies de I.orette, s'unissent pour exaller les louanges d(^ la Vierge du Port. La foule se précipite sur la place de la Croisade. C'est U que se dirige, c\ la suite de la statue miraculeuse, le cortège des évêques. C'est là, sur cette place aux glorieux et pieux souvenirs, que la bénédiction papale a été donnée par le cardinal et les évéques.

La procession rentre ensuite dans la basilique de Notre-Dame du Port. De là les fidèles se rendent à la cathédrale, où les vêpres sont chantées pontiticalement par Monseigneur de Cahors. Le cardinal, les évéques et leurs assistants forment autour de l'autel une maje:3tueuse couronne. Le chœur est rempli par les prêtres, la cathédrale est trop petite pour contenir la foule qui se presse à toutes les portes.

Après les vêpres, Ms*" l'évéqae de Nimes monte en chaire et prononce le discours qui suit.

{Semai7ie religieuse de Clennont.)

Adeamus ergo cura fiducia ad thronum gratiœ, ut miser icordiam consequamur et gratiam inveniamus in auxilio opportuno.

Approchons avec confiance de ce trône de grâce pour y obtenir miséricorde et y trouver le secours opportun.

(Ep. ad Hebr,, iv, 16.)

Eminenge ^ Messeigneurs 2,

En venant célébrer au milieu de vous la fête de Notre-Dame du Port, j'ai cédé aux instances d'une amitié qui m'honore; l'évêque de Nimes n'a rien à refuser à l'évêque de Glermont. Cette fête d'ailleurs parle assez d'elle-même. Quel empressement I quel concours ! quel pèlerinage! A la tête du clergé et du peuple, un prélat cher à la France et à l'Eglise, qui vient de revêtir la poupre romaine, et qui, après l'avoir à peine déployée dans sa cathédrale de Reims, accoutumée depuis des siècles à tant de splendeur et de gloire, veut presque aussitôt en faire hommage à Notre-Dame du Port ; à côté de lui, un des anciens et des modèles de l'épiscopat français, en qui vous aimez un compatriote et qui retrouve dans cette cathédrale, avec les souvenirs de son berceau, tous les succès de son sacerdoce; deux évêques missionnaires dont l'un, après avoir épuisé ses forces sous un soleil brûlant, les retrouve pour évangélisernos séminaires et nos cathédrales, tandis que l'autre quitte vos mon-

1 Ms' le cardinal Langénieux, archevêque de Reiras.

2 NN. SS. Boyer, évêque de Glerrooat; Grimardias, évêque de Cahors; Bélouino, évêque d'Hiéropolis ; Bourgade, évoque de Thaumacum, vicaire apostolique d'Arizona,

SUR I A FfiTE DR NOTRK-DAMB DU PORT. ifi\

lagnes dans toute l'arileur do la jeunesse, pour aller consumer sa vie dans une église du Nouveau-Mexirjue ; ce clergé de l'Auvergne, si savant et si fidèle; le séminaire (jui le forme selon les règles et les traditions de la Compagnie do Saint-Sulpice, qu'il m'est bien permis de louer depuis que le diocèce de Nimes en fait lui-même la douce expérience ; ce f)Ouple si jaloux do conserver sa foi et si heureux de la montrer; ces rues pleines de verdure et de ileurs; cette procession formée malgré les intem[)éries de l'air pour acclamer votre miraculeuse Madone et affirmer au dehors votre dévotion; et au dedans, cet immense auditoire qui vient se suspendre à nos lèvres, ces chants pieux, ces pompes sacrées, relevées par la voix nouvelle d'un orgue inauguré avec tant de talent; tout nous parle, tout nous élève, tout nous avertit que nous sommes ici les pèlerins d'une vieille basilique, les continuateurs d'une tradition quatorze fois séculaire, et que votre confiance en Notre-Dame du Port est appuyée par des bienfaits et des miracles mille fois plus décisifs et plus éloquents que ma parole. La'seule simplicité d'un récit fidèle pourra répondre à votre attente. Je n'ai pour justifier le choix de mon texte qu'à relire quelques pages de vos annales. Vous verrez que Notre-Dame du Port est véritablement assise dans ces lieux sur un trône de grâce, et que le secours promis par l'apôtre vous a toujours été envoyé du ciel en temps opportun, grâce à l'intercession de votre auguste patronne.

I. Remontons à l'époque lointaine où ce trône a été élevé à la Reine du Ciel. Le pays des Arvernes,

si fameux dans Thistoire par les batailles qu'il livra aux Romains pour conserver la liberté et le patriotisme clans les Gaules, avait acquis, dés Torigine du christianisme, une gloire plus belle encore que celle de son dernier défenseur. Les descendants de Vercingétorix avaient reçu le baptême, et la religion chrétienne trouvait en eux d'intrépides champions. Les saints et les héros peuplent pendant quatre siècles les pages de vos annales. A leur tète est Tanlique famille des Avitus, qui donnait des Césars à l'empire, des évèques aux sièges les plus illustres, des sénateurs à Rome, des proconsuls dans les provinces, des orateurs et des poètes à la langue, encore ferme et noble, de Virgile et de Gicéron. Cette vieille famille patricienne fut pendant les invasions des barbares comme le dernier boulevard de la civilisation dans vos montagnes, qu'elle défendait contre les Visigoths. Après les Sidoine Apollinaire à Clermont et les Avitus à Vienne, c'est un autre évêque, c'est un autre Avitus qui soutient dans cette cité, sur ce siège déjà illustré par tant de mérites, la dignité de sa maison, l'autorité de son ministère et l'indépendance de toute l'Auvergne. Saint Avit est comme le dernier rayon d'une gloire qui va s'éteindre; mais ce dernier rayon éclate encore à vos yeux. Son épiscopat, qui dure vingt-cinq ans, marque la fin du vi^ siècle. Il eut le double bonheur de bâtir une église qui, seule de toutes les églises des Gaules, est encore debout, d'y asseoir le trône de la bienheureuse vierge Marie, et d'y placer son image vénérée, la seule de toutes vos madones miraculeuses qui date sans contestation d'une si haute antiquité. Le trône de

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Mario sera à tout jamais établiriez les Arvernes, rien n'en ébranlera les saeres lonclemenls, et on arraclierail |)lnlot vos inonla^^Mies à leur base qu'on n'arracherait de vos cœurs le culte de la Mère de Dieu.

On viendra de siècle en siècle visiter le sanctuaire de Notre-DauKî du Porl. On y admirera le type uni(|ue de cette architecture [)riinitive (jiii atteste le génie des Arvernos. et qui révèle dans sa masse solide le caractère de la nation. L'église de Saint-Avit subsiste encore, et les âges n'ont l'ait qu'en varier la l'orme, sans en altérer la grandeur. Qu'elle est belle avec ses galeries, ses colonnes, ses chapiteaux où se lit l'histoire de Marie depuis les promesses du paradis terrestre jusqu'aux mystères de sa glorieuse Assomption ! La crypte qu'elle recouvre a, dans son mystérieux silence, quelque chose de plus vénérable encore, et le puits creusé près de cet autel où siège la miraculeuse statue offre une eau agréable et limpide. C'est encore une marque à laquelle on reconnaît l'antiquité chrétienne ; c'est une image de la grâce dont Marie est l'inépuisable dispensatrice, de la grâce qui coule sans s'arrêter ni tarir, de la grâce qui rejaillit jusqu'à la vie éternelle.

Cherchez dans ce béni sanctuaire la trace des ans et des barbares, vous verrez comment on l'assaille, comment on le préserve, comment il succombe et comment on le rebâtit. Les musulmans [)ortent jusque dans Clermont le fer et la flamme, mais la Vierge qui les vaincra à Lépante les arrête au seuil de ses tabernacles. Plus tard, c'est Vaïfre aux prises avec Pépin. Clermont se désole, mais Notre- Dame du Port est encore épargnée. Voici les Nor-

mands, plus terribles que tous les autres. Il ne reste, des rives de TOcéan aux montagnes d'Auvergne, pas un coin de terre, pas un bourg, pas une ville qui ait échappé à ces barbares. Notre-Dame du Port subit presque la destinée commune, mais je ne sais quel respect paralyse à moitié ces bras destructeurs, et quand le torrent a passé, deux ans suffisent à saint Sigon pour restaurer la basilique. Les comtes d'Auvergne disputent aux évèques le soin de Torner, de l'enrichir et de doter le chapitre régulier qui la desservait. Quand TOccident est à l'abandon sous les faibles héritiers de Charlemagne, Marie, qui vous défend, garde son trône au milieu des trônes écroulés, et votre province, vraiment privilégiée, demeure le centre des grandes affaires. Quand tous les yeux se tournent vers l'Orient, que la pensée de délivrer Jérusalem s'empare de tous les esprits et remplit tous les cœurs, c'est à Clermont, c'est sous les auspices de Notre-Dame du Port que la chrétienté s'assemble, qu'un grand pape harangue cent mille soldats, qu'il jette dans la langue des Francs le cri de vaillance et de foi qui va réveiller le monde de son assoupissement: Dieu le veut ! Dieu le veut! Dieu le veut ! C'est le cri de la première croisade! Urbain II l'a prononcé à peine que cent mille mains se tendent vers lui pour recevoir la croix . Dieu le veut ! La croix sera la bannière des braves; Marie en sera le guide. Le pape, en l'appelant à son aide, trouve de nouveaux accents. Salve, sancta Parens ! dit-il en commençant la messe des croisades devant la statue de Notre-Dame du Port. Là retentit cette préface subUmedans laquelle, l'oeil au ciel, les mains étendues,

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le cœur ol TospriL on oxlaso, il bénit, loue ol prêcho lo Seigneur par l'intercession do (^ollo r|ui, on conservant la «gloire de la virginité, fit jaillir de son soin la lumière étornello du Verbe. Dieu lo veut! Uue Notre-Dame du Port en soit bénie et honorée encore davantage! C'est au sortir de votre basilirjue souterraine qu'Urbain II fait sonner, trois fois le jour, les prières de r.4n7^/i^,v dans toute la chrétienté, en avertissant ainsi les fidèles que les croisés sont en marche et qu'il faut implorer i)our eux l'étoile des mers. A côté de lui paraît Adhémar de Monteil, l'evôque du Puy. Il prend sur les lèvres du pape le ton des grandes antiennes, et entonne le Salve Rcgma. Le Salve liegma sera pour l'Occident le chant du départ, pour l'Orient la trompette qui doit ouvrir, en moins de quatre ans, aux premiers croisés les quatre grandes villes d'un monde si nouveau pour eux : Gonstantinople, iNicée, Antioche et Jérusalem.

Après ces inspirations sublimes, après ces scènes pathétiques et grandioses, qui ne sera pas le pèlerin de Notre-Dame du Port? Les successeurs d'Urbain II, Pascal, Galixte, Innocent, Alexandre III, tous les papes éprouvés dans le x\f siècle par les persécutions ou la tyrannie des empereurs d'Allemagne, viennent chercher un asile dans vos murs et implorer ici le secours de la madone vénérée. Saint Bernard, l'apôtre de la croisade, chante ici les gloires de Marie. Ponte, Pun de ses disciples, devenu évèque de Clermont, met ses soins, son éloquence, sa piété, à restaurer la basilique, et l'Europe entière s'intéresse à cet ouvrage jusque dans le siècle suivant, sur la puissante recom-

mandation des archevêques de Lyon et de Bourges. Tous les noms illustres de la chrétienté se donnent au pied de vos autels un rendez-vous de foi et de bienfaisance. Saint Louis invoqueNotre-Dame du Port, Innocent IV la comble de privilèges, Clément VI les confirme, le bienheureux Urbain V la prend sous sa protection, et devant le pape Boniface IX, Pierre de Barrière, un des plus grands orateurs du xiv'' siècle, célébrant les pèlerinages de Chartres, du Puy, de Fourvières et de Roc-Amadour, qui sont les plus fameux de toute la France, élevait encore au-dessus de tous les autres le pèlerinage de Notre-Dame du Port. Rien ne saurait en obscurcir la renommée, ni cette lutte sanglante entre la France et l'Angleterre qui dura près de cent ans, ni la peste noire qui s'ajouta à tant de calamités, ni le grand schisme qui partagea la chrétienté en deux obédiences et qui laissait Tincerlitude au fond des meilleurs esprits. Marie règne et gouverne, même quand on dispute sur la question de savoir quel est le légitime vicaire de Jésus-Christ; Marie est implorée plus que jamais dans les maladies et les afflictions qui éprouvent la fidélité de son peuple; Marie exauce le soldat qui l'implore, sous quelque drapeau qu'il combatte et quelque parti qu'il embrasse. Qu'est-ce que les fléaux publics, sinon de solennels avertissements pour ramener la confiance envers Notre-Dame du Port, venir embrasser ses autels, ou tourner du moins ses regards et ses mains vers ces montagnes de l'Auvergne où siège la mère de miséricorde. Les évoques, les rois, les papes du xvi'' siècle, parlent comme ceux des âges précédents. Les d'Amboise et les du Prat défendent les privilèges

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do Notro-Darne du l'orl, iM'aurois 1'"' los confirme, Léon X les couvre do son auLorilc suprême. Il n'y a parmi les autorités ecclé8iiisti(|ues ou séculières, dans rKtal connue dans rKyliso, (ju'un bras pour la défondro, (ju'un cœur pour l'aimer, (ju'une voix pour la bénir.

Ouo dirai-jo do la lléforme ? Ses profanations ne sont (jue trop connues. Kilo faisait, sous le nom de superstition, une guerre sans trêve ni merci à nos églises, à nos statues, à nos images. Les abbayes, les prieurés, les collégiales, tombaient sous ses cou|)S aussi bien (jue les temples les plus obscurs ; les tombeaux étaient violés et les reliques des saints dispersées à tous les vents ; enfin, do toutes les statues et de toutes les images obères à la piété, il n'en était point qui lui fut plus odieuse que celle de Marie, parce que c'est à Marie qu'il a été permis de vaincre et d'écraser, avec Tantique ser[)ent, tous les monstres enfantés par rbérésie. Clermont avait tout à craindre; Clermonl tremblait dans ses murs, pendant qu'Issoire, Aurillac, Brioude, Ambert, la Chaise-Dieu, victimes de toutes les violences du xvi® siècle, n'étaient plus que des ruines pendantes ou des cités démantelées. Mais pour combien ne fallait-il pas compter ce secours que Notre-Dame du Port a toujours accordé à vos pères? Ici viennent expirer ces flots tumultueux qui portent partout le ravage et la mort. Clermont n'a presque rien à souffrir des guerres religieuses, vos sanctuaires demeurent inviolables, la prière publique n'est pas suspendue un instant autour de ce trône de miséricorde et d'amour où Marie est assise, la reconnaissance et la piété continuent à se traduire par des do-

nations sans nombre, et le siècle qui a vu dépouiller partout les autels de Marie ne fait qu'enrichir Notre- Dame du Port.

Gomment s'étonner qu'après de si grands services la madone vénérée devienne plus chère encore à la ville de Glermont ! Aussi, dès que le grand siècle commence, les manifestations de la foi deviennentelles plus publiques et plus éclatantes qu'auparavant. La procession du 15 mai, instituée par Joachim d'Estaing, l'un des évoques les plus illustres de ce grand siècle, attire toute la contrée. Les Hospitalières, les Bernardines, les Ursulines, toutes les nouvelles familles religieuses viennent s'établir auprès de Notre- Dame du Port pour jouir de sa protection et s'attirer ses bienfaits. Les Jacobins et les Carmes recherchent les mêmes avantages. Les pèlerinages se multiplient et toutes les confréries de la province les entreprennent. Tout justifie cette dévotion, car les calamités qui désolent le pays cessent, comme par miracle, dès qu'on chante les louanges de votre patronne et qu'on visite son église. La flamme recule devant son image; le ciel, s'il est devenu d'airain, s'ouvre et laisse tomber une pluie d'or sur les champs desséchés; si l'Allier déborde, l'inondation s'arrête aussitôt qu'on a imploré celle qui demande à son fils de calmer les vents et les flots.

IL Mais quelque grandes que soient ces faveurs dans l'ordre de la nature, Notre-Dame du Port vous en accorde de plus précieuses encore dans l'ordre de la grâce. Après vous avoir préservés de la Réforme, elle vous préserve du jansénisme, cette hérésie plus

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(lanf^oroiiso oiicoro (|ih; la prornirrn, [larcc; ((n'ollc; pronail lo nias(|U(î do raiislorilù. Ouand lo chagrin sn- |)(M'1)0 ol riii(lo(Mlo curiosiU; gagnent los ftmos les plus liaulos et les niioiix Ironipéos, on no connail h Clernionl quo robéissanco ol la paix, lin orateur sacré, le (lornior du grand siècle, monte sur ce siège o[»iscopal, Tonclion coule do ses lèvres et de ses mains, il rtuiiiil tous los esprits, il s'insinue dans tous les cœurs, et celui cpii avait dit avec tant d'autorité devant la tombe de Louis XIV : Dieu seul est grand ! vous fit sentir par sa palernello administration qu'il fait bon vivre sous lîi crosse à l'ombre des autels do Notre-Dame du Port, dans la communion complète do notre saint-père le pape, vicaire infaillible do Jésus- Christ. 0 Massillon! c'est ici que reposent vos restes mortels, mais la révolution en a troublé Tasile, et Ton cherche en vain des yeux la statue que l'éloquence, l'histoire et la piété auraient dû élever à votre mémoire. Du moins votre belle âme plane encore sur nos têtes au milieu de tous ces grands souvenirs, et si vos cendres pouvaient se ranimer, ce serait pour nous dire encore : Dieu seul est grand ! Allons avec confiance au trône de sa grâce et demandons-lui son secours : Adeamus crgo cum fiducia ad thronum gratix,

La révolution approche, mais qui s'en douterait aux pieds de Notre-Dame du Port? Ni la noblesse antique et sans tache qui peuple vos montagnes, ni votre parlement, le plus renommé de toute la France, n'ont laissé pénétrer dans leurs rangs les maximes de l'impiété. Quand on nie dans des provinces moins heureuses les miracles de l'antiquité chrétienne, il

éclate dans votre cher sanctuaire des miracles nouveaux qui étonnent les plus incrédules et persuadent les plus difficiles. Ici, en plein xviii'' siècle, les boiteux marchent, les paralytiques sortent de leur grabat, et les malades viennent suspendre leurs béquilles, désormais inutiles, aux voûtes de la chapelle où ils ont recouvré Tusage de leurs membres. Ex-voto précieux, lampes dargent, vases sacrés, inscriptions commémoratives, tout proclame les bienfaits obtenus dans votre basilique souterraine par l'intercession de la sainte Vierge, tant la foi de vos pères était demeurée vive, tant Notre-Dame du Port aimait à la récompenser, tant TAuvergne était Adèle à Dieu, à Marie et à TEglise. Le granit de vos montagnes était Timage de vos solides et inébranlables convictions, et vos orateurs comme vos évêques savaient les venger jusqu'au milieu des assemblées révolutionnaires. C'est de la bouche d'un de vos orateurs qu'est sortie la plus éloquente protestation contre les lois qui persécutaient l'Eglise. Il disait, en parlant des évêques réduits à quitter leur siège : Vous les chasserez de leur palais, ils se réfugieront dans la cabane du pauvre qu'ils ont souvent nourri et consolé ; vous leur ôterez leur croix d'or, ils prendront une croix de bois, et c'est la croix de bois qui a sauvé le monde. Ce que disait Montlosier, votre évêque François de Bonal l'a fait avec une héroïque fermeté. Il est descendu de la tribune française armé de cette croix de bois que ni les menaces ni les insultes ne pouvaient lui ravir; il l'a emportée dans l'exil et il y est mort en l'embrassant, les yeux tournés par le souvenir et par l'espérance vers cette image miraculeuse de Notre-Dame du Port

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dont il if^norail l(3s (liî.sLincos. U îjainl poiilifo, vous poiivo/ mourir, la sliiUio a rcliapix'; aux in.iiiis do la rôvoliilioii. Doux loininos, dcîux Iniroïrjos ont ontrnpris do la sauvnr. KII03 l'oinportonl, cllos la VÂxduml, une maison piouso la rocèlo, ot là, pendant toute la Torroar, elle n^roit les hommages discrets dos fidèles (|ui se succèdent pondant dix ans à ses pieds, sans (|ue la moindre indiscrétion ait révélé leur démarche et com[)romis leur cher trésor.

Ce n'est pas tout; |)endant que l'imaf^^e est mise on sûreté, la basilique souterraine est défendue pied ti pied, jour par jour, par la société chrétienne qui se forme pour l'arracher aux mains qui la profanent et qui la pillent. Proclame-t-on la liberté dos cultes, cette courte lueur d'espérance n'écha[)[)e pas à vos |)éres. Ils achètent le vieux sanctuaire, ils le purifient de ses souillures, ils en réparent les autels, et des lois moins iniques leur permettent de respirer un peu. Ce n'était qu'une halle dans l'orage. Une seconde Terreur, presque aussi impitoyable que la première, condamne encore une fois les prêtres fidèles à l'exil, ferme la basilique et substitue aux pompes séculaires du christianisme les ridicules spectacles d'une théophilanthropie aussi injurieuse à Dieu qu'inutile à l'homme. 0 pitoyable contrefaçon de notre sainte religion ! Après le schisme, l'impiété; après l'impiété, le déisme. Que reste-t-il, sinon de revenir à Jésus-Christ, de relever le trône de sa mère et d'implorer sa miséricorde et son amour?

III. Il fut donc donné à la France de voir, au commencement du siècle présent, un retour sincère et

durable à la foi de nos pères. Le Concordat est conclu : plaise à Dieu qu'après avoir été la loi de vos pères il demeure celle de vos enfants, et qu'il assure encore dans l'avenir la paix des consciences et la tranquillité de la patrie ! Le jour de Pâques de l'an 1803, la France assemblée dans tous les temples du vrai Dieu reconnut, par un Te Deum solennel, que si tout change autour de la religion, les lois, les dynasties, les mœurs, seule la vraie religion ne change jamais. La souterraine est rendue à voire vieille madone, et la sainte image, sortie de sa retraite, remonte sur son trône, escortée par les accents de la piété publique, sous la conduite d'un nouvel évêque aussi fidèle à TEglise que plein de zèle pour le culte de Notre-Dame du Port. Les évêques de Glermont vivent, durent et prolongent longtemps leur carrière sous ce regard maternel. Que Dieu donne au successeur des Dampierre et des Féron leurs longues destinées, et que ces destinées, pacifiques et glorieuses, le rendent aussi heureux qu'il est cher au cœur de son peuple, à l'amitié de ses frères, à la bienveillance de Léon XIII.

Voilà sous quels auspices s'écoule le xix® siècle, et ce siècle n'a cessé, en implorant Notre-Dame du Port, d'obtenir d'elle le secours opportun. Pourquoi oublierions-nous ici un trait mémorable qui atteste tout ensemble et que la foi n'est pas morte dans vos contrées, et que l'affection dont Marie vous a donné tant de preuves, bien loin de s'affaiblir, s'affermirait au besoin par de nouveaux prodiges? Le trait que je vais vous rappeler date d'hier, mais il appartient à l'histoire, et l'histoire le transmettra à la postérité la plus reculée.

Un jour, une affreuse nouvelle se répand dans la cité

ftUR LA rtrv. DR notuf-damb di; poit. f33

etyjctlo la coiislnrnation. La soutorraino a ftté violée, lainiraculouse iiiia;^'0 a (lis()aru, avec la couronne et les joyaux (jui la paronl. Est-ce la cu[)i(lit('î qui a commis lo crime ? Ksl-co rimf)iélé qui en a formé et accom|)li le dossoiny Neuf* ans se passent en recherches inutiles, en larmes, en prières, en regrets; les dames de la cité ont pris le deuil, comme si elles avaient perdu leur mère. Notre-Dame du Port aurat-elle donc le même sort que Notre-Uame de Chartres ? Et n'est-ce plus que le souvenir d'une imago perdue qu'on viendra invoquer dans ces heux ? Rassurezvous, Marie fera un miracle pour retourner sur ses autels, pour donner encore à son peuple la joie de la contempler et de la bénir. Après huit ans, ce vol sacrilège ne pesait pas à la conscience du coupable. Mais un jour qu'il regardait la sainte image, sans se repentir de son larcin, voilà qu'elle se met à pleurer, comme pour se plaindre d'avoir été arrachée de son trône. 0 sacrilège, qu'allez-vous faire ? Il regarde de plus près, il constate les larmes, il en voit la trace humide, il n'y peut plus tenir, et son cœur, comme celui du bon larron, finit par s'émouvoir et se fendre à l'aspect du prodige. 0 Marie, pardonnez-lui comme votre Fils a pardonné au bon larron. Vous étiez aux pieds de la croix et vous l'avez entendu quand il lui a promis le paradis ; vous avez adopté l'humanité tout entière comme votre famille, pardonnez aux coupables, provoquez leur repentir, pleurez sur eux et faites-les pleurer comme le larron sur la croix. Mais ici tout demeurera secret, jusqu'au nom du coupable. C'est assez qu'il se repente, et on reconnaîtra encore à ce trait la discrétion d'une mère.

23 i DISCOURS

Notre-Dame du Port, remise aux mains du vénérable évéque par une main inconnue, reprend le chemm de son sanctuaire, au milieu des acclamations de toute la contrée. Le crime de 1864 est effacé par la réparation de 1873; et deux ans après, le pape Pie IX couronne, dans son siège antique, cette miraculeuse madone parée d'une nouvelle gloire et par les pleurs qu'elle a versés dans son exil, et par les fleurs triomphales qu'on a semées sur son passage pour célébrer son retour. Ce n'est pas assez encore. Pie IX a couronné Notre-Dame du Port en allant se coucher dans sa gloire. Léon XIII, en se levant comme le lion de Juda, se tourne vers votre église et la déclare basilique. Les deux grands papes de notre siècle ont laissé leur nom à vos annales. Triomphez, miraculeuse image, et que votre peuple triomphe avec vous ! On ne saurait, sans vous déplaire, vous dérober à son culte et à ses hommages ; vous voulez le voir du haut de votre trône, le regarder avec des yeux de paix et faire couler, sous ce regard, le fleuve intarissable de votre miséricorde et de votre amour.

Chaque année en aura la preuve, et si Tannée 1886 a eu pour vous des jours de maladie et d'épreuves, ces jours, marqués par une prompte délivrance, seront encore comptés parmi les bienfaits de Notre-Dame du Port. Vous avez été délivrés et sauvés par son intercession, et ce sont des actions de grâces que nous venons célébrer aujourd'hui. Déjà votre évêque en a porté aux pieds du saint-père l'expression touchante, et il est revenu de Rome tout chargé de félicitations pour votre piété et de bénédictions pour vos familles. C'est donc avec une nouvelle confiance que nous nous

SUR hk PftTR DR NOTRR-DAHK bli PORT i3S

tournons V(3rs lo Inuio du la gnlco : Adcnmus err/o cum julucia ml ilirnnum f/rntLr. Kii liaiil nos y(Mix, nos \ivu\ ot nos TdMH's ! Prnnons des ail(»s pour (H'Iiappor à la hasso atniosplicrc» (pii nous onvoloppe oL rjiii nous ()|)presso. Sortons à Iniil piix, p.ir la l(;rv(îur (Uî nos désirs, do la bouo (luo lo tonî|)s accumule ot des clianj^onionts perpétuels (|ui s'opèrent sur la face do la torro sans la renouveler !ii la rajeunir. La raison s'airaisso, lo bon sens diniimic riionneur cherche son chemin, les hommes n'en peuvent [ilus ! A Dieu le cri de notre ame éplorée! A Marie les plus vives instances pour qu'elle prenne ce cri sur nos lèvres et (ju'elle le jette elle-même aux pieds de son divin Fils. A TEj^dise tout notre dévouement ! Au pape Léon XIII tous les témoignages de notre respectueuse tendresse et de notre fidèle soumission ! A la France nos services, et si elle le demande, notre sang ! Mais nous demandons aujourd'hui pour elle la paix, c'est la première grâce que les anges ont annoncée aux hommes, le jour où Marie a mis au monde le fruit de ses entrailles. C'est la grâce toujours opportune que vous avez tant de fois obtenue de Notre-Dame du Port ! Puisse la postérité déclarer qu'en 1887, Tannée jubilaire de Léon XIII, la grâce de la paix n'a été refusée ni à la France ni au monde, et que nous sommes venus prier ici en temps opportun pour entreprendre par nos supplications, et sous la protection d'Urbain II, une nouvelle croisade, une croisade à laquelle nous convions toutes les nations de la terre, la croisade de la paix ! 0 Notre-Dame du Port ! soyez pour nous ici-bas le port de la grâce, et dans le ciel celui de la gloire !

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